Frères D’Armes

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Avant toute chose, certaines informations dont nous disposions proviennent de documents en anglais. Nous vous en proposons une traduction “maison”. Elle souffre probablement d’erreurs d’inexpérience. Le lecteur nous en excusera. Il est bon de préciser que nous avons lu le livre de Stephen E. Ambrose dans une version française.

Introduction

“Quant au récent renouveau d’intérêt pour la Seconde Guerre mondiale – livres, films et projets télévisés-, Stephen E. Ambrose attribue le phénomène à deux facteurs : les vétérans eux-mêmes, et le changement d’attitude de l’Amérique face à son histoire. Dans le cas des vétérans, il note : `Beaucoup réalisent qu’ils n’ont plus beaucoup de temps devant eux et beaucoup, pour la première fois, veulent parler de leur expérience. Quand ils étaient jeunes juste à la fin des combats, ils ne voulaient plus penser à la guerre. Mais maintenant, ils réalisent que leurs petits enfants sont intéressés par leurs histoires. Et s’ils ne les racontent pas, ces expériences les suivront dans leurs tombes.´”

Interview de Stephen E. Ambrose [http://www.bbc.co.uk/]

 

Frères D’Armes… La première fois que nous avons entendu parler de cette série, elle était en tournage. Le Télémoustique, un hebdomadaire télé belge, annonçait la fiction dans sa rubrique “news”. “A priori cette petite scène de campagne n’a rien de très particulier. Elle va pourtant servir de cadre à Band of Brothers, une mini-série américaine produite par Spielberg et consacrée à des soldats de l’armée américaine qui se préparent au débarquement en Normandie”. On venait alors de voir Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Un film que nous avions apprécié. Mais ça nous a quand même fait marrer: on allait encore bouffer du GI américain héroïque!

J’étais alors loin de m’imaginer l’impact qu’aurait cette série sur moi. Collée à l’écran pendant 10 heures (en éteignant mon smartphone). Impression de toucher à un moment magique pour la fiction télévisuelle. J’avais déjà ressenti ça, avec Twin Peaks, mais à l’époque, j’étais encore facilement “embobinable”. Les heures et les heures de programme que j’ai englouties, les analyses successives, la lecture de théories littéraires, audiovisuelles, etc… m’empêchent généralement de me laisser complètement aller face à une fiction. Pour Band Of Brothers, seule la qualité du programme permet de comprendre pourquoi j’ai passé tout un été dans cet état.

Ce site devrait vous montrer que cette série est extrêmement bien foutue (qualité de l’image, de la réalisation, de la musique, du casting, des scénarios, etc…). Les créateurs ne sont pas des cons. Ils connaissent très bien les codes télévisuels, ce qui fait un bon scénario et ce qui accroche le téléspectateur à l’écran (donc ce qui rapporte). L’analyse pourrait être résumée par une formule: “Total respect”.

Mais le comportement américain m’emmerde. Leur façon de toujours nous rappeler qu’on leur doit la liberté m’exaspère. Surtout leur manière actuelle de se comporter me débecte. Band Of Brothers, c’est un point de vue sur l’histoire. Un point de vue que le cinéma nous ressasse souvent. Depuis que je suis toute petite, je baigne dans un climat de souvenir, de réconciliation parfois difficile entre les peuples. En Europe, nous savons qu’il existe d’autres réalités, que certaines personnes ont vécu une autre guerre que celle des Américains. J’ai toujours été curieuse de ces témoignages qui nuancent les positions et qui humanisent les stéréotypes du héros GI, de l’ennemi sanguinaire et des peuples occupés reconnaissants. Je désirais au moins les évoquer dans une seconde partie et rendre hommage à ces victimes de l’ombre.

Easy Company

“A compter de ce jour jusqu’à la fin du monde, que l’on se souvienne de nous à cette occasion, de nous, frères d’armes…”

William Shakespeare, Henri V, acte IV, scène 3.

 

Sur les innombrables sites consacrés à Band Of Brothers, on apprend généralement que c’est Tom Hanks qui a eu l’idée de la série après avoir lu le livre de Stephen E. Ambrose. Il aurait réussi à convaincre Steven Spielberg de produire la série. Même force de persuasion auprès de HBO qui aurait débloqué un budget colossal (120 millions de dollars semble-t-il). On sait, depuis Il Faut Sauver Le Soldat Ryan et La Liste De Schindler que les deux cinéastes aiment cette période de l’histoire.

Stephen E. Ambrose, dans la préface de son livre (réédité suite au succès de la série) le laisse également entendre. Hanks et Spielberg auraient participé en juin 2000 à l’inauguration du National D-Day Museum. “Les stars étaient devenues de simples fans”, note simplement l’historien [Ambrose, 2002, p. 7]. Dans une interview accordée à la BBC, Tom Hanks déclare qu’il est “fasciné par cette période”. Selon lui, les vétérans de la Seconde Guerre Mondiale représentent la “plus grande génération”.

 

La première s’est déroulée le 6 juin 2001 en Normandie. Band Of Brothers a été diffusée sur HBO aux Etats-Unis et sur la BBC2 au Royaume-Uni. La RTBF, chaîne publique belge, l’a programmé en juin 2002. France 2, chaîne publique française, a débuté la diffusion peu après durant l’été 2002.

En Europe, le coffret DVD de Band Of Brothers est sorti fin novembre 2002. La première version compte 5 DVD et reprend l’intégralité de la mini-série. La seconde comprend, en plus, un CD de bonus: We Stand Alone Together: The Men Of Easy Company (témoignages des survivants), The Making Of Band Of Brothers, L’Avant-première en Normandie et le Carnet de bord vidéo de Ron Livingston (l’acteur qui incarne Lewis Nixon). Les deux éditions reprennent la version intégrale de la série (France 2 en a censuré certains passages). Elles sont en format 16/9 alors que France 2 avait recadré la série.

Au rayon merchandising, nous épinglerons également le CD qui reprend le générique de la mini-série et les différents thèmes entendus lors des épisodes.

Compagnie E (Easy), 506e régiment, 101e aéroportée

Band Of Brothers met en scène les membres de la compagnie Easy. En 1942, 140 Américains (132 soldats et 8 officiers) se portent volontaires pour faire partie des troupes aéroportées. “Ils ne savaient pas grand chose sur les troupes aéroportées, sinon qu’elles étaient de création récente et constituées uniquement de volontaires”, rapporte Stephen E. Ambrose [Ambrose, 2002, p. 13]. “Le magazine Life avait fait un article sur les parachutistes au début de l’année 1942. L’article parlait de leur entraînement, des conditions physiques qui étaient exigées et j’ai voulu savoir si je pouvais devenir parachutiste”, déclare C. Carwood Lipton dans le documentaire We Stand Alone Together: The Men Of Easy Company.

En prologue du premier épisode, l’un de ses compagnons d’armes raconte comment il a été enrôlé. “On nous a dit: “Sautez de l’avion, vous sautez pour combattre l’ennemi.” On a dit : “Allez au diable !” Personne n’a levé la main. Je ne sais plus comment s’est venu… Mais le type a ajouté : “Vous gagnerez 50 dollars de plus par mois.” Donc ça faisait 100 dollars par mois.” Il a levé la main. Les survivants de la Easy racontent que, quitte à faire la guerre, ils avaient voulu la passer dans les meilleures unités, avec des hommes sur lesquels ils pourraient réellement compter. Comme disait Donnie Walhberg (je pense) dans le making of de la série : “ils ne diront jamais eux-mêmes qu’ils sont des héros, ils disent qu’ils ont fait leur devoir. `Je n’ai pas fait ces choses pour les médailles ou les honneurs. Je les ai faites parce qu’il fallait les faire´” [un des soldats dans le prologue du premier épisode].

La Easy a été de tous les fronts durant la Seconde Guerre Mondiale et donc de toutes les souffrances, de tous les coups héroïques et de tous les records de pertes humaines. “Les pertes subies par la compagnie se sont élevées à près de 150 % de l’effectif de départ. Parvenue à son maximum d’efficacité, en Hollande, en octobre 1944, et dans les Ardennes, en janvier 1945, c’était une des meilleures unités d’infanterie au monde.” [Ambrose, 2002, p. 11].

Grâce à la minutie sadique du lieutenant Herbert Sobel, les hommes étaient très bien entraînés. Toujours mieux, toujours plus forts, toujours meilleurs que les autres semblait être le mot d’ordre. Cela pouvait être perçu comme des bravades un peu gratuites avant la guerre. Par exemple, sur les ordres du colonel Sink, les hommes ont relié Camp Toccoa à Fort Benning à pied: une marche de 190 km en trois jours. Le colonel avait lu dans le Reader’s Digest qu’un bataillon japonais avait établi le record mondial en parcourant 150 km en trois jours. “Première revanche sur Pearl Harbor”, déclare Forrest Guth [De Trez, 2002, p.8]. Sur le front, c’est probablement cette qualité de l’entraînement, l’obéissance aux supérieurs, la mentalité d’élite qui a permis à la plupart d’entre eux de survivre.

