Au-Delà Du Réel

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Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur, n’essayez pas de régler l’image… Bla bla bla… La ritournelle est bien connue, je ne vous ferai pas l’affront de vous la raconter en entier. Il s’agit ni plus ni moins du générique de la série. Un générique un petit peu particulier, que je décrirai un peu plus tard.

C’est donc par ces quelques phrases un peu inquiétantes que débute cette série, née en 1963 sur la chaîne ABC. Rien de rassurant, et pour cause, il s’agit d’une des plus grandes séries de science-fiction des années ’60.

Les raisons de la naissance

L’arrivée des martiens et toutes autres créatures bizarres sur le network américain n’avait rien d’inattendu. Cela faisait 3 ans que Rod Serling et sa Quatrième Dimension faisaient un tabac tous les vendredis soir sur CBS. Concurrence oblige, ABC ne pouvait rester les bras croisés. Ils ont mis tout de même 3 ans à réagir, mais soit… le résultat méritait une telle attente.

Une conversation entre Leslie Stevens et Daniel Melnick, le directeur de la programmation d’ABC, fera office d’élément déclencheur. Leslie Stevens est alors un producteur indépendant, ancien dramaturge et scénariste du film Le Gaucher avec Paul Newman. Il se voit donner comme instructions de produire une série de science-fiction pouvant rivaliser avec la Quatrième Dimension, une anthologie pour être exact.

Qu’est-ce donc une anthologie? C’est une série dont la particularité est de ne présenter aucun personnage récurrent. Chaque histoire est différente, chaque personnage aussi. Seul point commun dans ce cas précis, l’apparition d’un monstre, d’une déformation de la réalité dans chaque épisode.

A titre d’exemple, Les Contes De La Crypte se présentent également comme une anthologie, bien que le squelette qui présente chaque épisode est par définition récurrent.

Mais revenons à la série de Leslie Stevens. Sa ligne de conduite était de créer une anthologie dans laquelle chaque épisode brasse un mythe, une légende de la science-fiction sans rechercher la moindre explication rationnelle. A priori, chaque monstre se devait d’apparaître dans les 5 dernières minutes de chaque épisode, mais cette règle ne fut que rarement respectée et fut même totalement oubliée à l’entame de la deuxième saison puisque la présence de créatures ou de monstres se fera dès le début de l’histoire.

L’objectif d’Au-Delà Du Réel n’était pas de suggérer la peur, comme le faisait sa série concurrente, mais bien de la créer. Il s’agissait de flanquer la frousse aux téléspectateurs. Leslie Stevens, qui venait de lancer une nouvelle série, Stoney Burke, fait alors appel à Joseph Stefano pour l’écriture du pilote. Ce dernier était alors connu pour son travail d’adaptateur-scénariste sur Psychose d’Alfred Hitchcock, excusez du peu.

Joseph Stefano a donc écrit le pilote “Ne quittez pas l’écoute” dans lequel l’influence d’Hitchcock se fait largement ressentir. Visiblement, Stefano tomba amoureux du concept et devint le grand manitou de la série: il édicta une série de règles très strictes quant au contenu du programme et sur la créature qui terrorisera chaque épisode.

Les dialogues de la série fleurent un parfum délicieusement kitsch. Mais pas seulement, la vision de nombreuses créatures en fera sourire plus d’un. On est loin des effets spéciaux de Buffy Contre Les Vampires ou de Smallville: les créatures font “masques de carnaval” et rares seront les personnes aujourd’hui qui ressentiront de la peur à leur vision.

Pour être juste, il faut pouvoir remettre la série dans son époque: les années ’60. Leslie Stevens s’était alors entouré d’une pléthore de spécialistes du genre: Wah Chang et Project Unlimited, une société spécialement fondée pour modeler les têtes des créatures. Le budget de création de la créature a oscillé pour chaque épisode entre 10.000 et 40.000 dollars, ce qui explique le degré de qualité variable des créatures suivant les épisodes. Au total, le budget de chaque épisode avoisinait les 150.000 dollars, ce qui n’était pas rien à l’époque.

