Wild Palms

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“Oliver Stone présente Wild Palms. Un univers où vous perdrez le contrôle de vos rêves, où vous perdrez le contrôle de la réalité, où vous vous sentirez perdus…”. C’est ainsi que le Génération Séries du printemps ’95 présentait la série. La rédaction offrait alors les VHS de Wild Palms en cadeau à ses futurs abonnés.

La mini-série Wild Palms est pratiquement inconnue des téléspectateurs francophones. Elle a été diffusée en 1993 aux Etats-Unis. Arte l’a programmée le samedi à 20h45 du 17 février au 23 mars 1996. Autant dire que seul un public d’élus a eu la chance de croiser ses images splendides.

La série est adaptée du comic-strip de Bruce Wagner paru dans “Details” début des années ’90. C’est son auteur lui-même qui fut chargé de la transposition par Robert Iger, le patron d’ABC. “Nous ferons de Wild Palms l’événement télévisuel de la décennie” a-t-il promis à Wagner. En effet, les 5 épisodes provoquent un tollé aux Etats-Unis. Mais la série récolte entre 17 et 20 % de parts de marché dans le pays, un succès. L’objectif avoué de la chaîne était de faire parler d’elle, comme 3 ans plus tôt avec Twin Peaks.

Pour cela, il fallait un grand nom pour la production exécutive. Oliver Stone s’y colle. Platoon, Wall Street, JFK, The Doors lui ont déjà procuré ses lettres de noblesse. Stone est une pointure telle qu’ABC renseigne “Oliver Stone présente…” sur les publicités pour la mini-série. Les dossiers de presse prétendent qu’il fut présent sur le tournage du début à la fin, histoire de contrôler tout ce qui s’y déroulait.

Et en cinéaste averti, Stone choisit bien ses collaborateurs. Quatre réalisateurs se sont partagé les 5 épisodes (présentés en 6 volets en France). Le point commun de ces cinéastes, selon Christian Durante: le fantastique et l’action violente.

Kathryn Bigelow a travaillé sur The Loveless, Aux Frontières De L’Aube, Blue Steel, Point Break, Strange Days. Phil Joanou est un spécialiste de la violence: Les Anges De La Nuit, Sang Chaud Pour Meurtre De Sang Froid. Les deux autres réalisateurs -Keith Gordon et Peter Hewitt- n’étaient pas encore distribués en France au moment du passage de la série sur Arte. Mais la cohérence de l’ensemble en dit long sur la présence de Stone.

“L’ennemi, c’est la télévision, ou plutôt l’usage qu’on peut en faire”
(Christian Durante)

La bande dessinée de départ est une description de la bourgeoisie d’Hollywood et de Beverly Hills dans le futur. La série se déroule en 2007 et se situe dans le même milieu.

Nous sommes dans une famille américaine tranquille: Grace est une maman et une épouse parfaite, Harry est un père de famille dynamique et un avocat talentueux, les deux enfants sont bien élevés. Mais rien n’est aussi idyllique qu’Harry voudrait bien le croire. Le pilote commence par une scène de cauchemar, Deirdre (la petite fille du couple) refuse de parler. L’angoisse se met peu à peu en place.

Les scènes de bagarres ou d’arrestations musclées se déroulent dans l’indifférence totale des passants. Les rues sont assez peu peuplées… On découvre, en même temps que les protagonistes, les liens incroyables qui les unissent, les oppositions très anciennes qui les meuvent.

Derrière la façade bien nette que la bourgeoisie entretient se déroule un drame “antique” comme dirait Christian Durante. “On se retrouve ainsi dans une sorte de fratrie antique, de famille calquée sur l’Olympe, avec ses demi-frères et soeurs, ses parents cachés ou reniés, tout un ensemble de haines confites et recuites. On pense au chef-d’oeuvre de Jean Ray Malpertuis… davantage qu’à Dallas”. Les fondations de cette nouvelle société sont beaucoup plus obscures qu’il n’y paraît.

En 2007, une dictature insidieuse s’installe. C’est le travail de 30 ans d’un seul homme: Tony Kreutzer. C’est par la télévision qu’il s’est imposé, en abrutissant puis en manipulant les téléspectateurs. Mais la télévision n’est pas le seul thème, cher à Oliver Stone, que la série aborde. Tony Kreutzer a de multiples facettes… Politique, secte, dépendance aux drogues, élections truquées, l’univers de Wild Palms est plein de ressources.

Le tout est enveloppé dans une intrigue qui se développe petit à petit, d’une manière très subtile. On ne s’ennuie jamais devant Wild Palms. Les personnages sont très intéressants et étonnent à chaque épisode. Les destins sont très entrelacés, mais on ne comprend que lentement ce que tout cela implique.

