L Word (the)

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Commençons ce dossier en corrigeant une faute fréquemment commise: il s’agit bien de “The L Word” et non “The L World”. Autrement dit, la traduction de cette série n’est pas “le monde L” mais bien “le mot L”. Pourquoi ce titre? Il faut savoir que dans la langue familière en anglais, pour éviter de dire certains mots tabous, on ne mentionne que la première lettre. Ainsi quant on parle du “F word”, on parle du mot “Fuck”.

The L Word joue exactement sur cette particularité de la langue et tourne autour de tous les mots qui commencent par L: Los Angeles, Love, Liaisons, Libération, Lutte, Lascives, Libertine… et bien sûr Lesbiennes! A noter que le titre français a été traduit de façon assez maligne par “Elles”.

Enfin… lesbien!

Il était grand temps! En effet, suite à la déferlante des Queer As Folk, Will & Grace et autres Six Pieds Sous Terre, elle manquait la série qui mettrait en scène un ou plusieurs personnages lesbiens. A croire que l’homosexualité masculine était plus facile à introduire dans une série.

En effet, l’homo mâle pouvait être facilement inclus… même sous forme de stéréotype: le séropositif touchant sur le point de mourir ou le meilleur ami, un rien folle sur les bords, qui fait marrer tout le monde mais qui n’a aucune sexualité… comprenez, aucun petit ami!

Côté filles… Le désert… Ou alors quelques lesbiennes grosses et moches qui rebutent tout le monde ou qui ne servent que de ressort comique à des blagues macho de très mauvais goût. Rien de très réjouissant, donc.

La première avancée remarquée dans le domaine fut le coming out de Willow dans Buffy Contre Les Vampires, qui vivra une relation touchante avec la jolie Tara… une relation malheureusement condamnée à l’issue de l’avant dernière saison par la mort cruelle et déchirante de la petite amie de la sorcière.

Un parti pris qui laissa un goût amer à certaines lesbiennes car elle y comprenaient le message suivant: “une relation lesbienne est impossible et punissable par la mort”. Je n’irai pas jusque-là car la mort de Tara servait un intérêt narratif dépassant son histoire d’amour avec Willow. Disons qu’elle s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Il faudra alors attendre que Queer As Folk fasse son apparition sur le tube cathodique pour que l’on se rende compte qu’une série avec une majorité de personnages homosexuels pouvait exister et surtout être intéressante. Avancée majeure: ces personnages ne définissaient plus leur homosexualité à travers une pseudo-culture gay politiquement correcte qui permettait de faire passer la pilule d’un personnage étrangement asexué.

En d’autres termes, à de rares exceptions près, les séries “d’avant” nous présentaient des personnages homosexuels qui bizarrement n’avaient aucune relation sexuelle avec des personnages du même sexe qu’eux… ce qui est pourtant la caractéristique majeure de l’homosexualité, vous en conviendrez.

Bref, Queer As Folk donnera un grand coup de pied dans la fourmilière en montrant des gays ayant de fréquentes relations sexuelles entre eux. Brillamment écrite, la série fera des émules pour notre plus grand bonheur.

The L Word pouvait faire son apparition. Et c’est à Ilene Chaiken qu’on le doit. Elle s’est pour cela entourée de brillantes scénaristes (lesbiennes) dont Guinevere Turner (Go Fish et American Psycho), Rose Troche (Six Feet Under) et Lisa Cholodenko (High Art).

Une histoire en toile d’araignée

La série raconte les péripéties de plusieurs amies femmes, lesbiennes, qui vivent à Los Angeles. Tout commence par l’arrivée de Jenny, fraîchement diplômée de l’université de Chicago, qui s’installe chez son petit ami Tim. Rapidement, elle fait la connaissance de ses nouvelles voisines: Bette et Tina. Ces deux femmes forment un couple solide depuis de nombreuses années et tentent d’avoir un enfant. Jenny entre alors dans un nouveau monde: celui de la communauté lesbienne.

Elle y rencontre, outre Bette et Tina, Shane, une coiffeuse au look androgyne qui multiplie les conquêtes, mais aussi Alice, une journaliste bisexuelle qui tente de constituer une base de données lesbienne indiquant qui a eu une relation avec qui (elle se rendra vite compte que c’est une vraie toile d’araignée qu’elle a créé) ; et enfin Dana une joueuse de tennis professionnelle qui n’a pas encore fait son coming out public.

Bien que fiancée à Tim, Jenny se sentira irrémédiablement attirée par Marina, la tenancière du bar que fréquente le groupe. Une attirance partagée qui signera le début d’une relation passionnelle entre les deux femmes.

Un casting de choix

The L Word aligne un casting particulièrement fourni; pas spécialement des grandes stars mais des actrices en fusion totale avec leurs personnages.

Parmi les plus connues, citons tout de même Bette, qui est jouée par Jennifer Beals. Ce nom ne vous rappelle peut-être pas grand chose a priori mais si je vous dis que c’est elle qui jouait l’apprentie danseuse dans Flashdance, je suis certain que vous visualisez nettement plus à quoi elle ressemble.

Bette est clairement l’un des personnages majeurs de la série. Elle tient une galerie d’art et tente de bousculer la vision étriquée d’une morale trop puritaine en proposant des expositions non conventionnelles, dont Provocation. Mais sa réussite sociale n’efface pas le malaise permanent de son couple.

