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Aux Frontières Du Réel

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“Les ufologues, toutefois, ont remué notre univers quotidien en faisant intervenir le Congrès dans les affaires soucoupiques et en fournissant ainsi aux scénaristes de X-Files quelques thèmes majeurs. Au début 1995, c’est au tour des ufologues de voir leur univers profondément secoué par une tempête médiatique. Quand à l’univers dans lequel évolue chacun de nous, qui ne sommes ufologues qu’aux heures de diffusion des aventures de Fox Mulder et Dana Scully, il a sans doute aussi beaucoup changé”.

L’événement qui a tout changé, selon Pierre Lagrange, l’auteur de ces lignes, c’est la pseudo autopsie de l’extraterrestre de Roswell qui a circulé sur les écrans du monde entier. Celui que Jacques Pradel avait diffusé en France.

Dans son ouvrage, Pierre Lagrange dénouait le vrai du faux sur l’affaire Roswell. Inutile de dire ce qu’il pensait dudit film, inutile aussi de s’étendre sur ses investigations, les intéressés s’y reporteront. Ce qui est intéressant ici, c’est qu’il est impossible aux XXIème siècle de parler d’OVNIs sans citer au moins une fois Mulder et Scully. Au point de ne plus pouvoir déceler la frontière entre fiction et réalité, le terreau idéal pour les théories conspirationnistes.

Pourtant rien ne présageait l’arrivée de la série dans la culture mondiale. La saison 1992 de la Fox était plutôt consacrée au rire: Les Simpson, Mariés, Deux Enfants. C’est aussi l’année où Beverly Hills 90210 apparaît sur les écrans (ce qui peut peut-être faire rire accessoirement). Revirement complet puisqu’en 1993, les nouvelles séries seront toutes des dramas et, plus innovant, des dramas d’une heure. Le format était tombé en désuétude. X-Files et Urgences (sur NBC) le réhabilitent.

Aux Frontières Du Réel est le succès inattendu du network cette année-là. L’autre nouveauté sur laquelle les pontes mettaient pourtant plus d’espoir ne durera qu’une saison: Les Aventures De Brisco County. Les deux séries sont diffusées le vendredi soir, une soirée creuse. C’est dire la confiance qu’ont les programmateurs en la série. Finalement, ce sont les fans qui changent leurs habitudes de sortie et non X-Files qui change d’horaire.

Le californien surfeur Chris Carter est le créateur de la fiction. Il a d’abord trempé sa plume dans l’actualité sportive (le surf donc) avant de se tourner vers la télévision sur les conseils de sa femme, scénariste elle-même. Il travaille pour Disney, puis pour NBC avant de migrer vers la Fox pour y développer de nouvelles séries. Son premier coup est gagnant. C’est évidemment X-Files.

Pour ce projet, Carter se souvient de son enfance et de la terreur et du plaisir que lui procuraient les enquêtes de Carl Kolchak (voir ci-dessous). Le pilote de X-Files, une histoire de meurtres d’étudiants marqués dans le dos qui pourrait bien cacher des méfaits extraterrestres, ne convainc pas les cadres de la chaîne, mais les résultats lors des projections test sont énormes. Le succès public ne délaissera pas X-Files durant 9 saisons.

Chris Carter s’entoure de scénaristes qu’il a connu sur 21, Jump Street: Glen Morgan et James Wong ; et d’un tandem dont il a apprécié le travail sur La Belle Et La Bête: Howard Gordon et Alex Gansa. Le noyau dur de la production est complété par John Bartley (directeur de la photographie), Graeme Murray (directeur artistique), Joseph Patrick Finn (producteur), Rob Goodwin (co-producteur exécutif) et Mark Snow (compositeur du célébrissime générique). Frank Spotnitz rejoindra ensuite l’équipe à la supervision de la production et Rob Bowman à la production. C’est également lui qui réalisera le film X-Files, Fight The Future.

Neuf saisons, plusieurs guest stars (Roy Thinnes, Lucy –Xena La Guerrière– Lawless, Burt Reynolds mais on a aussi aperçu Lucy Liu, le Stanford de Sex & The City, Tony –Monk– Shaloub), un film, deux cross-over (Homicide et Millenium), un spin-off (The Lone Gunmen) et un second film plus tard, on ne peut qu’affirmer qu’X-Files est un phénomène de société.

Non seulement, la série s’est insinuée dans l’univers ufologique comme nous l’avons vu ci-dessus, mais elle est entrée dans nos vies quotidiennes. Qui aujourd’hui ne croit pas, même un peu, à un complot gouvernemental?

Présentation de la série

Je considère que, depuis le temps, les “spoilers” sont éventés. Ceci dit, ces lignes en sont parsemées. Ceux qui veulent découvrir la série demain, passez votre chemin…

Selon les scénarios d’X-Files, le premier dossier non-classé a été traité par J.E. Hoover en personne en 1946. C’était une affaire de loup garou. Par la suite, les dossiers ont été classés à la lettre X parce qu’il n’y avait plus de place à la lettre N comme “non-classé”. Le directeur de l’époque considérait le X comme une impasse.

