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David E. Kelley

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On a dit de lui qu’il avait la capacité de se transporter dans la tête des femmes. Ally McBeal venait de débarquer sur les écrans français et belges. La série faisait rire et séduisait rapidement le public. L’Europe apprenait un nom jusqu’alors inconnu: David Kelley.

De ce côté de l’Atlantique, on lit peu les génériques. Aux Etats Unis, le scénariste est déjà connu. Et pour cause, il a apposé sa signature sur les séries parmi les plus importantes des années ’90.

Ally McBeal est loin d’être la première. Picket Fences, The Practice, Chicago Hope, Boston Public. Kelley n’est pas uniquement le scénariste féministe et léger qu’on voit généralement en lui. La sombre The Practice, qui se déroule dans le même univers judiciaire, démontre sa maîtrise de l’écriture dramatique.

On doit aussi lui reconnaître la faculté de savoir créer des univers originaux: la violence du lycée de Winslow, le chacun pour soi et le culot pour tous en vigueur dans les couloirs du palais de justice de The Practice, la fantasmagorie post-romantique d’Ally McBeal.

David a étudié le droit à l’université de Princeton et à la faculté de droit de Boston. En 1983, il travaille pour le cabinet Fine & Ambrogne. Parallèlement, il écrit un scénario basé sur ses expériences juridiques. Grâce au coup de main d’un ami de la famille, le film From The Tip est réalisé en 1987 avec Judd Nelson, Elizabeth Perkins et John Hurt.

Steven Bochco et Terry Louise, créateurs de Hill Street Blues/Capitaine Furillo, travaillent alors sur une nouvelle série qui se déroule dans le milieu juridique, L. A. Law/La Loi De Los Angeles. Ils proposent à Kelley d’écrire un épisode. Il rejoindra ensuite l’équipe de production d’abord comme scénariste, puis comme superviseurs des rédacteurs, producteur et producteur exécutif suite au départ de Terry Louise et Steven Bochco.

Il se lance alors dans la création de ses propres séries: Picket Fences et Chicago Hope, puis The Practice et Ally McBeal. 1999 est l’année de la consécration puisque ces deux séries remportent respectivement l’Emmy de la meilleure série dramatique et celui de la meilleure comédie.

Ce qui restera sa marque de fabrique? La bizarrerie sans aucun doute et les détails succulents dont il parsème ses épisodes. Le sommet est évidemment atteint dans Ally McBeal. Le public voit les pensées de l’avocate en image. La plupart des analystes y ont vu des “hallucinations”. Il s’agit en fait d’un bel exemple de métaphores télévisuelles.

Autres bizarreries, les traits de caractère particuliers des personnages: les couinements de John Cage, le goût du perfectionnisme et de la musique de Scott Guber, l’adjoint du principal de Boston Public, la musique qui qualifie autant qu’elle accompagne les protagonistes (la musique de la méchante sorcière de l’Ouest du Magicien d’Oz pour Ling est probablement l’un des plus beaux exemples, au-delà de Barry White évidemment).

Bizarreries également quand il choisit d’intégrer Meredith dans l’équipe enseignante de Boston Public. Elle était apparue auparavant en tant que mère d’élève violente séquestrée par son fils. Elle s’était sortie de ce mauvais pas en se sectionnant une main!

La bizarrerie se mue souvent en douceur, tendresse, magie… Appelez ça comme vous le voulez. Kelley est passé maître dans l’art d’offrir des moments en suspens qui restent d’énormes souvenirs. Le visage de John Cage lorsqu’il aperçoit Barry White le soir de son anniversaire, les larmes de Ling face au garçon qui meurt du cancer, un chant à la mémoire d’un élève décédé, des discussions, des réflexions, la clôture en pied de nez de Snoops.

David E. Kelley semble en perte de vitesse. Plusieurs de ses séries se sont arrêtées sans avoir eu le temps de se défendre : Snoops, Girls Club. D’autres de ses fictions ont connu un déclin régulier parfois fatal: Chicago Hope, The Practice. La dernière saison d’Ally McBeal n’a pas tenu ses promesses.

On chuchote que le créateur s’essouffle. Court-il trop de lièvres en même temps? On prétend qu’il abandonne trop vite ses bébés. Un peu de tout ça probablement permet d’expliquer sa disgrâce.

Il restera pourtant le souffle d’air frais salutaire de la fin du vingtième siècle. Le créateur qui a osé injecter le farfelu dans la réalité… pour parfois beaucoup mieux la décrire.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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