“Quand j’ai reçu l’ordre d’attaquer Foy, ça m’a foutu en rogne, se souviendra Winters. J’avais du mal à croire qu’après tout ce que nous avions fait et enduré, toutes les pertes que nous avions subies, ils nous demandent encore de l’ancer une attaque.” [Ambrose, 2002, p. 248] La réaction est pratiquement identique quand on envoie la Easy à Haguenau en Alsace. “Il n’y a donc personne d’autres dans cette armée pour boucher les trous !” [Ambrose, 2002, p. 260]. Les hommes venaient de subir l’offensive des Ardennes, auparavant ils avaient été parachutés sur la Normandie et la Hollande. La Easy a souvent été choisie pour les missions délicates. Pour constituer cette équipe d’élite, la sélection a été draconienne. “En ce qui concerne le 506ème régiment d’infanterie parachutiste, il fallut tester 500 officiers et sous-officiers pour en choisir 148, et mettre 5300 hommes à l’épreuve pour en sélectionner 1800.” [Ambrose, 2002, p. 15]

Personnification

Les grandes fictions ont besoin de héros bien identifiés. C’est ce qu’on appelle la “personnalisation” en communication. Une cause passera mieux dans les médias si elle est incarnée par des personnages auxquels on peut s’identifier. Cela marche aussi bien pour les reportages que pour les séries. Tom Hanks et Steven Spielberg le savent. “Ce que nous avons essayé de faire dans Band Of Brothers c’est de mettre de l’humanité, ce n’est pas juste une suite, un mythe revisité en noir et blanc, mais une histoire qui résonne en chacun. Je veux que les spectateurs puissent se reconnaître dans ces hommes. Ils ne sont pas justes des héros mythiques”.

 

“L’histoire n’a pas beaucoup d’impact si vous donnez juste un tas de dates et de manoeuvres militaires. C’est bien plus efficace quand on met en scène des personnes réelles et quand le réel coût humain est évident”, ajoute Damian Lewis.

 

Stephen E. Ambrose leur a mâché le travail. “Ce qu’ils ont aimé dans Frères D’Armes, c’est l’envergure du sujet -pratiquement la totalité de la campagne de Europe du Nord- mais plus encore le fait que j’aie choisi de focaliser mon attention sur une compagnie d’infanterie légère tout à fait exceptionnelle, et sur la personnalité et les actions des hommes qui la composaient. Comme moi, et comme beaucoup de lecteurs, ils ont été attirés par cette personnalisation.” [Ambrose, 2002, p. 8].

Pourquoi Stephen E. Ambrose s’est-il centré sur la Easy? Un peu par hasard, il a rencontré ces hommes alors qu’il effectuait des entretiens sur le Jour J. Richard Winters en personne a suggéré à Stephen E. Ambrose que l’histoire de sa compagnie ferait un bon sujet de livre. “Mais il y avait un élément beaucoup plus convaincant encore: il existait entre les quatre anciens de la compagnie E (Richard Winters, Forrest Guth, Carwood Lipton et Walter Gordon que l’historien avait invités à dîner pour parler du débarquement.) qui étaient assis autour de la table lors de ce dîner une intimité que j’avais rencontrée très rarement en vingt-cinq ans d’interviews. Tandis qu’ils parlaient des autres membres de la compagnie, de leurs diverses réunions au cours des décennies passées, il me paraissait évident qu’ils étaient demeurés des frères d’armes. Bien qu’éparpillés à travers tout le continent nord-américain et outre-mer, ils connaissaient les épouses de chacun, leurs enfants et petits-enfants, leurs déboires et leurs succès. Ils se rendaient visite régulièrement, gardaient le contact en s’écrivant ou se téléphonant, et s’entraidaient en cas de besoin. Ils n’avaient pourtant en commun que leurs trois années de guerre et s’étaient trouvés réunis un peu par hasard. J’étais très curieux de savoir comment une telle intimité avait pu naître entre eux. C’est quelque chose que toutes les armées du monde, au cours de l’histoire, ont toujours rêvé de créer, mais n’ont réussi que très rarement et jamais aussi bien que dans le cas de la compagnie E. La seule façon de satisfaire ma curiosité était de faire des recherches et d’écrire l’histoire de cette compagnie.” [Ambrose, 2002, p. 362].

Stephen E. Ambrose a consulté des ouvrages qui traitaient de la 101ème aéroportée, notamment Rendez-vous With Destiny de Leonard Rapport et Arthur Northwood. Il a rencontré les survivants, lu leurs journaux intimes, lettres, coupures de presse, récolté les mémoires de guerre de David Webster (un des soldats de la Easy).

Réalité/fiction: juillet 1942 – 31 juillet 1945

La Easy compagny a été crée en juillet 1942 à Camp Toccoa. Elle sera mise en inactivité, avec le reste de la 101ème aéroporté le 30 novembre 1945. La mini-série exploite la totalité de ses trois ans d’existence. Les scénaristes ont ainsi conservé la structure du livre de Stephen E. Ambrose: Camp Toccoa et les différents camps d’entraînement des USA, Aldbourne et l’Angleterre, la Normandie, la Hollande, Mourlemon, Bastogne et les Ardennes belges, la campagne Allemande vers Berchtesgaden, l’Autriche et l’après-guerre. L’importance de ces épisodes au sein de la mini-série n’est pas égale.

Les scénaristes évacuent, par exemple, rapidement la préparation à Camp Toccoa et ne font qu’évoquer les autres camps. Les faits porteurs visuellement et dramatiquement ont évidemment été privilégiés (avec plusieurs épisodes uniquement centrés sur la campagne des Ardennes). Ils racontent une histoire qui doit maintenir l’attention du téléspectateur pendant 10 heures. Stephen E. Ambrose avait quant à lui une démarche d’historien. Il a traité le plus exactement possible, le plus exhaustivement possible tous les faits vécus par les soldats. Son livre est souvent éclairant pour le téléspectateur. Il permet de comprendre ce qui n’est que sous-entendu par la série. Il explique les liens entre les différents fronts où a combattu la Easy. Cela n’est pas toujours clair dans la série.

La démarche “historienne”

La relation des faits se voulait “historiquement correcte”. Tom Hanks précise: “Il y a deux types d’authenticité. Ce qui est relativement facile ce sont des choses comme s’assurer que les boutons d’uniformes sont bons, que les munitions sont correctes et que les lieux ressemblent à ceux des photographies. Ce qui est plus difficile est la motivation et la nature de l’interaction entre les personnages. Nous nous efforcions toujours à chaque moment de chaque page du scénario de vérifier l’authenticité. On se disait : “Bon, si on ne peut être certain de ce qu’ils ont dit et fait à un moment donné, nous devons au moins capter la réalité émotionnelle de l’instant.”

 

Et les boutons d’uniformes concordent! Les décors, les costumes, les accessoires, les armes, etc… sont identiques à ceux de l’époque. Une reconstitution rigoureuse confirmée par Jean-Michel Delvaux, passionné de l’époque et webmaster du site www.ardennes44.be. Dans un mail, il souligne ce sens du détail de la série. “En ce qui concerne la série Frères D’Armes, elle est très bien faite pour la réalité historique (à une ou deux exceptions près) ainsi que pour les décors exceptionnels. Un exemple: en ce qui concerne le matériel, Spielberg et Hanks ont tout fait pour ne pas que le téléspectateur remarque les incompatibilités historiques. Les chars allemands utilisés m’ont bluffé. Le plus difficile pour un char, c’est de changer le train de roulement. Or, ils ont poussé le réalisme jusqu’à découper un char actuel, le rallonger, le ressouder pour avoir le nombre de roulements de chenilles exact et identique au même modèle de la guerre. Ils ont également complètement refaçonné le blindage actuel pour en faire un véhicule à 99,9 % identique au modèle réel. Certains autres films se contentent de chars actuels américains en rajoutent une balkenkreuz sur la tourelle et puis c’est tout.”

Le making of de la mini-série (édition DVD) revient sur cette histoire de char. Alan Tomkins, le directeur artistique qui s’occupait des véhicules explique qu’ils ont loué 4 chars pour la série et qu’ils en ont construit 6. Le char Tiger a été conçu sur le châssis d’un T-34 auquel ils ont ajouté des roues et des enjoliveurs. Pour les Panzerkampfwagen III, ils se sont servi des transporteurs blindés britanniques. Leurs petites roues semblaient idéales. Mais il n’y en avait que 5 alors que les chars en avaient 6. Ils ont donc coupé et allongé le véhicule et ils ont reculé le moteur. Le dressing room de la production est également impressionnant: 2 000 uniformes américains et allemands, 500 paires de bottes de parachutistes, 12 000 vêtements civils de l’époque. Le tout pour habiller 10 000 figurants et 500 rôles parlants. Pendant le tournage, 700 armes d’époque et 400 faux fusils tiraient 14 000 balles par jour!

Inutile de préciser que les scènes de batailles n’ont pas été filmées sur les lieux historiques. L’arrière pays normand, la Hollande, Bastogne ne ressemblent plus aujourd’hui à ce qu’ils étaient jadis. Les pylônes électriques, les routes “gâchent” le paysage. Les monuments et mémoriaux de tout genre font un peu anachroniques! C’est en Angleterre que les théâtres des opérations ont totalement été reconstruits dans un domaine de 440 hectares (5 fois plus que pour le film Il Faut Sauver Le Soldat Ryan). Le village de 5 hectares a été modifié 11 fois pour représenter 11 lieux d’opérations européens. Des centaines d’arbres réels et 250 faux ont été nécessaires pour reconstituer la forêt ardennaise dans un hangar.

Stephen E. Ambrose confirme: “Ce qui m’a le plus impressionné, c’est leur souci de précision et leur volonté de rester fidèle à mon livre. Ils m’ont envoyé successivement les scénarios de chaque épisode et ont fait grand cas de mes commentaires et de mes suggestions, alors que je ne suis absolument pas scénariste. Je sais comment on écrit un livre, mais j’ignore tout de la façon dont on fait une série de télévision ou un film.” [Ambrose, 2002, pp. 7-8]

Mais au-delà du matériel, Tom Hanks voulait surtout montrer ce qu’ont ressenti les soldats sur le front, leurs peurs, leurs joies, leurs amitiés. La précision était également de mise pour ce registre. “Ils ont également envoyé des scénarios aux personnages principaux de cette histoire et ont interviewé des anciens de la compagnie E pour obtenir des compléments d’information. Mieux encore, chacun des comédiens choisis a téléphoné à celui dont il devait interpréter le rôle pour lui demander ce qu’il avait ressenti dans telle ou telle situation. Vous avez souri? Vous étiez exalté? Déprimé? Et ainsi de suite. Tom a même réussi à persuader Dick Winters de se rendre en Angleterre pour assister au tournage.” [Ambrose, 2002, p. 7-8].

