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Mariés, Deux Enfants

Bienvenue dans le petit monde de la pire famille jamais inventée pour la télévision dans Mariés, Deux Enfants. Plus trash que les Simpson, plus dysfonctionnels que les membres de la famille Fischer de Six Pieds Sous Terre… Voici l’antithèse absolue de la famille traditionnelle: les Bundy.

Pour la petite histoire, sachez que la série a failli d’abord s’appeler “Not The Cosby Show”. Autrement dit, “pas le Cosby show”! Les scénaristes voulaient absolument créer une famille à l’opposé de toutes les familles présentes à la télévision à cette époque: c’est-à-dire gentilles, bienveillantes, respectueuses, lisses et propres sur elles.

Bref, en créant une famille de “beaufs”, dans le sens le plus cinglant du terme, les scénaristes ont donné un gros coup de pied aux fesses aux sitcoms, genre ronronnant, et à l’Amérique bien pensante de l’époque.

La série a d’ailleurs tellement choqué que certains représentants de la morale se sont élevés pour en faire interdire la diffusion. Ils ont mené une véritable croisade pour dissuader les américains de regarder une telle série, offense absolue à toutes les bonnes moeurs.

Bien mal leur en a pris puisque leur action a juste eu l’effet inverse: en alertant l’opinion publique sur l’existence d’une telle série, ils n’ont fait que susciter de la curiosité envers elle. Résultat, dès la deuxième saison, Mariés, Deux Enfants a vu ses taux d’audience exploser.

Les producteurs ont d’ailleurs tenu à remercier la femme à la tête de ce groupe bien pensant pour son incroyable coup de pouce publicitaire: en début d’année, chaque fois que la série se voyait reconduite pour une saison supplémentaire, ils lui envoyaient un panier de friandises pour la remercier. Et comme la série compte 11 saisons, vous imaginez combien de paniers la brave dame a pu recevoir.

Attardons-nous quelques instants sur cette fameuse famille Bundy, histoire de comprendre les raisons qui ont poussé cette femme à se révolter face à une série.

Les Bundy en ordre croissant

Commençons donc par le plus jeune membre de la famille, joué par David Faustino: Bud. Bud Bundy. Faisons déjà l’impasse sur ce nom redondant, signe d’un humour douteux venant de la part des parents. Et pourtant, Bud est le membre le plus intelligent de la famille. Débrouillard, il est celui qui est le plus à même de réussir dans la vie.

Seulement, il y a un hic. Bud est un obsédé. Il passe son temps à se masturber devant des revues cochonnes et à faire l’amour à sa poupée gonflable étant donné qu’il accumule les déceptions sentimentales. Et pourtant, Bud aimerait tellement dire adieu à sa condition de puceau, ne serait-ce que pour ne plus avoir à subir les railleries de sa soeur, Kelly.

En parlant d’elle, voici la blonde idiote dans toute sa splendeur interprétée par Christina Applegate. Kelly est le stéréotype absolu de la belle blonde dont le QI ne dépasse pas les limitations de vitesse en agglomération. Le belle passe son temps à doubler ses classes (étudier est d’une totale inutilité à ses yeux). Elle préfère consacrer tout son temps à draguer tous les beaux garçons qui passent.

Elle ne peut supporter qu’un homme ne tombe pas sous son charme et fera tout pour l’amener dans son lit. Son autre passe-temps favori est de se moquer de son frère… qui le lui rend bien. Comme le dit Peggy, la mère, Bud a été conçu pour qu’on se moque de lui. Charmant.

Voici la deuxième femme de la maison, Peggy, la mère. Jouée par Katey Sagal, Peggy semble être au premier regard une femme au foyer désespérée, sorte de prémisse de la série du même nom. Délaissée sexuellement par son mari, elle semble être la recherche d’affection et d’attention.