Les couples sont au bord de la faillite, les familles sont peu à peu détruites, les échanges d’enfants ont beaucoup plus marqué les consciences que prévu. Les violences, tortures mentales, déchéances physiques (omniprésentes) mettent en place le malaise. Les meurtres, infanticides, la découverte de dessous des tables ne rétablissent pas l’équilibre…

Installation de la dictature: le sénateur

Tony Kreutzer est à la tête d’un empire aux multiples tentacules. Il veut asseoir son pouvoir et a compris que l’image était une arme très efficace. Kreutzer n’est pas né de la dernière pluie: cela fait 30 ans qu’il tisse sa toile. Il est entré en politique à la fin des années ’70. Le père de Paige, journaliste, a compris que c’était un dangereux démagogue. Il a écrit une série d’articles qui lui ont fait perdre les élections. Mais Tony n’avait pas abattu sa dernière carte.

Le deuxième pan de son empire est une secte, la Synthiotique, qui a fait parler d’elle dans les années ’60. Le groupe est marginal et décrié au début, mais il s’installe petit à petit. Certaines personnes font partie de l'”Eglise”. D’autres, comme Kevin, le collègue d’Harry, ont lu le livre de Kreutzer et ça a changé leur vie (Kevin était alors en prison pour cambriolage).

Au fil des épisodes, la Synthiotique est de plus en plus importante. On assiste a des cérémonies réunissant de plus en plus de fidèles. Jusqu’au moment de la chute généralisée de l’empire.

Kreutzer est aussi le fondateur des Pères, un groupuscule politique qui veut prendre le pouvoir. Dans les années ’70, les Pères étaient opposés aux Camarades (les Frères dans la VO), un groupe politique “obnubilé par la déclaration des droits de l’homme” (Paige Cats). La lutte fut rude. La crise que les USA a traversée était planifiée. Rien n’est clairement expliqué, mais on sait qu’une bombe a explosé en Californie. Elle a fait 90.000 morts.

Peter parlera aussi d’un mystérieux “jour du fléau”. Le sénateur était derrière tout cela. Il a mis des terroristes au gouvernement, a donné le pouvoir à la police et les Camarades ont été assassinés ou enfermés dans un hôpital psychiatrique dans le désert (State Perceptory, Institut d’hygiène mentale). Le mouvement dépasse les frontières des Etats-Unis. Le Japon semble aussi touché. Le père de Iro est mort dans une réplique japonaise du “Manoir”.

Aujourd’hui, la lutte semble complètement oubliée de tous sauf de quelques résistants Camarades. Mais la répression policière existe, des gens sont enlevés, d’autres agressés en rue. Harry dira: “Il n’y a plus de police. A moins qu’elle ne soit omniprésente?”.

Les Pères sont donc toujours actifs. Ils sont au pouvoir (Kreutzer est devenu sénateur). Et leurs méthodes sont loin d’être banales. L’enlèvement d’enfants, plus précisément leur échange, est la plus horrible. Les Pères ont pris les enfants de Camarades pour les mettre dans des familles Pères et vice-versa. C’était “un moyen de faire plier l’ennemi” dira Josie, une contamination par l’intérieur.

Les enfants de Paige et Grace ont ainsi été permuté. Les enlèvements ont marqué les esprits. Peter, par exemple, est très touché. Il s’est identifié au gamin de La Fureur De Vivre qui croit que les personnages de James Dean et Nathalie Wood sont ses parents. Il souffre de la situation. “Ils volent les enfants, les rêves et les souvenirs pour les revendre en soldes”, dit-il à Harry. Mais Harry, lui, a complètement refoulé ses souvenirs. “Harry rappelez-vous de vos origines”, lui demanderont les Camarades au début de la révolution.

C’est pour cela que la “dynastie” Kreutzer est aussi difficile à démêler, tant il a brouillé les pistes depuis des années. Harry est ainsi son fils, né d’un adultère. Tex Wyckoff était un ami de Tony. Quand il a appris l’infidélité de sa femme, il a tenté d’assassiner le sénateur qui a été plus rapide. Coty est aussi le fils de Tony, né de sa liaison avec Paige. Celle-ci était destinée dès l’enfance à devenir sa femme. C’est pour cela qu’elle s’est éloignée d’Harry à qui on a présenté Grace.

“Ils disaient que la révolution ne serait pas télévisée. Ils avaient tort”
dit la publicité pour les Fenêtres Du Culte (Church Windows)

Cette lutte entre deux groupes, cette secte, tout le monde semble les avoir oubliées. C’est parce que Kreutzer a transposé la bataille sur un autre terrain. Il a décidé de conquérir le monde par l’image. Car le sénateur n’a qu’une ambition: dominer le monde, répandre sa “religion”.

