Atlantis

Atlantis

Les craignos, ce sont des séries que l’on aime dénigrer… mais ce sont aussi des petits plaisirs coupables.

Je l’avoue. Je suis un grand amateur devant l’éternel de la mythologie grecque. Une passion qui me pousse d’ailleurs à considérer Les Chevaliers Du Zodiaque avec bienveillance, tout en me forçant à regarder ses pitoyables spin off comme le très poussif Saint Seiya Oméga. Un plaisir coupable et honteux ayant des répercussions sur ma cosmo-énergie et une tendance marquée à détourner facilement une corde à sauter en chaîne d’Andromède.

Comment dans ces conditions résister aux sirènes d’Atlantis? Imaginée par Johnny Capps, Julian Murphy et Howard Overman, cette série britannique est diffusée sur la BBC depuis 2013 et compte déjà deux saisons à son actif.

Elle met en scène les aventures de Jason, un jeune anglais à la recherche de son père disparu qui, aspiré dans une espèce de faille spatiotemporelle, devient le héros de l’Atlantide, la mythique cité perdue, supposément engloutie par les océans.

Signalons d’emblée la volonté des producteurs de la série de mettre tous leurs efforts dans certains décors et s’assurer des effets spéciaux franchement potables. Jusque là, tout va bien donc. Oui mais voilà, si l’argent ne fait pas le bonheur, il n’est pas non plus garant de bons scénaristes dont la paresse atteint ici des sommets.

Une séquence d’introduction pour le héros? Bah, écrivons une petite scène rapidement torchée pendant laquelle Jason discute avec un ami de son père sur un bateau. Une ligne de dialogue et l’on sait que Jason ressemble à son père. Une phrase plus tard, on sait que le père a disparu et qu’il lui a remis un mystérieux (et hideux) collier avant de s’évaporer dans la nature.

Et quelques secondes après, Jason annonce qu’il va descendre inspecter une épave pour comprendre ce qui est arrivé à son père. La scène suivante, Jason plonge en sous-marin. Tout juste a-t-il eu le temps de voir un reste de ferraille sur lequel est inscrit le mot “Oracle” et le voilà aspiré par une étrange lumière. Terminus, tout le monde descend, Jason est désormais à Atlantide.

Durée de la séquence: 3 minutes chrono. Vous imaginez bien qu’avec un tel prologue, le téléspectateur a toutes les cartes en main pour éprouver de l’empathie envers le héros et le monde qu’il laisse derrière lui.

Véritable marque de fabrique du craignos, la série enfile les heureuses coïncidences permettant au héros de rencontrer ses nouveaux amis. Non sans oublier au passage la
séquence de réveil du héros inexplicablement torse nu sur la plage (mais toujours doté de son hideux collier). Jason trouve miraculeusement des vêtements laissés à l’abandon sur le rivage et qui par chance sont parfaitement à sa taille.

Une visite de la ville et un petit incident avec un lézard à deux têtes plus tard, Jason se retrouve poursuivi par les gardes, se prend des flèches dans l’épaule, exécute quelques sauts périlleux et atterrit chez Pythagore… en pleine élaboration de son fameux théorème.

On ne sait pourquoi ce dernier décide sans réfléchir d’aider le héros au péril de sa vie, mais on s’en fout. Car on se demande tout de suite pourquoi les personnes de l’époque parlent un anglais parfait avec un accent so british. Et pas le temps de souffler qu’un nouveau sidekick entre dans la danse. Après le nerd grec, voici l’ami boulet sympathique mais porté sur la bibinne et toujours sur un coup foireux, j’ai nommé Ridicule. Ah non pardon, Hercule!

Les deux adjuvants en poche, Jason n’a plus qu’à faire des regards en coin à la douce Ariane, fille du roi de l’île, qui n’en demandait pas tant pour remettre au héros torse nu (encore!) son fameux fil avant qu’il ne parte à l’assaut du labyrinthe et son célèbre minotaure.

Revenu vainqueur de ce défi, Jason s’impose directement comme le nouveau héros de la cité qui sera sollicité par la veuve et l’orphelin tout au long des 30 épisodes pour se défaire du bestiaire mythologique de nos amis les Grecs tout en faisant admirer ses acrobaties sportives lorgnant parfois dangereusement vers le Matrix style. Ce qui n’est pas spécialement un gage de qualité.

Autant vous dire que la série se vautre dans une mise en scène craignos soutenue par des acteurs au jeu antique. Jack Donnelly se glisse ainsi dans la peau d’un Jason suite à un gros travail d’interprétation au niveau oculaire. Au choix, Jason a les yeux exorbités d’étonnement ou il roule ses yeux dans ses orbites pour exprimer tout autre sentiment humain.

Les acteurs semblent s’être donnés le mot puisque Juliet Stevenson qui prête ses traits à l’oracle réussit l’exploit à ne jamais cligner des yeux dans la moindre des scènes dans laquelle elle apparaît.

Atlantis tente toutefois de maintenir l’attention des téléspectateurs en haleine en multipliant les mystères forcés: quelles sont les origines réelles de Jason? Pourquoi semble-t-il si à l’aise dans ses habits de héros? D’où viennent ses subites aptitudes physiques? Des questions qui pourraient facilement trouver réponse si les personnages connaissant le passé de Jason n’avaient pas la fâcheuse tendance à mourir avant qu’ils n’aient pu parler et si l’oracle voulait bien cracher sa Valda. Celle-ci préfère faire de la rétention d’information pour le bien de Jason… ou tout simplement pour les besoins du scénario.

A ce stade, ce n’est pas la main de dieu qui semble diriger la série, mais celles des scénaristes manchots qui auraient pu s’abstenir de regarder chez leur voisin américain pour offrir une relecture plus originale du fameux mythe de Jason.e

En attendant, le fan d’Athéna que je suis irait bien se reprendre une dose de météores de Pégase pour se remettre de ses émotions.

Les craignos, ce sont des séries que l'on aime dénigrer... mais ce sont aussi des petits plaisirs coupables. Je l'avoue. Je suis un grand amateur devant l'éternel de la mythologie grecque. Une passion qui me pousse d'ailleurs à considérer Les Chevaliers Du Zodiaque avec bienveillance, tout en me forçant à regarder ses pitoyables spin off comme le très poussif Saint Seiya Oméga. Un plaisir coupable et honteux ayant des répercussions sur ma cosmo-énergie et une tendance marquée à détourner facilement une corde à sauter en chaîne d'Andromède. Comment dans ces conditions résister aux sirènes d'Atlantis? Imaginée par Johnny…

En quelques mots...

Nathanaël Picas

Atlantis

Critique de l'auteur: Les scénaristes manchots britanniques auraient pu s'abstenir de regarder chez leur voisin américain pour offrir une relecture plus originale du fameux mythe de Jason.

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À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.

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