Fox Mulder est celui qui va donner au service l’attention qu’il mérite au risque de couler complètement sa carrière. Mais bon, je ne suis pas du tout certaine qu’il soit utile de rappeler ce qu’est X-Files. Un peu comme pour Twin Peaks, même ceux qui n’ont jamais regardé un seul épisode, n’ont pu passer à côté du phénomène.

On sait tous que Fox Mulder est agent au FBI et qu’il travaille dans le service des affaires non résolues. On sait tous que les cadres du Bureau lui imposent une co-équipière, Dana Scully, une scientifique, qui est censée démonter les élucubrations paranormales de Mulder par des explications rationnelles des cas sur lesquels ils enquêtent.

Il est également de notoriété publique que Mulder a assisté à l’enlèvement de sa soeur Samantha par des extraterrestres et que cet événement a marqué toute sa vie. Enfin, on le sait, Dana ne va pas tirer dans le dos de Mulder. Au contraire, elle reconnaît assez vite les qualités professionnelles de son partenaire et estime qu’il y a bien quelque chose d’étrange derrière tout cela.

A la fin de la première saison, elle détient une preuve de ce que Mulder avance: un foetus alien congelé. Il lui faudra pourtant quelques années avant de croire réellement aux théories de Mulder (septième et huitième saison).

X-Files, c’est aussi l’évolution de la relation entre les personnages. Une évolution qui s’étalera sur les neufs saisons. X-Files, c’est encore l’histoire parano d’un complot gouvernemental. X-Files, c’est enfin l’ingéniosité de Chris Carter qui parvient toujours à se tirer des voies sans issue dans lesquelles il entraîne la série et à rebondir avec assez de finesse pour ne pas perdre son audience (enfin plus ou moins).

Je ne vous ferai certainement pas l’affront de rappeler tous les éléments qui égrènent les saisons. Vous les connaissez. Vous pouvez les consulter dans les multiples sites consacrés à la série. Je préfère m’attarder sur les éléments qui me fascinent: la conspiration, le couple et le rapport au monde médiatique. Pour le reste, je reproduirai ici les éléments qui étaient contenu dans la page que j’avais écrite il y a quelques années.

Saisons 1 à 4:

mise en place de la mythologie

La saison 1 fonctionne comme une mise en place surtout de la relation de confiance entre Fox Mulder et Dana Scully. C’est acquis à la fin de la saison. Au-delà de cela, des éléments sont posés, mais ils ne reçoivent pas de réponse. La série prend véritablement son envol durant la deuxième saison.

Des jalons importants de la mythologie sont mis en place, qui trouvent d’ailleurs écho dans les premiers épisodes de la troisième saison. Probablement pour amener du sang neuf, les scénaristes introduisent des épisodes parodiques complètement décalés. Ils permettent non seulement de briser un éventuel caractère répétitif de la série, mais ils sont aussi généralement de chouettes moments télévisuels. Citons entre autre, le fabuleux “Seigneur Du Magma” remplit de clins d’yeux à l’autopsie de l’extraterrestre de Roswell (type Jacques Pradel) ou au film Rencontre Du Troisième Type.

Les révélations se succèdent dans la quatrième saison sur les conséquences de l’enlèvement de Dana, sur le programme d’hybridation, sur le Fumeur. On apprend aussi que Mulder a peut-être été berné durant quatre ans: tout ceci n’est probablement qu’un écran de fumée pour les recherches menés par des militaires sur de nouvelles armes notamment les super-soldats.

Saison 5, film et saison 6:

doutes et rebondissements

Pendant la moitié de la saison 5, Mulder doute. Mais le cancer de Dana et les révélations du Fumeur le remettent dans la course. On trouve aussi dans cette saison les épisodes humoristiques qui font maintenant partie de l’identité de la série.

“Bad Blood” notamment (5.12) nous présente les versions de Mulder et de Scully sur le même dossier, hilarant. Au fil des années, Scully s’est imposée, elle peut maintenant officier seule. Quelques enquêtes sont entièrement menées par elle, notamment “All Souls” (5.17) où Scully fait le deuil d’Emily tout en interrogeant son rapport à la religion.

Dans la sixième saison, on apprend que le Consortium est puissant, mais que les extraterrestres ont cependant bernés ses membres. Des extraterrestres rebelles les massacrent. On apprend ainsi que les aliens ne sont pas unis.

Mais la saison ouvre également une porte sur une autre vision des choses: l’origine de l’être humain est peut-être extraterrestre. Ces saisons sont aussi celles qui développent plus significativement la relation amoureuse entre Mulder et Scully. Le film semble promettre un pas en avant, mais la série en reviendra au statut quo. Implicitement, les indices se multiplient cependant.

Saisons 7 et 8:

le nouveau virus et le prophète

Scully enquête sur les écritures inscrites sur le vaisseau retrouvé en Afrique pendant que Mulder lutte contre une étrange maladie qui semble s’être emparée de lui. Son activité cérébrale est trop intense et il risque de mourir. Il s’agit d’un virus extraterrestre activé par l’artefact provenant du vaisseau.

