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Queer As Folk, Histoires Gay (UK)

Queer As Folk, Histoires Gay

“Y a des jeudis sympas, des jeudis de merde. Ou même carrément à chier. Ce jeudi-là, ça a été la folie. Avant, au Babylon, le jeudi, c’était la soirée seventies. Maintenant, c’est nineties. Ça fout un coup de vieux, merci bien! J’ai passé la soirée à draguer un mec complètement barge. Mais pour de bon! Il avait enregistré tous les épisodes de Taggart.”.

Ça c’était Vince et vous êtes dans Queer As Folk, Histoire Gay. Une série résolument “nineties” et résolument gay qui s’ouvre sur fond de techno sur Canal Street et ses discothèques homosexuelles, le ton est donné. Il ne changera pas d’une miette.

Channel 4 a fait fort en 1998-1999 en programmant la première série gay de la télévision britannique. Huit épisodes (+ un téléfilm de clôture) centrés sur 3 garçons. Un patron de la chaîne précisait, lors de la mise en chantier du programme, qu’il n’était pas question de disserter sur le SIDA, mais de célébrer le style de vie homosexuel. Parole tenue: la description des homos de Queer As Folk est en total contre-pieds de ce qu’on voit ailleurs. Mais cela signifie-t-il qu’on a fait table rase des clichés ou simplement qu’on les a remplacés par d’autres?

Les séries et les gays

L’événement est une première en Grande-Bretagne, mais aussi dans pas mal de pays. Un coup de pied aussi franc dans les tabous… Ma petite mémoire n’a pas beaucoup d’autres souvenirs de ce genre. Aux Etats-Unis plusieurs séries ont déjà mis en scène des homosexuels dans les premiers rôles sans toutefois oser en faire l’intrigue principale.

Très proche de nous et depuis juillet 2000 sur TF1, Will & Grace joue sur le thème. Will Truman et Grace Adler, deux amis, décident de s’installer ensemble dans un appartement pour se remettre de déceptions sentimentales. Leur amitié n’est pas censée se muer en amour chaotique: Will est homosexuel. Et pourtant, le doute semble subsister… On le voit, l’élément gay est plutôt superficiel et anarchique. D’autant plus qu’il est prévu qu’il soit transgressé. Le but est finalement de mettre en scène une histoire d’amour chamboulée entre deux personnages au départ antagonistes. James Burrows (Friends) est le créateur de cette série pour NBC.

Une autre série possédait une héroïne homosexuelle: Ellen. Cette série créée en 1994 met en scène Ellen DeGeneres (élue “personne la plus drôle en Amérique” en 1982). Au 84ème épisode, le téléspectateur apprend subitement qu’Ellen est lesbienne. Notez en passant que son interprète l’est également. Les scores sont alors dopés et la communauté homosexuelle américaine exulte. Les guest stars se poussent au portillon: Emma Thompson y jouera son propre rôle sauf qu’elle sera lesbienne pour la fiction.

La série sera arrêtée brusquement parce “l’audience chute” selon ABC. En fait, l’échange d’un vrai baiser aura été la goutte d’eau de trop dans le vase des “bonnes moeurs”. L’épisode en question ne sera jamais diffusé.

On le voit, même s’il y a encore du chemin à parcourir, on se permet de plus en plus de transgresser l’interdit. Les personnages homosexuels sont de plus en plus fréquents dans les séries. Si le personnage que Gérard Vivès jouait dans Les Filles D’à Côté n’est pas une réussite, d’autres valent tout de même le détour. L’Instit, Dawson Creek’s, Melrose Place, Angela, 15 ans, Les Dessous De Véronica, Spin City ont donné la parole à des personnages gays.

Chaque programme ouvre ses portes un jour ou l’autre à un homosexuel (ou une lesbienne, d’ailleurs). Selon les cas, le traitement de cette thématique est plus ou moins cliché, plus ou moins intelligent, ou plus ou moins secondaire par rapport à l’intrigue principale, mais le fait est là.

Le premier héros récurent à être clairement annoncé comme homosexuel était Steven Carrington dans Dynastie. Ce personnage oscillait sans cesse entre homosexualité et hétérosexualité. On lui connait plusieurs amants, mais aussi plusieurs aventures féminines et un mariage. Les rebondissements de l’histoire amoureuse de Steven sont dues probablement au genre dans lequel s’inscrit le programme: le soap opera. Mais ce personnage aura le mérite de faire passer le message habillement.

Oui, l’opinion dominante est celle qui condamne l’homosexualité (Blake Carrington, le père de Steven, en est le porte-parole). Mais, durant 10 saisons, le côté positif de Steven plaide la cause de l’homosexualité “en douce”. Bien sûr, Steven est caricatural (raffiné, cultivé, propre sur lui…). Bien sûr, on ne voit jamais aucune relation entre hommes (ils ne s’embrassent pas, ne s’étreignent pas…). Mais nous sommes dans les années ’80 et aux Etats-Unis. Dynastie accomplit un grand pas vers la tolérance.

La thématique est parfois traitée de manière totalement floue. Rude Awakening, série corrosive programmée sur Showtime entre 1998 et 2001 avec Sherilyn Fenn dans le rôle principal, ose le sous-entendu. Billie, une alcoolique notoire, a la fâcheuse habitude de se saouler et se réveille très rarement seule au lit… Sans se souvenir de quoi que ce soit. Une séquence du générique la voit se réveiller aux côtés d’une plantureuse blonde attachée aux barreaux du lit!

