Caméléon (le)

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Lancée au Etats-Unis en 1996, la série Le Caméléon faisait partie de la trilogie “The Others” de la chaîne NBC. Elle a été créée par le duo Steven Long Mitchell et Craig Van Sickle. Ce duo s’est rencontré au début des années ’80. Pour la petite histoire, ces derniers avaient d’abord entamé leur collaboration en tant que comédiens: ils formaient un duo comique parcourant les petits théâtres au sud de la Californie.

Les deux compères se sont ensuite tournés vers l’écriture de scénarios. Ils ont ainsi signé plusieurs scripts de Arabesque et de Alien Nation… avec succès, puisque la Warner Bros Television les a engagés pour développer de nouveaux concepts de séries. Mitchell et Sickle produisent alors les séries Cobra, Street Justice et Flash. Des séries qui rencontreront leur public.

Et pourtant, quand les deux amis présenteront le projet du Caméléon, ils se sont heurtés à un mur de réticence. Personne ne semblait y croire. Les patrons de NBC finiront par céder et intégreront la série à leur grille pour créer leur fameuse trilogie. Et pendant quatre années, le public donne raison aux deux producteurs: Le Caméléon est un vrai succès!

L’histoire

L’histoire du Caméléon est, d’après ses auteurs, inspirée de fait réels. Voilà de quoi faire frissonner le plus blasé d’entre nous lorsqu’on dénombre le nombre de trahisons, meurtres et mensonges qui jonchent la série. Fort heureusement, quand les auteurs disent qu’ils se sont inspirés de faits réels, ils veulent dire par là qu’une histoire vraie leur a donné l’idée du Caméléon. En effet, les aventures de Ferdinant Demara, un américain mort en 1982 connu pour ses exploits de caméléon, ont inspiré nos deux compères. L’homme avait réussi à se faire passer pour un chirurgien, un moine, un professeur, mais aussi un gardien de prison. De là naît l’idée de créer une série centrée sur un personnage capable de se fondre dans n’importe quel milieu et prendre n’importe quelle identité. Jarod est né.

Enfant, le jeune Jarod est soustrait à sa famille. Il est enlevé et élevé dans le Centre, une corporation privée située dans la Crique Bleue de Delaware aux USA. Cette corporation mène des objectifs douteux et flous qui ne seront jamais réellement révélés. Tout au plus sait-on qu’ils ne sont pas fardés de bonnes intentions, qu’ils utilisent la science sans aucun scrupule pour servir des intérêts militaires et économiques, et qu’ils n’hésitent pas à tuer pour obtenir ce qu’ils désirent. Le Centre est piloté directement depuis l’Afrique par un groupe se faisant appeler le Triumvirat.

Quant à Jarod, il est de toute évidence le projet le plus abouti du Centre. En effet, ceux-ci l’ont élevé et conditionné depuis sa plus tendre enfance: ils ont exploité ses prédispositions intellectuelles pour en faire le caméléon parfait. Jarod est un homme d’une extrême intelligence, capable de comprendre des concepts ultra compliqués en un rien de temps. Pendant toute son adolescence et le début de son âge adulte, Jarod a aidé le Centre à remplir des missions causant la mort de milliers de personnes. Bien entendu, celui-ci l’ignorait. Mais le jour où il prend conscience que le Centre l’a trompé depuis le début, le privant même de ses parents, Jarod s’enfuit. Il décide alors d’expier ses fautes en faisant le bien autour de lui. Il utilise alors son extrême intelligence pour aider des innocents. Parallèlement, il se fixe comme but de retrouver son père et sa mère.

Du côté du Centre, l’évasion de Jarod est une grosse perte. Son directeur, M. Parker charge sa fille Miss Parker, Broots (un génie de l’informatique) et Sydney (celui-là même qui a élevé Jarod) de le retrouver et de le ramener vivant au bercail. Mais bien vite, ils se rendront compte à leur tour que le Centre n’est pas ce qu’il prétend être. Leur traque de Jarod deviendra de plus en plus ambiguë: cherchent-ils vraiment à le capturer ou cherchent-ils plutôt à découvrir la vérité sur ce Centre indirectement avec son aide? Sur leur chemin, ils croiseront invariablement deux personnages énigmatiques vers lesquels toutes les intrigues convergent: M. Parker et surtout Raines. Cet ancien médecin devenu invalide suite à des problèmes respiratoires traîne en permanence une bouteille d’oxygène derrière lui. Mais cette fragilité n’est qu’une apparence: Raines est une araignée qui tisse sa toile depuis de nombreuses années et qui a une soif de pouvoir absolue.