Ce virus permet de changer les hommes en aliens. Si l’origine extraterrestre de l’être humain ne bénéficie pas de grands développements, la septième saison va apporter une réponse définitive sur le sort de Samantha. Scully devient véritablement l’égale de Mulder durant cette saison. Elle est non seulement capable de mener des enquêtes seule, mais Mulder a réellement besoin d’elle. L’enlèvement de Mulder et la grossesse de Scully achèvent de transformer complètement l’univers de la série.

Scully acquiert durant cette période une véritable aura de sagesse. Elle semble vouloir reprendre la place de Mulder en le copiant totalement au départ, puis en agissant selon son instinct ensuite. Cela lui permettra de ne pas reproduire les erreurs de Mulder, elle ne part notamment plus seule en mission. Skinner fait maintenant partie intégrante de l’équipe et il rencontre les Lone Gunmen.

Le personnage de John Doggett est introduit. A la différence de Jeffrey Spender ou de Diane Fowley, il apparaît dans le générique, signe que, véritablement, les temps ont changé. Les épisodes à proprement parler humoristiques ont disparu, mais les scénaristes continuent à tenter de nouvelles approches comme le retour progressif dans le temps.

La huitième saison est surtout celle où on apprend que Mulder et Scully ont eu une vie parallèle à celle qu’on a pu suivre à l’écran. Mulder était mourant et tentait de trouver un remède à son mal. Scully essayait d’avoir un enfant en utilisant les ovules retrouvés par Mulder (et fécondés par lui d’ailleurs).

Saison 9:

la fin d’un monde

Le générique change de manière encore plus radicale pour la neuvième saison. David Duchovny n’y figure plus pour laisser la place à Gillian Anderson, Robert Patrick, Annabeth Gish et Mitch Pileggi. Il est vrai que, pour la première fois, on ressent une impression de groupe autour des dossiers X.

La saison tourne principalement autour de William, le fils de Mulder et Scully. Dana combat pour sa sécurité tout en essayant de comprendre ce qu’il est réellement. En effet, des événements bizarres entourent le garçon. Monica Reyes est définitivement installée, mais de manière moins subtile que l’agent Doggett malheureusement. Le duo qu’elle forme avec John est cependant assez crédible. La saison était censée préparer la dixième année de X-Files et le recentrage sur John et Monica. Les chiffres d’audience en ont voulu autrement.

Certains considèrent que cette saison ne vaut pas les précédentes, je lui vois au moins un intérêt: celui de préparer le final. Le double épisode qui clôture la série vaut ce qu’il vaut. Il aurait certainement pu être mieux, mais la pression devait être énorme et puis, aucun scénario même le meilleur ne saurait combattre le sentiment de frustration que ressent le téléspectateur.

En effet, certains n’ont pas compris qu’une série comme X-Files ne peut pas donner la solution, la vérité ou une fin crédible à une guerre des mondes telle que celle qu’elle a imaginé. Une fiction de ce type est vouée à ne jamais finir. Et la saison nous prépare au moins à cela.

Mulder et Scully perdent tout durant cette saison. Mulder doit se terrer, il est condamné à mort, on ne reconnaît pas le travail qu’il a mené pendant des années. En un mot, il est un paria. Scully ne se trouve pas dans une meilleure position. Elle doit abandonner son fils afin qu’il vive une vie normale.

En un mot, Mulder et Scully ont parcouru en 10 ans le chemin que David Vincent à parcouru en 1 épisode. Ils ont été bannis de la société. Et c’est le sort qui attend les personnages en quête (comme Don Quichotte ou Sarah Connor dans Terminator). Mulder et Scully ne peuvent s’arrêter.

D’ailleurs les scénaristes le savaient puisqu’ils avaient prévu de les délaisser au profit de John et Monica. Il s’offre en fait assez peu de possibilité:

  1. continuer les enquêtes à l’infini avec Monica et John,
  2. montrer la vie en marge de Mulder et Scully (il est condamné à mort, je vous le rappelle),
  3. changer de registre et faire de l’anticipation (que se passe-t-il le 22 décembre 2012?).

Enfin il est évident qu’un épisode de clôture ne peut que frustrer les fans qui voient disparaître une série comme X-Files. Quel scénario pourrait palier la perte? Je vous le demande.

Petite histoire des “spooky agents”

Mulder et Scully ne sont pas les premiers à avoir enquêté sur des affaires hors du commun. Et malgré ce qu’on pourrait croire, les Américains n’ont pas le monopole du genre. Le tout premier “inspecteur martien” de la télé est anglais et appartient au Department Of Queer Complaints (ou le D-3) de Scotland Yard.

Colonel Marsh Of Scotland Yard est une série de 1956. Déclinées en 26 épisodes d’une demi-heure sur ITV, les aventures du colonel sont tirées d’un cycle de nouvelles que John Dickson Carr a publiées sous le pseudonyme de Carter Dickson. Boris Karloff tenait le rôle principal. Il était accompagné d’Ewan Williams (l’inspecteur Armes). En 1964, deux épisodes sont réunis en un film destiné au grand écran: Colonel Marsh Investigates.