Dans Friends, des rumeurs courent sur les goûts sexuels de Chandler. Il dément, mais les bruits ne cessent pas pour autant. Une manière habile de se concilier le public homosexuel. Xéna, Princesse Guerrière entretient également le sous-entendu d’une héroïne lesbienne.

Et puis, je ne crois pas avoir rêvé lorsque j’ai vu Ally McBeal étreignant Georgia d’un baiser tout sauf chaste! Le cabinet Cage & Fish avait déjà été le témoin d’un même élan de sympathie entre Ally et Elaine. Ling s’y est également mise durant la troisième saison. Ally McBeal recopie ici un procédé dont avait usé Roseanne en son temps.

Toutes ces séries bénéficient d’une évidente libération des moeurs qui touche les thèmes sexuels en général. J’en veux pour preuve des programmes comme Ally McBeal ou Sex & The City où le sujet est abordé sans fausse pudeur. Pourtant aucune, n’est aussi explicite que Queer As Folk…

D’abord parce qu’on voit rarement deux personnages (même hétéros) passer à l’acte devant l’écran, or Queer As Folk ne se gêne pas. Et surtout parce qu’en général, les homosexuels ont le droit aux second rôles, pas aux premiers ou alors on évite justement de développer la thématique au-delà des sacro-saints clichés (différence, SIDA, etc…).

Ensuite parce que l’homosexualité est surtout une intrigue très secondaire. On l’aborde dans un épisode, ou dans une partie seulement. Au maximum, c’est un sujet qui forme un mini-feuilleton dans la série (exemple, Jack, le petit ami de Joe qui comprend qu’il est homosexuel dans Dawson Creek’s). Dans Queer As Folk, Nathan, Vince et Stuart sont les héros. Ils sont homos et le sujet de la série est leur homosexualité. Un thème développé en paroles, mais aussi en images!

Pas étonnant que ce ne soit pas une série américaine. Pas étonnant non plus que Queer As Folk ait déchaîné les foules en Grande-Bretagne où elle était diffusée en prime-time sur Channel 4. La communauté homosexuelle a adoré, pas le “téléspectateur moyen”. Le Daily Mirror est allé jusqu’à réclamer le rétablissement de la censure. Il est vrai que le contenu explicite de certaines scènes avaient probablement de quoi choquer à cette heure de diffusion.

Les personnages

Queer As Folk signifie littéralement “Folles qui s’y fient”, sous-titré Histoires Gay en français. Russell T. Davies, le scénariste, est lui-même homosexuel. La scène d’arrivée de Nathan sur Canal Street serait autobiographique: “Avec Queer As Folk, j’ai voulu montrer les homosexuels comme des personnages complets et ne pas m’arrêter au fait qu’ils soient gay”.

Nous sommes donc dans la communauté gay de Manchester. Une communauté qu’on nous décrit surtout la nuit et en vase clos. Quelques personnages hétéros sont également présents sur Canal Street, mais ce sont des privilégiés (par exemple, Hazel et Donna), des personnes qui s’imposent de force (Janice) ou des intrus que l’on vire aussitôt (Christian Hobbs, le copain de classe de Nathan qui “casse du pédé”).

Les personnages s’inscrivent donc dans des lieux. Le pub “normal”, la boite Babylon et Canal Street en général, sont des endroits homosexuels. Des lieux où l’on s’amuse la nuit. La journée, on se retrouve au boulot (magasin pour Vince, agence pour Stuart et école pour Nathan). On y rencontre alors des hétéros. Ici aussi quelques exceptions se glissent: Michaël, une aventure de Stuart et Martin Brooks, le client que Stuart emmène sur Canal Street.

La majeure partie des scènes se déroulent dans des endroits nocturnes et donc homosexuels. Les grandes évolutions de l’intrigue sont également dans cet univers (l’arrivée de Nathan, l’anniversaire de Vince, le départ de Nathan et Donna). Au moins, les préférences sont affichées clairement!

Les héros sont tous des homosexuels. C’est seulement dans les personnages secondaires importants que sont relégués les hétéros (Hazel, Donna, Janice). Ils gravitent autour du couple Stuart-Vince. Car, même si on peut parler de groupe, ce duo est le centre de la série. Au moment où Phil est encore en vie, il n’est qu’un copain plus ou moins accepté. Puis Nathan arrive et il doit s’imposer à Vince et Stuart. Eux le rejettent. Il n’accède finalement au rang d'”important” que quand Vince est parti. Place éphémère qu’il reperdra quand le dialogue se renoue entre Stuart et Vince.

Cameron se trouve dans une situation parallèle à Nathan. Son personnage prend de l’importance quand Stuart est évincé de la vie de Vince. Auparavant et après, il ne se définit que par rapport à Vince et Stuart. Un autre couple prend de plus en plus d’importance, il s’agit de Nathan et Donna. Ils ont leur propre histoire. Le fait qu’ils “se retrouvent” à la fin du huitième épisode ne fait que renforcer cette structure. Mais on ne s’en rend compte qu’à la fin de la série.

La vie du groupe gravite donc autour de Vince et Stuart. Le couple Nathan et Donna est secondaire puisqu’il n’appartient pas tout à fait (ou pas encore tout à fait) à la vie de Canal Street. Cameron, Phil, Alexander, Hazel sont sur une première orbite. Bernard, Romey, Alfred, Lisa, Janice sont sur une seconde. Puis viennent les moins importants: Helen, Roy, Lance, Dane, Christian Hobbs, Gary.