Au début de la série, le groupe Wild Palms, qui appartient à Kreutzer, présente une nouvelle technologie: la téléprésence (créée sur base d’hologrammes). Le sénateur compte bien appliquer cette technique à une nouvelle sitcom, Les Fenêtres Du Culte, qui fera bientôt son apparition sur Canal 3, la chaîne de télévision qu’il vient d’acquérir. Kreutzer contrôle le processus du début (la conception des programmes, des décodeurs chez Mimécom) à la fin (la chaîne de télévision, la production de la série).

Au fil des semaines, la technique se perfectionne. Elle devient commercialisable. Et un nouveau décodeur, puis une caméra (la mimécam) sont mis en vente. D’abord les gens reçoivent de simples hologrammes qui “transportent” les acteurs en 3-D dans leur salon. Puis un détecteur anticollision empêche les hologrammes de rencontrer les meubles. Ils s’intègrent ainsi parfaitement à l’intérieur des téléspectateurs. Puis une drogue, la mimésine, permet de toucher les hologrammes, renforçant encore l’impression de réel. L’interaction est parfaite. Harry aura ainsi le grand bonheur d’embrasser Miss Alabama.

La mimésine est le fruit de longues recherches menées sur le venin des poissons globes que la Mimécom a trafiqué. Le procédé est donc révolutionnaire, mais très dangereux puisqu’il rend les gens dépendants de la télévision. La mimésine est une drogue qui occasionne une forte dépendance surtout à forte dose (maux de têtes, évanouissements, …). Elle est d’ailleurs utilisée en torture par les Pères.

Et, si les doses sont dépassées, le sujet ressent des effets secondaires terribles. Tommy a des visions (il voit des cathédrales) et souffre de migraines. La drogue finira par le tuer. Rapidement, des réseaux de dealer abreuvent le marché d’images. et, comme il existe des doses “coupées” aujourd’hui, certains n’hésiteront pas à “diluer les images” rendant les mauvais trips de plus en plus fréquents. Le “mal de l’image” se répand parmi la population (le sénateur lui-même est dépendant).

Mais surtout, le sénateur a créé le règne de l’image toute puissante. Les humains ne vivent plus dans la réalité, mais dans le monde virtuel rendu possible grâce à la drogue. La manipulation est complète puisqu’on ressent “réellement” quelque chose qui n’est qu’un programme de télévision.

Où est le réel, où est la fiction quand on peut échanger un assassin par un autre sur l’image, qu’un être humain bien réel se fait tuer par son “double” virtuel, qu’on “vit” la sitcom du soir ou du moins qu’on la ressent? Un monde qui ne se cantonne pas au divertissement, mais qui prend le pas sur la réalité.

“Ils veulent tout faire passer par la TV. Tommy le savait, il savait beaucoup plus” confiera Eli. “Les Fenêtres du culte ne sont que le début, une belle aumône pour les masses”. La manipulation de la télévision est insidieuse. Les enfants sont abrutis par des dessins animés débilisants. Gros plans sur leurs visages inexpressifs. Les adultes sont abreuvés de violence. Ils ne réagissent plus quand des hommes qui se présentent comme policiers embarquent (je devrais dire enlèvent) un homme.

On peut aussi s’interroger sur la santé mentale des autorités qui laissent une drogue en vente libre. Le but est de maintenir la population dans un état léthargique. “S’il n’y a plus de chaîne, la cité va devenir ingouvernable” s’exclame un des protagonistes.

Au fur et à mesure que Canal 3 acquiert des parts de marché, les violences policières se multiplient dans les lieux publics. Oliver Stone pose la question de l’influence de la télévision, de la violence, sans toutefois y répondre. Notez que quelque temps plus tard, il sortira le toujours très contesté Natural Born Killer.

La police n’existe plus. Pire, la justice fait défaut: il ne reste que le tribunal populaire. L’image fait loi. Kreutzer l’a bien compris: “Les gens croient ce qu’ils voient”. Et donc si un habille trucage met Harry dans le rôle de l’assassin de Grace, le peuple pense qu’il l’est réellement.

C’est seulement quand l’infamie de Josie est montrée en image ou dénoncée par les médias (Harry leur a donné le journal intime de Grace) que les foules commencent à comprendre que Kreutzer n’est pas aussi bon qu’il en a l’air. D’ailleurs les seuls qui restent lucides sont ceux qui ont rejeté la télévision. Eli écoute plus volontiers la radio et Peter est le dernier à fréquenter les salles de cinéma.