C’est au quai des orfèvres, siège de la PJ française qu’il faut chercher le mordu suivant. Guillaume Martin Paumier (Léon Campion) a installé sa Brigades Des Maléfices dans les combles de l’institution. Son service donnera son nom à la série de Claude Guillemot, Claude Nahon et Monique Lefebvre. Paumier est assisté d’Albert, un jeune flic joué par Marc Lamole.

Ses théories abracadabrantes ne font pas que des heureux. Son supérieur hiérarchique ne l’appelle que quand les enquêteurs “normaux” ne parviennent pas à boucler les dossiers. On s’en doute, le budget imparti à Paumier est dérisoire: il est obligé de se déplacer dans un side-car rouge et jaune! Ses fréquentations sont loin d’être banales: des fées, des vampires, des fantômes.

Son plus fameux adversaire est le diable en personne (interprété par Claude Brasseur). Il le combat dans les épisodes “La Septième Chaîne” et “La Créature”. Les aventures des deux compères sont diffusées dès août 1970 sur la deuxième chaîne.

Le Bureau International de Prévention Scientifique est le décor d’Aux Frontières Du Possible. Le docteur Yvan Thomas (Pierre Vaneck) et son assistante Barbara Anderson (Elga Andersen) s’occupent des affaires qui résistent à toutes les approches rationnelles et orthodoxes. La série réalisée par Victor Vicas et Claude Boissol sur des scénarios de Jacques Bergier, Jean Sacha et Henri Viard est diffusée à partir d’octobre 1971 sur la deuxième chaîne. Elle connaîtra deux saisons. En tout, ce sont 13 épisodes qui ont été tournés. Attention, époque oblige, Barbara n’est QUE l’assistante du Dr Thomas.

Les Américains s’y mettent à leur tour avec The Sixth Sens, une série créée par Stan Sheptener pour MCA. Le professeur Michael Rhodes (Gary Collins) est enseignant à l’université de Los Angeles. C’est un spécialiste des pouvoirs paranormaux (perception extra-sensorielle, télépathie, etc…).

Il mène cependant des enquêtes traditionnelles où l’élément fantastique n’est qu’accessoire. Pour les premiers épisodes, il est assisté par Nancy Murphy (Catherine Ferrar), mais ce personnage disparaît rapidement. Vingt-six épisodes d’une heure seront diffusés sur ABC entre le 15 janvier et le 30 décembre 1972. En France, la première chaîne programme la VF en novembre 1974. La même année, les épisodes sont vendus à la syndication dans Night Gallery (voir le dossier sur La Quatrième Dimension) sous un format d’une demi-heure.

Toujours en 1974, une série qui va marquer les esprits débarque sur les écrans. Chris Carter la cite explicitement comme l’une des sources de X-Files. Il s’agit de Dossiers Brûlants. Le chemin du journaliste Carl Kolchak aura été long avant qu’il n’apparaisse sur le petit écran.

C’est l’écrivain Jeff Rice qui a inventé le personnage. The Kolchak Papers est publié en 1970 (traduit en 1975 en Nuit De Terreur aux éditions Sper/Noire). Richard Matheson (lui aussi écrivain de SF et scénariste pour La Quatrième Dimension) l’adaptera en téléfilm (The Night Stalker) pour ABC en 1972. Carl Kolchak (Darren McGavin) y enquête sur la découverte de cadavres exsangues et sur le vol de plasma dans les hôpitaux.

Matheson continue sur sa lancée en 1973 avec un second téléfilm: The Night Strangler. Kolchak se mesure alors à un alchimiste qui assassine des jeunes femmes pour conserver son éternelle jeunesse. Les frasques de cet anti-héros, Kolchak, qui est avant tout un lâche trop curieux, ne s’arrêtent pas là. Devant le succès des deux téléfilms, Darren McGavin coproduit une série dans laquelle il reprend le rôle du journaliste sous les ordres de Tony Vincenzo (Simon Oakland).

Malheureusement, la presse ignore totalement les 20 épisodes diffusés sur ABC. Jeff Rice attaque les producteurs en justice: il n’avait donné son accord que pour les téléfilms. Pour couronner le tout, Fred Silverman devient programmateur pour ABC et il déteste le fantastique. Résultat: Carl Kolchak est remercié après une saison malgré le mélange d’originalité, de peur et d’humour qui fait de cette série une pionnière.

Projet UFO fut plus chanceux. Cette fois, une particule de réalité entre dans l’intrigue. Le point de départ de cette série est le projet Blue Book de l’armée de l’air américaine. Un service chargé de centraliser les rapports sur les apparitions d’OVNIs et de tenter de fournir une explication… rationnelle. Le programme fut suspendu en 1969. Pour renforcer encore l’effet de vraisemblance, la série est présentée comme une production du colonel William T. Coleman, le véritable responsable de Blue Book.

