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J.J. Abrams

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J. J. Abrams est le papa d’une bombe du petit écran. Et cette expression fait à la fois référence à l’actrice et à la série dans laquelle elle joue. Jeffrey Abrams, son nom en version longue, est en effet le créateur d’Alias (2001), la célébrissime série d’espionnage qui met en scène Jennifer Garner.

L’histoire est connue, Abrams aurait pensé à l’intrigue d’Alias alors qu’il était en panne d’inspiration pour un épisode de sa série précédente, Felicity (1998). Le mélodrame racontait les aventures sentimentales d’une étudiante. Ce n’était ni pire, ni mieux que Dawson, mais somme toute un peu inintéressant.

Lors d’un brainstorming hebdomadaire, Abrams propose que la CIA recrute Felicity et l’envoie, à l’insu de ses proches, dans des missions périlleuses. L’idée n’est pas retenue pour le feuilleton. Felicity aura le destin que l’on sait…

Sydney Bristow est une étudiante comme Felicity qui, officiellement, travaille pour une banque d’affaire. En fait, c’est un agent de la CIA… Enfin, c’est ce qu’elle croit. Lors du premier épisode, elle apprend qu’elle a été trompée et qu’elle travaille pour l’ennemi qu’elle croyait combattre.

En réalité, elle est un agent du SD-6, un consortium international qui lutte contre les Etats-Unis. Son fiancé assassiné, son père lui ayant avoué qu’il est lui-même un agent double du SD-6 et de la CIA, Sydney décide de l’imiter. Pas simple. Et les choses ne s’arrangent pas vraiment au fil des épisodes.

Alias, c’est certain, a choisi de construire une mythologie dans le genre de celle de X-Files, pleine de conspirations, de faux-semblant, autant dire: touffue. En plus de jouer sur deux tableaux, Sydney est coincée entre son père et sa mère qui ressuscite inopinément.

Selon le créateur, c’est même cet aspect de la fiction qui est primordial. Il a déclaré au Génération Séries (n°43) que “la série a toujours tourné autour de cette famille et de l’incroyable façon dont elle est déstructurée […]. Pour résumer, sachez que la mère de Sydney est, elle aussi, un agent double appartenant à la fois à la CIA et à une agence russe.

Alias mélange aussi les genres. Elle est série d’action, mais se permet le second degré. Elle joue sur les sentiments, mais peut être extrêmement violente, notamment dans des scènes de tortures taillées à vif. Elle flirte enfin avec le fantastique en dévoilant petit à petit les prédictions de Milo Rambaldi, un italien du XVème siècle. Sydney pourrait être l’élue dont parlait le sage.

Alias est surtout très consciente des clichés des fictions d’espionnage. Du gadget et des femmes fatales de James Bond, du travail d’équipe de Mission: Impossible, aux multiples visages du Caméléon, en passant par la souffrance de Nikita. Alias sait avec quoi elle joue.

Abrams révélait d’ailleurs au magazine Episode (n° 1) que tous ces éléments sont des passages obligés du genre. N’empêche, vu la façon dont il les manie, il doit être un grand fan. Et les grands noms le lui rendent bien: Quentin Tarantino et Roger Moore sont apparus dans la première saison…

Le fantastique, il en est encore question dans Lost, une autre série signée J. J. Abrams diffusée sur ABC dès 2004. 48 survivants d’un crash aérien doivent apprendre à vivre sur une île déserte. L’intérêt ne vient pas des survivants, mais des créatures mystérieuses qui peuplent l’endroit.

ABC a investi 5 millions de dollars dans le pilote, le plus cher de toute l’histoire de la télévision. Un bon investissement apparemment puisque la série sera suivie par une moyenne de 18 millions d’Américains chaque semaine et s’est classée troisième du top dix des fictions les plus regardées. Chaque épisode coûtait la bagatelle de 2 millions et demi de dollars.

La légende présentée sur le site officiel de ABC raconte que le jeune Jeffrey a développé une passion pour le cinéma lors d’une visite payée par son grand-père aux studios Universal. Il aurait alors tanné son père pour pouvoir utiliser sa caméra super 8. Jusqu’à 18 ans, il aurait multiplié les films amateurs et les récompenses dans des festivals d’étudiants.

La passion du cinéma ne l’a pas quitté. Il a d’abord écrit des scénarios, notamment ceux de A Propos D’Henry (1991) avec Harrison Ford, Forever Young (1992) avec Mel Gibson et Armageddon (1998) avec Bruce Willis. Depuis la première saison de Felicity, il réalise également. C’est lui qui a dirigé le pilote d’Alias. Sa carrière de réalisateur ne semble pas devoir s’arrêter là puisqu’il a tourné Mission: Impossible 3 avec Tom Cruise. Finalement, on reste dans la continuité d’Alias. Ce sont d’ailleurs les DVD de cette série qui auraient convaincu l’acteur-producteur de le prendre comme réalisateur.

Avec Mission: Impossible 3, The Good Sailor, Alias, Lost, The Catch, l’avenir de J. J. Abrams semble bien assuré. D’autant qu’il a une autre corde à son arc. C’est lui qui a composé le générique d’Alias.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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