Le sénateur veut aller jusqu’au bout et devenir lui-même une image afin de manipuler les esprits. “Ils veulent conquérir nos imaginations. Nos rêves vont lui permettre d’atteindre les portes de l’éternité” (Eli). Le sénateur veut se faire greffer une “nanopuce”, la “clé du voyage”, qui lui donnera l’“apparence d’un fantôme, comme un hologramme, il pourra entrer dans les rêves à loisirs”. Elle lui donnera aussi l’immortalité. “Le sénateur veut devenir immortel qui d’autre le mérite davantage?” (Jack). Personne sans doute, lui qui a installé son pouvoir politique, sa religion par l’image (Church Windows est le nom anglais de la sitcom, c’est clair au moins…).

La figure du père

L’autorité n’existe plus au sein de la société (plus de justice, plus de police). Elle a été usurpée par un manipulateur. Au sein des familles, le constat est identique. Les familles sont éclatées. Les enfants enlevés ne reconnaissent plus leurs parents. Ceux-ci font d’ailleurs piètre figure.

Du côté des mères, Paige est empêchée d’en être une puisque son enfant (Coty) a été enlevé ainsi que l’enfant “échangé” (Peter). Grace est peu à peu rejetée par Coty. Elle ne figure pas sur le dessin de sa famille, il lui répond, il conteste son autorité. Josie est une femme diabolique qui a arrangé le mariage de sa fille (pour que Tony puisse se marier avec Paige). Josie n’hésite pas à frapper sa fille puis à la tuer. Durant toute sa vie, elle l’a réprimée.

Les pères sont morts (Kevin, Tex Wyckoff, celui de Paige), inconnus (Coty et Harry ne savent pas qu’ils sont les fils du sénateur). Harry ne semble plus pouvoir tenir son rôle. Coty garde plus longtemps un respect de façade envers lui. Il lui dit souvent qu’il l’aime, mais sur le même ton qu’il emprunte lorsqu’il joue dans Les Fenêtres Du Culte. La sitcom ne valant pas grand chose (vive les rires pré-enregistrés), cela en dit long… Coty renie finalement Harry. Pour couronner le tout, l’avocat est incapable de reconnaître son véritable fils quand il le croise. C’est Peter qui lui révèle les liens qui les unissent.

Les couples aussi sont en mauvaise position. Celui d’Harry et de Grace se casse la figure. Josie et Tobias se cachent ainsi que Kreutzer et Paige. Tchikie a une relation avec Terra, une jeune fille sublime, mais virtuelle. Il s’avérera qu’il s’agit d’un vieil homme (on prend l’apparence que l’on veut sur le réseau). Seules les relations antérieures à l’époque “Kreutzer” semblent fiables: Harry et Paige, Grace et Iro.

Seules les fratries semblent résister. Josie et Tony sont associés dans le crime. Coty ne tient qu’à une seule personne: Deirdre. Quoiqu’il semble brûler d’un amour peu “fraternel” pour elle. Peter est le personnage qui tient le plus à la famille. Les fratries se reforment quand les Camarades gagnent (les Frères en VO, ce n’est pas innocent…).

Tout un temps, Coty semble respecter l’ascendant de Josie. Sa grand-mère (en fait tante) est manifestement la seule personne qu’il écoute. Mais il tentera aussi d’outrepasser cette figure-là. Il n’hésite pas à la frapper et à la menacer. Selon lui, ils sont pareils, tout aussi criminels l’un que l’autre. Sauf que ses “crimes auront plus d’envergure. Un jour, j’éclipserai le soleil”. Josie et Kreutzer ont créé un monstre qui les dépasse: après avoir assassiné Kevin, Coty fait éliminer Josie et prend la place du sénateur à la tête de la Synthiotique.

Plus aucun repère… Tony a réussi son coup. Il ne reste que les images et son pouvoir. “Les mères n’existent pas, seuls les Pères existent” lancera Coty. Un constat que fait aussi Eli: “Soyez notre cheval de Troie, Harry. Et n’oubliez pas: il n’y a plus de politique, rien que des maisons au bord de la mer et des Pères”.

Dans ce monde où les familles sont inexistantes, le mouvement de Kreutzer est la seule autorité possible. Les “Pères” remplacent les “pères”. “Tu étais gentil avec moi, mais je ne suis plus ce petit garçon. Les temps des `petit écoute ton père´ est terminé à présent. Ce sont les Pères que les fils doivent écouter. Il y a tellement d’ennemis sur la route du Grand Jardin” (Coty).