Le producteur exécutif du programme est Jack Webb, un amateur de docu-drama. C’est donc sous cette forme que sera tournée la série: les dossiers sont reconstituées d’après témoignages. Le Major Jake Gatlin (William Jordan) et le sergent Harry Fitz (Caskey Swain) enquêtent pour la première saison. Pour la deuxième, le major Gatlin sera remplacé par le capitaine Ben Ryan (Edward Winter). Libby Virdon (Aldine King), la secrétaire de Gatlin, est un personnage récurrent.

La conclusion de chacun des 26 épisodes est unanime: les extraterrestres existent, mais les deux enquêteurs n’ont pas rassemblé assez de preuves pour pouvoir le clamer au grand jour. Les affaires sont invariablement classées. Cette série connaît un succès monumental. Longtemps, elle aura été le seul programme de science-fiction à figurer dans le top 20.

Retour au Royaume-Uni avec The Omega Factor, une série qui, selon Francis Valéry, est passée totalement inaperçue en son temps. Dans le Guide Du Téléfan qu’il consacre à la troisième saison d’X-Files, il déclare même qu’un seul ouvrage la mentionne.

Deux enquêteurs, encore une fois, s’opposent aux membres d’une organisation secrète, Omega. Le but de cette association étant de prendre le contrôle du pays en utilisant des personnes aux pouvoirs télékinétiques. Durant 10 épisodes, les téléspectateurs de NBC suivront les aventures de Tom Crane (John Hazeldine) et Anne Reynolds (Louise Jameson). Pour la première fois, le thème sceptique/croyant est illustré, la demoiselle étant la sceptique. Vous l’aurez compris le motif paranoïaque permet de faire figurer cette série dans les ancêtres de X-Files.

Beyond Reality est toujours fondé sur un tandem croyant/sceptique. Cette fois, c’est le mâle qui endosse ce rôle. Laura Winsgate (Shari Belafonte) enseigne le paranormal dans une université privée. Elle a une grande expérience dans le domaine: elle a parcourut le monde en long et en large pour étudier les phénomènes étranges, les différentes cultures et religions.

J. J. Stilman (Carl Marotte) est un collègue de Laura et, donc, le sceptique. Il se laisse pourtant convaincre à la fin de chaque épisode! Dans les toutes premières aventures du tandem, Calia (Nicole de Boer), une étudiante, apporte parfois sa contribution aux investigations. La série adapte des dossiers réels, mais en prenant beaucoup de distance. Il ne s’agit pas, ici, d’un docu-drama. USA Network abritera ces hôtes étranges de 1991 à 1993. Le temps de préparer le terrain aux dossiers X.

Enquête sur le surnaturel encore, mais les hommes verts en moins, Marshall et Simon apparaît sur NBC en 1991. Marshall Teller (Omri Katz) et Simon Holmes (Justin Shenkarow) vivent à Eerie, une petite ville de l’Indiana. Ils semblent les seuls à trouver étrange que les chiens parlent entre eux et complotent contre les humains, que des jumeaux ne vieillissent pas parce que leur mère les enferme dans des Tupperware pour la nuit, que le Yéti fasse les poubelles et qu’Elvis Presley soit leur voisin… La série n’est pourtant ni paranoïaque, ni sombre comme peut l’être X-Files.

Même s’il n’appartient pas au FBI, il est difficile de ne pas voir une filiation entre David Vincent et Fox Mudler. Le lien sera d’ailleurs fait par Carter lui-même puisque Roy Thinnes apparaît dans X-Files sous les traits de l’emblématique Jeremiah Smith (3. 24, 8.14). Les Envahisseurs sont diffusés durant deux saisons (1967-1968) sur la chaîne ABC.

David Vincent a assisté à l’atterrissage d’un vaisseau spatial extraterrestre. Il prévient la police, mais personne ne veut le croire. Sa vie devient alors un enfer: il perd son travail, ses amis l’abandonnent et les autorités le prennent pour un fou. La lutte pour la vérité devient sa raison de vivre. La ressemblance avec Fox Mulder saute aux yeux. La série est déjà très paranoïaque et les extraterrestres sont hostiles.

Les aliens sont de retour 16 ans plus tard avec le vaisseau mère de V. Dans ce cas, pas d’enquête sur le paranormal, pas de complot gouvernemental, mais bien une quête de la vérité. Sous des dehors pacifiques, les extraterrestres sont en fait des lézards qui veulent faire de la Terre leur garde manger. Seules certaines personnes ont la preuve de leurs véritables intentions. Ils se rassemblent et tente de démasquer les visiteurs.

Toutes ces séries qui jouent avec l’idée de paranormal semblent aussi tributaires de l’exceptionnelle anthologie La Quatrième Dimension créée par Rod Serling en 1959. C’est la première qui a exploré le fantastique, la science-fiction et donc les soucoupes volantes. Les différences majeures sont qu’il ne s’agit pas d’enquêtes et qu’il n’y a pas de personnage régulier.