Stuart, Vince et les satellites

Stuart Alan Jones (Aidan Gillen): c’est le Casa-Nova du groupe. Il est séduisant, il séduit et il quitte. Et il n’est pas né de la dernière pluie. Il a connu sa première expérience sexuelle avec son prof de gym à 12 ans. Depuis, il collectionne les aventures sans lendemain. Une seule règle apparemment: ne jamais coucher deux fois avec le même garçon.Il remballe Nathan en lui déclarant: “Je t’ai déjà sauté une fois” (épisode 1.01). Dans le septième épisode, il lui annoncera qu’il est le 27 millionième à passer dans son appartement! Même ses amis se demandent comment il fait: “Si seulement on avait la formule magique” se lamente Phil. La méthode de Stuart n’est peut-être pas magique, mais elle est en tous cas efficace. Un coup d’oeil et il attaque. Sans fioritures. Ça a au moins le mérite d’être clair.

Il est “relation client” dans une agence publicitaire. Téléphone portable, voiture à la mode, fringues dernier cri, il entre tout à fait dans l’esthétique “jeune cadre dynamique”. Il a un train de vie assez élevé, au point de signer des chèques à sa soeur et à ses parents quand quelque chose ne va pas. Ces chèques sont d’ailleurs une manière de se rendre compte de son relatif égoïsme. Il ne regarde pas beaucoup autour de lui et quand quelqu’un lui ouvre les yeux sur les difficultés des autres, il signe un chèque.

Marie, sa soeur, est divorcée et elle doit supporter les ennuis de couple de ses parents. Comme Stuart ne va jamais les voir, il n’en a absolument pas conscience. Tout éclate le jour où sa soeur lui demande de garder ses enfants (Ben et Tom). Evidemment, Stuart aura un empêchement. Elle lui fera comprendre qu’il devrait regarder autour de lui. Stuart est comme ça avec tout le monde. “Tu te contentes de baiser. Sans jamais regarder derrière toi. Admire le résultat” lui lancera Romey. Elle parlait de Nathan, mais Vince souffre aussi de l’égoïsme de son meilleur ami.

Pourtant Stuart n’est pas aussi dur que son petit sourire en coin le laisse supposer. Les choses changent, il est à une charnière de sa vie. Alfred, son fils, vient de naître. Un enfant qu’il n’aura pas le courage de reconnaître, mais auquel il s’attache. Il n’en dit rien, mais il s’arrange pour éliminer Lance, un éventuel rival dans le titre de père. Et puis, il a 29 ans et il se sent vieillir. La jeunesse de Nathan le grise. C’est pour cela qu’il ne parvient pas à le repousser tout à fait. Il transgressera avec lui sa règle de “une seule fois”. Peu à peu Nathan échappera à son emprise et le forcera à se remettre en question.

Et surtout, Vince s’est trouvé un petit ami: Cameron. Stuart n’en laisse rien paraître, mais cet évènement le chamboule. Il essaiera de séduire ce nouveau venu, puis il lui déclarera la guerre. Lui qui n’a jamais semblé s’intéresser à Vince, montrera à cet inconnu qu’il tient à lui. Ses intentions ne sont pas très claires. Il déclarera à Hazel que Cameron est sympa tout en l’attaquant sans cesse et en menant une guerre d’usure auprès de Vince. Lui-même sait-il ce qu’il fait? Alors Stuart aime-t-il Vince d’amour ou d’amitié? La réponse à cette question ne nous sera pas livrée avant le téléfilm final qui clôturera la série. En tous cas, il y a quelque chose de très fort entre ces deux hommes.

Stuart ne sait pas dire “je t’aime”, “j’aime mon fils” ou “j’ai besoin de toi”. C’est un solitaire. Pourtant quel chemin parcouru après 8 épisodes! Il a avoué à Nathan qu’il n’était pas si mal que ça. Il a déclaré son amour (amitié profonde?) à Vince, à mots plus ou moins couverts. Il a laissé sa fierté au placard en acceptant de danser sur un podium du Babylon, une chose qu’il avait refusé d’accorder à Vince quelques années auparavant. Bref, il évolue, mais pas radicalement. Il est vrai que la série nous montre une période infime de sa vie.

Vincent Tyler (Craig Kelly): est l’autre moitié du couple. Il connait Stuart depuis qu’il a 15 ans. Ils sont rapidement devenus inséparables. “Vince était rentré de l’école: `Y a un nouveau, un Irlandais´. Pendant des semaines, Stuart ceci, Stuart cela. Et puis, plus rien. Comme si vous aviez un secret” dira Hazel à Stuart. Et le secret est énorme: ils sont homosexuels. Vince et Stuart se sont caressés mutuellement à l’âge de 14 ans (en regardant “Barry Sheene”). Les masques tomberont vite: Hazel a l’oeil perçant!

Vince est l’antithèse de Stuart. Stuart n’a rien dit à ses parents, Hazel, la mère de Vince, sort dans les mêmes endroits que son fils. Par contre, Vince l’a caché à ses collègues alors que le bureau où travaille Stuart est largement au courant. Vince est sage et prudent, là où Stuart est démesuré. Stuart ne passe jamais une nuit seul, Vince n’a plus fait l’amour depuis 6 mois.

