Angela, 15 Ans

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A propos d’Angela, 15 Ans, un mot me vient directement à l’esprit. Je me souviens que cela m’avait déjà marqué à l’époque… C’est “justesse”. Justesse dans les sentiments, justesse dans les dialogues. Je n’avais plus 15 ans à l’époque mais My So-Called Life me parlait de moi. Partout ailleurs les adolescents me semblaient stéréotypés. A des degrés divers. Angela sonnait juste.

Angela (Claire Danes) a 15 ans… “C’est ça ma vie?” (traduction littérale de My So-Called Life). Et c’est déjà pas mal. Winnie Holtzman a compris que l’adolescence était un combat en soi. Pas besoin de l’orner de drogue, de sida, de grossesse, de catastrophe pour en parler. Sans discours moralisateurs (ne fumez pas, protégez vos relations sexuelles…) nous assistons au malaise adolescent.

Angela est une fille “normale” dans un famille “normale” sans drame apparent. Elle n’est pas révoltée mais bascule simplement dans l’âge le plus déstabilisant. My So-Called Life est son propre récit de sa vie. Le quotidien à l’honneur avec ses réflexions à elle. Ce qui permet à Martin Winckler de classer cette série dans la catégorie “poétique”. Normal quand on sait que sa créatrice, Winnie Holtzman, est une poétesse.

“Bon, d’accord, j’ai un bouton.”

C’est peut-être ça qui fait l’originalité d’Angela, 15 Ans. C’est le journal intime d’Angela en images, paroles (voix-off très présente) et pensées. Un mélange de réel, d’onirique, de drame et d’éclats de rire qui dépeint bien les changements d’humeurs de cette période “Jean qui rit, Jean qui pleure”.

Le ton de la série est unique, comme une empreinte digitale. Martin Winkler parle d’une “chronique intimiste”. La série nous montre les âmes des personnes. Angela parle à son journal, elle n’a aucune fausse pudeur. Les scénaristes ont réussi à filmer, à dire ces choses qu’on ne révèle jamais. Celles qu’on pense, voire qu’on ressent sans jamais arriver à les partager vraiment.

Finesse, sens de la narration, du détail, respect des sentiments humains, poésie… La série possède toutes ces qualités. Et des qualités, il en faut pour pouvoir dépeindre l’intériorité d’une personne (de plusieurs personnes) durant 19 épisodes tout en évitant les facilités. L’intériorité est bien le propos de la série, beaucoup plus que les actes. Pour reprendre l’exemple de Christophe Petit (Génération Séries n°29)… quand un coup de feu résonne dans les couloirs de Liberty High School, on n’en suit pas l’auteur, mais l’émoi qu’il suscite parmi les élèves.

Ecole: champ de bataille pour les coeurs…

La vie d’Angela est partagée entre le lycée et la maison. L’équilibre qui régnait au lycée est brisé par l’arrivée de Rayanne Graff (A. J. Langer), la nouvelle amie d’Angela. Elle s’est éloignée de Sharon Chersky (Devon Odessa) et Brian Krakow (Devon Gummersall), ses amis d’enfance.

Au groupe se joint aussi Rickie Vasquez (Wilson Cruz). Mi-féminin, mi-masculin, il se cherche encore et finira par se trouver dans l’homosexualité. Une nouvelle arrivée, celle de Jordan Catalano (Jared Leto), finira de mettre le bordel dans les relations de tout ce petit monde et dans leurs coeurs. Brian est amoureux d’Angela qui n’a d’yeux que pour Jordan.

Un univers à équilibre instable où les amitiés d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Mais où celles d’aujourd’hui sont éphémères. Le problème du groupe… Il n’évolue pas à la même vitesse, ni dans les mêmes sens… Ce qui ne les empêchera pas de se rejoindre parfois.

L’univers familial pourrait représenter la stabilité, par opposition à l’école. Une maison où les adultes seraient les gardiens d’une sagesse durement acquise avec l’âge. Il n’en est rien. La série fait fi des stéréotypes pour les adolescents, il n’y a aucune raison qu’ils nous servent des adultes de papiers glacés.

Finalement qu’est-ce qu’un adulte? C’est un adolescent qui a appris à faire des concessions, à conjuguer travail et vie privée, aspirations personnelles et éducation des enfants. Graham (Tom Irwin) et Patty Chase (Bess Armstrong) sont les parents d’Angela. L’entrée de celle-ci dans l’adolescence, les déstabilise autant qu’elle. Que faire avec cette fille qui ne sait comment vivre et qui nous rappelle tant nos illusions perdues?

On a besoin d’amour!