Pour que les attitudes des acteurs sonnent plus juste, Tom Hanks leurs a concocté un programme d’entraînement d’une semaine dirigé par le capitaine Dale Dye. Ce dernier a servi pendant la guerre du Vietnam. Il travaille régulièrement comme conseiller militaire pour les films de guerres (Platoon, Né Un Quatre Juillet, Il Faut Sauver Le Soldat Ryan notamment). Levés à 5 heures, exercices physiques, cours de stratégie, simulations de combat, pompes pendant 18 heures par jours, apparemment les acteurs n’ont échappé à rien (quoique je ne sais pas s’ils ont également dû se taper la bouffe de régiment!). Ils ont même testé la préparation au saut en parachute depuis les tours d’exercice. On suppose que la production ne pouvait pas se permettre d’en perdre un lors d’un saut réel. Ils devaient s’appeler par les noms de leurs personnages. Bref, ils ont appris comment bouge un soldat, comment souffre un soldat… et comment un esprit de bataillon naît entre des hommes qui ne se connaissaient pas avant l’instruction mais qui vont devoir se protéger les uns les autres au front [voir le Making of Band Of Brothers sur le DVD].

Les aménagements de la fiction

Ceux qui ont lu le livre et vu la série savent que globalement les faits sont identiques. Beaucoup d’épisodes n’apparaissent pas (pour faire tenir trois ans d’existence en 10 heures de fiction, c’est mathématiquement nécessaire). Par exemple, durant l’épisode centré sur Haghenau dans le feuilleton, on a l’impression que la Easy a juste fait une patrouille. En fait, les soldats y sont restés plus d’un mois (du 18 janvier au 23 février 1945). Le poste d’observation a été occupé par la compagnie (notamment Webster) dès leur arrivée dans le bourg.

Certaines choses sont déplacées. Un exemple précis me revient. Dans la série, Richard Winters ordonne à Herbert Sobel de le saluer juste avant que le “général” allemand ne fasse son dernier discours à ses hommes. Nous sommes alors à Zell Am See en Autriche (10ème épisode). Winters est accompagné de Nixon et Lipton. La remarque à Sobel est donc accompagnée d’un certain panache. La réalité rapportée par Stephen E. Ambrose est différente. Cet épisode s’est déroulé dans une rue de Mourlemon après la bataille des Ardennes et Haguenau. Webster et Martin étaient dans les environs, pas Nixon et Lipton [Ambrose, 2002, p. 281]. A propos de l’officier allemand, Stephen E. Ambrose précise qu’il s’agit d’un colonel [Ambrose, 2002, p. 321 et 322].

La fiction n’a pas pu se focaliser sur tous les soldats de la compagnie. Certains n’apparaissent pas dans la mini-série, les faits dont ils ont été les auteurs ou les victimes ont été centrés sur d’autres personnages. “Forrest Guth est certainement un des caractères les plus intéressant du 3ème Peloton, néanmoins sa personnalité unique et les valeurs humaines qui le caractérisent n’ont pas été développés dans la série. Alors que son personnage figurait dans le scénario original et que tout son équipement et son uniforme avaient été reproduits d’après les originaux, il n’apparaîtra pas à l’écran. La duplication de ses effets à caractère unique a tout simplement été utilisé pour un autre personnage.” [De Trez, 2002, p. 71].

Forrest Guth, surnom Goody, était celui qui bricolait les armes et qui a transformé une carabine M1 en arme automatique [De Trez, 2002, p. 65]. “Guth savait limer le crochet de chargeur d’un M-1 afin de transformer ce fusil en une arme automatique (Winters possédait un de ces “special” Guth. Il l’a gardé après sa démobilisation et l’a emmené par la suite en Corée. Malheureusement, Guth a perdu le tour de main.).” [Ambrose, 2002, p. 335].

Il faut parfois restructurer les événements pour leur donner toute leur force dramatique. Une adaptation n’est pas une simple transposition d’un énoncé écrit en image. Le texte est largement réécrit, il s’agit d’une véritable création. L’adaptation peut prendre plus ou moins de distance avec l’oeuvre écrite: de la fidélité absolue (selon les mots de Eliad Tudor, le film est un “calque figuratif”) à une liberté totale (on ne garde que postulat de départ, le thème ou l’atmosphère). Généralement, un film doit réduire le nombre de séquences narratives par rapport à un film (Patrick Cattrysse appelle ce phénomène la “simplification narrative”). Nous avons déjà dit que la mini-série passe plus vite sur certains événements. Elle en occulte d’autres. C’est normal, le film n’a pas le temps de tout reprendre. Une des distorsions fréquente dans les adaptations est donc de prendre un élément d’une scène passée sous silence et de le transposer dans une autre séquence. Tout en gardant l’esprit de l’original.

Ces “aménagements” sont-ils préjudiciables? Qu’en ont pensé les vétérans? Nous ne le savons pas. Dans le cas d’autres fictions, cela n’avait pas posé problème. Sabine Chalvon-Demersay a étudié la réception du feuilleton Urgences. Les deux fictions ont beaucoup de choses en commun. Un univers cohérent (on pourrait pratiquement dire “clos” sur un même propos), un groupe de personnages, un scénario consulté par les principaux intéressés, un souci de vraisemblance jusque dans les décors, costumes, accessoires, vocabulaire (j’ai déjà lu ça quelque part). Les médecins qu’elle a observés et interrogés soulignent tous l’exagération de la fiction (nombre de patients examinés, nombre de situations dramatiques proportionnellement plus élevé). “Mais en même temps, tous sont sensibles à l’exactitude et à la précision technique de tout ce qui renvoie à la partie proprement médicale. Il est d’ailleurs intéressant de regarder la série en leur compagnie: ils s’amusent à anticiper les diagnostics, s’étonnent de certains gestes ou de certaines prescriptions (ils choquent beaucoup plus souvent que nous), commentent les choix thérapeutiques (j’aurais pas fait comme ça), s’inquiètent une fraction de seconde avant les héros des incidences de leurs (mauvaises) décisions. (…) On raconte que les étudiants en médecine se servent de la série pour réviser leur QCM.” [Chalvon-Demersay,1999, p. 66].

Dans Urgences, l’exagération, le transfert sur quelques médecins d’événements vécus par des milliers d’entre eux rendent la réalité du terrain mieux qu’un documentaire. On peut supposer que le procédé fonctionne dans le même sens pour Band Of Brothers. Stephen E. Ambrose et les vétérans qui ont relu les scénarios n’ont pas semblé poser leur veto à la fiction. A l’heure actuelle nous n’avons récolté aucune protestation contre la réalité historique ou humaine dépeinte par la série.

Le Casting

Band Of Brothers rassemble une brochette d’acteurs plutôt inconnus. Comme généralement tout casting de ce type, il est réussi. Certains des acteurs ressemblent même aux personnes qu’ils incarnent. Tour d’horizon…

“Richard Winters -joué par Damian Lewis, que je n’avais jamais vu auparavant- est un gars qui ne fume pas, ne boit pas, ne jure pas”, écrit Louise Cousineau dans Cyberpresse. Je ne le connaissait pas non plus (comment ai-je pu vivre 27 ans sans connaître la plastique de ce type!). Après trois auditions et quatre essais (selon le ou la webmaster de chogoreadhead2001.com), c’est lui qui décroche le rôle de Richard Winters. Rien de moins certain pourtant au départ: c’est un anglais. Richard Winters a beau être taciturne, il a tout de même quelques répliques. Pas question que le héros américain pur jus ait un accent anglais… Mais les critiques saluent sa performance. Et ce n’est pas nous qui contredirons cela. “Pour moi, le test était de rencontrer Winters lui-même, puis d’assister à la première de Frères D’Armes avec lui et les autres vétérans en Normandie en juin. J’étais très nerveux, mais à la fin de la séance ils sont venus me dire que je l’avais bien rendu. J’ai poussé un soupir de soulagement”, a déclaré Damian Lewis.

[chogoreadhead2001.com]

 

Auparavant, Damian Lewis a joué dans Mickey Love, Hearts and Bones, Warriors (si quelqu’un veut m’envoyer une copie je suis preneuse, j’ai raté la rediffusion sur Arte), The Forsyte Saga nouvelle version -principalement des fictions anglaises, ceci explique qu’on ne le connaisse pas sur le continent-. Il s’est aussi illustré sur les planches: il sort de la Guildhall School of Music and Drama et a longtemps fait partie de la Royal Shakespeare Company.

La seule personnalité dans ce casting est David Schwimmer. Il tient ici un rôle pour le moins éloigné du romantique timide qu’est Ross dans Friends. Il est le sadique Herbert Sobel, l’officier responsable du programme d’entraînement infernal de la 506ème aéroportée. Ses hommes le détestaient, mais c’est probablement cet entraînement qui a permis à la Easy d’inscrire son nom dans l’histoire. Contre-emploi donc pour le comédien qui s’amuse ici à casser son image. Contre-emploi également car il n’apparaît pas dans un rôle principal. Sa notoriété sera pourtant utilisée par les chaînes (en tout cas, la RTBF et France 2) pour appâter les téléspectateurs.

