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Commander In Chief: 1.01 Pilot

Commander In Chief, Pilote

L’un des moments les plus jouissifs de la fiction américaine est celui où, par une remarque sexiste et sans le vouloir, Nathan Templeton encourage Mackenzie Allen a prêter serment en tant que présidente des Etats-Unis. C’est évidemment un passage du pilote de Commander In Chief. Ce n’est pas seulement mon coeur de féministe qui me dicte ces mots.

Bon, c’est un petit peu mon coeur de féministe, OK. Mais c’est aussi une séquence fabuleuse par sa mise en scène évocatrice (elle qui était assise, se lève pour faire face à son adversaire), le style du dialogue (l’ironie de Mackenzie, le choix des mots et des intonations des deux personnages), l’implicite qui concentre en quelques phrases des décennies de sous-entendus machistes sur l’incompétence féminine à occuper le pouvoir.

Le premier épisode de Commander In Chief se résume en quelques lignes. Le président Theodore Roosevelt Bridges meurt d’une rupture d’anévrisme au cerveau. Mackenzie Allen, qui était la vice-présidente, doit décider si elle démissionne de son poste au profit de Templeton ou si elle souhaite diriger le gouvernement.

Malgré les pressions, elle décide de prêter serment et fait son premier discours devant le Congrès. On assiste donc au passage de témoin. Les autres épisodes de la série s’intéresseront à la gestion du pays, de crise en crise.

Ce qui est surtout intéressant dans cet épisode, c’est la description des tensions entre les personnes. Le fait que Mackenzie soit une femme n’est pas le problème, c’est surtout sa faiblesse politique. Elle est une indépendante, elle n’appartient ni au parti démocrate, ni au parti républicain. Elle était une vice-présidente gadget.

Theodore Bridges lui avait demandé d’être sa coéquipière pour gagner les votes féminins. Un fois devenu président, il ne lui a donné que des missions secondaires. Mackenzie, elle-même, avoue qu’elle se sent capable de remplir la fonction, mais qu’elle n’y est pas préparée parce qu’elle n’a jamais fait partie du cercle du pouvoir.

Le chef de cabinet du président et certains de ses ministres soulignent son inexpérience. D’autres personnages savent que le président lui a demandé de démissionner juste avant de mourir. Ils considèrent sa prestation de serment comme une trahison, Mackenzie n’ayant pas la même vision politique que l’ancien président.

Becca, la propre fille de Mackenzie et plutôt militante de droite du parti, le lui fait d’ailleurs remarquer. Pour cette raison, l’assistante personnelle de Bridges refuse de rester à son poste et de la seconder. Le ministre du travail démissionne également. Enfin, Mackenzie semble ne pas se conformer à l’idée de la politique qu’ont d’autres personnages. Nathan Templeton lui dit qu’elle devrait vouloir être présidente pour le plaisir d’exercer le pouvoir et juste pour ça. “Les gens qui ne veulent pas le pouvoir ne savent pas qu’en faire”, prétend-il.

La position de Mackenzie ne sera pas simple. Elle devra faire face aux durs du parti, aux membres de l’opposition, aux dissensions dans son équipe, mais aussi à l’ego blessé de son mari qui se sent à l’étroit dans le bureau de la Première Dame.

On sait déjà qu’elle a l’étoffe d’un chef d’état. “Elle est géniale” selon ses directeurs de communication. Elle a le chic pour dire exactement ce qu’il faut à ses troupes. Elle était d’ailleurs, selon l’ancien président, une patronne excellente alors qu’elle dirigeait l’université de Richmond. Elle a le sens du discours et de la négociation. Elle sait se montrer dure et efficace, même face à un ambassadeur nigérian.

La dernière chose qui marque quand on regarde le pilote de Commander In Chief est la prestance de Geena Davis dans le rôle. Son interprétation toute en finesse obstinée du personnage donne véritablement l’impression qu’une femme présidente des Etats-Unis, c’est possible. Evidemment, c’est de nouveau la féministe qui parle.

L’excellence de Geena Davis est renforcée par la qualité générale du casting. Donald Sutherland tient dans cette série l’un de ses plus beaux rôles télévisuels. Kyle Secor décline, en incarnant le mari, une facette que le personnage de Tim Bayliss ne lui avait pas permis d’explorer dans Homicide.

La série n’a duré qu’une saison. Les scénarios n’ont pas vraiment réussi à se renouveler. Le pilote et les quelques épisodes existants restent cependant un bon moment de télévision.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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