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Homicide: 1.01 Gone For Goode

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Une chose est certaine… Regarder le pilote d’Homicide et noter en même temps est le genre d’exercice à donner mal au crâne. Je le sais, j’ai essayé. J’ai rarement vu un premier épisode aussi dense.

C’est vrai qu’il faut nous présenter neuf personnages principaux ce qui relève un peu du défi. Mais surtout, ces personnages ont la fâcheuse habitude de philosopher sur tout et sur rien.

La première séquence met en scène Lewis et Crosetti. On ne connaît évidemment pas encore leurs noms. On sait juste qu’ils cherchent un projectile, vraisemblablement une balle qui a tué un homme. Mais pendant toute cette scène, les deux compères discutent surtout des lectures philosophiques de l’un d’eux.

Selon lui, chercher vaut mieux que trouver. Résultat, évidemment, ils décident de revenir le lendemain pour chercher la balle en plein jour. Crosetti s’inquiète également que les hommes prennent toujours un livre aux toilettes alors que les femmes n’en ont pas besoin.

Mais il n’est pas le seul à disserter tout haut durant ce premier épisode. Munch n’est pas le dernier quand il s’agit de former des théories sur les immigrants irlandais ou italiens. Lewis est sensible aux couches culottes pour adultes. Vous comprendrez mon besoin d’aspirine.

Une fois sur deux, quand ils ouvrent la bouche, les inspecteurs se disputent. On ne sait pas trop si on est face à une bande d’enfants ou à l’entrée d’un magasin de chaussures le premier jour des soldes.

Lewis trouve que Crosetti ressemble à un hamster et qu’il a des macaronis à la place du cerveau. Munch aboie sur Bolander quand ce dernier lui demande s’il veut qu’il interroge le témoin. Il est persuadé que Stanley ne le croit pas capable de le faire lui-même.

Kay et Beau se chamaillent pour savoir lequel va décrocher le téléphone. Plus tard, ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la définition d’un clic-clac, qui est un canapé et non un lit pliant, la nuance est importante apparemment.

Je vous passe les remarques soi-disant racistes de Beau vis-à-vis de Pembleton, les remarques désobligeantes qui volent entre Munch et Bolander, les remontrances de Giardello et le ton tranchant de Pembleton. Ca ne s’arrêtera pas au pilote.

La manière de communiquer dans Homicide passe souvent par les cris. On se demande même si Giardello n’a pas pris un malin plaisir à associer les enquêteurs qu’il ne fallait pas. Les paires de flics constituent des espèces de couples dysfonctionnant, des paires de frères et soeurs qui ne pourraient pas s’empêcher de se tirer les cheveux.

Mais vous savez comment ça marche. Si les voisins les attaquent, les frères et soeurs s’unissent temporairement pour répliquer. C’est pareil dans Homicide, quand les besoins de certaines enquêtes le demandent, les enquêteurs laissent de côté leur différends pour faire front.

Il y a aussi quelque chose de complètement jouissif à voir ces adultes se bouffer le nez. Déjà, ça change des duos de flics qui s’entendent si bien comme Rick Hunter et Dee Dee McCall. Et puis, la mauvaise foi genre Munch, c’est plutôt drôle. Et ça dynamise le tout.

Enfin, leurs joutes verbales nous sortent des conversations plan plan que les flics ont généralement. La philo au dessus d’un cadavre, il n’y a rien à faire, ça élève le débat. Et les philosophes, c’est bien connu, sont des personnes qui prennent distance par rapport aux événements.

Les enquêteurs de Baltimore se moquent des criminels qu’ils croisent, ils ne se sentent pas obligés d’avoir de la compassion pour les proches, ils ne tombent pas dans le sentimentalisme. En fin de compte, les propos qu’ils tiennent valent pour tous les crimes, mais aussi sur la criminalité et la violence en général et en disent donc long sur nos sociétés actuelles.

Il ne faudrait cependant pas croire qu’Homicide est une série bavarde qui se rapproche de Julie Lescaut ou de Derrick. D’abord parce que les personnages d’Homicide ne se sentent jamais obligés d’expliquer ce qu’ils font.

Ensuite, parce que c’est aussi une série très visuelle. Ils parlent beaucoup, mais ils ne parlent pas de leur métier ou de leur réaction. Il faut donc regarder l’image pour voir les actions qu’ils posent ou percevoir leurs réactions face aux situations. L’émotion, si elle passe, c’est bien par là. Et c’est toute la différence. Ils ne nous disent pas qu’ils sont touchés, ils le sont… tout en parlant de couche culotte!

Les faux raccords, les changements d’axe intempestifs, les répétitions artificielles et arbitraires de certains plans donnent également une identité propre à la production. Etrangement, cela donne une impression réaliste comme si le réalisateur, plongé sur le terrain en plein milieu du reportage, n’avait pas eu le temps de fignoler la prise d’image.

Ensuite, c’est une fiction qui affirme son statut de fiction. Généralement, on regarde sans se rendre compte qu’il y a un cadreur et un monteur qui ont travaillé sur les images. Ici, leur présence est soulignée puisqu’ils ont introduit des erreurs visuelles. Ces erreurs fonctionnent comme des réveils dont l’alarme ferait sursauter la conscience spectatorielle du téléspectateur. Et donc, même l’image se fait philosophe dans Homicide.

Une chose est certaine... Regarder le pilote d’Homicide et noter en même temps est le genre d'exercice à donner mal au crâne. Je le sais, j'ai essayé. J'ai rarement vu un premier épisode aussi dense. C'est vrai qu'il faut nous présenter neuf personnages principaux ce qui relève un peu du défi. Mais surtout, ces personnages ont la fâcheuse habitude de philosopher sur tout et sur rien. La première séquence met en scène Lewis et Crosetti. On ne connaît évidemment pas encore leurs noms. On sait juste qu'ils cherchent un projectile, vraisemblablement une balle qui a tué un…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Homicide: 1.01 Gone For Goode

Critique de l'auteur: Pilote bluffant d'une série culte. On s'incline.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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