Une histoire de famille

A l’instar de 7 A La Maison, Le Caméléon affiche clairement ses valeurs chrétiennes dès le départ: le péché, le pardon, la rédemption, la figure christique, mais aussi et surtout la famille! Car cette série, vidée de toute esbroufe pyrotechnique, n’est jamais qu’un soap opéra racontant les déboires d’une famille atteinte d’un syndrome extrême de “mensongite” aiguë.

Chaque épisode est l’occasion pour les scénaristes de poser une nouvelle énigme, un nouveau rebondissement. Chaque épisode dévoile petit à petit les dessous d’une histoire de famille pas franchement folichonne. On croit apprendre la vérité, et deux épisodes plus tard, celle-ci est remise en question. Ce jeu du faux-semblant est la structure même de la série: tous les personnages mentent. Tous prétendent être ce qu’ils ne sont pas. Et le miroir d’un famille parfaite se craquelle à mesure que les révélations se succèdent. En réalité, la série ne raconte pas l’histoire d’un caméléon, mais d’une flopée d’entre eux. Le titre original est d’ailleurs plus parlant à ce sujet: The Pretender… Celui qui prétend.

Attendez-vous donc à assister à un nombre de scènes style: “Je ne suis pas ton père”, “Tu as un frère jumeau”, “Je ne suis pas celui qui a tué ta mère”, “Ta mère n’est pas vraiment morte”, etc… Si ce genre de pirouettes vous excite, vous avez frappé à la bonne porte, le Caméléon va vous en donner pour votre argent, par contre, si vous êtes allergique à ce genre, vous risquez de décrocher très rapidement.

Sur ce point, Le Caméléon est le précurseur d’Alias: si vous n’avez pas suivi la série depuis le début, vous avez peu de chance de comprendre de quoi il en retourne.

Série ou feuilleton?

La question mérite d’être posée. En effet, les scénaristes ont tenté de réaliser l’une des premières séries feuilletonnante… avec plus ou moins de réussite. Globalement, les épisodes du Caméléon peuvent être schématisée en deux structures narratives différentes, donnant parfois l’impression de regarder deux séries différentes.

Tendance sérielle: La plupart des épisodes racontent comment Jarod vole au secours d’un innocent. Si la série choisi cette option narrative, sa structure est relativement immuable. L’épisode commence invariablement par Jarod apprenant qu’une injustice a été commise. Une personne est accusée à tort d’un crime et est de fait éloignée de sa famille. Jarod ne peut le supporter et décide d’entrer en action. Il prend alors l’identité lui permettant de s’insérer dans le milieu familial en question. Il devient médecin, pilote de chasse, magicien,…

Très rapidement, il démasque le vrai coupable et met en place une vengeance. Invariablement, il applique la loi du Talion pour ce dernier: il le met dans une situation de stress identique à celle qu’a connue la victime innocente. Ainsi, le coupable confesse ses crimes et se fait arrêter. Famille, péché, loi du Talion, confession, purgatoire… Les valeurs de l’Ancien Testament se retrouvent abondamment dans chaque épisode.

Parallèlement, le Centre continue sa traque de Jarod. Ils finissent par le retrouver, mais souvent trop tard! Jarod, avec l’aide de ses nouveaux amis (les innocents) arrive toujours à leur échapper de peu.

Tendance feuilletonnante: Quant Jarod ne part pas sauver la veuve et l’orphelin, il cherche à percer au jour tous les mystères du Centre. La structure narrative change alors totalement. Il s’agit bien d’un feuilleton: une grande histoire découpée en plusieurs chapitres uniquement focalisée sur le Centre et la famille qui s’y entre-déchire. Cette histoire là évolue au cours des saisons, les rebondissements et les révélations s’enchaînent à vive allure à partir de la saison 2.

En soi, faire appel aux aspect d’une série et d’un feuilleton dans une même histoire n’a rien de grave – au contraire – mais ici, le mélange n’est pas toujours des plus réussis.

Critique

Je vais sembler dur avec la série. Peut-être plus que je ne le devrais pas, pourtant il y a un nombre de défauts que je ne peux passer sous silence.

