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Enfer Du Devoir (l’)

En 1859, la France prend possession de l’Indochine qui devient une colonie. Elle regroupe à l’époque le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, le Laos et le Cambodge. Le Viêt-Nam, coupé en 2, se divise en Tonkin au Nord et en Annam et Cochinchine au sud.

En 1940 les japonais envahissent le pays, mais la fin de la seconde guerre mondiale s’accompagne du retour des français. Cela marque aussi l’arrivée de nouveaux conflits opposant les colonisateurs au mouvement de libération ou Viêt-Minh, mené par Hô Chi Minh. Le 7 mai 1954, Dien Bien Phu tombe et marque la fin de la présence française, concrétisée par les accords de Genève du 21 juillet 1954.

Après cette guerre, qui reste un modèle classique de conflit de décolonisation, les Viet-Minh d’Hô Chi Minh récupèrent le nord du pays, industriel et désormais communiste, tandis que les dirigeants imposés par les accords de Genève conservent le Viêt-Nam du sud, très agricole. Cette division du pays est tout à fait artificielle et c’est le 17ème parallèle qui sert de frontière entre les deux régions séparées. Il semble donc inévitable que les deux moitiés s’unissent un jour pour ne plus en former qu’une à plus ou moins long terme, et dominé par le vainqueur des français, Ho Chi Minh ou ses héritiers. Mais les dirigeants Sud-Vietnamiens font tout pour retarder au maximum cette réunification.

Refusant de basculer dans le communisme, ils attirent la sympathie quelque peu intéressée des Etats Unis. Car c’est la guerre froide. Période ou l’Amérique et l’Union Soviétique se livrent à une guerre étrange par l’intermédiaire de quelques pays en voie de développement. Après le passage dans le bloc de l’est de Cuba et de la Yougoslavie, les dirigeants américains décident de stopper net cette marée rouge.

C’est à partir de cette idée simple que les américains commencent à envoyer de manière officielle dès 1959 du matériel et des conseillers militaires à leur allié le Viêt-Nam du sud. L’adversaire Nord-vietnamien n’est pas en reste puisqu’il reçoit une aide importante de son puissant voisin Chinois, ainsi que de l’Union Soviétique.

En décembre 1961, le nombre de conseillers militaires américains passe de 600 à 15.000. La dernière étape est franchie le 4 août 1964 lorsque des vedettes nord-vietnamiennes attaquent le destroyer américain U.S.S. Maddox. Cet acte de guerre permet au président américain Lyndon Johnson d’obtenir les pleins pouvoirs au congrès afin de régler ce qui n’est encore que le “problème” Vietnamien.

En 1967, il y a 400.000 soldats américains au Viêt-Nam dans un conflit qui va s’enliser et s’étendre à d’autres pays du sud-est asiatique. Un conflit interminable qui va durer jusqu’en mars 1973, date à laquelle les américains quittent le sol vietnamien conformément aux accords signés à Paris en janvier.

De 1967 à 1973 se sont écoulés 7 années de guerre pendant lesquelles de nombreux événements déplorables se sont déroulés. A commencer par l’utilisation sans discernement par les troupes américaines d’armes de destructions massives qui touchent plus la population civile que les combattants ennemis. Les B52 ont ainsi bombardé bon nombre de villes et de villages ainsi que des milliers d’hectares de terres et forêts les rendant impropres à la culture et provoquant une déforestation massive par l’usage de produits hautement toxiques comme l’agent orange et d’autres défoliants qui font toujours parler d’eux à notre époque, de par leurs conséquences sur la santé.

Dans cette panoplie de l’horreur, il y a aussi le napalm déversé du ciel par les chasseurs bombardiers, qui a grièvement brûlé ou tué des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui n’avaient bien souvent rien à voir avec cette guerre.

Ce sont ces 7 années de guerre que les protagonistes de l’Enfer du Devoir nous font découvrir au fil des 58 épisodes de la série.

Tour Of Duty

Le titre original de la série, littéralement le “tour du devoir”, est la période de 12 mois que les soldats américains doivent faire au Viêt-Nam. Et la série est tout naturellement consacrée à la description du destin quotidien d’un groupe de jeunes recrues pendant leur tour de service.

Elle s’intéresse tout particulièrement à un petit groupe qui rejoint en 1967 la 2ème section de la compagnie Bravo de la 23ème division d’infanterie. Ces jeunes hommes âgés de 19 ou 20 ans débarquent dans un monde de guerre et de violence dont ils ne connaissent rien.

Le chef de leur section d’affectation est le sergent Zeke Anderson, un vétéran qui en est à son 3ème séjour au Viêt-Nam. Il a de grandes qualités professionnelles et humaines. En outre, il est dominé par un constant souci des autres. Malheureusement, son approche différente du commandement crée souvent des tensions avec son supérieur direct, le lieutenant Goldman, tout fraîchement sorti de l’académie militaire.