Les épisodes étaient signés par des grands noms de la littérature SF comme Richard Matheson ou Ray Bradbury. L’un des épisodes les plus marquants concernant les extraterrestres est “Comment Servir L’Homme?” dans le sens culinaire de l’expression.

Aux Frontières Du Réel est l’héritière de tout cela. Mais comme toute grande série, elle parvient à transcender ce qui a déjà été fait et elle renouvelle le genre. L’association extraterrestres-complot gouvernemental devient quasiment la règle du genre. Au 21ème siècle, il est maintenant pratiquement impossible de parler d’extraterrestre sans évoquer la zone 51 ou les enlèvements. Nous avions déjà abordé ce point dans notre dossier sur Les 4400. Nous y renvoyons le lecteur passionné.

Personnages

Les descriptions sont issues des notes que j’ai prises en regardant la série. Elles sont complétées par des indications provenant du livre de Brian Lowry.

Fox Mulder: il est un agent du FBI un peu atypique. Diplômé en criminologie de l’université d’Oxford, il a donc suivi la voie “normale” pour entrer au FBI. Par contre, depuis qu’il y est… Il enquête sur les dossiers non classés, les dossiers X. Ses recherches, mais aussi ses méthodes, ses croyances et son humour en font un type bizarre.

Ses collègues n’ont pas tardé à le remarquer. Ils l’ont d’ailleurs affublé du surnom “Spooky Mulder”, soit plus ou moins “Mulder le bizarre” (“Mulder le martien” dans la VF). Et c’est vrai qu’il n’est pas typique. Il aime les pornos et les films d’horreur, notamment La Mouche. Il mange des graines de tournesol parce qu’elle le rassuraient quand petit il faisait des cauchemars (2.12). Il n’a pas de lit (4.19), sa chambre lui sert de débarras (5.13).

Durant le début de la cinquième saison, il devient un sceptique total et donne des conférences pour démonter tout ce qu’il a soutenu avant. Dès la saison sept, il souffre d’une maladie du cerveau. On apprend dans la saison 8 qu’il n’a jamais été guéri. Il est mourant. Il reviendra pour découvrir qu’il n’est plus le seul homme dans le service des affaires non classées et qu’il est le père de William.

Mulder est l’archétype du héros romantique: un adolescent attardé, en quête incessante. Il adore les mystères et est resté traumatisé par l’enlèvement de sa soeur, Samantha T. Mulder, lorsqu’il était jeune. Il prétend que ce crime est l’oeuvre d’extraterrestres, d’où sa profession de “chasseur d’OVNIs”. “Ils m’ont dit qu’ils ne lui feraient aucun mal et qu’un jour elle reviendra. Je veux y croire”. Voilà sa profession de foi.

Dana Scully: elle entre dans notre vie en même temps qu’elle pénètre dans le bureau de Mulder (ou presque). Elle a été convoquée par Scott Blevins, son chef de section. Elle doit faire équipe avec Le Martien pour étudier ses méthodes et dresser un rapport détaillé sur le service des affaires non classées. Comprenez qu’elle doit s’arranger pour faire passer Mulder pour un doux illuminé et donc faire fermer ledit service.

Une chose qu’elle oubliera gentiment de faire. Elle sera rappelée à l’ordre par sa hiérarchie dans l’épisode 21, “Le Retour De Tooms”. Elle semblait pourtant une personne bien choisie au départ étant donné qu’elle est l’incarnation de la science rationnelle. Elle est diplômée en médecine légiste de l’université du Maryland. Son père est capitaine dans la marine américaine.

Elle a passé son enfance dans des bases militaires avec sa soeur Melissa et son frère William Jr. En 1990, après un internat en médecine légale, elle est choisie avec une poignée d’autres étudiants prometteurs, pour rejoindre les rangs du FBI. Elle s’inscrit alors à l’académie de Quantico où elle fréquente un professeur, Jack Willis. Elle commence son service au FBI en 1992. Quand le service des affaires non classées sera fermé en 1994, elle enseignera brièvement à Quantico avant d’être enlevée par Duane Barry et des extraterrestres. Le service des affaires non classées sera rouvert avant qu’elle ne réapparaisse.

Au fil des saisons, c’est surtout lorsque Mulder disparaît que son évolution est la plus significative. Elle devient croyante et reprend les théories de Mulder parfois jusqu’à l’extrême (Gillian Anderson a repris des attitudes de jeu de David Duchovny pour montrer ce rapprochement).

Le rapport de Dana à la maternité est également l’occasion d’explorer le personnage. On découvre cet aspect rapidement grâce à la découverte des ovules que les extraterrestres lui ont prélevés. Il est approfondi grâce aux épisodes où apparaissent Emily. Evidemment, le cycle sera clôturé par sa grossesse (on l’apprend dans l’épisode 7.22).

A partir de ce moment, elle est plus prudente quand elle est sur le terrain. Elle refuse par exemple de descendre dans les souterrains du métro parce qu’ils pourraient être infectés (8.12). Mais toute une partie de l’histoire reste longtemps inconnue des téléspectateurs (voir ci-dessous). Elle sera contrainte d’abandonner William. Elle redonnera des cours à Quantico dans la dernière saison.