Et pourtant, ils sont amis. En connexion directe par leur téléphone portable. Au passage, le portable semble l’instrument indispensable à leur vie. Vince fait les courses de sa mère avec elle au bout du fil (pratique quand on a oublié la liste). Pour avoir la paix, Cameron est obligé de lancer le téléphone de Vince dans une fontaine… C’était leur première sortie! On comprend vite que Stuart exerce une certaine domination sur Vince.

Même Nathan, fraîchement arrivé, le remarque. “Tu lui casses du sucre sur le dos mais t’es toujours pendu à ses baskets” lance-t-il à Vince qui essaie de l’éloigner de l’influence néfaste que Stuart a sur lui. Cameron aussi reprochera à Stuart d’entretenir cette relation au dépend de Vince. Malgré cela, Vince n’est pas toujours d’accord avec Stuart et il le lui fait sentir. Surtout quand Stuart revoit Nathan. Il trouve qu’il va trop loin.

Au fil des épisodes, deux changements principaux interviennent dans la vie de Vince. D’abord, il annonce son homosexualité à ses collègues. Stuart l’a un peu “aidé” en mettant Rosalie au courant. Rosalie était amoureuse de Vince. Elle est furieuse. Elle ne dira rien aux autres, mais cela démontre que Vince n’assume pas vraiment.

Puis c’est au tour de Nathan de dévoiler ses tendances sexuelles face à un copain de classe. La franchise de l’un et l’autre, pousse Vince à avouer son homosexualité à ses collègues. Il demande à Marcie, une autre collègue, de lui “arranger le coup” avec Simon Carter! Apparemment, la nouvelle a été bien accueillie puisque le soir même il paye un verre à l’équipe du magasin.

Deuxième changement: Cameron Roberts. Quand ce comptable lui demande un rendez-vous, Vince n’est pas très chaud: il a peur de se faire vendre une retraite personnalisée. Et puis, Cameron est “vieux”. C’est Stuart qui pousse Vince dans les bras de l'”Australien” (surnom qu’on lui donne parce qu’il a beaucoup voyagé et qu’il revient de Sydney). Vince se méfie surtout parce que ses derniers rendez-vous ont plutôt mal tourné. Jonathan, par exemple, était beau, sympa. Ils avaient une passion en commun: la télé. Vince en tant que spectateur et Jonathan comme professionnel. Il est le réalisateur de “The Travel Show”. Il connait Ruby Wax. Il rentre juste d’Amérique du Sud où il a accompagné l’actrice de Casuality. Bref, le rêve pour Vince… Sauf qu’au moment de passer à l’acte (un acte que Vince attend depuis 6 mois), il lui avoue qu’il a attrapé des parasites au Brésil. Vince le met à la porte…

Dans cette traversée du désert, Cameron parait donc trop beau pour être vrai. Vince accepte un rendez-vous sans se faire trop d’illusions. Il faudra bien qu’il s’avoue que Cameron lui plaît. Cameron c’est un peu la drague à l'”ancienne mode”: dîner, romantisme et surtout pas coucher ensemble au premier rendez-vous. “C’est contre-nature” selon Vince qui se demande quelle malédiction le poursuit.

Les deux hommes sont très différents. “Il sort des fois à Canal Street mais ça ne le branche pas. Des fois, il me regarde comme si j’étais un sauvage”. Mais leur relation devient de plus en plus sérieuse malgré les démentis de Vince. Stuart et Alexander le lui feront remarquer quand Cameron lui offre une mini pour ses 30 ans. Le voilà peut-être, le grand amour que Vince décrivait à Stuart. “Parfois y a des mecs… Tu en vois un et tu te dis: `Voilà, c’est lui!´. Tu lui parles pas, tu le revois pas. Il sait même pas que tu existes. Mais tu y repenseras toute ta vie”.

Phil Delaney (Jason Merrell): Au tout début du premier épisode, Phil accompagne Stuart et Vince dans leurs sorties. Il est le personnage qu’on voit le moins. Stuart et Vince le considèrent comme un copain, sans plus. Du coup on sait peu de choses sur lui.

Il appartient à cette même classe sociale jeune et riche de Manchester. Il supervise une étude sur les retombées de la dette du Tiers-monde. Il habite du côté de Withington. Comme Vince, il galère un peu en amour. Il rencontre un certain David Beeckham. Il est attiré par Dane qui ne “trouve rien de baisable” à Manchester. Finalement, l’alchimie semble passer entre lui et un inconnu rencontré dans un taxi. C’est ce type qui lui propose un trip à la cocaïne. Phil mourra d’une overdose… Et l’inconnu se tirera en vidant son porte-feuille.

Phil était un mec organisé: il avait prévu son enterrement. C’est là que le téléspectateur et les deux héros comprennent que Phil les considérait comme des amis. Il a chargé Vince de lire un petit texte tiré d’une célèbre chanson disco. “Elle est D.I.S.C.O., elle est D.I.S.C.O. Elle est D, délirante. Elle est I, incroyable. Elle est S, superficielle. Elle est C, cinglée, cinglée. Elle est o, oh, oh, oh”. Vince est mal à l’aise de se retrouver dans le rôle du meilleur ami alors qu’il ne faisait pratiquement pas attention à Phil.

Nathan Maloney (Charlie Hunnam): c’est avec lui qu’on entre sur Canal Street et son univers. Nathan a 15 ans, il est au collège. A l’image de l’expression de son visage sur le premier plan dans le pilote, il est paumé. Il est paumé parce qu’il a récemment découvert son homosexualité. Difficile d’en parler, même quand on a une mère manifestement compréhensive. Et pourtant, il s’est accepté tel quel et a décidé de faire le grand saut. Un grand saut qu’il effectuera le premier soir avec Stuart. Pas mal du tout!