Troisième surprise, elle est passée beaucoup plus inaperçue. C’est Donnie Wahlberg qui incarne Carwood Lipton, un des officiers de la Easy. Donnie Walhberg, ce nom ne vous dit rien? Il était pourtant l’un des 5 kids de Boston dès 1986. Membre du premier boys band de l’histoire: les New Kids On The Block. Séparation en 1994 (mais qui le regrette?). La preuve qu’il est possible de survivre à ce genre de réputation… Trêve de méchanceté, il est une des bonnes surprises du casting et je ne suis pas certaine qu’il apprécie d’être toujours renvoyé au NKOTB. Faute avouée…

Mon second personnage préféré, après Winters, était Buck Compton. Neal McDonough est le comédien qui l’incarne, comme tous les autres relativement peu connu. Band Of Brothers lui aura (re)lancé sa carrière. NBC a diffusé entre 2001 et 2003 avec succès tout au moins critique, une série où Donnie Walhberg et Neal McDonough apparaissent. C’est un policier qui s’intitule Boomtown, diffusé par Canal + courant 2004.

Webster, Guarnere, Malarkey (les téléspectateurs assidus auront reconnu Scott Grimes, Will, le copain de Bailey dans La Vie à Cinq), Nixon, Luz, tous les rôles ont leurs charmes. La série se focalise principalement sur Richard Winters, surtout au début. Elle ne permet donc pas qu’on s’attache aux autres personnages. Leur nombre et la manière dont ils sont amenés dans la fiction sont d’ailleurs des obstacles. Pendant un certain temps, il est difficile de tout simplement les identifier. Cependant, peu à peu certains visages, certains noms, certains traits de caractère se dégagent. C’est ce que nous avions appelé la construction “par touche” au moment de l’émission sur PJ. C’est parfois déstabilisant pour les téléspectateurs, mais tellement plus riches à terme. Nous n’avons pas choisi d’être exhaustifs. Nous nous en tiendrons à nos quatre coups de coeur. Il est cependant probablement bon de préciser que si tous les acteurs ne sont pas encore connus, cela ne saurait tarder vu la qualité de leur jeu.

Images et Sons

Band Of Brothers est une série de qualité par la reconstitution historique qu’elle offre. Série également intéressante par quelques caractéristiques techniques.

D’abord le choix d’une image désaturée (les couleurs sont délavées, mais pas tout à fait noir et blanc cependant). Elle semble recréer des images du temps passé et place donc le téléspectateur dans une réception identique à celle des actualités qui étaient diffusées avant les films de cinéma. Bref, un dispositif qui renforce la vraisemblance qui émane de l’historicité des faits.

Un procédé renforcé encore dans le générique ou les images sont fixes et “égratignées” comme des photographies anciennes. Générique… Cela m’amène tout naturellement à vous parler de la musique. Elle fait beaucoup pour l’atmosphère de la série. Elle permet, pour les attentifs, de cerner assez rapidement le réel héros de cette histoire. En effet, le thème principal du générique revient dans les musiques qui accompagnent Richard Winters. Elle est absolument splendide. Michael Kamen l’a composée en hommage au frère jumeau de son père, Paul Kamen, tué 3 jours avant la fin de la guerre. Les musiques sont interprétées par The London Metropolitan Orchestra.

Personnages

Le personnage principal de Band Of Brothers n’est pas tout à fait le groupe de soldats. Il existe un héros singulier bien identifié: Richard Winters. Il est vrai que certains d’entre eux se détachent quand il monte en grade (dès l’épisode ‘Bastogne’). Certains ont même le privilège de la voix off: Eugène Roe (épisode 6), Lipton (épisode 7), Webster (épisode 8). Mais Winters garde cependant l’ascendant. En fait, on assiste à une double personnification. Celle avouée par Ambrose et Hanks qui consiste à dépeindre l’expérience de la Seconde Guerre Mondiale par les yeux d’une seule compagnie. Et un second procédé qui désigne le chef comme représentant de tous ses hommes.

Tout ceci est facilement vérifiable. Il suffit d’appliquer à Frères D’Armes la théorie des procédés différentiels de Philippe Hamon. Elle permet de repérer le héros d’un texte. Il s’agit du personnage le mieux caractérisé (les traits qui le qualifient sont plus nombreux et de meilleure qualité). En un mot, on en sait plus sur lui que sur les autres protagonistes. Il est le personnage le plus présent et surtout aux moments stratégiques. Il est autonome ce qui signifie qu’il peut apparaître seul, dans des endroits divers alors que les personnages secondaires sont confinés dans certains espaces (par exemple, l’infirmière de Bastogne ne quitte jamais l’hôpital). Il a une fonction importante dans la diégèse: il résout des conflits, il fait face à des opposants, il est doté prédicats de savoir, de pouvoir, et de vouloir, etc… Il est en concordance avec les archétypes du héros en vigueur dans le genre textuel dans lequel il apparaît. S’il s’agit d’un western, il aura les caractéristiques du cow-boy solitaire, courageux et bon tireur. S’il s’agit d’un policier, il aura le verbe râleur, le teint fatigué et l’imperméable de tout bon détective qui se respecte. S’il s’agit d’une fiction de guerre, il sera un chef valeureux, à l’écoute de ses subordonnés et bon stratège. Les paroles des autres personnages le désignent comme le héros ou mettent ses qualités en exergue. Richard Winters remplit toutes ces conditions.

Il est un héros tout à fait crédible d’ailleurs. “Winters a bouleversé nos vies. Il était très amical, et s’intéressait sincèrement à nous et à notre entrainement physique. Il était plutôt timide. Il n’aurait jamais dit merde, même s’il avait marché dedans”, déclare Gordon [Ambrose, 2002, p. 20] “[…] tous les soldats qui ont servi sous vos ordres –je devrais plutôt dire à vos côtés, puisque c’est ainsi que vous conceviez le commandement– vous aiment et ne vous oublieront jamais. Vous êtes pour moi le plus grand soldat que j’aie rencontré”, a écrit Talbert dans une lettre à Winters [Ambrose, 2002, p.340].

Band Of Brothers ménage au téléspectateur une entrée dans la fiction un peu “spéciale”. Vous connaissez probablement tous cette règle tacite qui stipule que le héros doit apparaître dans les 15 premières minutes d’un film. Durant les 15 premières minutes de Band Of Brothers, le téléspectateur oscille entre deux personnages: Sobel et Winters. Winters et Nixon apparaissent dès la sixième minute (durant la projection cinématographique), mais dès la huitième le flashback installe Sobel au milieu de l’écran. Ok, Sobel est un personnage négatif, mais ce ne serait pas la première fois qu’un type rude devient héros. Instinctivement, le téléspectateur a également tendance à considérer que le héros est incarné par l’acteur le plus connu. Dans ce cas, David Schwimmer et donc Herbert Sobel. Cela est renforcé par les lancements du programme axés sur le “héros de Friends” et par la célébrité de David Schwimmer. Puis Sobel s’efface au profit de Richard Winters.

Tout ceci est proche des constructions basées sur les “faux-héros” qui apparaissent dans certains contes. Vladimir Propp dans son analyse des contes russes dégage sept fonctions du personnage. Il définit la fonction comme “l’action d’un personnage définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue”. Le personnage peut en incarner plusieurs en même temps ou successivement et une fonction peut être représentée par plusieurs personnages. Il s’agit de l’agresseur, le donateur, l’auxiliaire, la princesse, le mandateur, le faux-héros et le héros. Généralement, le faux-héros est un imposteur auquel le héros doit se mesurer un jour ou l’autre afin d’accéder à la reconnaissance. Vous voyez que ça colle!

Sobel correspondait assez bien à cette “fonction”. “Jusqu’à ce que j’atterrisse en France dans les premières heures du jour J, m’a-t-il confié en 1990, c’est contre ce gars-là que j’étais en guerre. Avec d’autres engagés, Gordon avait fait le serment que Sobel ne survivrait pas aux cinq premières minutes de combat. Si l’ennemi ne le descendait pas, une bonne douzaine d’hommes de la Compagnie E étaient prêts à s’en charger.” [Ambrose, 2002, p. 22]. “Sobel était un `chickenshit´ “parce qu’il est mesquin, méprisable et prend très au sérieux tout ce qui n’a aucune importance.” [Paul Fussel, Wartime: Understanding and Behavior In The Second World War, cité par Ambrose, 2002, p. 23]. “Une loterie avait été organisée pour désigner celui qui se ferait Sobel. Selon les hommes de la Easy, durant les exercices à balles réelles, elles passaient très près de lui.” [Ambrose, 2002, p. 51].

“Sobel imposait son autorité à ses subordonnés, Winters gagnait leur respect. Les deux hommes étaient appelés à s’affronter. Personne ne me l’a dit ouvertement, tous les membres de la compagnie E n’en avaient pas conscience, et Winters ne l’avait pas voulu ainsi, mais Sobel et lui étaient en concurrence pour le titre de leader.” [Ambrose, 2002, p. 23]. Cette opposition a été reprise comme base du système de distribution des personnages dans Frères D’Armes. C’est probablement la raison pour laquelle le passage sur le salut militaire que Winters impose à Sobel a été transposé dans le dernier épisode. Cela devient ainsi l’ultime face à face entre les deux hommes. Un “duel” (soft) qui sacre la victoire de Winters (mais ceux qui ont vu tout le feuilleton savent déjà qu’il l’a acquise depuis longtemps aux yeux de ses hommes).

Personnellement, c’est la première fois que je remarque qu’une série s’ouvre sur le faux-héros. De plus en plus, la télévision joue avec les codes narratifs. Cela est intéressant. Les règles concernant les personnages principaux sont les plus difficiles à transgresser. En effet, c’est généralement sur cet élément textuel que les téléspectateurs s’appuient pour entrer dans une fiction, la décoder et la recevoir. En jouant sur la célébrité de David Schwimmer, Band Of Brothers renforce l’effet. Le téléspectateur a tendance à le poser d’office comme le héros. Le pied de nez est total.

Stephen E. Ambrose, l’auteur du livre Band Of Brothers est décédé le 14 octobre à l’âge de 66 ans des suites d’un cancer du poumon. Il a écrit plus de 30 livres sur l’histoire du dix-neuvième siècle américain et la Seconde Guerre mondiale.