Les nouveaux arrivants que l’on va suivre sont:

  • Horn, un pacifiste de Chicago,
  • Percell, un jeune volontaire de l’Iowa,
  • Ruiz, un porto-ricain du Bronx,
  • Baker, un surfer Californien.

Ils rejoignent Johnson et Taylor, les deux vétérans noirs de l’unité, ainsi que Doc Matsuda, l’infirmier, et le capitaine Wallace, commandant de la compagnie Bravo. On peut d’ailleurs noter le soucis de réalisme de l’Enfer du Devoir, qui se manifeste dès la première saison puisque Wallace et Matsuda seront tué au combat tandis que Horn, grièvement blessé, sera rapatrié aux Etats-Unis.

Cette volonté de réalisme est accentuée par la citation en préambule de chaque épisode d’un texte tiré d’articles de journaux ou des discours des responsables politiques ou militaires et qui font référence de manière directe ou non à l’épisode qui suit.

Pour la seconde saison, la section du lieutenant Goldman est affectée à la base aérienne de Tan Son Nhut, toute proche de Saïgon. On retrouve pratiquement tous les personnages survivants de la première saison, ainsi que 3 nouveaux protagonistes:

  • Alex Devlin, une journaliste qui couvre la guerre pour une agence de presse,
  • le docteur Jennifer Seymour, une psychologue qui aide les soldats à surmonter leurs problèmes émotionnels,
  • le lieutenant Johnny McKay, un pilote d’hélicoptère qui transporte les membres de la deuxième section sur les lieux du combat.

Les femmes apportent à la série un peu de romance et les couples se forment rapidement. Anderson tombe amoureux du docteur Seymour, tandis que Goldman se sent irrésistiblement attiré par Alex. Cette apparition soudaine d’éléments féminins dans la distribution s’explique par le fait que l’Enfer du Devoir doit affronter la concurrence de l’autre série télévisée consacrée à la guerre du Viêt-Nam: “China Beach”, diffusée sur ABC. Cette dernière met particulièrement l’accent sur le rôle des femmes dans le conflit: de l’infirmière à la chanteuse en passant par la prostituée au grand coeur.

L’arrivée des femmes dans la série coïncide avec la disparition des citations introductives et une plus grande liberté prise par les scénaristes avec la description des événements historiques.

La troisième et dernière saison marque un retour aux sources. Les épisodes sont à nouveau précédés de citations et 2 autres personnages masculins font leur apparition :

  • Le colonel Brewster
  • Francis “Doc Hock” Hockenberry, le nouvel infirmier de la section, un objecteur de conscience venu au Viêt-Nam pour tenter de sauver des vies plutôt que d’en prendre.

Les personnages féminins ont presque totalement disparu et cette saison donne une impression plus sombre que la précédente. On voit ainsi que le moral des troupes se détériore peu à peu d’autant que la section ne peut empêcher la descente aux enfers de Percell qui a commencé à se droguer. Les morts et les départs se succèdent. Ainsi, Johnson ayant fini son tour retourne aux Etats-Unis et découvre que les américains ne comprennent pas pourquoi leurs soldats se battent au Viêt-Nam. Percell, Ruiz et McKay ne peuvent que faire le même constat à leur retour, laissant derrière eux Goldman, Anderson et Taylor ainsi qu’une guerre qui n’en finit pas de s’éterniser.

Les Personnages

L’Enfer du Devoir conte les aventures au jour le jour des divers membres de la compagnie Bravo. 6 personnages émergent toutefois du lot:

Le lieutenant Myron Goldman (Stephen Caffrey): fils d’officier et militaire de carrière qui se retrouve au Viêt-Nam et doit commander une section composée en partie de vétérans et de bleusaille. Il doit affronter dès son arrivée le sergent Anderson, teigneux mais redoutablement efficace, qui sait mieux que lui ce qu’il faut faire. En effet, Goldman ne connaît de la guerre que ce que les écoles militaires en enseignent et il agit en fonction des manuels. Heureusement, au lieu de se butter et de vouloir faire jouer son grade à tout prix, il va rapidement travailler avec son sergent, puis en faire un conseiller et enfin un ami.

La guerre apportera à Goldman plus de désillusions et de déceptions que de bienfaits. Il découvrira la lâcheté et l’horreur du massacre de Phu An. Les femmes qu’il rencontre finissent par mourir ou par partir, le laissant seul avec les questions qu’il ne cesse de se poser sur l’utilité de cette guerre.

Le sergent Clayton Ezekial “Zeke” Anderson (Terence Knox): ce n’est pas son premier tour au Viêt-Nam et il a été à la rude école de la jungle, celle où la moindre petite erreur est sanctionnée de manière définitive. Son seul but est de faire profiter à ses hommes de son expérience, de leur apprendre à survivre et d’en ramener un maximum vivant et indemne à la maison.

