Will & Grace

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Will & Grace est une série qui a fait énormément parler d’elle aux Etats-Unis, ce même si sa diffusion a été plus confidentielle en France.

Née en 1998, la sitcom était un pari risqué pour la chaîne américaine NBC. Premièrement, le Will en question dans le titre (et donc le personnage principal) est ouvertement homosexuel. Deuxièmement, la sitcom est apparue dans un contexte où le genre était en nette perte de vitesse. On ne comptait plus les sitcoms dont la qualité laissait à désirer et qui ne tenaient pas plus d’une saison.

Pari risqué donc, d’autant qu’à l’origine la série avait été créée pour remplacer Friends dans le coeur du public… L’enjeu était donc de taille: il fallait créer une série qui ait un impact aussi important. D’autant qu’on annonçait déjà la fin de la célèbre sitcom à cette époque. Seulement voilà, à coups de contrats juteux de plusieurs millions, les acteurs de Friends ont accepté de continuer à jouer pendant encore 5 ans après l’apparition de Will & Grace.

Heureusement, la nouvelle venue s’est montrée suffisamment solide et intéressante pour créer et fidéliser son propre public et se faire une place dans le monde audiovisuel. Après deux saisons, la sitcom est d’ailleurs entrée dans le cercle privilégié des fictions diffusées le jeudi soir sur NBC. Avec Friends et Urgences, elle a fait partie du prestigieux Just-Must-See, dont l’audience se compte par millions de téléspectateurs.

Will & Grace, un succès

Dès ses premiers épisodes, la série fait un tabac. Encensée par la critique, elle attirera rapidement de nombreux téléspectateurs. Ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on considère les nombreuses fées qui se sont penchées sur son berceau. Soulignons tout d’abord la présence des scénaristes David Kohan et Max Mutchnick (créateurs de Dream On, entre autres) qui assurent une qualité d’écriture plus élevée que la moyenne.

Ensuite, du coté de la réalisation, nous retrouvons James Burrows qui est considéré par beaucoup comme le meilleur réalisateur de sitcoms. Il imprime aux épisodes de la série une dynamique et un rythme soutenus et possède cette capacité à pousser ses acteurs à donner le meilleur d’eux-mêmes.

En parlant d’acteurs, le moins que l’on puisse dire c’est que les créateurs ont eu le nez fin en choisissant leur casting. Tous sont excellents et en phase avec leur personnage. Mais ce n’est pas tout, comme dans Friends, il se crée entre eux une dynamique particulièrement réjouissante.

Will est joué par Eric McCormack. Relativement peu connu avant la série, on avait pu apercevoir son visage dans quelques séries dont un épisode d’Ally McBeal et il avait également participé au 25ème anniversaire du Rocky Horror Show.

Debra Messing interprète le rôle de Grace. Elle s’était fait connaître auparavant en jouant dans la sitcom Ned & Stacey. Elle jouait notamment aux côtés de Greg Germann… qui deviendra Richard Fish dans Ally McBeal. Que le monde est petit.

Enfin, et malgré le fait que son personnage principal soit homosexuel, la série vise un très large public. Pas question donc de voir des hommes s’embrasser ou avoir des relations sexuelles comme dans Queer As Folk ou Six Feet Under.

L’histoire

La sitcom s’articule autour d’un duo romantique: Will et Grace. Tous deux habitent Manhattan, ils sont beaux, intelligents et un brin BCBG. Will est avocat et Grace décoratrice d’intérieur. Inséparables depuis 15 ans, les deux amis partagent absolument tout: leurs joies, leurs peines de coeurs et même leur appartement. Ils s’aiment, se disputent, s’aident dans les moments difficiles. Bref, ils forment une couple idéal.

Seulement il y a un hic: Will est homosexuel. Autrement dit: ils ne coucheront jamais ensemble. Impossible de leur imaginer une fin à la Ross et Rachel.