Mais j’ai bien dit que c’était ce que l’on pensait d’elle au premier regard. Après quelques instants, on se rend compte qu’elle n’a rien d’un modèle. Peggy passe son temps à ne rien faire…

Pas question pour elle de faire le ménage, de faire à manger pour les enfants ou pour son mari. Non, Peggy préfère voler l’argent de son mari et le dépenser en vêtements coûteux, à jouer au loto… et à sortir dans des boîtes de strip-tease réservées aux femmes.

Last but not least, Al Bundy, le père, le patriarche de la famille, interprété par Ed O’Neil. Raté absolu, cette ancienne gloire du football de son lycée se retrouve dans une vie de famille qu’il n’a jamais voulu. Il déteste sa femme et ses 2 enfants… tous aussi ratés que lui. Il gagne très petitement sa vie en tant que vendeur de chaussures dans un magasin minable.

Tout le monde prend un malin plaisir à lui rappeler combien il est un minable. Même la télévision arrive à lui rappeler la nullité de sa vie. Exemple: il regarde un jeu télévisé style “Questions Pour Un Champion”. A la question “Quel est le travail le plus dégradant pour un homme?”, le candidat répond “Vendeur de chaussures”! Et le peu d’argent qu’il gagne, sa femme et ses enfants s’empressent de le lui prendre et de le dépenser rapidement.

Le générique, totalement mythique, est d’ailleurs le parfait exemple de cette situation: Al est assis dans son salon et, un à un, chaque membre de la famille vient lui réclamer de l’argent. Al finit même par en donner à son chien! Attention, générique culte!

Sexe, argent et… rien!

Mariés, Deux Enfants est une sitcom. Par conséquent, on retrouve une forme de récurrence dans les thèmes abordés. Toujours soucieux de trancher avec les autres sitcom, les scénaristes de la série ont donc mis un point d’honneur à développer les thèmes qui fâchent… ou plutôt tous les tabous du monde des séries télé de l’époque seront abordés de la manière la plus crue qu’il soit.

Premier thème, la sexualité. Les Bundy ne sont pas des êtres asexués comme la plupart des familles de sitcom qui vivent tout au plus de gentilles amourettes. Bien au contraire: Bud se masturbe à longueur de journée, Kelly couche avec pratiquement tous les hommes qu’elle rencontre, Al regarde des films porno dès qu’il le peut et Peggy essaie par tous les moyens de convaincre Al de lui faire l’amour.

C’est d’ailleurs le plus gros leitmotiv de la série: Peggy veut faire l’amour et Al se refuse à elle. Pour lui, c’est une véritable corvée et pour elle c’est un très bref moment de plaisir à passer. L’utilisation du terme très “bref” n’est pas galvaudée puisque Peggy l’avoue: “si je devais mettre bout à bout les moments où Al m’a fait l’amour, je ne dépasserais pas la demi-heure”… En quinze ans de mariage, on comprend qu’elle soit frustrée.

Les voisins des Bundy ne sont pas en reste dans le domaine de la sexualité. Au départ, présentés comme le couple américain modèle, Marcie et Steve se révèlent être aussi bizarres que les Bundy. Surtout elle, qui est en réalité une véritable nymphomane, accro au sexe. Elle arrive ainsi à se faire arrêter par la police alors qu’elle s’adonne à des jeux de rôles sexuels avec son mari en pleine rue. Rien que ça.

Autre thème récurrent: la nullité de Peggy en tant que femme au foyer. Véritable antithèse de la femme parfaite, Peggy ne fait rien de ses journées! On est pourtant pris de pitié pour elle au début. On se dit qu’elle n’a vraiment pas eu de chance en épousant quelqu’un comme Al et surtout que ses deux enfants l’empêchent de divorcer et de quitter la maison familiale.

Mais après quelques épisodes, on finit par se rendre compte qu’elle n’est pas réellement à plaindre. Peggy est d’un égoïsme total: elle ne pense qu’à elle et refuse catégoriquement de faire la moindre chose se rapportant au ménage. Cette réplique célèbre de la sitcom résume bien la situation. Peggy: “Al, j’ai eu peur!”. Al: “Pourquoi? Tu as vu un aspirateur?”.