Pour sa première sortie, Nathan a carrément décroché la légende de l’endroit. Il en est très fier et… Il en tombe amoureux, ce que Stuart n’avait pas prévu. D’ailleurs vu la pilule qu’il avait avalé, il ne devait plus pouvoir prévoir grand chose! Se retrouver au lit avec un mineur entiché et l’appartement complètement redécoré devait faire partie du trip!

Nathan-Stuart. Le jeune vierge et le salaud. Nathan est assez têtu pour s’imposer dans la vie de Stuart. Puis pour s’y faire une place. Parce que les rôles vont changer. Dans sa naïveté, Nathan est sûr que “dans six mois, il me [lui] suppliera de rester”. Au huitième épisode, il a compris que Stuart ne l’aimait pas. Pourtant il est toujours disposé à l’attendre. Stuart de son côté devra bien avouer que Nathan n’est pas si mal que ça.

Mais Nathan a grandi: il adulait Stuart, il comprend maintenant que son jeu de manipulation est le reflet de sa faiblesse. Le Casa-Nova est incapable de demander de l’aide, de dire “je t’aime” même quand il s’agit de son fils. Nathan se laisse toujours manipuler, mais consciemment maintenant. Au départ, il s’imposait au groupe, il en fait maintenant partie au point d’être la seule issue de Stuart quand Vince est parti. “Vince t’arrêterait. Vince n’est pas là, tu n’as plus que moi”.

Nathan, que Stuart prenait pour un jeune naïf, sera un élément majeur dans la crise que traverse le “roi”. Il est aussi celui qui rétablit l’équilibre. En déposant le chien robot sur la voiture de Vince, il relance le dialogue entre les deux amis. Il se sacrifie en quelque sorte, puisqu’il sait que Stuart aime Vince et que c’est réciproque.

A partir du moment où il s’émancipe de Stuart, il rencontre d’autres garçons. Et il en profite pour se venger de Stuart, endossant le rôle de salaud pour quelques heures. Quand une de ses aventures lui demande s’ils pourront se revoir, il lui répond: “tu me vois maintenant”. C’est de courte durée puisqu’il retombe en admiration devant Dazz. Ensemble, ils décident de prendre un appartement. La date de son seizième anniversaire approche, il pourra alors quitter le domicile familial en toute légalité.

Nathan a des démêlés amoureux, mais il est surtout à la recherche de lui-même. Il a pris conscience de son homosexualité et l’accepte. Il doit encore affronter le monde. Ça ne pose aucun problème à Donna, sa meilleure amie. Cela risque de se passer moins bien avec sa famille. Et pourtant, il a une mère compréhensive. Nathan n’est pas prêt à nouer le dialogue. Elle devra s’acharner pour qu’il revienne vers elle.

S’il s’en va à la fin du huitième épisode, c’est à cause de l’incompréhension de son père. Mais que de chemin parcouru, il s’est révélé à tous: ses parents, ses amis et l’école. Une confession qu’Alexander veut récompenser comme il se doit. “Il est pédé. Il en est fier. je lui paie un bière”. En ce sens, il est beaucoup plus franc que tous les autres personnages qui l’ont tous cachés à quelqu’un.

Les amis réguliers du cercle

Du côté de Stuart, on trouve Romey Sullivan (Esther Hall) la mère d’Alfred. Stuart n’a jamais été marié à une femme. Il n’en a jamais aimé une. Romey l’a choisi comme donneur de sperme. Sur quels critères, on ne le sait pas. Romey est lesbienne. Elle vit avec Lisa Levene (Saira Todd), une avocate.

Les relations entre Lisa, Romey et Stuart sont loin d’être simples. Elles basculent sans cesse entre amitié et haine. Un événement va les mettre à nu. Romey héberge Lance Ampomah, un ancien copain de fac. Il a un visa provisoire. Pour qu’il puisse rester en Angleterre, Romey décide de l’épouser. Une décision qui n’est pas du goût de Stuart qui a peur d’être écarté de son fils.

Lisa est encore plus réticente. On suppose qu’elle préférerait se voir dans le rôle du marié. Du coup Lisa, malgré la haine qu’elle éprouve envers Stuart, lui demande de l’aide pour empêcher le mariage. Elle le charge de remettre des lettres prouvant l’homosexualité de Romey au ministère de l’Intérieur. Il ne peut se résoudre à le faire, craignant qu’elle refuse de le laisser voir Alfred. C’est Nathan qui s’en chargera. On se rend compte alors que l’entente entre Stuart et Romey n’est peut-être pas aussi idyllique qu’il n’y paraît puisqu’elle le soupçonne directement. Chouette situation pour le bébé en tous cas.

Cameron Roberts (Peter O’Brien) entre dans le groupe par Vince. Il jouera un rôle très important pour Vince et, à son insu, pour Stuart et la relation entre les deux amis. Cameron, c’est d’abord celui qui démontre à Vince qu’il peut être aimé. Vince n’a aucune confiance en lui. “Faudrait qu’il pige qu’il ne compte pas pour du beurre. Et ça, il n’y arrivera jamais”, dira Hazel à Stuart. Il pense que personne ne s’intéresse à lui. Or Cameron lui montre que ça peut lui arriver à lui aussi. Cameron dira à Stuart: “Je suis peut-être idiot, mais il me plaît vraiment”.