Les Européens

Pertes civiles:
Allemagne: 3 810 000 dont 635 000 par les bombardements anglais et américains, Belgique: 80 000, Bulgarie: 10 000, Finlande: 8 000, France: 330 000 dont 182 000 déportés, Royaume-Uni: 150 000 dont 51 509 sous les bombardements, Hongrie: 300 000, Italie: 380 000, Japon: 600 000, Pays-Bas: 205 000, Pologne: 5 500 000, Roumanie: 160 000, Ex-Tchécoslovaquie: 405 000, Ex-URSS: 10 000 000, Ex-Yougoslavie: 1 400 000.

Parmi eux, 5 700 000 étaient des déportés raciaux ; 4 à 5 000 000 étaient des Polonais déportés en Allemagne.

Pertes militaires aux seins des Forces Alliées:
Afrique du sud: 6 840, Australie: 23 365, Belgique: 7 760, Canada: 37 476, Chine: 2 200 000, Danemark: 3 006, France: 210 671, Grèce: 73 700, Inde: 24 338, Norvège: 1000, Nouvelle-Zélande: 10 033, Pays-Bas: 6 238, Pologne: 320 000, Royaume-Uni: 244 723, ex-URSS: 7 500 000, USA: 291 557, Ex-Yougoslavie: 410 000.

Pertes militaires aux seins des Forces de l’Axe:
Allemagne-Autriche: 3 850 000, Bulgarie: 10 000, Finlande: 82 000, France (volontaires): 14 500, Hongrie: 140 000, Italie: 77 494, Japon: 1 219 000, Roumanie: 300 000.

[source : Quid, 1990, p. 657]

 

Il est bon parfois de rappeler ces chiffres, tous ces chiffres. Band Of Brothers n’est pas une mini-série sur la guerre dans son ensemble, mais sur une compagnie précise. Il n’était pas question de parler des autres soldats américains, des soldats d’autres nations engagées dans le conflit, des résistants et des civils. “[…] c’est vrai que les Américains ont souvent tendance à parler d’eux en occultant d’autres faits importants. Toutefois, je ne crois pas qu’on peut leur reprocher cela pour le feuilleton car à ce moment, on pourrait regretter qu’on aie pas parlé des requins, ni des thons dans Sauvez Willy.” La réflexion est pertinente, elle provient du mail que m’a envoyé Jean-Michel Delvaux [http://ardennes44.free.fr/]. Nous sommes tous conscients, je pense, de l’angle choisi par les créateurs. Je ne reviens pas là-dessus. Il n’est pas question non plus que je minimise l’importance de l’engagement des Américains sur la victoire de 1945. Mais… Il y a quand même un “mais”.

La Easy a rencontré les peuples européens, même si elle n’en a pas toujours eu une opinion glorieuse. Stephen E. Ambrose en parle dans son ouvrage. “Les hommes de la compagnie E étaient sur le point de faire la connaissance d’un cinquième pays étranger. Ils avaient bien aimé l’Angleterre et beaucoup apprécié les Anglais. Ils n’aimaient pas les Français qu’ils trouvaient peu reconnaissants, renfrognés, paresseux et sales. Ils avaient eu des rapports privilégiés avec les Belges, les habitants de Bastogne ayant fait tout leur possible pour aider les Américains. Ils aimaient beaucoup les Hollandais et ne tarissaient pas d’éloge à leur sujet, les qualifiant de courageux, débrouillards, terriblement reconnaissants, organisés (la meilleur organisation clandestine d’Europe), généreux (des caves remplies de nourriture cachée aux Allemands mais offerte aux Américains), propres, travailleurs, honnêtes, etc… Ils se préparaient à rencontrer les Allemands.” [Ambrose, 2002, p. 288].

Band Of Brothers est une série sur la Easy et sur les relations des hommes entre eux. Généralement, les scénaristes filment les moments où la compagnie fonctionne en vase clos. Mais il arrive qu’elle rencontre les populations européennes et d’autres soldats. L’analyse de ces personnages “extérieurs” fait plutôt froid dans le dos.

La Résistance croise leurs pas à Eindhoven. Van Kooijk, le chef de la Résistance donne les dernières informations en sa possession à Winters avant de montrer à la Easy le chemin vers les ponts (épisode 4). On y voit le peuple en liesse remercier les soldats américains… tout en tondant les cheveux des femmes qui ont couché avec l’ennemi. On est toujours dans la reconstitution historique puisque cela a réellement existé. Pas question de nier ce fait (ni même de l’excuser d’ailleurs). Cependant, parmi tous les faits attribués aux résistants, voilà celui que les scénaristes ont choisi de garder. Pour une seule mention du maquis en dix heures, on aurait quand même pu mettre autre chose en exergue, non?

D’autant que la résistance hollandaise a fait un travail extraordinaire. Stephen Ambrose lui-même précise à plusieurs endroits que les renseignements apportés par la Résistance ont été précieux aux Américains (p. 150, 183). “Ils aimaient beaucoup les Hollandais et ne tarissaient pas d’éloge à leur sujet, les qualifiant de courageux, débrouillards, terriblement reconnaissants, organisés (la meilleur organisation clandestine d’Europe), généreux (des caves remplies de nourriture cachée aux Allemands mais offerte aux Américains), propres, travailleurs, honnêtes, etc…” [Ambrose, 2002, p. 288].

Jean-Michel Delvaux me rappelait à bon escient que la résistance a été rapidement démantelée par les autorités. “En ce qui concerne la résistance, les Américains ont eu quelques coups de main, mais uniquement en renseignements. En effet, n’oublions pas qu’à la mi-septembre, la Belgique était libérée. Afin d’éviter tout débordement et éventuellement la création de milices privées, l’état a obligé le désarmement et le démantèlement des différents groupes de résistance dont les membres ont parfois intégré les Armées Alliées.” Ceci explique peut-être cela. Il n’empêche: ils auraient pu être plus respectueux.

On aperçoit les soldats britanniques quand la Easy les aide à passer les lignes ennemies (épisode 5). Ils sont surtout heureux d’être sortis d’affaire. Ils sont particulièrement silencieux. On les rencontre également durant l’opération Market Garden, des soldats britanniques participent aux opérations. Un conducteur de char y prend une décision désastreuse qui occasionnera la mort de plusieurs dizaine de soldats. Ce qui a choqué certains anglais, ce n’était pas qu’on ridiculise l’armée britannique, mais qu’on affuble le soldat d’un accent caricatural (voir ci-dessous). Pas question de nouveau de nier ce fait, il est rapporté par Stephen Ambrose. “Comme un Cromwell arrivait, Martin courut vers lui, l’escalada et expliqua au chef de char que s’il allait plus loin, l’équipage du Panzer n’allait pas tarder à la voir apparaître. -Moâ, je ne le voâ pas, mon vieux, a répondu le chef de char, et si je ne le vois pas, je ne peux pas tirer sur lui.” [Ambrose, 2002, p. 146] Selon l’historien, 4 char sur 6 ont été détruits par le Panzer. On voit qu’il insiste également sur l’accent du chef de char.

Quand aux civils, ils n’apparaissent qu’en figuration: la population en liesse d’Eindhoven, les femmes au crâne rasé, le père et le fils hollandais cachés dans la cave (à qui Webster fait goûter pour la première fois du chocolat), les prisonniers du camp de concentration, les filles autrichiennes le long de la route, la fille dans le lit d’un soldat… Tous faibles, tous passifs. A l’exception des Allemands eux-même! On les dépeint comme des soldats valeureux, disciplinés. Stephen E Ambrose avait déjà noté cette fascination des soldats pour les Allemands. Devant un groupe de prisonniers militaires allemands à Mourlemon, Winters s’extasie: “Ils marchaient et chantaient avec énergie et fierté. Ça faisait plaisir à voir. Bon Dieu, c’étaient des soldats!” [Ambrose, 2002, pp. 281-282]

Les habitants sont travailleurs et dignes. “Les soldats américains ont constaté que, contrairement aux Français qui ne se décidaient pas à réparer les dégâts occasionnés par la guerre, les Allemands commençaient à déblayer les décombres dès la fin de la bataille. Ils appréciaient énormément les jeunes Allemandes et l’absence de concurrence due à la mobilisation des jeunes Allemands ; ils aimaient la cuisine et la bière allemandes, mais appréciaient par-dessus tout le confort des maisons allemandes.” [Ambrose, 2002, p. 290].

Le feuilleton reprend cette fascination au premier degré, sans essayer de la comprendre, de la critiquer, sans tenter de prendre la moindre distance. Pourtant, Stephen E. Ambrose se pose des questions, des doutes sur les causes profondes de cette “passion” qui ont été émis par l’un des soldats de la Easy. “Il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’un si grand nombre aient tellement aimé les Allemands ; mais comme l’a fait remarquer Webster: `Lorsque l’on cherche à expliquer les raisons de l’engouement superficiel du GI pour les Allemands, il ne faut pas oublier le confort matériel dont il a joui dans le pays de ses ennemis, et nulle part ailleurs.´ Ce que les hommes de la compagnie E ont vu au-delà du Rhin montre bien que les conditions de vie en Allemagne durant la guerre étaient bien supérieures à ce qu’elles étaient en Grande-Bretagne, en France, en Belgique ou en Hollande. Bien sûr, à la mi-avril 1945, les grandes villes étaient écrasées sous les bombes, c’était le Gotterdammerung, le crépuscule des dieux, mais à la campagne, seuls les carrefours routiers importants avaient un peu souffert ; la plupart des maisons étaient intactes et disposaient d’un confort dont la plupart des gens pensaient alors qu’il n’existait qu’aux Etats-Unis.” [Ambrose, 2002, pp. 290-291]

Ce procédé a un nom: glorifier l’ennemi pour que les vainqueurs paraissent encore meilleurs.