Peggy est la Némésis, l’opposé exact de Bree Van de Camp de Desperate Housewives. Elle ne passe jamais l’aspirateur, elle ne nettoie jamais le linge et surtout ne fait jamais à manger… convenablement. En effet, quand Peggy accepte de faire à manger, bien souvent le repas finit dans la gamelle du chien! Le reste du temps, la famille se voit obligée de racler les fonds de placards pour se trouver un reste de nourriture.

Les relations homme-femme sont également au centre des préoccupations thématiques de la série. Il ne se passe pas un épisode sans que Peggy ou Al donnent des conseils vaseux à leur interlocuteur concernant la vie de couple et les rapports amoureux.

Leurs théories sont souvent farfelues, voire tordues… Al semble descendre tout droit de l’homme de Cro-Magnon et Peggy s’emploie à faire l’exact opposé de ce que toute femme normalement constituée ferait.

Une série CUL-TE

Pour beaucoup de personnes, Mariés, Deux Enfants est une série culte. Je ne peux pas leur donner tort. La sitcom a vraiment dynamité un genre qui sombrait peu à peu dans la monotonie.

Mariés 2 enfants se permet toutes les folies scénaristiques, sans retenue et sans tabou. Toutes les situations, de la plus glauque à la plus surréaliste, sont abordées avec un premier degré totalement assumé.

On se rappelle alors de la séquence où la famille s’offre un restaurant chic. Dénués de toute considération de politesse ou de bonne tenue en société, les Bundy se goinfrent comme des porcs. Mais bien évidemment, Al a réussi à oublier son portefeuille.

Ils finissent par se sortir de cette situation épineuse en utilisant les chaussures de Al comme arme de destruction massive. Comme s’ils étaient braqués avec une arme à feu, les serveurs laissent alors sortir les Bundy.

Toute la société américaine, et même toute la société en général, y est passée sous acide sulfurique. Rien ni personne n’est épargné. C’est d’autant plus drôle de constater cette liberté de ton que la série est née sur le réseau de télévision Fox, un réseau pourtant aujourd’hui très marqué républicain et conservateur.

En réalité, voici une vingtaine d’années, la série est tombée à point nommé pour ce réseau puisqu’il venait d’être créé. La Fox se cherchait une image, jeune et branchée. Elle voulait se distinguer des autres télévisions. Les producteurs ont eu la bonne idée de miser sur Mariés 2 Enfants et son ton 100 % politiquement incorrect.

Bien qu’elle ne soit pas exempte de défauts (redondance extrême des mêmes blagues), Mariés, Deux Enfants mérite à coup sûr le coup d’oeil. Certains épisodes sont à se tordre de rire. Certains ont d’ailleurs été censurés tellement les scénaristes allaient loin.

Exemple: l’épisode du Père Noël. Les Bundy et leurs voisins regardent la télé car un centre commercial a décidé de faire venir son père Noël par les airs. Comprenez qu’il doit descendre en parachute. Bien entendu, rien ne se passe comme prévu puisque le parachute ne s’ouvre pas et que le père Noël vient s’écraser dans le jardin des Bundy.

On se dit qu’une telle chose devrait provoquer une émotion particulière chez eux… Pas du tout! La séquence suivante les montre en train de manger une pizza et de rire alors que la police est en train de transporter le corps inerte du Père Noël sur un brancard.

Autre exemple d’épisode censuré: Al et Peggy dorment un soir à l’hôtel. Peggy arrive à ses fins puisqu’elle convainc Al de lui faire l’amour. Cependant, les Bundy ont été filmés à leur insu. Ils décident de porter plainte contre le voyeur. Plainte qui se verra finalement rejetée par le Juge car il estime que le rapport était si court qu’il ne peut s’agir de rapport sexuel.

Il y aurait beaucoup de choses à dire encore sur cette merveilleuse série. Mais le plus simple est de vous inciter à la regarder car elle vaut vraiment le détour.

Si j’ai réussi à vous convaincre, je ne saurais trop vous conseiller de la regarder en version originale. Bien que la version française soit très connue, elle élude la moitié des blagues et des allusions salaces.

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.
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