Directeur-adjoint Walter Skinner: Mitch Pileggi a alimenté le personnage par son passé: sa connaissance du Moyen-Orient et le souvenir de son père. Il a travaillé au Moyen-Orient pour des compagnies associées au département américain de la Défense. Si ses occupations n’étaient pas très proches de celles de Walter Skinner, il y a connu la tension et deux coups d’état. Expériences qui l’ont aidé à étoffer son rôle.

Il s’est aussi inspiré de son père, directeur des opérations pour une société employée par le même département de la Défense. “Je n’ai pas agi de manière consciente, mais ma mère et mes frères l’ont vite remarqué”. Selon l’acteur, son père était “quelqu’un de sévère, de rigoureux, mais également de très juste envers ses employés”. C’est cela qu’il essaie de faire passer dans son interprétation de Skinner, le directeur adjoint du FBI et donc le supérieur direct de Mulder et Scully. Un homme pris entre deux feux: Mulder et Scully d’un côté, le Fumeur et sa hiérarchie (corrompue dans le Consortium) de l’autre.

Skinner cherche la vérité lui aussi mais avec des moyens plus réglos que ceux de nos deux agents. Il semble se mettre du côté de Mulder et Scully dans la deuxième saison. Il rouvre le service des affaires non classées dans l’épisode 2.02 et se rebelle clairement contre le Fumeur dans l’épisode 2.08. Mais c’est dans la troisième saison qu’il commence réellement à faire partie de l’équipe.

On y explore pour la première fois sa vie privée dans un épisode où il est soupçonné de meurtre. Il est alors en instance de divorce. Dans la quatrième saison, il interdit à Mulder de négocier directement avec le Fumeur le remède pour sauver Scully pour mieux le faire lui-même. Il se met ainsi en danger et doit travailler pour son ennemi (il efface des dossier sur l’ordinateur de Mulder par exemple).

Il devient tellement évident qu’il est du côté de ses agents dans la saison sept que le FBI lui impose un supérieur, Alvin Kersh. Il est dès lors mis sur la sellette et Scully lui conseille d’être prudent. “Quel bien ferez-vous à Mulder s’ils ruinent votre carrière?” (8.01).

Les Lone Gunmen: Frohike, Langly et Byers, ce trio est basé sur trois passionnés d’ufologie réels que Glen Morgan et James Wong ont un jour rencontrés. Ce sont trois théoriciens des conspirations paranoïaques, éditeurs d’une revue: The Lone Gunmen (Les Bandits Solitaires). C’est dans l’épisode “Entitée Biologique Extraterrestre” qu’ils apparaissent pour la première fois. Depuis, ils sont devenus des personnages semi-réguliers.

Tom Braidwood était metteur en scène sur X-Files. Il a eu la bonne idée de passer aux toilettes au bon moment! C’est à dire quand William Graham, un pote, cherchait un acteur. Il a donc renoué avec sa vieille passion. Frohike se résume facilement: c’est celui qui est amoureux de Scully.

Les deux autres sont ceux qui exposent les théories paranoïaques à Mulder. Dean Haglund était un comique reconnu et un membre du théâtre d’improvisation. Le rôle du Lone Gunman le plus extravagant était du sur mesure pour lui. Il reste Byers, le sérieux du groupe.

Ils forment un trio disparate: un rocker aux cheveux longs, un professeur impeccable et un obsédé. L’épisode 5.01 leur est réservé. On y apprend les circonstances de leur rencontre avec Mulder. Ils ne sont pas encore associés à l’époque. C’est lors de cet épisode qu’on croise pour la première fois Susan Modeski dont Byers tombera amoureux. Dans l’épisode 6.17, il est toujours à sa recherche.

On les quitte dans un épisode magnifique (9.15) qui clôture à la fois leur parcours dans la série X-Files et leur spin-off puisque les personnages de Yves Adèle Harlow (un anagramme de Lee Harvey Oswald qui cache Lois Runtz) et Jimmy y apparaissent. Les Lone Gunmen sauvent le monde, une sortie mémorable pour de prétendus ratés. Ils sont enterrés avec les honneurs.

Gorge Profonde: comme le Fumeur, il est une personne assez haut-placée dans la hiérarchie et il fait partie de “ceux qui savent”. Dans l’épisode “EBE”, Gorge Profonde (c’était le surnom de l’indicateur des journalistes dans l’affaire du Watergate) apprend à Mulder qu’après le crash de Roswell, un accord a été passé entre les principales nations développées du monde. Dès qu’un OVNI s’écrase, la nation où l’accident s’est produit doit exterminer les éventuels survivants.

La Terre semble donc en perpétuel état de guerre contre les extraterrestres. Il révèle du même coup pourquoi il aide Mulder. Afin de respecter cet accord, il a dû tuer les occupants d’un OVNI au Vietnam. Depuis, le remord le ronge.