La relation Stuart Jones-Cameron Roberts ou… le combat de coqs! Stuart commence par draguer Cameron et se fait gentiment remettre à sa place. Cameron aime Vince, point final. Du coup, la compétition s’engage. Elle trouve son apogée durant la fête d’anniversaire de Vince. La lutte se traduit par la course au cadeau que Vince préférera. Stuart gagne. La bataille se mute ensuite en une guerre d’usure. Les gestes, les regards, les paroles traduisent l’affrontement permanent auquel se livrent les deux hommes. Et à ce jeu-là, c’est Cameron qui remporte la timbale. Vince n’a pas supporté que Stuart se serve de Rosalie.

Stuart a perdu la guerre. Mais on dirait que c’est intentionnel. “Tu l’a fait exprès, hein?” lui demandera Hazel le lendemain. Stuart lui répond que, sans ça, Vince ne l’aurait pas laché. “Cameron est sympa. Ça lui fait du bien”. “Cameron ne durera pas”, lui répond-t-elle. Mais Stuart ne réagit cependant pas. Même quand Nathan le met face à la vérité. Nathan comprend que Stuart est trop fier pour faire le premier pas. C’est pour cela qu’il dépose le chien robot sur la voiture de Vince.

Sans le savoir Cameron a permis à Stuart de se rendre compte à quel point il tenait à Vince. Il lui démontre aussi que Vince est amoureux de lui. Stuart ne l’avait peut-être jamais remarqué de lui même. “Il attend. Et depuis si longtemps qu’il se croit heureux! Il passe ses journées avec toi à défaut d’avoir ce qu’il veut. Que tu baises enfin avec lui, fait pas l’innocent!”.

Stuart se dévoile alors un peu, il propose à Vince de venir habiter avec lui comme ils l’avaient rêvé à 15 ans. A sa manière, il lui fait même une déclaration: “T’as jamais rien fait. Ton univers est riquiqui. Qui ça pourrait impressionner? Qui pourrait t’aimer? Moi, ça me suffisait. Dis-lui [à Cameron] ce que tu aimes. C’est toi qui commandes. Dis-lui qu’il a de la chance”.

Il prétend aussi que Vince n’aime pas Cameron. “Tu ne le respectes même plus. Il t’aime donc il est con. Il a tout cassé en disant ça”. Et Stuart a touché dans le mille. Stuart connaît Vince. Il lui a offert son cadeau préféré, le chien robot. Il sait énumérer tous les acteurs qui ont tenu le rôle du Docteur Who. Cameron n’en cite que deux… Vince rejoint Stuart parce que “l’amour à sens unique, c’est fantastique. Ça ne bouge pas, ça ne vieillit pas. Et ça ne meurt jamais”.

Le seul élément stable sur lequel Nathan peut se reposer, c’est Donna Clarke (Carla Henry). Sa meilleure amie. Dans le premier épisode, quand Nathan lui annonce son homosexualité, on se demande si elle n’espérait pas plus. Mais c’est une fille positive, qui en a déjà vu et qui va de l’avant.

La fraction de seconde suivante, elle se réjouit déjà pour Nathan. Elle le suit alors sur Canal Street. Et assiste à toutes les sautes d’humeur de Nathan. Elle relativise la crise “Stuart”. Elle ne le trouve pas “top”. “Tu pourrais trouver mieux”. Elle enrage ensuite de le trouver en admiration devant Dazz.

Du début jusque la fin, elle est là. Elle ne juge pas Nathan et ne le trahit jamais. Même quand il est injuste avec elle. Elle essaie de rétablir les choses entre Nathan et sa mère. Ce qui lui vaut les fureurs de son ami: “T’es pas homo. Tu fais partie du système! De l’orthodoxie hétéro fasciste!”. Heureusement elle a de la répartie: “Je suis black et je suis une nana. Essaye pendant une semaine”.

Nathan est tellement obnubilé par ses problèmes qu’il en oublie qu’elle aussi a une vie. Gary, le copain de sa mère a emménagé chez elle et manifestement cela ne se passe pas très bien. “Tu t’en fous! Il y en a que pour Nathan, Dazz et votre appart. Moi, je peux crever la gueule ouverte”. Fort heureusement, non. Malgré les nouvelles connaissances qu’a noué Nathan en quelques semaines, c’est toujours elle qui compte. C’est avec elle que Nathan part pour Londres.

Et puis, il y a tous les autres. Les hétéros qu’on ne rencontre que sur les lieux de travail. Les homos qui sont dans les lieux de plaisir. Rosalie, Marcie et Sandra font partie de la première catégorie. Alexander, Dane et Bernard de la seconde. Alexander est la seule “folle” qu’on rencontre dans la série. “Folle” au sens cliché du terme. Il est maniéré et se travestit volontiers, il porte des bracelets de perles,… Son côté extraverti est flagrant. Ces personnages-là font partie du paysage. Apparemment, ils ont toujours été là.

Les personnages de mères

On ne rencontre qu’un seul père, Roy, celui de Nathan. Et il n’est pas très sympathique. Il est violent et plutôt intolérant. Il accepte que son fils revienne à la maison, mais on sent qu’il n’est pas prêt à accepter son homosexualité. C’est à cause de lui que Nathan s’enfuit à la fin de la série. Les personnages de mères par contre sont plus fournis. Elles sont trois et elles sont à des moments différents de leur vie.