La série a su jouer habillement avec les parallèles entre les mondes adulte et adolescent. Patty et Angela vivent les mêmes situations, sont confrontées aux mêmes interrogations… Là où les adolescents peuvent se permettre d’être sincères et intègres, voire irréfléchis, les adultes ont une obligation de responsabilité, de raison. Mais, au fond, ils sont les mêmes…

L’univers familial est aussi en déséquilibre. Le père de Patty fait un infarctus et celle-ci reprend l’imprimerie. Graham devient alors son employé… Une situation mal vécue par les deux. Patty finira par le renvoyer et il ouvrira un restaurant.

Angela et Patty sont toutes deux des femmes qui savent ce qu’elles veulent, confrontées à des hommes en devenir incertain (pour reprendre l’idée de Martin Winkler). Rien n’est simple au grand regret de Danielle (Lisa Wilhoit), la soeur d’Angela. Elle a 10 ans. Les problèmes de sa soeur et ceux de ses parents sont bien loin d’elle. Elle voit surtout que depuis qu’Angela à des cheveux rouges, on s’occupe moins d’elle!

Beaucoup plus qu’un parallèle entre les adultes et les adolescents, ce sont tous les personnages qui se font écho. Le jeu sur la dualité est poussé à son maximum. Rayanne et Sharon sont très différentes en apparence. L’une est excentrique et alcoolique. L’autre aime le rose et est une “bonne élève”. Pourtant elles finissent par se rapprocher. Contrairement à Angela, elles “l’ont fait”…

Brian et Jordan sont aussi aux antipodes, pourtant ils sont amoureux de la même fille. Ils deviennent aussi amis: Brian aide Jordan pour les cours. Ils sont, sur certains points, tellement identiques qu’une seule lettre les reflète tous les deux (la lettre d’amour que Brian écrit à Angela à la place de Jordan).

A part Angela et Patty, d’autres liens se nouent entre les deux âges. Ricky, par exemple, trouve sont identité grâce à un prof homosexuel, M. Katimski (Jeff Perry). Jordan et Graham ont aussi des traits de caractère en commun.

The A[ngela]-Team

Angela, 15 Ans (My So-Called Life) ce sont 19 épisodes de 50 minutes. La série a été diffusée d’août 1994 à janvier 1995 sur ABC. Elle a ensuite été achetée par MTV (c’est le premier programme non-musical que la chaîne a diffusé). En France, c’est Canal Jimmy qui a eu la primeur en automne 1995.

Le parcours de la série n’a pas été simple. Marshall Herskovitz et Ed Zwick (Thirtysomething/Génération Pub/Nos Meilleures Années) ont été contactés par Ted Harbert de ABC. Le pilote d’Angela fut tournée en janvier 1993 et accepté en avril, mais la série est mise en attente faute d’un créneau disponible.

Finalement elle prend le chemin des écrans la saison suivante. Les critiques sont unanimes. La presse adore. La chaîne passe alors commande pour 6 épisodes supplémentaires. De 7, on passe à 13, puis à 19. Malheureusement, mal programmée, la série ne trouve pas son public. L’audimat chute. En janvier 95 se termine la diffusion de la série. En mai, ABC décide de ne pas commander de nouveaux épisodes. Malgré la pression des fans et de l’Association Of Viewers For Quality Television.

Spoiler

Spoiler

La série s’arrête quand Angela prend conscience de l’amour que Brian lui porte. Quelle frustration!

Marshall Herskovitz et Ed Zwick ont demandé à Winnie Holtzman, déjà co-scénariste sur Thirtysomething, de créer la série. L’équipe de production sera d’ailleurs celle de leur précédente production (et elle les suivra sur Reality, en 96-97). Scott Winant est le co-producteur exécutif.

Les créateurs ont su s’entourer de gens compétents, y compris dans le team acteurs. Ils sont tous des professionnels chevronnés. Même les personnages secondaires sont endossés par des sommités. Citons, pour le plaisir, Barbara Bain dans le rôle de la maman de Patty (Cosmos 1999, Mission: Impossible, …) , Laura Innès (Urgences), Patti d’Arbanville (Un Flic Dans La Mafia) et Ted Martell (Twin Peaks).

A propos d'Angela, 15 Ans, un mot me vient directement à l'esprit. Je me souviens que cela m'avait déjà marqué à l'époque... C'est "justesse". Justesse dans les sentiments, justesse dans les dialogues. Je n'avais plus 15 ans à l'époque mais My So-Called Life me parlait de moi. Partout ailleurs les adolescents me semblaient stéréotypés. A des degrés divers. Angela sonnait juste. Angela (Claire Danes) a 15 ans... "C'est ça ma vie?" (traduction littérale de My So-Called Life). Et c'est déjà pas mal. Winnie Holtzman a compris que l'adolescence était un combat en soi. Pas besoin de l'orner…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Angela, 15 Ans

Critique de l'auteur: L'une des rares séries adolescente à avoir vraiment approché le mal-être adolescent...

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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