Premièrement, la série a mal vieilli. Après 24 Heures Chrono, Prison Break ou encore Alias, force est de constater que notre bon vieux Jarod a pris un sacré coup de vieux. Les scènes d’actions sont un peu poussives, les acteurs ont une petite tendance à surjouer, les intrigues semblent grosses comme des maisons, le maquillage est grossier… Il faut savoir se montrer indulgent. Et oui, Le Caméléon est une série des années ’90.

Deuxièmement, la série est relativement inégale. La première saison est franchement légère car elle se contente majoritairement d’aligner les épisodes où Jarod sauve les innocents. Heureusement, lorsque les auteurs décident enfin de s’attaquer aux mystères du Centre et alignent les rebondissements, la série prend clairement un autre tournant.

Troisièmement, les personnages manquent d’épaisseur. Ils sont tous monomaniaques… comprenez qu’ils n’ont qu’un seul objectif et tentent d’y parvenir envers et contre tout. Un peu comme Scrat, l’écureuil préhistorique de l’Age De Glace à la recherche de son fameux gland. Ici, Jarod n’a qu’une seule obsession: reconstituer la Famille (la sienne et celle des autres), tandis que Miss Parker, toujours en colère, traque la vérité à propos de la mort de sa mère… ce parti pris finit par lasser. D’autant qu’il est évident dès le début que toutes les réponses se trouvent au Centre, mais à chaque fois que ses investigations l’amènent à une nouvelle révélation, elle ouvre des yeux grands comme des soucoupes et s’étonne d’avoir été trompée…

Enfin, ma dernière critique s’adressera aux deux téléfilms censés clôturer l’intrigue. En effet, l’arrêt brutal à la fin de la quatrième saison avait laissé quelques fans hystériques: Jarod, Miss Parker et Ethan sautent d’un métro rempli d’explosifs. La bombe explose et détruit la moitié du quartier. Les 3 héros ont-ils survécu? Grace à Internet, les fans ont bombardé de messages les producteurs et les responsables de la chaîne pour qu’ils offrent une fin digne à leur série fétiche. Quelques mois plus tard, la nouvelle tombe: Jarod et ses amis vont connaître les joies de deux téléfilms qui finiront définitivement cette histoire.

Après diffusion des deux téléfilms, le téléspectateur a le droit de rester circonspect. Jarod n’a fait qu’apercevoir sa mère et Miss Parker en apprend une bonne sur son père (pour changer)… D’autant que cette fois, les scénaristes n’ont plus seulement suggéré que Jarod était une sorte de réincarnation du Christ, ils l’ont carrément affirmé lors d’un final mystique franchement léger…

Ces critiques mises à part, Le Caméléon reste une bonne série. Les acteurs sont tous parfaits dans leurs rôles, surtout Michael T. Weiss en Jarod: idéal en homme enfant capable de tout. A noter que sa voix en version originale est nettement meilleure: Jarod y a une voix grave contrebalançant sa dimension enfantine. Et je ne pourrai pas terminer ce dossier sans mentionner Andréa Parker: sa Miss Parker est la parfaite réincarnation d’Emma Peel (même coiffure, mêmes tenues affriolantes, …).

Lancée au Etats-Unis en 1996, la série Le Caméléon faisait partie de la trilogie "The Others" de la chaîne NBC. Elle a été créée par le duo Steven Long Mitchell et Craig Van Sickle. Ce duo s’est rencontré au début des années '80. Pour la petite histoire, ces derniers avaient d’abord entamé leur collaboration en tant que comédiens: ils formaient un duo comique parcourant les petits théâtres au sud de la Californie. Les deux compères se sont ensuite tournés vers l’écriture de scénarios. Ils ont ainsi signé plusieurs scripts de Arabesque et de Alien Nation... avec succès,…

En quelques mots...

Nathanaël Picas
Alexandre Marlier
Sarah Sepulchre
Sébastien Porcu
Tilman Villette

Le Caméléon

Critique de l'auteur: L'histoire d'un homme pouvant endosser n'importe quel rôle et personnalité poursuivi par une organisation secrète. Quelques bons moments, beaucoup de redite et un personnage féminin fascinant incarné par la glaciale Andrea Parker.

Note des auditeurs/lecteurs 3.95 ( 1 votes)

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.

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