Janice Maloney (Caroline O’Neill): la maman de Nathan est une mère compréhensive et très attentive. Il ne faut pas lui faire un dessin pour qu’elle comprenne que quelque chose ne “tourne pas rond” chez son fils. Elle se rend vite compte de la raison de son malaise. Si cela lui pose un problème, elle ne l’a jamais montré. Son seul souci est de garder le contact avec Nathan. Sa seule erreur est peut-être de vouloir engager le dialogue avant qu’il ne soit prêt. Conséquence, il s’enfuit.

Mais après ça, elle se bat ferme pour regagner sa confiance. Elle accepte qu’il vive chez Hazel. Elle continue à le conduire à l’école. Elle l’invite à manger “parce qu’il manque à sa soeur”. Sur les conseils de Hazel, elle sort sur Canal Street. Nathan est fâché, mais elle tient bon. Selon Hazel, “Vince aussi au début, il avait la honte”. Malheureusement pour elle, son mari n’est pas aussi tolérant et c’est à cause de lui qu’elle perd Nathan.

Hazel Tyler (Denise Black): “Trop occupée à danser”. Selon Hazel, ce sera le titre de son autobiographie. Elle a su garder une bonne relation avec son fils. Et, pour cela, elle est allée le rejoindre sur Canal Street. Finalement, elle ne s’y est pas trouvée trop mal. Elle est devenue une “reine de la nuit”. Tout le monde la connait et l’apprécie. Elle aime s’amuser, boire, danser. Elle vit avec un vieil ami, Bernard Thomas (Andy Devine) et Nathan qu’elle a recueilli. Sous ses airs d’insouciance, elle a compris et comprend beaucoup de choses sur son fils et sur les autres.

La troisième maman que l’ont croise est dans une situation plus tragique. C’est celle de Phil. Il semble qu’elle ait aussi bien accepté l’homosexualité de son fils. “Vous savez ça vous Miss Tyler. Quand votre fils vous annonce… ce qu’il est, on doit s’y faire. Mariage, petits-enfants… On oublie. Et ça ne fait rien”.

Mais quelques regrets pointent cependant dans ses propos. Elle demande à Vince si une fille aurait fui alors que Phil mourrait. Vince répond que cela n’a rien à voir avec son homosexualité. “Ah non? A 35 ans, il aurait pris de la cocaïne avec un coup d’une nuit, s’il avait été hétéro?”. Elle ne sait plus trop que penser. Ses paroles sont peut-être à mettre sur le compte du chagrin. La mort d’un enfant est la chose la plus terrible qui puisse arriver à une mère.

Thèmes

Russel T. Davies l’a lui même annoncé, il voulait “montrer les homosexuels comme des personnages complets, et ne pas m’arrêter au fait qu’ils soient gay”. Le duo principal n’est là que pour illustrer une intrigue qui est universelle: l’amour. D’un côté nous avons Vince qui recherche l’homme de sa vie. D’échec en échec, nous suivons ses désillusions. Finalement, nous comprenons qu’il sera toujours insatisfait, puisque Stuart lui est inaccessible. C’est un choix de vie conscient qu’il pose.

Stuart, lui, est un Casa-Nova. Son personnage est développé avec les caractéristiques du genre. Il est volage. Mais cela cache une peur de l’échec et l’oblige à se fermer aux sentiments. Il en devient quelqu’un d’incapable de se livrer… Ces motifs existent aussi chez les hétérosexuels. Leur traitement nous marque probablement parce qu’on n’est pas habitué à le voir transposé aussi finement dans la communauté gay. Jusqu’il y a peu, l’homosexuel type avait encore le visage de Serrault dans la Cage Aux Folles!

Mais en arrière plan, d’autres problématiques sont développées, plus typiquement homosexuelles cette fois. Pour le duo Vince-Stuart, il s’agit surtout de l’intégration à la société avec tout ce que ça comporte de tabou. L’homosexualité est-elle cachée et à qui? Hazel est mise au courant. Elle a réagi à sa façon, en allant rejoindre son fils dans les boites qu’il fréquentait. Les parents de Stuart n’en savent toujours rien. Il n’est peut-être même pas incongru de penser que Stuart s’éloigne d’eux parce que le secret est lourd à porter.

Situation exactement inverse dans la vie professionnelle: Vince n’a rien dit, Stuart opère au grand jour. Pour Vince, cela devient difficile à cacher. “Vont-ils m’accepter comme je suis?”, Vince se pose probablement la question. La série offre ici un déroulement optimiste: Vince paiera un verre à ses collègues le soir-même.

Pour Nathan, c’est différent. On le rencontre au moment où il se découvre homosexuel et quand il fait sa première expérience. Il est automatiquement plongé dans une thématique gay typique des séries (par exemple: Rickie dans Angela, 15 Ans). On suit son chemin intérieur. Il a accepté sa nature, mais doit encore l’annoncer aux autres.

Sa mère a tout compris, mais pas parce qu’il lui a dit. Il n’est pas évident d’avouer ce genre de chose, même à quelqu’un de très compréhensif. Puis, il devra affronter l’intolérance de son père, les moqueries de ses copains de classe. Il est le personnage qui finalement est le plus franc.

Nathan doit aussi mener une vie amoureuse. Il se trouve au beau milieu d’une adolescence qui promet d’être plutôt chaotique. En ce sens, Nathan ressemble à beaucoup d’autres jeunes gens. Il est naïf. Il est idéaliste. Il croit au grand amour qu’il est prêt à attendre des années s’il le faut. Mais cela ne l’empêche pas de connaître des aventures. Il est un intermédiaire entre Vince et Stuart et doit encore trouver sa voie.

