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Duval Et Moretti

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Quel est le premier indice qu’une série risque d’être un craignos? Le titre. Et il faut avouer qu’avec Duval et Moretti, ça commence bien. Ca fait un peu Tequila et Bonetti, sauf que dans Tequila et Bonetti, l’un des deux est un chien et est donc excusé d’avoir un nom à la con. Dans Duval et Moretti, pas de chien, juste deux flics.

On comprend la raison du titre quand on est attentif au générique où il est stipulé que la série est, je cite, “d’après Starsky & Hutch”. Ah ben oui, Starsky & Hutch, Duval et Moretti. Sauf que n’est pas Starsky & Hutch qui veut et n’importe quelle Mazda rouge ne vaut pas une Ford Torino de 1974. Oui, parce que pour bien souligner que c’est inspiré de Starky & Hutch, on sort une voiture un peu rutilante – rouge donc – et pour bien appuyer la chose, les 10 premières minutes de la première séquence consistent à lui faire faire des dérapages dans tous les sens. Un peu comme dans le générique de Starsky & Hutch… Un peu, mais juste un très, très, très peu.

Vous noterez au passage qu’ils sont capables de faire des cabrioles de fou au milieu des carrefours mais qu’ils se garent comme des branques le reste du temps, c’est à dire de travers, à moitié sur le trottoir alors que la rue a manifestement été vidée pour le tournage. Dernière précision concernant cette voiture qui n’avait rien demandé à personne: chaque fois qu’elle apparaît, elle est accompagnée de la musique du générique encore plus craignos que la série. Musique composée par Sinclair. Que dire d’autre?

Duval et Moretti, c’est aussi le genre de séries où on ajoute du suspens et des rebondissements comme les vieilles dames ajoutent encore un peu de parfum… Alors qu’on vient de se manger 10 minutes de dérapages en Mazda rouge, on atterrit chez un mafioso qui doit être protégé parce qu’il veut témoigner. Quand les deux protagonistes arrivent chez lui, il est à genou, ligoté, avec une bombe scotchée sur le torse. D’abord, les mises en scène qui fleurent bon les maîtres du mal genre Les Mystères De L’Ouest, ça ne fait pas très mafia. D’habitude, pour se débarrasser d’une balance, c’est plutôt une balle à la base du cou. Mais soit, on va dire que c’est une mafia très inspirée pour une fois.

Alors je vous passe, les pierre-papier-ciseaux pour savoir qui ouvre le boitier et qui déconnecte le fil rouge. Aaargh. Rien ne se passe. Re-pierre-papier-ciseaux pour savoir qui tire le bleu. En fait, non c’est pas pierre-papier-ciseaux, mais l’un des deux, Duval ou Moretti – de toutes façons on ne sait jamais lequel est lequel – le bouclé qui dit: “ah non, moi j’ai donné, je ne tire pas le deuxième”. Genre, je vis un super stress, à toi maintenant. Sauf qu’il reste juste à côté et que si ça pète qu’il ait tiré le fil ou non, il n’y aura plus de survivant pour compter les points.

Finalement, il suffit de tirer tous les fils et ça s’arrête. Elle est vraiment de plus en plus inspirée la mafia. Il leur reste donc à sortir avec le type et – heureusement – le sniper chargé de le tuer au cas où les flics sont assez malins pour tirer tous les fils de la bombe n’est pas capable de tirer, même avec un super fusil avec visée et tout et tout. Je vous le disais, c’est le genre de séries à savoir doser les rebondissements… Et avec tout ça, on n’est même pas au cinquième du pilote.

En clair, le plus gros problème de Duval et Moretti, c’est qu’on n’y croit pas une seconde. Les scénarios sont débiles. Les dialogues sont miteux. Les poncifs sont vraiment stéréotypés… du genre quand le méchant chef de la mafia chinoise (oui il y a beaucoup de mafia dans la série)… Quand le méchant chef de la mafia chinoise donc rit, ses hommes rient après lui… comme dans tous les bons films avec de bon gros méchants affreux affreux.

