Point Pleasant

Une petite ville des Etats-Unis, une adolescente blonde dotée de pouvoirs surnaturels qui tombe amoureuse de la personne qu’elle est vouée à tuer, sa meilleure amie est rousse… Ca ne vous rappelle rien? Bon sang, mais c’est bien sûr! Buffy! Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire l’affront d’un deuxième dossier sur mon héroïne favorite… Je vais plutôt vous parler de Point Pleasant.

L’histoire

Point Pleasant est une petite ville portuaire située aux Etats-Unis. Tout y semble idyllique jusqu’au moment où Christina Nickson (Elisabeth Harnois) fait son apparition. Son arrivée fracassante ne laisse aucun doute: Christina n’est pas une adolescente comme les autres. En effet, notre jeune héroïne ne trouve rien de mieux que de tomber du bateau lors d’une croisière organisée par son école. Sur le point de se noyer, elle ne doit son salut qu’au courage de Jesse Parker, le beau maître-nageur tout droit sorti d’un épisode d’Alerte A Malibu.

Après l’avoir sauvée des eaux, il l’emmène chez les Kramer, dont le père est le médecin de la ville. Quelques massages cardiaques plus tard, la belle Christina se réveille. Au moment précis où elle ouvre les yeux, une panne de courant secoue notre petite bourgade. Traduction, Christina a des pouvoirs surnaturels!

En quelques battements de cils, la jeune femme se fait une nouvelle amie: la fille du médecin, Judy, une jeune et jolie rousse (vous avez dit Willow?). Mieux, elle arrive même à se faire immédiatement adopter par la famille Kramer qui, par un “heureux” hasard, a perdu l’une de ses filles voilà juste un an. Maman est contente (elle a une nouvelle fille), soeurette est ravie (elle a une copine avec qui parler)… Bon, Papa (Richard Burgi, l’ex-mari de Susan Mayer dans Desperate Housewives) est un peu sceptique, mais étant mou du genou, il accepte l’étrangère sous son toit.

Oui, parce Christina, un peu sans-gêne sur les bords, a décidé de s’installer à Point Pleasant. Pourquoi? Parce qu’elle a un peu perdu la mémoire dans son accident et ensuite parce que, le hasard faisant bien les choses, il se trouve que sa mère, qu’elle n’a jamais vue, serait justement originaire de Point Pleasant. Christina enfile donc le manteau de Columbo et décide de mener sa petite enquête de voisinage.

Quelques moues plus tard, Christina fait tourner la tête au reste de la ville. A commencer par Jesse, le sauveur (Alerte A Malibu, souvenez-vous). Bien entendu, ça ne fait pas plaisir à sa copine actuelle, Paula, une brunette un peu peste sur les bords. Mais rassurez-vous, cette dernière finira par succomber aux assauts charmeurs du meilleur ami de Jesse, secrètement amoureux d’elle depuis des années. On sent que Dawson est passé par là.

Visiblement, les jeunes ont pris exemple sur leurs parents, également passés à la moulinette soap opera. Ainsi, nous avons donc d’un côté, les Kramer qui vivent dans la douleur d’avoir perdu une fille. Madame est à moitié folle et prend des anxiolytiques (mais l’est-elle vraiment?), Monsieur est un peu fuyant… En même temps, il met toute son énergie à résister aux avances très appuyées de Amber, la mère de Paula. Celle-ci s’est d’ailleurs jurée de détruite le “couple parfait” des Kramer.

De l’autre côté, nous suivons aussi les aventures des parents de Jesse. Madame est une bigote assumée tandis que Monsieur est un athée sûr de ses convictions et un peu jaloux sur les bords. La situation émotionnelle de tous les personnages est donc explosive dès le début. Christina arrive juste à temps pour allumer la mèche!

Mais revenons-en à Christina. Elle n’est pas arrivée seule à Point Pleasant. En effet, très vite, Monsieur Boyd (Grant Show) fait son apparition. Il se présente comme un envoyé du Père de Christina et a pour mission de la surveiller… tout en prenant un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues, détruire ses amis et son entourage… Il veut la mettre en colère. Et pour cause, s’il arrive à pousser Christina à bout, elle sera submergée de haine par ses propres pouvoirs et détruira tout sur son passage. Ah oui au fait, Christina est la fille du diable!

Une série à… succès?

Comme je l’ai déjà sous-entendu, de nombreux parallèles peuvent être fait entre la trame de cette série et l’épopée de la tueuse de vampires. Sans compter qu’Elisabeth Harnois, qui interprète Christina, ressemble à s’y méprendre à Sarah Michelle Gellar. En y regardant de plus près, nous retrouvons même Marti Noxon aux commandes de la série, celle-la même qui avait grandement contribué au succès de Buffy. Elle s’est ici associée à John McLaughlin pour nous livrer sa lecture de la lutte entre le Bien et le Mal.

Vu son budget conséquent et sa campagne de publicité particulièrement agressive, Point Pleasant était programmée pour cartonner! Dès le premier épisode, la série rassemble plus de 11 millions de spectateurs. Pari gagné? Pas vraiment puisque le second épisode n’en comptabilisera que 5 millions. Comme Christina, la série a fait rapidement plouf! Autant le dire de suite, Point Pleasant n’est pas une grande série. Elle est même plutôt catastrophique.