Le soldat Marcus Taylor (Miguel A. Nunez, Jr.): c’est l’un des vétérans de la compagnie Bravo. Il est devenu un véritable soldat de métier à qui la vie civile finit par faire peur au point qu’il signe pour un nouveau tour de service plutôt que de l’affronter. Mais avant d’être un soldat, il est un homme noir, toujours en révolte lorsqu’il voit que d’autres moins méritants que lui bénéficient de promotions injustifiées parce qu’ils sont blancs. Pour lui, l’amitié passe avant tout et il est prêt à tout sacrifier pour ses camarades de combat, qu’ils soient noirs comme Johnson, Porto-ricains comme Ruiz, ou blancs comme Percell.

Le soldat Marvin Johnson (Stan Foster): il est avec Taylor dans tous les coups. Plus réfléchi que lui, il n’a rien d’un extrémiste dans ses opinions comme dans ses actes. Parfois naïf, il se laisse entraîner dans des affaires plus ou moins nettes, comme acheter un hôtel à Saïgon, en prévision de la fin de la guerre. Ses nombreuses qualités lui permettront d’être nommé sergent. Mais Johnson n’a rien d’un homme de guerre et n’hésite pas à saisir l’occasion de quitter le Viêt-Nam dès qu’elle se présente.

Le soldat Alberto Ruiz (Ramon Franco): en dépit de sa petite taille, bardé de bandes de cartouches, c’est un combattant redoutable. La guerre va faire découvrir à ce bagarreur des bas quartiers de New York un sentiment qu’il ne connaissait pas: la peur… Qui se transformera presque en folie. Mais grâce à ses compagnons, Ruiz réussira à surmonter ce mal.

Le soldat Daniel Percell (Tony Becker): il arrive au Viêt-Nam sûr de lui. Il vient faire son devoir, défendre sa patrie et ses alliés sud-vietnamiens contre l’agression communiste. Mais au fil des jours passés à patrouiller dans la jungle pour rien, si ce ne sont les morts inutiles de ses camarades, il commence à se poser de questions sur cette guerre et sur la nécessité de sa présence loin des Etats-Unis. Il en vient à douter de tout et se réfugie dans la drogue. De héros, il devient drogué et déserteur potentiel. Il s’en sortira désabusé mais en vie grâce à ses amis de l’unité.

On peut remarquer qu’il n’y a aucune star qui a participé à l’Enfer du Devoir, soit en tant que régulier, soit en tant que guest. C’est sans aucun doute un choix délibéré des producteurs puisque la seule héroïne de la série est bien la guerre du Viêt-Nam. Ce qui ne veut pas dire que ce sont de mauvais comédiens qui ont joué dans la série. Bien au contraire.

Pour le rôle des vietnamiens que les GI côtoient au fil des 58 épisodes de la série, les responsables de la distribution ont fait appel à presque tous les comédiens asiatiques d’Hollywood, qu’ils soient d’origine hawaïenne, japonaise ou coréenne.

Conclusion

On l’aura compris, L’Enfer du Devoir n’est pas une adaptation du film Platoon pour le petit écran. Il s’agit d’une série réaliste sur une cicatrice encore ouverte de l’histoire des Etats-Unis. Mais ici, pas de voyeurisme au programme. L’Enfer du Devoir est là pour montrer l’horreur de cette (la) guerre, sans pour autant tomber dans la surenchère de violence gratuite. Et le fait que ses auteurs, Steven Duncan et L. Travis Clark sont tous deux des vétérans du Viêt-Nam en est probablement l’une des raisons.

La série deviendra cependant plus pesante, plus sombre avec la troisième saison, qui verra une véritable descente aux enfers de plusieurs personnages. Et l’arrivée de ce constat: personne ne sort indemne d’un conflit tel que celui-ci. On peut d’ailleurs considérer cette troisième année comme la meilleure.

L’Enfer du Devoir gardera durant ses trois saisons une qualité toujours constante. Preuve en est: le succès critique toujours présent. De nombreux vétérans et leurs familles seront également les premiers fans de la série. Malgré tout, elle ne décollera jamais dans les sondages.

La série prendra fin le 28 avril 1990, au grand regret de ses nombreux fans. L’épisode final nous montrera le retour de Percell, Ruiz, Mc Kay et Taylor… qui se rendront rapidement compte que la vie civile ne veut pas d’eux. Anderson et Goldman accueilleront pour leur part une nouvelle équipe qui partira directement sur le front. La boucle est bouclée.

À propos de Alexandre Marlier

Alexandre Marlier est journaliste et animateur radio. Il a notamment travaillé pour les réseaux belges « Nostalgie » et « Sud Radio ». Il travaille également en presse écrite. Il a ainsi écrit, entre autres, plusieurs articles pour le défunt « Génération Séries ». Il est également membre de l'A.C.S., l'Association des Critiques de Séries. Enfin, Alex est « Casting Voix » ou « Voix Off » pour des documentaires, films d’entreprises, ...
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