Finalement, on se rend compte qu’hétéros ou homos, on court quand même après quelque chose de semblable. Si ce n’est, si ce n’est… Si ce n’est que les homosexuels décrits sont quand même plutôt du côté des volages. Ils sont tous célibataires et semblent fuir en quatrième vitesse le grand amour.

Vince et Cameron forment le seul couple stable. Mais cela se termine en un éloge de l’amour à sens unique! Le seul couple homosexuel qui dure est celui de Romey et Lisa. Les seules lesbiennes de la série. On pourrait se demander pourquoi. Pourtant des ménages homosexuels ça existe! Mais la série ne nous montre que quelques jeunes cadres dynamiques pour lesquels les sorties et les aventures d’un soir sont le lot quotidien.

Est-ce cela la véritable vie homosexuelle? L’auteur semble plutôt avoir illustré un style de vie gay, mais seulement un. Il s’agit de l’homosexualité d’hommes célibataires, pas de couples et pas de femmes.

Une dernière chose enfin marque dans Queer As Folk, c’est la ghettoïsation. Les homosexuels sont ensemble sans hétéros. Ils sortent ensemble, sont amis. Mais jamais on ne les voit avec des hétéros. A part au boulot, c’est à dire là où ils sont obligés de les côtoyer. Seules quelques rares exceptions existent. Mais, se sont soit des membres de la famille (Hazel, Janice et Marie) ou des amitiés qui s’étaient nouées avant (Donna). N’est-ce pas un peu simpliste?

Ceci dit, Queer As Folk est une série de qualité pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle oublie les clichés. Elle les remplace peut-être par d’autres, mais elle ouvre le débat. Ensuite, parce qu’elle prend le temps de développer les personnages. Personnages qui sonnent justes, vrais si vous préférez. On est loin des élèves creux de Beverly Hills 90210!

Enfin parce que c’est une série qui ose ce que peu de monde avait osé avant. C’est une série qui semble dire que quand on parle de sexe à des adultes, la fausse pruderie n’est pas nécessairement de rigueur. Et elle ose le sexe à l’écran, dieu merci, sans tomber dans le vulgaire. Si on ajoute à cela, le rythme rapide, les images impeccables, les dialogues bien ficelés dont je n’ai pas parlé ici, vous comprendrez que c’est une série à voir.

Encart: Génération télé

Nous sommes la génération télé. Stuart et Vince, en tous cas, en font partie. Vince est le plus accroc. Il idolâtre le Docteur Who. Il s’agit du héros de la série britannique éponyme. Le programme a duré 30 ans. C’est la raison pour laquelle plusieurs acteurs se sont succédé pour incarner le personnage principal. Les scénarios étaient de qualité, mais la série souffrait du côté bricolé des décors et des costumes à cause d’un budget trop limité. Le chien robot qu’il reçoit pour ses 30 ans est la réplique de celui du Docteur Who.

Vince adore la SF et les mangas, mais il aime toutes les séries. Alexander lui offrira des épisodes de Sauvés Par Le Gong (où l’on voit “Zach torse nu”) pour ses 30 ans (une série que les lesbiennes ne connaissent pas apparemment). Il décrit son collègue Simon Carter (un nom qui fait créateur de série vous ne trouvez pas?) comme un “brun, style Mulder”.

Mais il n’y a pas que Vince qui possède une télévision. Les clins-d’yeux au petit écran sont multiples. Lors du choix du prénom Alfred pour le bébé de Stuart, Romey, Lisa et Nathan font allusion à Alf et au majordome de Batman. A peine arrivé chez Stuart, Alexander allume la télévision pour suivre l’enterrement de Diana… Surtout pour voir Elton John!

Alexander, déguisé en femme lors de l’anniversaire de Vince, déclare: “Je m’appelle Christine Cagney et je suis alcoolique”! Il fait référence à des intrigues liées à l’une des protagonistes de la série Cagney et Lacey. Rosalie adore Coronation Street, un soap anglais qui se déroule aussi à Manchester. Elle en raconte une intrigue à Vince. On fait aussi allusion à Star Trek…

Et, même s’il ne s’agit plus de télé, un moment mémorable du film est la parodie d’une scène du film Titanic de James Cameron. Le couple Leonardo-Kate “volant” à la proue du bateau version homosexuelle, c’est Stuart et Vince. Stuart ne manque pas de pousser la fameuse réplique: “I’m the king of the world”! Un must!

"Y a des jeudis sympas, des jeudis de merde. Ou même carrément à chier. Ce jeudi-là, ça a été la folie. Avant, au Babylon, le jeudi, c'était la soirée seventies. Maintenant, c'est nineties. Ça fout un coup de vieux, merci bien! J'ai passé la soirée à draguer un mec complètement barge. Mais pour de bon! Il avait enregistré tous les épisodes de Taggart.". Ça c'était Vince et vous êtes dans Queer As Folk, Histoire Gay. Une série résolument "nineties" et résolument gay qui s'ouvre sur fond de techno sur Canal Street et ses discothèques homosexuelles, le ton est donné. Il…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier
Nathanaël Picas

Queer As Folk (UK)

Critique de l'auteur: Une série décisive pour la représentation des homosexuels à la télévision. Des personnages attachants.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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