Pour être honnête, il y a encore une exception: Renée, l’infirmière de Bastogne. On soupçonne d’ailleurs qu’elle a été la bouffée de douceur qui a permis à Eugène Roe de survivre à l’enfer de la Bataille des Ardennes. Stephen Ambrose ne la mentionne pas dans son livre, mais cette infirmière a réellement existé. “A quelques pas de la place McAuliffe, rue de Neufchâteau, une plaque rappelle la mémoire de Renée Lemaire, infirmière de Bastogne. Au service de l’armée américaine dans l’hôpital installé dans le magasin, elle trouve la mort dans le bombardement de l’hôpital, après avoir réussi à sauver plusieurs blessés.” Les événements sont rigoureusement repris pas la série. Les scénaristes ont simplement déplacé le lieu de l’hôpital du magasin Sarma, route de Neufchâteau vers l’église [site officiel de la ville de Bastogne ].

En fait, tout ceci dénote face à la qualité générale du programme. On se demande pourquoi, les scénaristes, les créateurs ont ressenti le besoin de faire le vide autour de la compagnie. Les réels héros (et les hommes de la Easy en sont) n’ont pas besoin qu’on rabaisse ceux qui les entourent pour briller.

Cela ne concerne pas la Easy, mais vous me permettrez le clin d’oeil. “Enfin, une petite réflexion qu’un monsieur de Houmont près de Bastogne m’a dit un jour. Houmont n’a pas été détruit par l’attaque allemande, mais par la contre attaque américaine qui a envoyé un déluge d’artillerie sur le village pour tenter de tuer un maximum d’Allemands sans perdre trop de soldats américains, et ce, au détriment des civils dont ils se souciaient peu durant la bataille.” C’est Jean-Michel qui m’a communiqué cette anecdote [http://ardennes44.free.fr]. Vous voyez, quand on veut on peut trouver du positif ou du négatif partout: chez les héros, chez les agresseurs ou chez les victimes. Tout est question de choix.

Les Américains sont les sauveurs, serait-ce le message latent du feuilleton? Les Américains de 1945, probablement. Enfin, les soldats… “Peu de gens semblaient se soucier de nous. Merde, la prospérité était de retour, c’était le bon côté de la guerre, le boom économique. On lisait des articles sur les restaurants qui faisaient du marché noir, sur un industriel qui désirait être autorisé à entamer immédiatement sa reconversion, abandonner progressivement les productions de guerre pour en revenir à ses fabrications du temps de paix, et on se demandait si les Américains sauraient jamais ce qu’il en coûte de terreur, de sang versé, de morts atroces pour gagner une guerre”, écrivait Webster [Ambrose, 2002, p. 271].

La colère britannique

“We’re in this together” proclame un article du Guardian Unlimited. Il nous apprend que dans les lignes du Daily Mail, une poignée de vétérans ont condamné la série comme “une insulte aux millions de Britanniques qui ont aidé à gagner la guerre.” Le Guardian soulignait que l’histoire est basée sur un fait réel et qu’on ne peut pas vraiment blâmer les Américains de faire des fictions sur les soldats américains. L’article continuait en précisant que c’est surtout le fait que la BBC ait payé des sommes importantes pour acquérir les droits d’une série qui glorifie uniquement les Américains qui dérangeaient leurs confrères du Mail. Pour ne pas faire face à l’éventuel tollé, la BBC a déplacé le feuilleton de sa première à sa seconde chaîne, moins exposée. La chaîne semble être restée plutôt muette à ce sujet. L’intérêt ici n’est pas vraiment les avis des différents journaux anglais. Cela démontre que la série n’a pas nécessairement été bien reçue partout où elle passait.

Pour la petite histoire, le journal ne manque pas de souligner que le premier rôle est “ironically” tenu par un Anglais, qu’une partie des acteurs est anglaise et que paradoxalement, Tom Hanks y incarne furtivement un officier britannique! D’où vient le problème: que les Américains fassent des films sur leurs héros ou que les Britanniques n’en fasse pas sur les leurs, conclu-t-il.

Le débat s’est prolongé sur internet. La BBC possède une page où les téléspectateurs peuvent donner leur avis sur un programme. Ils se sont déchaînés sur Band Of Brothers. Les critiques sont majoritairement bonnes, très bonnes. On souligne la qualité du casting, des scénarios, du son, etc… Les Anglais reviennent également sur cette omniprésence américaine, généralement ils soulignent que c’est de bonne guerre. Les Américains qui ont surfé sur le site anglais les mettent au défit de réaliser une fiction intéressante sur leurs soldats. Ceci dit, les critiques sont parfois très étonnantes qu’elles émanent du Royaume-Uni ou des Etats-Unis.

  • “I’d been waiting for this to come to Britain for ages due to all the hype. I must say I was greatly disappointed -just another American war film. The acting was wooden, but it was good to see Normandy again- I visited the beaches there last weekend.” (Nicky, UK)
  • “Seeing the Americans winning the war time and time again is getting a bit boring now. What about all the other nations’ solediers ? Also, from what I’ve seen up to now, it is just Saving Private Ryan part 2.” (Jon, UK)
  • “Certainly it seems all other combatants within this arena of war were either not there, or were just inept, as in the case of portrayal of British Forces. I feel this series is aimed at American audiences, who are more likely to appreciate this style of “Hollywood filmmaking” which is poor on historical accuracy.” (Wayne, UK)
  • “Despite the awfuk, `pukka innit´ scene, the series is relatively good. I’ve tuned in every week so far in the hope that I’ll see a maroon beret. I’ll keep my fingers crossed and hope the British Parachtute Regiment are portrayed both professionally and respectively rather than have them used to further enhance the misconception that American alone won WWII.” (Reece, UK)
  • “I missed the first two episodes and I think the programme is very good. It is a shame they didn’t play up the roll of the British in Market Garden. After all, it was our idea. My grandfather was there in the artillery, lets hope one day somebody makes a British film about the war.” (Neil, UK)
  • “If you want to see british troops, don’t blame the Yanks […] I hate the way Hollywood re-write history (U571 and The Patriot being dire recent examples) but this time the job has been done properly.” (Simon, England)
  • “I do think that other nations should be represented more accurately but then this is supposed to be a series based on the Airbine 101st.” (Sean, UK)
  • “So what if it is only about Americans and not British forces ? It was a war and the fact is that these are true events and they are being told by the people who lived through them.” (Andy, UK)
  • “Fantastic series, but I feel the BBC being the `British´ Broadcasting Corporation should try to make a decent British view of World War II before we all forget it was fought in our skies and on this side of the Atlantic” (Scott, UK)
  • “Come on BBC, you have to produce a British view of the war. We see too many American sides of the war, we fought through the whole war ! I’m not putting a downer on Band of Brothers beacause it was superb (it is like having a brillant war film every Friday night !.” (Mark, UK)
  • “As for it being all about the Americans -well, they played a very important part and good for them for having the ability to get something like this on the slam screen. However, I think its about time now the BBC started producing some British World War II dramas as we are in danger of being completely forgotten. Its amazing how many Americans believe they won the war single-handedly.” (Stephen, England)
  • “The effects were very good, however it would be nice to see a brit without that imbecilic accent that all Americans seem to think we have. Please can Hollywood also show that other nations were involved in WW2 and they all played a major part in victory ?” (CD, England)
  • “Great series, and stop complaining about the `cringeworthy´ English accents -you guys obviously don’t realise that even just across the border in Scotland we think you all talk like that !” (Nicol, Scotland)
  • “Absolutely fantastic, as an army man myself I was completely gripped by the relevance of the drama over the past few months.” (Brigadier Stuart MacKinnon, UK)
  • “I love the programme, the sound and visuals are flawless. But I’m an ex-British soldier and in the episode of operation Market Garden, my friends and I were angry at how stupid the British were portrayed against the Americans. We did not stand alone for 4 years by being stupid, before the US military (helped) win the war. So please use more tact when you use allies to make the USA look good, as I find it insulting. Americans are great but they can’t stand alone and Hollywood productions seem to think they can, in any situation. They may create the dream world, but the truth is, the US military has killed more of their own soldiers and allies in their short history than any other nation.” (Richard Orme, England)

     

Le point de vue américain

  • “Take it from a Brit abroad -it may as well be how the Americans won the war… it was slow and boring. This story has been done a thousand times better in many other Hollywood blockbusters… and the idea of David Schwimmer being the though nasty man at the top- don’t make me laugh !” (Sarah, USA)
  • “Secondly, I’d like to adress comments that it’s another movie that pretends only America took part in the war. Well, the book and movie are not about the whole strategie picture of the war : it’s about E Company, 506th regiment, 101st Airborne. Nationalities were kept separated throughout the war, so I doubt highly that they ever would have had reason to fight with the British and canadians in small unit actions.” (Rich, USA)
  • “Whether the unit was British, American, Canadian, Polish or Free-French, the experience must have been similar. We need this kind of story-telling. It should be required viewing for students in high school.” (T Walsh, USA)
  • “The review hit the nail right on the head -Private Ryan without any depth to the characters. Will watch it again because of its accurate portrayal of war, but if I can’t develop some understanding of, and empathy for, the characters, I’ll probably not see the series through to the end.” (Vic, USA)
  • “It’s interesting and I have learned so much more about D-Day. It’s much better than watching one of those documentaries on the history channel.” (Willow, USA)
  • “My one criticism, and the same one I have for most war films, is the age of the soldiers ; as I understand it, the average age of soldiers on D-Day was 19-20 they never appear that young in the films and gettings this right would reinforce the terrible tragedy of it all and the need to never let his happen again.” (Patricia, Canada)
  • “One of the questions I have is whether the demenaour and attitude of soldiers was more like today’s young ones (more sarcasm, cynicism) rather than the way young ones were then -this is an inaccuracy I heard veterans point out about Saving Private Ryan.” (Sergio, USA)

     

Il semble que les publics belge et français se soient moins passionnés pour ce débat. En Belgique, la presse n’a même pas fait écho du débat et ne l’a pas relevé. Il faut dire que généralement les journalistes qui écrivent les papiers sur les séries télévisées n’y connaissent rien du tout!