On peut d’ailleurs comprendre que le sénateur ait avili l’autorité parentale. Son père à lui était loin d’être une image d’Epinal. il était ivre mort du matin au soir. Il ne l’a jamais emmené voir sa mère enfermée dans un camp au Japon (post Pearl Harbor). Il n’a rien fait pour la libérer et elle est morte de maladie quelques jours avant la libération. Il en fait d’ailleurs de terribles cauchemars où son père l’oblige à creuser un trou (une tombe?) dans les dunes et à y descendre. Pas étonnant qu’il désire autant l’immortalité…

Les seuls enfants qui sortiront vivants de la Révolution sont ceux qui ont refusé la mainmise des Pères. Peter était très attaché à Grace, la mère qu’il n’a presque pas connue. Il la défendait au point de tenir tête au dangereux Coty.

Deirdre est un personnage beaucoup plus subtil, une “Cassandre muette”. Elle casse son refus de parler au début pour lancer un “oracle”: “Toute chose doit partir un jour”. La phrase, étonnante dans la bouche d’une petite fille, annonce les événements qui vont suivre. Mais elle n’accède véritablement à la parole qu’une fois le pouvoir des Pères détruit. Elle articule le premier mot que prononcent tous les enfants: “papa” (première phrase que Harry entend). Le “papa” revêt une tendresse qui s’oppose à l’officielle froideur du “Père”.

Les signes… du secret

Deirdre symbolise à elle seule le secret, un thème constant dans la mini-série. Les Camarades se cachent depuis 30 ans, ils ont construit des réseaux de souterrains (des “passages secrets”). Les liens entre certains personnages sont aussi des “secrets bien gardés”. Josie et Tobias, Paige et le sénateur, puis Paige et Harry, Tchikie et les Japonais…

Les relations se nouent sous le manteau. Certaines sont même cachées des principaux intéressés (les liens de filiation). Le secret est aussi la caractéristique des dictatures qui s’imposent par la ruse et, ici, par le contrôle des pensées, l’annihilation de tout esprit critique. Il n’est donc pas étonnant qu’une fois la dictature tombée, Deirdre accède pleinement à la parole. “J’ai beaucoup de choses à te dire”. Elle confirme ainsi son rôle de visionnaire. Elle sait beaucoup de choses qu’elle a tues pendant des années.

D’autres indices se constituent en réseaux au fil du récit jusqu’à former des signes. Les rhinocéros, les palmiers et les piscines sont des motifs récurrents qui ne sont pas simples à décoder… On peut tenter d’y trouver de mini-interprétations, mais des zones d’ombres subsistent.

Le rhinocéros blanc apparaît dans les rêves d’Harry. Il est tapi au fond de la piscine ou dans le salon. On le rencontre surtout au début de la série, après les cauchemars d’Harry semblent moins fréquents. Mais il n’est pas le seul à avoir vu le rhinocéros. Coty aussi. Et Josie lui recommande de n’en parler à personne et de ne pas le craindre. “Si on a peur du rhinocéros, le rêve disparaît et on devient aussitôt comme les autres”.

Il semble donc que le rhinocéros s’apparente au “symptôme” des psychanalystes. Dans cette époque du secret, il révèle quelque chose de refoulé. Ceux qui ont vu, ou voient le rhinocéros sont liés de près aux Camarades ou aux Pères. D’ailleurs quand Harry prend conscience de ce qui se passe, quand il se rappelle ses origines comme le lui ont demandé les Camarades, alors il ne rêve plus du rhinocéros.

Le rhinocéros est la personnification des liens entre les personnages. La seule fois où il apparaît réellement, Paige tente d’embrasser Harry (or, c’est le couple initial). C’est le sénateur qui a brouillé les liens entre les gens. C’est lui qui détient la clé. Il est logique que ce soit lui qui connaisse le mieux le rhinocéros. “Savez-vous ce qu’est le rhinocéros? C’est tout ce qui reste de la licorne: un extraordinaire atavisme, la réminiscence d’un mythe somptueux, brutal et presque aveugle, d’un extrême raffinement”.

En fait, la licorne n’est rien moins que le sénateur lui-même. Quand il “meurt”, il dit: “La licorne, quand elle est encerclée par les chasseurs, elle se jette dans le vide et le transperce avec sa corne”. D’ailleurs quand la Synthiotique semblait au plus haut, Coty avait annoncé au sénateur et à Harry: “Aujourd’hui c’est un jour pour les licornes”.

Marque du secret, le rhinocéros est aussi la preuve qui dévoile la culpabilité de Coty dans le meurtre de Kevin. La victime avait une statuette dans la poche… Issue de la collection du jeune garçon.

Les palmiers, du haut de leur grandeur, ont vu beaucoup de choses. Leurs palmes connaissent les secrets du vent. “Si j’avais le temps, je te raconterais des choses que seuls les palmiers connaissent sur ta mère et le sénateur” (Tony). Visuellement parlant, ils sont omniprésents (ils sont les seuls à apparaître au générique). C’est parfois de leur point de vue qu’est filmée une scène. Quand Peter et Harry se rencontrent pour la première fois, par exemple.