La série souffre déjà de son casting… Les acteurs sont pour la plupart mauvais et font preuve d’un manque de charisme hallucinant. Visiblement, ils ont tous été choisis pour leur physique souvent avantageux et pour rien d’autre. La Palme revient incontestablement à Grant Show, insupportable de nullité en Monsieur Boyd. Quant à l’héroïne, elle se contente d’être jolie ou de faire la moue (ou les deux en même temps)!

Autre ratage: les scénarios. Si l’idée de départ est intéressante, (la fille du Diable essaie de s’intégrer dans la société et refuse de faire le mal) elle se voit traitée de la pire façon qui soit… La série accumule les répétitions. En gros, il existe peu de variations du scénario déclinées dans quasiment tous les épisodes:

  • Christina participe à une fête avec des amis et s’énerve pour une raison quelconque… et se venge! Après, elle se dit qu’elle a un peu exagéré et qu’elle ne recommencera plus.
  • Christina cherche à en savoir plus sur elle et sur sa mère. Mission qui se révèle fort difficile car les gens qu’elle interroge ont la fâcheuse manie de mourir avant de répondre. Impolis va!
  • Parallèlement, on assiste au malin plaisir que prend Grant Show à semer le trouble et les disputes autour de lui…

Fin du fin, l’intrigue principale est noyée dans un soap opera bas de gamme. De trop nombreuses intrigues pseudo amoureuses, pseudo drames familiaux parasitent l’histoire. Surtout que dès le départ, les personnages montrent leurs mauvais côtés. D’habitude les séries mettent en place les personnages, nous donnent le temps de nous y habituer, de les apprécier ou non… et seulement après quelques épisodes (ou saisons), ceux-ci traversent des moments durs. Ici, foin de tout cela! Tous les personnages semblent littéralement “péter les plombs” dès l’arrivée de Christina.

Exemple: Amber qui veut séduire le médecin demande, dès le 5ème épisode, à ce qu’on la pousse dans les escaliers pour qu’elle se blesse et se fasse soigner par papa Kramer… Mouais, j’y crois à mort!

Enfin, la série se montre, et c’est un comble, très avare en scènes fantastiques! Ca parle, ça discute, ça papote et rien ne se passe. Tout au plus, Christina arrive-t-elle à dévisser quelques boulons par la force de la pensée pour faire tomber une boule à facettes sur la tête de sa rivale… Non, là, je suis mauvaise langue. Elle peut quand même remplacer l’eau de la douche par du sang. En quelques secondes, sa rivale se transforme en Carrie!

Et quand vient le moment de l’affrontement final, la mise en scène et les pouvoirs de la donzelle sont tellement mous du genou que le spectateur ne peut camoufler un bâillement d’ennui.

Le coup de grâce

Je me montre très sévère. Et pour cause, j’ai été très déçu par le nouveau bébé de Marti Noxon. Ce qui agace, c’est que Point Pleasant laisse apercevoir à de trop rares instants qu’elle aurait pu devenir une grande série fantastique. En effet, certaines scènes soulèvent des thèmes inattendus et surprennent par la réflexion qu’elles suscitent.

J’en veux pour preuve la fin de la série. Christina perd tout: Jesse apprend qu’elle est la fille du Diable et s’éloigne d’elle, les Kramer ne veulent plus vraiment d’elle et sa mère qu’elle vient de retrouver lui avoue rapidement ne vivre que pour la tuer. Christina rentre dans une rage folle et s’abandonne à ses pulsions maléfiques. Elle retourne alors chez les Kramer et décide de les punir pour ne pas l’avoir acceptée et soutenue comme ils auraient dû. La belle famille américaine, dégoulinante de “politiquement correct” se voit infliger une sévère correction.

Parallèlement, Jesse se rend compte qu’il n’est pas un être humain comme les autres. Sa mère, une pieuse limite bigote, lui révèle qu’il est l’envoyé de Dieu. Il a pour mission de détruire la fille du Diable. Il accepte la mission et se rend à la maison où Christina séquestre toujours les Kramer. Dès son arrivée, il engage une conversation animée avec elle.

Il lui raconte qu’il a joué un double jeu. Qu’il ne veut pas la tuer, mais qu’au contraire il veut la ramener à la raison… et recommencer sa relation avec elle. Face à son insistance et à son apparente honnêteté, Christina baisse la garde et se montre à nouveau humaine. Elle fond en larmes dans les bras de son bien-aimé.

C’est à ce moment que Jesse se révèle être plus vicieux que la fille du Diable elle-même et lui plante un couteau dans le ventre. Fort heureusement pour Christina, une série de circonstances lui permettra de ne pas mourir. Retrouvant tous ses pouvoirs et toute sa haine, elle détruit tout sur son passage et tue Jesse.

Cette scène est intéressante à mes yeux car elle se révèle être une critique cinglante de l’extrémisme religieux. Alors que la fille du Diable fait preuve de compassion et de sentiments, les extrémistes catholiques se montrent incapables de pardonner et appliquent sans réfléchir une soit-disant décision divine. Finalement, ce sont eux les monstres froids et sans amour!

De tels thèmes dans une série américaine, pourtant tournée en pleine période de “Croisade contre les forces du Mal” de Georges Bush, laissent à penser que les scénaristes n’ont pu aller jusqu’au bout de leurs idées.

Au final, Point Pleasant s’étouffe à vouloir jouer sur tous les tableaux. Essayant de suivre la mode des fictions mixant plusieurs genres, elle se retrouve constamment le cul entre deux chaises: un peu de Carnivàle, une pincée de Newport Beach, une rasade de Buffy… La série aurait gagné à plus de simplicité et assumer totalement son côté fantastique.

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.
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