Malgré tout, la série dû subir dès sa première diffusion de nombreuses critiques et railleries envers ses créatures. Avec le recul, on ne peut que leur donner raison, bien que paradoxalement, je trouve la créature du pilote particulièrement réussie.

Science-fiction structurée

Etant donné que Joseph Stefano avait énoncé des règles très strictes sur la construction des histoires de la série, il est relativement aisé de repérer une structure récurrente à tous les épisodes.

Chaque épisode est essentiellement axé sur l’apparition d’une nouvelle créature, repoussante à souhait et surtout très généralement hostile. Dans le bestiaire, nous retrouvons ainsi le robot criminel, l’extra-terrestre, l’insecte géant, le savant fou, le mollusque gluant…

L’épisode commence généralement par présenter les personnages principaux dans leur quotidien le plus “banal”. Ceci n’est pas anodin, l’irruption progressive de la créature fait voler en éclat cette banalité et la fait apparaître d’autant plus monstrueuse. L’idée est donc bien de confronter des personnages présentés comme des êtres humains normaux (et par définition immédiatement identifiables et dans lesquels le spectateur peut se projeter le plus facilement possible) qui se voient confrontés à des phénomènes inexplicables, inexpliqués et surtout totalement irréels. Il s’agit d’ailleurs d’une des grandes forces de la série: ne pas avoir honte de son statut de science-fiction. Au-Delà Du Réel n’a pas l’ambition d’apporter un élément de réponse et de laisser la porte ouverte à une explication rationnelle. Elle n’est qu’un pur divertissement de science-fiction.

Parallèlement aux créatures, les héros répondent aux standards de l’époque: un homme paternel et courageux et une femme amoureuse parfois délaissée. La créature mettra au jour les tensions sous-jacentes entre eux, mais finira par les réconcilier au moment de sa destruction. Grandes scènes de baisers hollywoodiens en perspective!

Cependant, Au-Delà Du Réel ne serait qu’une simple série de science-fiction si les scénaristes n’avaient pas apporté à chaque épisode un thème sous-jacent, une critique de la société: le racisme, le droit à la différence, les abus de la science, les manigances politiques, les dictateurs, l’holocauste nucléaire… La plupart du temps, ces thèmes sont traités avec beaucoup de justesse et trahissent les mentalités de l’époque. Ainsi, la série est intéressante à regarder pour qui voudrait avoir un aperçu de celles-ci.

Au-Delà Du Réel est donc une série qui va bien plus loin que ce que son générique laisse entendre. Un générique devenu culte. C’est Vic Perrin qui donna sa voix à la fameuse “Control Voice” dans la version originale, cette voix qui s’adresse aux spectateurs en ces termes: “Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur, n’essayez donc pas de régler l’image. Nous avons le contrôle total de l’émission: contrôle du balayage horizontal, contrôle du balayage vertical. Nous pouvons aussi bien vous donner une image floue qu’une image pure comme le cristal. Pour l’heure qui vient, asseyez-vous tranquillement. Nous contrôlerons tout ce que vous allez voir et entendre. Vous allez participer à une grande aventure et faire l’expérience du mystère avec Au-Delà Du Réel”.

Autre voix importante de la série: le narrateur, interprété par Bob Johnson. Cette voix lente et fascinante avait pour objectif de créer une ambiance inquiétante, une présence invisible mais prégnante. Pour la petite histoire, sachez que c’est le même acteur qui prêtera quelques années plus tard sa voix au magnétophone de Mission: Impossible.

Que penser de la série?