Ils sont ce que les micros étaient au KGB pour celui qui sait décoder leur langage. “Tu vois les palmiers dehors? Tu les vois frissonner dans le ciel bleu tendre? Ils sont le reflet du mysticisme d’un jour de grand vent” (Coty). Or on sait à quel point mysticisme, secte et dictature sont liés.

La résidence de Kreutzer et sa société s’appellent d’ailleurs Wild Palms. Deux personnes observent les palmiers: Grace quand elle entre en dépression et Deirdre. Coïncidence ou pas, ces deux personnages féminins accèdent au secret. Grace comprend beaucoup de choses avant Harry, renaît à ses origines en quelque sorte (son père est un des fondateurs des Camarades). Elle en mourra. Deirdre semble décrypter leur langage puisqu’elle aura beaucoup de choses à dire à son “papa”.

Le rhinocéros est la marque du secret, les palmiers révèlent les choses. Notamment l’endroit où se trouve la nanopuce par le tatouage de Harry. Ils révèlent aussi les liens entre les personnages. Ceux qui portent un palmier sur la main sont Harry et Kreutzer (fils et père). Le responsable des archives où se rend Harry pour enquêter sur la disparition de Peter (père et fils). Dans un cauchemar d’Harry, Grace le porte tatoué dans le dos, or Harry et Grace sont au centre des deux groupes politiques. Quand il retourne sa femme, son visage est celui d’un vieillard… Leur mariage a été arrangé par Kreutzer.

Combattre l’empire de Kreutzer infiltré partout, c’est d’abord détruire les palmiers espions. “Demain nous irons au désert, nous jetterons les palmiers aux flammes”, proclame Eli à l’aube de la révolution. Les palmiers sont bel et bien brûlés à la fin…

Il n’est pas étonnant de trouver des piscines partout: nous sommes dans les quartiers chics de Los Angeles. Mais la première séquence de la série donne le ton: c’est dans la piscine que se trouve le rhinocéros. Or dans les métaphores, le hasard n’existe pas. Les piscines s’installent en réseau dans le texte. Et dans le sol puisque c’est de celle d’Harry que partent les souterrains des Camarades.

Pour se protéger des Pères, il suffit de remplir le bassin. Coty, impuissant, ne peut que regarder l’eau qui coule quand son père descend pour la première fois dans les tunnels.

Les piscines sont aussi le seul lieu où se rencontrent Josie et Eli, la mère et le père de Grace. Ils sont divorcés depuis longtemps et appartiennent chacun à un groupe politique différent. Josie, le “démon femelle”, a fait assassiner la deuxième femme d’Eli (la mère de Tchikie). Eli la hait. Pourtant, Eli est toujours en vie et ne se l’explique pas. Peut-être Josie l’aime-t-elle encore ? “Je t’aime comme au premier jour” dira-t-elle lors d’un “dîner” dans une piscine vide. Elle avouera aussi à Tchikie que Eli fut son seul grand amour. Leur deuxième “dîner” est plus dramatique. La piscine est pleine et Josie y noie Eli.

Harry et Tommy, Harry et Paige, Harry et Kreutzer; la plupart des rencontres se font au bord d’une piscine. L’extrait que Peter préfère dans La Fureur De Vivre se déroule aussi à cet endroit.

Renaître à la révolution: Harry

Harry Wyckoff est un avocat d’affaire qui travaille pour un cabinet réputé. Jusqu’au jour où Paige Cats réapparaît dans sa vie et lui demande de retrouver son fils Peter enlevé 5 ans plus tôt. A partir de ce moment, la vie d’Harry bascule.

On ne peut pas vraiment dire que Paige est la cause de la rupture puisque le malaise était déjà latent: Harry fait des cauchemars récurrents, son couple n’est pas totalement heureux (au début de la série, il avoue à son psy que Grace et lui n’ont plus eu de relations sexuelles depuis longtemps), sa fille refuse de parler, son fils est “trop gentil pour être vrai”… Paige est consultante pour le groupe Wild Palms qui est en procès contre un des clients du cabinet qui emploie Harry. C’est la raison pour laquelle on le met de côté. Harry est engagé comme directeur commercial de Canal 3.

Cependant, ce n’est pas seulement son travail qui change, mais le monde dans lequel il vit. Grace entre en dépression et on comprend vite qu’une simple jalousie vis-à-vis de Paige ne peut expliquer un état pareil. “Je me sens comme un animal qui sent venir sa mort (…) C’est plein de fantômes le Kabuki (Japon!). J’ai toujours aimé les fantômes. Je n’en avais jamais eu peur. J’en ai peur maintenant Harry” avouera-t-elle après sa tentative de suicide.

