Pan Am

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La série américaine Pan Am a été diffusée sur ABC en 2011. Elle est annulée après une petite saison de 14 épisodes faisant les frais des sweeps de novembre 2011.

Série de la catégorie des “Period Drama”, comme Mad Men à qui elle a été souvent (et injustement) comparée, Pan Am dépeint la vie de 4 hôtesses et 2 pilotes au sein de la Panamerican World Airways durant sa période dorée, les années ’60.

Côté audiences, cela avait bien commencé avec 11,6 millions de téléspectateurs pour le pilote, mais dès le deuxième épisode, la série est tombée à 7,6 millions pour finir à 3,77 millions pour le dernier épisode. Pourtant la chaîne avait mis le paquet pour reproduire la gloire du Jet Age à l’écran. D’ailleurs le pilote de la série à coûté près de 10 millions de dollars.

Le premier plan de la série plante le décor: un joli travelling sur l’aile d’un avion arborant l’emblématique sigle de la PANAM, un rayon de soleil et une musique de crooner.

La série se passe en 1963 et on comprend de suite que les pilotes et hôtesses étaient des icônes de beauté et de réussite. Ces quatre sublimes femmes marchant en cadence dans leurs uniformes bleu sont l’incarnation de l’esprit du Jet Age.

Les personnages

Kate est une jeune femme plutôt sûre d’elle, très professionnelle. Elle va être recrutée par le gouvernement pour des petites missions d’espionnage.

Bridget n’est pas une des hôtesses principales, mais a un rôle déterminant. Elle était espionne pour le MI-6, les services secrets britanniques, et a dû disparaître car elle avait été démasquée. Son départ a donc une grande influence sur la vie de Kate, qui sera recrutée comme espionne à sa place, mais aussi sur la vie de Dean, son fiancé.

Dean est un jeune, beau et ambitieux commandant de la Pan Am, aussi promu à ce poste pour sublimer l’image de la Compagnie. Il se consolera de la disparition de Bridget dans les bras de Colette.

Colette, l’hôtesse française qui a perdu ses parents durant la guerre, dégage une certaine profondeur. C’est assez rare à la télévision américaine, mais c’est un vrai beau rôle de française, sans cliché.

Laura est la soeur de Kate, jeune ingénue au début de la série et qui s’est enfuie de son propre mariage en robe de mariée. Jeune et naïve, elle veut découvrir le monde. Dans le pilote, elle fait, sans le vouloir, la couverture de Life Magazine, LE magazine qui fait rêver les ménagères de l’époque.

Ted est co-pilote, ancien pilote d’essai dans l’armée. Il est le fils d’un riche homme d’affaires et rêve d’être commandant de bord, mais sans l’aide de son père. Il est un peu lourd avec les filles mais est finalement un tendre et tombe immédiatement amoureux de Laura.

Maggie a une forte personnalité. Elle défie l’autorité de la chaperonne des hôtesse au terminal de la Pan Am et a été mise à pied pour non respect de l’uniforme (elle ne portait pas sa gaine!). C’est aussi une jeune femme engagée qui était très active durant la campagne de Kennedy. Elle est très cultivée et écrira même dans le Village Voice un pamphlet contre son amant, un membre du congrès qui défend le nucléaire. Elle n’a pas vraiment de diplôme mais se faufilait dans les salles de cours d’université pour apprendre.

L’Histoire dans l’histoire

Glamour, Amour et Espionnage sont les axes principaux de la série. Mais c’est tout de même plus large. Bien sûr, il y a des arcs narratifs comme l’apprentissage de l’espionnage pour Kate ou les histoires d’amour naissantes entre les personnages, mais la base c’est une histoire par épisode.

On dépasse le vernis et la poudre au yeux de l’image de la Pan Am dès la deuxième scène du pilote. On y voit l’envers du décor et la “pesée” journalière des hôtesses, le port de la gaine obligatoire. Car si cette époque est celle de la libération de la femme, c’est aussi le début du dicta de la minceur et de la femme idéalisée à l’image de la Barbie (1959).

L’hôtesse de la Pan Am en particulier étant souvent considérée comme une femme objet, juste bonne à servir le café et à être belle. Le sujet est d’ailleurs évoqué dans la série lorsqu’un homme, après avoir fait des avances à Maggie, tente de l’embrasser. Vu son comportement de feu, elle lui plante une fourchette à rôti dans le ventre et y risquera son job.

D’autres thèmes inhérents à l’époque sont abordés… Alors que les lois ségrégationnistes ont été abolies, la haine raciale est encore très présente aux Etats Unis dans les années ’60. L’un des épisodes aborde ce thème en racontant la rencontre entre Laura et Joe, un jeune marin afro-américain.

Cette série nous emmène dans de nombreux pays et villes et nous place sur de nombreux événements historiques. Comme à Berlin, où l’équipage convoie la presse américaine en Allemagne pour la visite de Kennedy et son discours historique “Ich Bin eine Berliner” ; à Moscou avec le premier vol commercial vers le bloc de l’Est, en pleine guerre froide ou encore en Haïti lors d’un atterrissage d’urgence en pleine guerre civile, l’équipage emmènera une jeune haïtienne aux USA.

Critique

Les décors sont assez justes et réalistes, les accessoires de déco sont stylés et la bande son participe à créer cette atmosphère rétro mais pas poussiéreuse. La direction lumière est très belle avec des filtres qui donnent une image un peu “poudrée”, vintage. Il y a de jolis plans du New York des sixties et de bonnes reconstitutions d’hôtels.
Bien sûr, il arrive qu’on sente le green key dans certains plans, mais c’est assez rare.

Je pense qu’on aurait pu au moins avoir une saison complète ou une deuxième saison. Il y a pas mal de thèmes qu’ils envisageaient comme le transport des Beatles par la Pan Am, qui a réellement été un événement avec des fans déchaînées à l’arrivée. Ils avaient prévu un épisode qui développerait cette histoire et finalement, c’est anecdotique dans la série. Ca leur aurait aussi donné l’occasion d’aller plus en détails dans des moments clés comme l’assassinat de JFK et de développer la guerre froide.

Produite pour ABC, chaîne grand public, Pan Am n’a pas eu l’occasion de s’installer dans sa grille horaire. La série était diffusée le dimanche en face du football américain et des experts, après Desperate Housewife. Pan Am a beaucoup souffert de la comparaison avec “Mad Men” avec qui elle partage une époque mais dont elle n’a pas le mordant. La série aurait aussi pu aller plus loin dans la guerre froide, le contexte politique.

Enfin, la distribution n’est pas percutante. Christina Ricci, qui tient le casting, n’est pas convaincante. Margot Robbie (Laura) est assez fade. Pour moi, les 2 acteurs qui relèvent la barre sont Karine Vanasse (la québécoise qui joue Colette) et Michael Mosley (Ted).

Pan Am est une série plutôt légère et agréable pour ceux qui aiment le vintage et l’american way of life des années ’60.

Quoi qu’il en soit, seulement 14 épisodes, c’est une sanction sévère que ne méritait pas Pan Am. Elle aurait dû selon moi avoir le temps de s’installer car elle avait un certain potentiel. Mais c’est la loi de l’audimat sur les gros Networks comme ABC!

À propos de Sophie Sourdiaucourt

Après un passage par l'IHECS, Sophie a découvert le langage audiovisuel en suivant un écolage de cinéma. Elle a ensuite travaillé dans une compagnie de théâtre. Depuis de nombreuses années, Sophie suit avec intérêt l'actualité des séries et était déjà une auditrice attentive d'"Aux Frontières Des Séries" avant de rejoindre l'équipe en 2012.
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