Autour des deux compères gravitent deux autres personnages: Jack et Karen. Autant Will et Grace sont équilibrés et relativement normaux, autant ces deux-là sont totalement décalés. Jack est le meilleur ami de Will. Homosexuel également, il est pourtant tout ce que Will n’est pas. Efféminé, volage, hystérique, égocentrique, sans emploi… Il passe son temps à vivre sur le compte de Will comme un parasite et à jongler entre les petits amis.

Karen, quant à elle, semble tout droit sortie de la série anglaise Absolutely Fabulous. Alcoolique, cynique, sûre d’elle-même, elle critique tout ce qui n’est pas elle avec férocité… et surtout Grace. Elle travaille avec cette dernière dans son entreprise de décoration d’intérieur.

Travailler est un bien grand mot puisqu’en réalité la donzelle n’en a absolument pas besoin: elle est l’épouse d’un richissime homme d’affaire, Stan Walker. Un personnage qui, à l’instar du Charlie des Drôles De Dames reste toujours dans l’ombre. Comprenez: on ne le voit jamais.

Avec Jack, Karen forme un duo on ne peut plus explosif. Toujours prêts à faire les 400 coups et se moquer de tout ce qui les entourent, ils forment le parfait contre-pied aux clowns blancs que sont Will et Grace.

Du moins c’était relativement vrai dans les 3 premières saisons de la série. Ainsi au fur et à mesure, Will et Grace vont devenir moins lisses et affirmer davantage leur défauts… apportant eux aussi leur grain de folie à l’édifice.

La série met souvent en scène deux histoires parallèles dans lesquelles évoluent les deux duos: Will avec Grace et Jack avec Karen. Bien souvent, Will et Grace traversent une situation qui les fait s’opposer et se disputer… pour mieux se réconcilier à la fin.

De leur côté, Jack et Karen ne se disputent quasiment jamais. Ils sont toujours de mèche dans des coups plus tordus les uns que les autres, comme par exemple: tourner un film d’entreprise qui vire à une orgie de léchage d’oreilles, démonter une association de gays et lesbiennes ou encore organiser de faux castings pour se moquer des jeunes débutants. Il arrive bien sûr que les duos se mélangent: Jack avec Grace par exemple, mais c’est beaucoup plus rare.

L’amitié qui unit Will à Grace, ou si on veut leur amour latent condamné à le rester, est le thème principal de la sitcom. L’homosexualité de Will est finalement assez peu abordée de front. Tout tourne autour de la relation souvent exclusive qui unit les deux comparses. Celle-ci constitue d’ailleurs un sérieux rempart à leurs vies amoureuses respectives. Sortir avec l’un ou l’autre, c’est sortir avec les deux.

Critiques

Will & Grace est une sitcom. Par conséquent, elle n’échappe pas aux règles, aux qualités et aux défauts inhérents à ce genre sériel très particulier. D’aucuns trouvent que la boîte à rire est un élément rébarbatif et que les histoires sont récurrentes et se déroulent exclusivement dans les mêmes lieux. Will & Grace n’échappe pas à la règle.

Pourtant, rejeter la série pour ces seules raisons serait un peu dommage. Will & Grace est une sitcom certes… mais de qualité. Les dialogues sont ciselés, justes et drôles. Les 4 personnages principaux sont attachants et intéressants… et ils se complètent agréablement. Jack et Karen, par leur folie assumée, apportent un réel plus à l’histoire. La majorité des situations que rencontrent les personnages est souvent cocasse et imaginative pour ne pas lasser le public. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser qu’il s’agit d’une des meilleures sitcoms de son époque.

De plus, à partir de la saison 3, le budget de la série est largement augmenté et cela permet, entre autre, de tourner des situations dans des décors plus nombreux et diversifiés… Les personnages finissent par se détacher de l’éternel appartement de Will ou du bureau de décoration de Grace.