Que se passe-t-il quand elle demande à sa mère si Coty est bien un enfant “échangé”? Josie la bat et lance: “Ne me fait pas l’affront de croire que tu ne sais pas”. Il est là le problème de Grace et Harry. Depuis des années, ils avaient refoulé tout un pan de leur passé. Le père d’Harry mort, son histoire avec Paige, le père de Grace enfermé, sa mère démoniaque, leur mariage arrangé, ils ont tout oublié. Leur vie ne leur appartient pas vraiment, mais ils ne l’ont pas compris ou n’ont pas voulu le comprendre.

Mais en 2007, Kreutzer arrive à ses fins. Il entre dans l’étape finale de sa prise de pouvoir. Harry et Grace sont les descendants de cette dynastie. Ils ne peuvent plus se voiler la face. Et, inconsciemment, ils le savent. Après une scène d’arrestation violente, Harry raconte à son psy: “Je me suis identifié à ces hommes. Je me sentais du côté des agresseurs”. C’était le cas. Grace se rend rapidement compte de ce qui se passe, notamment grâce à un ancien amant japonais. Mais pendant quelques temps, ils refusent toujours de faire face.

Tout le monde autour d’eux prend une position politique: Tommy, Tchikie, Paige, le peintre et sa soeur. Grace et Harry ne pourront rester inactifs longtemps. “Je reviendrai pour vous. Je viens vous aider tous et tu seras là Harry Wyckoff. Tu es né pour cela” (Eli). C’est tellement évident qu’on se demande comment ils ont pu occulter leurs origines aussi longtemps. “Sa mère a fait du bon boulot”, dira Eli à Harry. Grace n’a jamais parlé de son père à Harry. Parce qu’elle avait été manipulée par Josie? De même, toute la vie du couple n’est qu’un énorme lavage de cerveau. Josie et Tony savaient quel danger ils pouvaient représenter. Ils les ont maintenus ignorants et inoffensifs.

Pourtant les choses ressortent quand même: violemment pour Grace, plus en douceur pour Harry. Et ils prendront position pour les Camarades jusqu’à s’engager dans la révolution. La mort de Grace et surtout le combat d’Harry pour la vérité déclenchent la bataille. A cet instant, les populations se réveillent. Elles aussi avaient été endormies (par la télévision).

Harry retourne l’arme de Kreutzer contre lui en diffusant les images du meurtre dont Josie s’est rendue coupable, en organisant des campagnes d’affichages pour l’acquittement d’Harry, en faisant campagne dans les médias, en tuant Jack dans le monde virtuel. Les foules se rendent enfin compte de ce qui se passe.

Les rues qui étaient anormalement vides se peuplent de manifestants, les locaux de Wild Palms sont incendiés. Harry s’est souvenu de ses origines. Une fois l’empire à terre, il ne leur restera plus qu’à “faire un monde où on vivrait en plein jour” (Harry). “Nous sommes les troupes de choc de la réalité”, clament les Camarades.

Les acteurs

  • James Belushi (Harry Wyckoff): Petit frère de John Belushi (The Blues Brothers), il a lui aussi fait ses débuts dans l’émission comique Saturday Night Live. Lorsqu’il quitte le show, l’acteur connaît durant les années ’80 la gloire et le succès en jouant dans des séries B (Double Détente) et des films plus sérieux (Salvador). Mais petit à petit, on se désintéresse de lui et le voilà cantonné à jouer dans des petits produits de consommation, parfois réussis. Wild Palms lui a permis de prouver qu’il restait un acteur très subtil.
  • Robert Loggia (Sénateur Kreutzer): Avec plus de cent films à son actif, Robert Loggia est devenu une figure familière des spectateurs. Surtout depuis le succès de Independance Day où il interprète le bienveillant général. Il a d’ailleurs rapidement retrouvé l’acteur Bill Pullman dans Lost Highway de David Lynch. Mais l’acteur jouait la comédie depuis 1956. C’est seulement au milieu des années ’80 que l’on constate le talent de ce new-yorkais. Il a tout joué avec un rôle de prédilection tout de même: le mafieux. Ce qui lui a donné l’occasion de fréquenter John Huston sur L’Honneur Des Prizzi et de se faire mordre par Anne Parillaud dans l’amusant Innocent Blood. Il a su briser son image de dur à cuire dans le film Big, avec Tom Hanks.
  • Kim Cattrall (Paige Katz): Après avoir débuté sous la direction d’Otto Preminger dans Rosebud, cette anglaise adoptée par le Canada, multiplie les projets et se compromet dans des séries B, pas toujours réussies (Porky’s, Police Academy). En 1985, elle fait de l’oeil à Guy Marchand et Jean Paul Belmondo dans Hold Up. Elle tourne ensuite pour Hollywood mais sa carrière s’enlise de temps à autre dans de simples produits de consommation. En 1998, elle explose littéralement dans l’excellente et pertinente série de Darren StarSex & The City.
  • Les autres: Avec un producteur aussi prestigieux qu’Oliver Stone, les personnages secondaires sont des visages familiers. En effet, dans la plupart des rôles on retrouve des seconds couteaux très talentueux. En tout cas c’est vrai pour Angie Dickinson (Rio Bravo et Pulsions), Ernie Hudson (le chef de prison de Oz), Bebe Neuwirth (Faculty et Summer Of Sam), Charles Hallahan (supérieur de Rick Hunter), l’inépuisable David Warner (chien de garde dans Titanic mais aussi dans bien d’autres films), Bob Gunton (de nombreux films dont JFK et Avis De Tempête avec George Clooney) et Brad Dourif (souvent méchant dans des oeuvres comme Mississipi Burning mais aussi célèbre pour faire la voix de Chucky, la poupée envoûtée)…