Bette se pose beaucoup de questions sur son amour pour Tina. Un amour qui sera mis à rude épreuve à la fin de la saison 1. Scène dramatique de quasi viol entre femmes en perspective. Le personnage de Bette doit beaucoup à l’interprétation sans fausse note de Jennifer Beals.

La soeur de Bette, Kit, est jouée par Pam Grier, l’égérie de Tarantino dans Jackie Brown et surtout star des années ’70 durant la “blaxploitation”… Foxy Brown, c’était elle! Son personnage de personnalité de la chanson tentant de combattre ses vieux démons et se défaire de sa dépendance à l’alcool est clairement l’un des plus touchants de la série.

Jenny est quant à elle jouée par Mia Kirshner, qui avait marqué les esprits par une apparition dans la série 24 Heures Chrono. Elle apporte une candeur déchirante à un personnage qui atteindra une grande densité dramatique au fil des épisodes.

La série aligne également quelques guest stars assez inattendues: Rosanna Arquette (qui tombera amoureuse de Shane) et Snoop Dog (oui, le rappeur)…

Trop belles pour être lesbiennes?

Malgré tout, ce casting a soulevé un certain nombre de critiques. Ainsi, l’un des principaux reproche fait à The L Word est que les actrices sont trop belles. En effet, toutes les lesbiennes ici présentées sont belles et sexy… des “lipsticks”, des “rouge à lèvres”… autrement dit, des lesbiennes féminines dans le langage gay. La seule exception étant Shane qui se retrouve plutôt dans la catégorie “butch” (garçon manqué)… et encore celle-ci est relativement “soft” dans son rôle de butch.

Aurait-on encore honte ou peur de montrer des femmes masculines à la télévision? De toute évidence, oui. L’une des scénaristes de la série, Guinevere Turner, appuie ce choix “politique”. Selon elle, représenter des filles féminines, et donc non “menaçantes” pour un public non gay, était une façon de s’adresser à un plus large public et éviter la ghettoïsation de la série. “Si j’avais montré toutes les sortes de lesbiennes que je connais, les gens auraient pris peur” a-t-elle, elle-même, déclaré.

Il convient toutefois de tempérer cette critique. En effet, il ne faut pas oublier que l’histoire se déroule à Los Angeles. The L Word est une série qui tourne autour de lesbiennes, certes, mais de Los Angeles. D’après diverses sources sûres, les lesbiennes là-bas ressembleraient étrangement à celles décrites dans la série.

Une série ghetto?

Une question qui mérite d’être posée. En effet, si The L Word a ravi une large majorité de la communauté lesbienne qui se voyait enfin représentée, beaucoup se sont demandés, à juste titre, si la série pouvait plaire à des personnes qui ne le sont pas. La réponse est sans équivoque: oui!

The L Word s’adresse à tout un chacun tout simplement parce que cette série parle d’amour et de rien d’autre. Les histoires que traversent les filles peuvent très bien se transposer à n’importe qui: le couple ensemble depuis de trop nombreuses années qui ignore s’il tient encore debout par habitude ou par amour, le personnage de tombeur (Shane) qui multiplie les conquêtes sans lendemain qui tombe amoureux de la personne la plus inattendue et la plus inaccessible, ou encore les deux personnages qui passent leurs temps à se prendre le bec pour mieux éviter de s’avouer leur attirance mutuelle…

Sans compter que la série est franchement drôle par moments, surtout avec les péripéties du personnage d’Alice, la journaliste bisexuelle qui s’est lancée dans la réalisation de sa toile retraçant les connexions entre toutes les lesbiennes qu’elle connaît. Elle arrivera tout de même à sortir avec un homme lesbienne: Lisa… Pour notre plus grand bonheur!

Il est dommage toutefois que ce ton comique s’efface au cours des saisons pour verser dans le dramatique absolu. Les derniers épisodes de la saisons 2 sont très éprouvants pour les nerfs et sont de vrais tire-larmes. Mais le plus dur est encore à venir, puisque dans la saison 3 chacune des femmes fera face à un drame. Le départ de Guinevere Turner, poussée vers la sortie par Ilene Chaiken semble être la cause de ce virage vers le drama. En effet, les deux scénaristes ont fait face à de nombreux conflits. Turner essayant de rendre la série plus légère, en renforçant sa dimension soap opera, tandis que Chaiken poussait pour la rendre plus noire.

De toute évidence, le départ de Turner a permis à Chaiken de pousser ses personnages dans leurs derniers retranchements, mais prenant le risque par là de déplaire. En effet, le déséquilibre entre drame et comédie est devenu trop important dans la saison 3 et a laissé quelques spectateurs sur le carreau. Fort heureusement, la saison 4 s’est annoncée plus légère.

Au final, The L Word est avant tout une comédie de moeurs douce-amère, au ton de plus en plus grave au fil des saisons, qui plaira aux amateurs de bonnes séries, bien écrites et bien jouées, et servie par un casting hallucinant de justesse.

Notons tout de même que l’épisode pilote est clairement l’un des plus ratés de la série. Personnellement, après l’avoir regardé je me suis écrié “quoi c’est ça la série dont tout le monde me parlait” tellement je le trouvais ennuyeux et banal. Fort heureusement, le niveau grimpe rapidement et tutoie le magnifique lors de certains épisodes.

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.
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