Comme je l’ai déjà mentionné, le noir et blanc et les effets spéciaux dérisoires n’étaient pas les qualités premières de la série. Par contre, les scénarios, l’inventivité et l’imagination des scénaristes et des réalisateurs semblaient, sans faux jeux de mots, sans limites…

Premièrement, à quelques exceptions près, les scénarios rivalisaient d’inventivités et de trouvailles. Je dis bien à quelques exceptions près. Je pense notamment à l’épisode pilote où une grande incohérence m’a sauté à la figure:

Le personnage principal, un technicien radio, découvre le moyen de discuter avec un extra-terrestre via des ondes radios. Il est aux anges! Malheureusement, il se voit contraint d’écourter la conversation car il a promis à sa femme d’assister à un gala en son honneur. Il n’a bien évidemment aucune envie d’y aller, mais à cause de sa promesse, il décide de se rendre au gala. Il demande bien sagement à l’extra-terrestre de l’attendre (si si!). Visiblement, ce dernier n’a pas d’agenda trop chargé car il accepte. Alors que notre héros participe contre son gré au gala, un problème technique survient dans la station de radio et l’extra-terrestre se voit propulsé sur notre terre. Il dévaste tout sur son passage. Le héros apprend qu’un fait inhabituel est signalé à la station de radio et, alors qu’il a enfin une bonne raison de partir, reste et se contente d’essayer de passer quelques coups de téléphone. Un moyen d’allonger l’épisode… mais un manque de cohérence scénaristique!

Deuxièmement, Joseph Stefano eut la bonne idée d’embaucher des techniciens prêts à expérimenter des nouvelles techniques filmiques pour le petit écran. C’est ainsi qu’Au-Delà Du Réel permit l’élaboration des techniques des grands angulaires et des tournages en semi-obscurité dans le but d’intensifier le côté fantastique du programme. Parmi les chefs opérateurs de la série, citons Conrad Hall qui assurera bien plus tard la photographie de l’excellent American Beauty.

Au-Delà Du Réel se révéla par la suite être une véritable mine de nouveaux talents. De nombreux acteurs firent leurs débuts dans la série: Robert Duvall, Cliff Robertson, Donald Pleasence, Barry Morse, Martin Landau, Martin Sheen, William Shatner, … pour ne citer qu’eux!

Devant toutes ces qualités, il est bon de se demander pourquoi la série n’a connu que deux saisons d’existence? Face au succès de la première saison, une seconde saison fut envisagée, mais à un horaire différent. Au-Delà Du Réel passait ainsi de la case du lundi soir au samedi soir. Une grosse erreur de la part de la chaîne puisqu’elle entra en concurrence avec la série Flipper. Une erreur qui eut une plus grave répercussion car elle précipita la sortie de Joseph Stefano, furieux de ce changement d’horaire. Il fut remplacé par Ben Brady.

Moins avant-gardiste que son prédécesseur, Brady fera de la série une fiction plus conventionnelle. La réalisation sera plus sage et les monstres moins… monstrueux. La série ne perdit pas pour autant tout son intérêt et aligna quelques bons épisodes, notamment “La main de verre”, mais le changement d’horaire fut malgré tout fatal. Au-Delà Du Réel s’arrêta après cette seconde salve de 17 épisodes produits.

Ce n'est pas une défaillance de votre téléviseur, n'essayez pas de régler l'image... Bla bla bla... La ritournelle est bien connue, je ne vous ferai pas l'affront de vous la raconter en entier. Il s'agit ni plus ni moins du générique de la série. Un générique un petit peu particulier, que je décrirai un peu plus tard. C'est donc par ces quelques phrases un peu inquiétantes que débute cette série, née en 1963 sur la chaîne ABC. Rien de rassurant, et pour cause, il s'agit d'une des plus grandes séries de science-fiction des années '60. Les raisons…

En quelques mots...

Nathanaël Picas
Alexandre Marlier

Au-Delà Du Réel

Critique de l'auteur: Série américaine en noir et blanc de science-fiction, peuplée de monstres et de machines, aux relents de guerre froide. Un classique du genre. Chaque épisode peut être regardé séparément.

Note des auditeurs/lecteurs Soyez le premier ou la première !

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.
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