Les trois premières saisons de Will & Grace se sont révélées d’une qualité égale. L’humour y est fin et les thèmes soulevés intéressants. Par contre, s’il est une saison à éviter, c’est bien la saison 4. A vouloir accrocher un plus large public, les scénaristes s’appuient sur leurs acquis et enfilent les situations stéréotypées. L’humour perd en finesse et vire au potache. Et quand la série se veut touchante, l’émotion ne pointe jamais le bout de son nez. L’audience se maintiendra malgré tout grâce à l’apparition de nombreuses guest stars telles que Michael Douglas, Glenn Close, Matt Damon, …

Heureusement, la saison 5 permet à la série de retrouver un nouveau souffle. Et pour cause, la dynamique qui commençait à se gripper entre les 4 personnages va être entièrement bouleversée par l’arrivée d’un cinquième personnage récurent. Le docteur Léo Markus qui deviendra rapidement le mari de Grace.

Interprété par Harry Connick Jr, le bel homme va voler Grace à Will alors que les deux amis s’apprêtaient à avoir un enfant à deux. Résultat, les vérités sont jetées à la figure, Will et Grace se disputent à nouveau… et la série redevient regardable.

Pourtant, ce bouleversement avait de quoi faire frissonner les fans. Grace mariée, ils ont pris peur que le personnage de Will perde de son intérêt. Au lieu d’être le meilleur ami de Grace, il devenait l’ami jaloux et frustré… n’ayant plus sa raison d’être dans la série. Mais les scénaristes se sont montrés brillants à nouveau et ont su correctement redéfinir et rétablir l’équilibre entre les personnages. La saison 6 sera du même acabit.

Peu (re)connue dans nos contrées ?

Il est dommage de constater qu’une aussi bonne sitcom trouve aussi peu d’échos en France et en Belgique. La faute en incombe aux chaînes de télévisions, telle que TF1, qui a toujours diffusé la série de manière sporadique, arrêtant même sa diffusion en plein milieu d’une saison sans se soucier des fans.

C’est d’autant plus dommage que la version française est, et c’est assez rare pour le souligner, de bonne qualité… bien supérieure à celle de Friends et à la majorité des sitcoms.

Une autre explication du manque de reconnaissance de la série dans nos contrées vient aussi du fait qu’elle joue énormément avec les stéréotypes de la culture gay, mais avant tout américains. Beaucoup de jeux de mots et de références passent ainsi à la trappe parce qu’il n’existe pas d’équivalent en français. Or la série vaut surtout le détour pour la qualité de ses dialogues… Il est frustrant d’entendre une phrase en français qui n’a rien de bien drôle accompagnée d’une explosion de rire…

Mais ses réserves mises à part, Will & Grace est une série qui vaut largement le détour. Les dialogues sont brillants et les personnages attachants. Le tout servi par des acteurs en phase et une mise en scène souvent léchée. Même si elle n’aura jamais le même impact mondial que Friends et bien qu’elle ne révolutionne pas le genre, Will & Grace reste une sitcom de qualité qui n’a pour autre but que d’amuser les téléspectateurs pendant 25 bonnes minutes.

Will & Grace est une série qui a fait énormément parler d'elle aux Etats-Unis, ce même si sa diffusion a été plus confidentielle en France. Née en 1998, la sitcom était un pari risqué pour la chaîne américaine NBC. Premièrement, le Will en question dans le titre (et donc le personnage principal) est ouvertement homosexuel. Deuxièmement, la sitcom est apparue dans un contexte où le genre était en nette perte de vitesse. On ne comptait plus les sitcoms dont la qualité laissait à désirer et qui ne tenaient pas plus d'une saison. Pari risqué donc, d'autant qu'à…

En quelques mots...

Nathanaël Picas
Alexandre Marlier
Sarah Sepulchre
Sophie Sourdiaucourt
Tilman Villette

Will & Grace

Critique de l'auteur: Sitcom destinée à remplacer Friends mettant pour la première fois en scène un héros homo et sa meilleure amie. A voir surtout pour Megan Mullally, déchaînée.

Note des auditeurs/lecteurs Soyez le premier ou la première !

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.

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