Difficile de mettre tout le monde d’accord. D’autant que le sujet touche à une histoire qui est encore cruciale pour nos deux continents (la preuve, Bush Jr. s’en est servi pour dénoncer les pays européens opposés à la guerre en Irak). Le feuilleton est bon, le sujet permet aux créateurs de ne pas s’étendre aux Alliés. D’un autre côté, les regrets européens sont tout à fait légitimes. Peut-être est-il bon de revenir jeter un coup d’œil sur l’objectif des créateurs? “En tant que cinéaste, nous espérons bien sûr distraire ceux qui attendent une grande histoire. Nous espérons aussi éclairer ceux qui ignorent l’histoire et ceux qui ne sont pas reconnaissant du coût humain nécessaire pour préserver nos belles libertés”, précisait Tom Hanks.

 

C’est donc bien dans une démarche pédagogique et d’hommage qu’il se situe. Or, on sait que beaucoup de choses (trop?) passent par la télévision et uniquement par la télévision aux Etats-Unis. Les adolescents bénéficient-ils de cours sur la Seconde Guerre mondiale? Qu’y apprennent-ils? La télévision et le cinéma américains n’ont-ils pas réellement une mission d’éducation cruciale aux Etats-Unis? Si tel est le cas, les créateurs doivent être conscients que leurs fictions ont une portée énorme. S’ils montrent des Américains seuls au combat et seuls victorieux, c’est probablement le message que la société américaine retiendra à terme. N’est-il pas aujourd’hui temps que les cinéastes américains prennent leurs responsabilité? Surtout quand ils vendent leur soupe en déclarant qu’ils font un travail citoyen!

Héros oubliés

“La mémoire est un mot délicat à manier. Je m’en méfie parce qu’elle est souvent sélective. La tentation de la mémoire est de ne montrer qu’un seul côté des faits. Résister à cette facilité nécessite un réel courage. Quand François Mitterand a rendu hommage aux soldats allemands et à leur bravoure pendant la Deuxième Guerre mondiale, j’ai trouvé honnête de montrer que la mémoire collective européenne n’était pas hémiplégique.”

Hélie de Saint Marc, Notre Histoire, 2002, p. 275.

 

Cette partie de l’analyse est la conséquence du manque éprouvé lors de la vision de Band Of Brothers (voir ci-dessus). Cette nécessité aussi que je ressens à rendre hommage aux résistants, aux soldats, aux civils qui ont soufferts de cette guerre. Ce sursaut -peut-être tout simplement patriote et naïf- de proclamer, qu’à mes yeux, les héros sont aussi à compter dans ces rangs-là. Et pourtant, au moment d’élaborer ce dossier, je me sentais tellement démunie face à cette réalité. Comment ne pas sonner faux? Comment refléter une part de cette réalité?

J’ai choisi de vous livrer des extraits de lectures, deux romans (Le Silence De La Mer de Vercors et L’Armée Des Ombres de Joseph Kessel) et un livre confrontant les témoignages de deux vétérans: August von Kageneck (lieutenant de panzers sur le front russe) et Hélie de Saint Marc (Résistant et déporté au camp de Buchenwald). Leurs propos ont été recueillis par Etienne de Montety. Notre histoire, 1922-1945 permet de comprendre comment les deux peuples ont vécu l’avant-guerre, les conflits et comment ils se sont reconstruits ensuite. Je pense que face à un témoignage d’une telle valeur, on ne peut que dire: “Merci”.

J’espère que les auteurs ne m’en voudront pas de reproduire ici leurs mots. Ils me semblent beaucoup plus forts que tout ce que j’écrirai jamais. Mais je conseille aux visiteurs du site d’aller lire l’entièreté de leurs pages.

Le peuple français, le choc de la défaite

Hélie de Saint Marc (HSM)
“Je me souviens des préparatifs de la guerre, des rodomontades des officiels, des discours au clairon… “La route du fer est coupée.” “Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts”… J’y croyais. Lors de l’offensive allemande, toute la famille était suspendue à la radio, un gros poste de TSF au son inimitable, ample et grêle. La guerre… Et très vite, la débâcle. Inattendue, radicale, monstrueuse, comme un torrent qui déferle et emporte tout. Depuis ce jour, je sais que tout peut disparaître en quelques heures, que rien n’est impossible. Mon père a eu un malaise en apprenant que le gouvernement demandait l’armistice, le 17 juin.”
[Notre Histoire, 2002, p. 158]

La Résistance

“Et je me suis demandé en esprit positif, en ingénieur qui dessine une épure: Est-ce que le résultat que nous pouvons obtenir vaut ces massacres ? Est-ce que notre journal paye la mort de ses rédacteurs, de ses imprimeurs, de ses porteurs? Est-ce que nos petits sabotages, nos attentats au détail, notre humble armée secrète et qui n’agira peut-être jamais, est-ce que cela balance nos effroyables ravages? Est-ce que nous, les chefs, nous faisons bien d’enflammer, d’entraîner et de sacrifier tant de braves gens et de gens braves, tant de naïfs, d’impatients, d’exaltés dans un combat étouffant, dans une lutte de secrets, de famine, de supplice? Est-ce que, enfin, la victoire a vraiment besoin de nous? En esprit positif, en mathématicien honnête j’ai dû reconnaître que je n’en savais rien. Et même que je ne croyais pas. En chiffres, en bilan pratique, nous travaillons à perte. Alors ai-je songé, alors honnêtement il faut abandonner. Mais à l’instant même où la pensée de renoncer m’est venue, j’ai senti que cela était impossible. Impossible de laisser à l’Allemand le souvenir d’un pays sans sursaut, sans dignité, sans haine. J’ai senti que le cadavre de cet ennemi-là était plus lourd, plus efficace dans les plateaux qui portent le destin des nations que tout un charnier sur un champ de bataille. J’ai su que nous faisions la plus belle guerre du peuple français. Une guerre d’exécution et d’attentats. Une guerre gratuite en un mot. Mais cette guerre est un acte de haine et un acte d’amour. Un acte de vie.”

[Kessel, 1963, pp. 154-155]

 

“En France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Pologne, dans tous les pays occupés, des groupes de résistants se sont formés. L’engagement pouvait prendre différentes formes. Imprimer des tracts, cacher des juifs, aider les soldats alliés, renseignement, vol de coupon de rationnement, refus de parler aux occupant, etc. A Marseille, par exemple, certains enlevaient les taques d’égout avant la nuit. Les seuls à pouvoir se déplacer après le couvre-feu (et susceptibles de se briser le cou) étaient les Allemands et les collaborateurs.”

[Kessel, 1963, p. 134]

 

On a souvent dit que les actions des résistants n’avaient pas été cruciales pour la victoire. Joseph Kessel, qui a écrit et publié clandestinement L’Armée Des Ombres en 1943, répond mieux que je ne le pourrais à cette objection (voir ci-dessus). Quelle récompense ont reçue les civils pour ces actes de bravoures? Généralement, le peloton d’exécution. “Quand on demande aux gens qui, sans être d’une organisation, nous aident à cacher des armes, recueillir des camarades, quand on leur demande ce qui pourrait leur faire plaisir, ils répondent souvent: “Faire dire une phrase pour nous à la B.B.C.” Cela leur paraît une récompense merveilleuse.”

[Kessel, 1963, p.195]

 

Ce livre est basé sur des faits réels, “quotidiens” précise l’auteur. Seule distance prise avec la réalité: les noms, les lieux ont été changés afin que les protagonistes, les réseaux ne soient pas reconnaissables au cas où l’ennemi mettrait la main sur le bouquin.

 

HSM
“On ne s’improvise pas clandestin. C’est une culture, des habitudes qu’il faut forger une à une (adopter une autre adresse, un autre personnage, s’en tenir au minimum dans les conversations, ne rien garder sur soi, faire en sorte que votre capture ne “brûle” pas la cache ou la boîte au lettres du réseau, etc.). Ces attitudes finissent par devenir une seconde nature. Toute ma vie en a été marquée. Aujourd’hui encore -alors que, je vous rassure, mes activités d’espionnage sont réduites à la portion congrue- j’aime cloisonner mes rencontres, ne jamais donner le programme de mes sorties, taire ici ce que j’ai appris là.”

[Notre Histoire, 2002, p. 174]

 

Le Peuple Allemand, noyé par le régime

August von Kageneck (AK)
“Je pense à Fritz Gerlich, qui dirigeait un journal, “Der Gerade Weg” (Le Droit Chemin) et dont les convictions étaient conservatrices. Gerlich rencontra Hitler en 1923, et aussitôt après devint un farouche opposant aux thèses nazies, publiant des articles cherchant à déssacraliser Hitler, à informer sur ses origines, sur la vraie nature de son caractère et de son programme, le tout avec un humour digne de Swift. En juillet 1932, alors que le NSDAP était déjà puissant et son chef à la veille d’accéder au pouvoir, il signa un article intitulé: “Hitler a-t-il du sang mongol”? C’était un extraordinaire pastiche d’article scientifique, qui retournait l’argumentaire hitlérien contre son auteur. L’idéal aryen est raillé de manière cinglante: “Mince comme Goering, grand comme Goebbels, blond comme Hitler!” Gerlich fut arrêté en mars 1933 par les SA, soit cinq semaines après la prise du pouvoir par les nazis. Il était à la veille de publier un article contre le Führer pour tenter de convaincre Hindenburg de le limoger pendant qu’il en était encore temps. Il fut interné au camp de Dachau et assassiné pendant la Nuit des longs couteaux.”