Esthétique épurée:

“Enter a world where reality is just a state of mind”

La perfection de l’emballage va dans le même sens. C’est de l’art, du grand art télévisuel. L’esthétisme fait redondance au contenu. Tout concourt à ce malaise. Les rues sont vides. Les décors extérieurs sont ouverts et agoraphobiques. Les pièces sont peu meublées et toujours par du mobilier simple aux formes généralement géométriques. Pas de tableau, pas de figurine… Les lignes sont épurées.

Les vêtements sont aussi géométriques et conjuguent les lignes simples: une blouse trapèze ici, des cols officiers là, peu d’imprimés. Même les fondus entre certaines séquences ne sont pas “au noir”, mais “au blanc” ce qui ne choque pas vraiment, mais qui donne une impression de “froideur”. La musique de Ryuichi Sakamoto est inquiétante et insinuante. Le son synthétique et froid dessert paradoxalement très bien, une mélodie ample, très “hollywoodienne”.

Par bien des facettes, la série fait donc penser à Twin Peaks, du maître Lynch. L’esthétisme, la musique omniprésente, le malaise ambiant, la signature d’un réalisateur connu, la perversion du soap opera de l’intérieur, l’atmosphère onirique sont communs aux deux oeuvres.

Par le sujet principal, la télévision et le pouvoir, on pense aussi à Max Headroom, une série créée par Peter Wagg en 1987. Dans Max Headroom, la télévision est omniprésente: sur les murs, les poubelles, les gens se promènent avec un poste à la main. Les téléviseurs sont gratuits, mais il est interdit de les éteindre. Le petit écran n’est plus seulement un spectacle, il est devenu le seul moyen de communication: entretiens, transactions, jugements, messe,… tout passe par lui.

On le voit: Wild Palms n’est pas la première série à proposer une réflexion sur la civilisation de l’image, son impact et ses manipulations. Un questionnement qui prend tout son sens après la guerre virtuelle du Golfe, l’interview truquée de Fidel Castro (depuis on a eu Big Brother, Survivor et Matrix).

Aujourd’hui, à part les hologrammes, beaucoup de techniques permettent d’entrer de plus en plus dans la fiction: réalité virtuelle, capteurs en tous genres, images de synthèse. On fait du plus spectaculaire, du plus réel, du plus rapide, plus captivant, plus violent, plus poignant… Mais on est encore loin de la dictature de Kreutzer, me direz-vous.

“Dans Wild Palms, on peut facilement imaginer que si l’action se déroule en 2007, c’est seulement pour ne pas effrayer trop précisément les diffuseurs. Car dans ce futur très proche (l’exemple de 1984 de George Orwell est là pour nous rappeler que demain devient vite aujourd’hui), le danger surgit d’un objet quotidien tapi dans chaque foyer: la télévision”.

"Oliver Stone présente Wild Palms. Un univers où vous perdrez le contrôle de vos rêves, où vous perdrez le contrôle de la réalité, où vous vous sentirez perdus...". C'est ainsi que le Génération Séries du printemps '95 présentait la série. La rédaction offrait alors les VHS de Wild Palms en cadeau à ses futurs abonnés. La mini-série Wild Palms est pratiquement inconnue des téléspectateurs francophones. Elle a été diffusée en 1993 aux Etats-Unis. Arte l'a programmée le samedi à 20h45 du 17 février au 23 mars 1996. Autant dire que seul un public d'élus a eu la chance de croiser…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Wild Palms

Critique de l'auteur: Il faut aimer les ambiances glauques pour apprécier Wild Palms. Il faut accepter de ne rien comprendre. Un peu comme pour Twin Peaks, mais quand même en-dessous.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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