Les situations ne sont pas du tout crédibles. Par exemple, au deuxième épisode, l’un des deux, Duval ou Moretti – de toutes façons on ne sait jamais lequel est lequel – le pas bouclé donc, manque de mourir. On lui a tiré dessus et il est dans le coma. Sauf qu’on sait qu’il va s’en sortir, on est au deuxième épisode, c’est malin. On n’aurait jamais vu un héros aussi vite remplacé dis donc. Donc c’est un épisode gâché pour rien.

Surtout qu’on a droit aux monologues de son co-équipier, le bouclé donc, qui est à son chevet et qui se rappelle qu’il avait promis de s’occuper de sa femme au cas où. Comment voulez-vous qu’on croit à l’amitié à la vie à la mort de ces deux-là? On les connaît depuis un seul épisode où ils ont passé leur temps à faire des dérapages en Mazda rouge! Faut bâtir les amitiés sur quelques épisodes avant que le téléspectateur y croit. Et il faut bien dire que ces deux-là on l’air d’être aussi potes que Buffy et Cordelia dans la première saison de Buffy Contre Les Vampires. Ca aide pas à y faire passer les monologues trémolos dans la voix pour des moments cultes.

Et les éléments plus techniques ne font rien pour arranger la situation. Par exemple, on ne cesse de se dire: “Tiens, c’est un drôle d’éclairage dans cette séquence”. Vous serez d’accord avec moi, quand on regarde une série, si on ne cesse de repérer que l’éclairage est foireux, c’est qu’il l’est et qu’en plus rien d’autre n’accroche vraiment pour qu’on ait le temps de s’intéresser à l’éclairage. Au rayon technique donc, on a un abus de ralentis et d’accélérés bruyants. Du genre “psssuit” j’ajoute un effet sonore nullos sur le ralenti ou l’accéléré histoire que le téléspectateur comprenne que c’est un truc de ouf. Hum.

Le jeu des acteurs n’est pas tout à fait puissant. Rebecca Hampton joue comme dans Plus Belle La Vie. Si on peut le lui pardonner quand elle incarne Céline Frémont dans Plus Belle La Vie, et encore, ça convient moins bien au rôle du commissaire. Les scènes de bagarre sont juste risibles. On dirait des scènes tirées d’un Bioman mal joué, c’est dire.

Enfin les décors sont nuls. Je ne sais pas comment ils font. On regarde Fringe ou Esprits Criminels ou Mentalist et on achète les grandes vitres en verre, le mobilier en bois sombre… Mais on regarde Duval et Moretti et on pense au catalogue Ikea. Je ne sais pas comment ils font les Américains pour que ça passe mieux, mais ça passe mieux.

Bref, on a vu mieux. En même temps, je n’ai aucune excuse. Regarder une série dont l’un des acteurs porte une chemise avec un revolver sur la manche sur la jaquette du DVD, c’est un peu synonyme de chercher les ennuis.

Quel est le premier indice qu’une série risque d’être un craignos? Le titre. Et il faut avouer qu’avec Duval et Moretti, ça commence bien. Ca fait un peu Tequila et Bonetti, sauf que dans Tequila et Bonetti, l’un des deux est un chien et est donc excusé d’avoir un nom à la con. Dans Duval et Moretti, pas de chien, juste deux flics. On comprend la raison du titre quand on est attentif au générique où il est stipulé que la série est, je cite, "d’après Starsky & Hutch". Ah ben oui, Starsky & Hutch, Duval et Moretti. Sauf…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre (parce que j'ai bien ri!)

Duval Et Moretti

Critique de l'auteur: Quand une série a besoin de séquences entières de dérapages de voiture rouge, de rebondissements inspirés des Mystères De L'Ouest, de grandes vitres design dans le commissariat et d'effets sonores sur les ralentis, souvent, ça augure d'un bon bon bon craignos.

Note des auditeurs/lecteurs Soyez le premier ou la première !

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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