[Notre Histoire, 2002, pp.115-116]

 

AK
“Ma famille ne vivait donc pas dans un bain antisémite, mais avec le recul, je dois constater qu’elle n’exprima pas non plus de compassion. Il existe une phrase terrible du psychiatre Bruno Bettelheim: “C’est avant tout le silence qui a condamné les juifs à mort.” Nous n’avons rien dit et, peut-être pire encore, nous n’avons rien vu, comme si des écailles avaient recouvert nos yeux.”

[Notre Histoire, 2002, p. 137]

 

AK
“Nous ne savions pas exactement ce qui se passait. Mais inconsciemment, j’avais quelques soupçons sur le triste sort qui était le leur. Pour preuve, cette anecdote. Dans notre paquetage, nous percevions un mauvais savon qui ne lavait pas. Entre nous, par un jeu de mots seulement compréhensible en allemand, nous disions qu’il était “fait avec de la graisse de juif”. Touchés par une incroyable cécité, nous ne matérialisions même plus quelle réalité épouvantable cette plaisanterie de soldat recouvrait. Ce n’était dans notre esprit qu’une image. J’ai des frissons, aujourd’hui encore, en racontant cela.”

[Notre Histoire, 2002, p. 143]

 

Les camps

“Et si au fond de ce puits, au fond de cette inépuisable géhenne, si au fond de cette hébétude déchirée j’avais une pensée -s’il me restait un sentiment, c’était l’amer crève-coeur, c’était le déchirement, c’était le désespoir désert et glacé de savoir que des gens, par le monde, des hommes comme nous, avec une tête et un cœur, connaissent notre existence et notre vie, et qu’ils mènent leur vie à eux, leurs affaires d’argent, d’amour et de table, qu’ils avancent chaque jour parmi les choses et dans le temps sans nous consacrer l’obole d’un souci. Et que même il en est d’autres, oui, qu’il en est d’autres, d’autres qui parfois songent à nous -et que cette pensée fait sourire.”

[Vercors, 1951, p. 85]

 

Vercors (le pseudonyme de Jean Bruller) et l’écrivain Pierre de Lescure ont créé en 1941 les Editions de minuit, une maison d’édition clandestine.

HSM
“Un jour, je fus envoyé avec des camarades pour creuser des tranchées à l’extérieur du camp, sous la garde des sentinelles. Nous n’étions pas jolis à voir, les yeux saillants, d’une maigreur effrayante. Or non loin de nous, des femmes travaillaient dans un champ. A un moment donné, l’une s’est approchée de nous. Je la revois encore, cette belle femme de quarante ans, une paysanne bien plantée. Ces détails étaient importants pour des prisonniers privés de présence féminine depuis des années. Elle portait un sac de pomme de terre et a tenté de nous le donner. Les SS n’ont pas voulu. Alors elle s’est mise à les injurier.”

[Notre Histoire, 2002, p. 202]

 

HSM
“Pendant le voyage, un de nos camarades a bout de force va mourir. L’un des prisonniers a une audace inouïe. Il s’adresse au sous-officier qui a la responsabilité du convoi: “Est-ce qu’on peut le laisser chez un habitant?” Le SS consent, mais ajoute: “Si aucun habitant ne l’accepte, on le liquide.” Le convoi s’arrête a une première maison. On frappe, on parlemente. Les habitants n’en veulent pas. Dans une deuxième maison, même scénario. Personne ne veut le recueillir. Enfin, une troisième porte s’ouvre et quelqu’un l’accueille… L’homme est sauvé. Les SS abandonnent leur victime, moins par commisération que par indifférence.”

[Notre Histoire, 2002, p. 224]

 

AK
“Avant la guerre, les Allemands furent les premières victimes des camps. On savait parfaitement que si l’on ne s’alignait pas sur les opinions officielles, on risquait l’arrestation. Mais cette crainte était souvent recouverte par un sentiment pervers: pour nous, ces lieux de mort étaient le revers de la médaille, quelque chose comme l’effroyable prix à payer pour ce que le régime donnait à l’Allemagne: l’unité retrouvée, la puissance économique, la force militaire…”

[Notre Histoire, 2002, pp. 191-192]

 

HSM
“Après la guerre, la découverte des camps de concentration a occulté un fait marquant des années 30. L’Europe était alors couverte de camps: détention, réfugiés, transit. Dans la France de la IIIème République, les réfugiés rassemblés dans des camps dits de “recueil” dans le sud (Argelès, Saint-Cyprien, Gurs…). Je sais même qu’il y eut un camp officiellement dénommé “de concentration” à Rieucros, en Lozère.”

[Notre Histoire, 2002, p. 191]

Les soldats allemands

August von Kageneck rapporte une opération de l’armée allemande qui suivit la prise de Tarnopol en juillet 1941. “Le soir même de notre victoire, un de mes soldats, dépêché en ville pour récupérer un blindé endommagé, fut témoin d’un effroyable spectacle relevant du crime de guerre. Des hommes en tenue SS assassinèrent sauvagement tous les juifs de la ville, aidés par la population: pour économiser leurs munitions, les soldats frappaient avec des bêches et des pioches. Le massacre dura deux jours, et le nombre des victimes s’éleva à près d’un millier de juifs. […] Comme les témoins étaient plusieurs, le récit a fait le tour du bataillon et entraîné des réactions violentes de la part des hommes: c’est la première fois que je les vis enfreindre les règles de discipline pour dire à leurs officiers ce qu’ils avaient sur le coeur: ce “nettoyage” était inadmissible. Ils ne voulaient pas être complices de tels procédés. Il fallut ramener le calme dans la troupe.”

[Notre Histoire, 2002, p. 187-188]

 

HSM à propos de la peur du soldat
“Face au danger, il est plus facile d’être courageux quand on a un commandement -vingt ou cinquante soldats sous sa responsabilité et, qui plus est, qui vous regardent et comptent sur vous- que d’être seul, isolé… Un de mes amis m’a raconté l’histoire suivante. Il avait été officier, avait connu l’Indochine, les embuscades où il s’était montré très courageux. Puis il a quitté l’armée, est devenu correspondant de guerre. Il a eu pour mission de couvrir la guerre du Vietnam. Et, m’a-t-il confié, un jour il s’est retrouvé au milieu d’un accrochage. Il était journaliste, donc sans aucune responsabilité, mais sans savoir non plus ce qui se passait, et il m’a dit exactement ceci: “J’étais seul au fond de mon fossé, sans aucun ordre, sans personne qui me regardait, et j’ai été pris d’une trouille effroyable! Parce que je n’avais plus d’exemple à donner, plus l’obligation d’être à la hauteur de ceux qui étaient courageux autour de moi.”

[Notre Histoire, 2002, p. 215]

 

AK
“L’écroulement moral d’un homme peut venir très vite. J’ai vu des officiers pleurer au plus dur des accrochages entre l’armée russe et la nôtre, pendant l’été 1942. Je me rappelle le capitaine Huebner, un officier qui commandait une compagnie de fusiliers motocyclistes dans notre bataillon. Au cours d’une contre-attaque menée par des chars, les fameux T34, il avait pratiquement perdu sa compagnie entière. Il a commencé son rapport (“J’ai perdu quatre-vingt hommes sur cent…”), et s’est effondré en larmes. Le commandant a dû le redresser et consoler comme un enfant ce soldat qui, quelques jours plus tôt, forçait l’admiration de tous par son énergie et sa détermination.”

[Notre Histoire, 2002, p. 218]

 

AK
“J’ai vécu la guerre, non pas de je ne sais quel promontoire d’où j’aurais pu apercevoir les massacres et les camps, mais au niveau de la tourelle de mon char, avec comme horizon une forêt ou un fleuve et comme perspective le risque de recevoir une balle, un éclat d’obus ou une décoration. Il m’a manqué du recul, du temps, pour m’offrir au cœur de la tourmente une réflexion sur la tragédie dont j’étais l’acteur et aussi le complice.”

[Notre Histoire, 2002, p. 278]

 

L’après guerre

HSM
“Le ‘Chagrin de la guerre’… Je n’ai jamais connu une expression plus juste que ce titre d’un roman vietnamien de Bao Ninh, qui écrit: “Le chagrin de la guerre, dans le coeur d’un soldat, est semblable à celui de l’amour: une sorte de nostalgie du dénuement des heures noires, lorsque plus rien d’accessoire n’existe, et, deci delà, une infinie tristesse devant un monde qu’il ne reconnaît plus.” J’avais trop rêvé. En déportation, la France avait été pour moi le pays du lait et du miel dont parle la Bible. J’avais rencontré, derrière les barbelés, des hommes qui avaient donné leur peau pour la liberté d’autres hommes. Or la vie de tous les jours, celle de la paix de l’année 1945, n’était pas à la hauteur de ce don-là.”

[Notre Histoire, 2002, p. 265]

 

AK
“Pour regarder son histoire en face, l’Allemagne a décidé qu’il n’y aurait qu’un seul Memorial Day, le 11 novembre, jour où l’on se souvient de tous les morts des guerres, aussi bien des victimes du nazisme que des soldats de la Wehrmacht morts au combat. Cela se passe non pas à l’occasion d’un défilé ou d’une prise d’armes, mais au cours d’une cérémonie très dépouillée, à Berlin, devant une simple sculpture qui montre une mère et son enfant. Une sorte de figuration de la pietà qui symbolise la douleur…”

[Notre Histoire, 2002, p. 275]
Introduction "Quant au récent renouveau d'intérêt pour la Seconde Guerre mondiale - livres, films et projets télévisés-, Stephen E. Ambrose attribue le phénomène à deux facteurs : les vétérans eux-mêmes, et le changement d'attitude de l'Amérique face à son histoire. Dans le cas des vétérans, il…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Frères D'Armes

Critique de l'auteur: Elle est très américano-centrée mais sinon c'est probablement la meilleure série de guerre de tous les temps.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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