Mais il ne faut pas se fier aux apparences, Gorge Profonde raconte ce qu’il veut bien à Mulder et il joue un double jeu. Il met en place l’un des piliers de la série: le complot. Il meurt assassiné à la fin de la première saison. Chris Carter a voulu montrer que tout le monde était en danger dans X-Files. “Ne faites confiance à personne” est la dernière réplique du personnage.

Mister X: à propos du rôle qu’il tient, un de se proches lui a dit qu’il avait puisé dans une face cachée de sa personnalité. C’est probablement ce que pensent les téléspectateurs moyens qui se souviennent surtout du capitaine Fuller de 21, Jump Street. Il est passé d’un personnage positif, paternaliste à un sommet de rigidité et de froideur. Pourtant, l’indic’ de Mulder est surtout un homme qui a peur de mourir comme Gorge Profonde. Williams avait peur de la même chose finalement puisqu’il ne cessait d’inciter le public à réclamer son maintien dans la série.

Le Fumeur (CGB Spender): dès le pilote, le ton semble donné: le Fumeur range un des implants dans un entrepôt secret du Pentagone. Il est un “anti-Mulder” et il occupe une place indéterminée, mais plutôt élevée dans le complot. C’est un personnage assez obscur… Pourtant, on se rend compte avec le temps que c’est un personnage ambigu: à la fois protecteur et démoniaque.

Selon lui, c’est parce qu’il aimait Scully qu’elle a été enlevée et qu’elle reviendra (2.08). Il connaissait les parents de Mulder et l’on suggère qu’il pourrait être son père (cela sera certain dès l’épisode 7.02). En tous cas, il a bien connu sa mère (3.24).

Son passé est dévoilé dans un épisode. On y apprend qu’il a participé à l’assassinat de JFK, à celui de Martin Luther King. Il connaît Saddam Hussein. Malgré ce tableau de chasse, il officie dans l’ombre: “Le Président ne soupçonne pas mon existence”. Il écrit un livre sous le pseudonyme de Paul Blomworth et son manuscrit est publié dans un magazine.

Il a été à deux doigts de démissionner. Il a une femme, Cassandra (enlevée plusieurs fois par les extraterrestres) et un fils (Jeffrey, qui travaillera également au FBI). Il a élevé Samantha, la soeur de Mulder (qui était donc sur Terre durant tout ce temps).

Durant l’épisode 7.15 (écrit pas William Davis d’ailleurs), il semble devenir bon et vouloir aider Scully, mais il se ressaisit vite. Comme pour marquer la parenthèse, il arrête du fumer lors de cet épisode. Il est plusieurs fois laissé pour mort, mais il réapparaît toujours.

A première vue, William B. Davis ne semblait pas l’homme idéal pour interpréter le rôle: il avait définitivement arrêté de fumer! Davis est connu dans la profession grâce à ses cours d’art dramatique (William Davis Centre For Actor’s Study et Vancouver Playhouse Acting School). Jusque dans les années ’80, il a peu entretenu sa propre carrière. Depuis, il est apparu dans Ca de Stephen King, McGyver, la série Heart Of A Child, Allô Maman, Ici Bébé et Dead Zone.

Selon lui, l’homme à la cigarette est un drogué… du travail: “Il n’a aucune existence, aucun but dans la vie que ce qu’il cherche à accomplir”. Une quête ni bonne, ni mauvaise, il veut “sauver le monde”. On finit par comprendre que le monde commence et se termine, lui!

Le second couple d’enquêteurs: au début de la saison 6, le service des affaires non classées est fermé ou plutôt, Mulder et Scully en sont écartés. Jeffrey Spender et Diana Fowley sont affectés aux dossiers X. Diana est une ancienne co-équipière de Mulder. Elle a été envoyée en Europe de l’Est pendant un temps.

Elle est une croyante comme Mulder, mais elle est surtout de mèche avec le Fumeur. Elle semble prise de remords quand Mulder tombe malade (7.01). Elle lui avoue alors ses sentiments. Elle ne semble plus vouloir suivre le Fumeur. Comme tous les personnages qui trahissent le Fumeur, elle sera assassinée (7.02).

Jeffrey est un sceptique beaucoup plus extrême que Scully. Jeffrey est le fils du Fumeur (5.20). Il sera manipulé puis assassiné par son père (6.11) parce qu’il n’est pas digne de lui. Comme son père, Jeffrey semble toujours devoir renaître de ses cendres… Il s’agit du premier passage de flambeau au sein de la série. Mais on se rendra compte, par l’absurde, dans les saisons 8 et 9, à quel point le tandem formé par Jeffrey et Diane n’arrive pas à la cheville du couple Doggett-Reyes.

Le troisième duo d’enquêteurs: John Doggett apparaît dès la huitième saison pour remplacer Mulder aux côtés de Scully et enquêter sur sa disparition. Leur rencontre est loin d’être amicale: il lui parle des rumeurs de coucheries qui colle à la peau de Mulder. Assez vite, on se rend compte qu’il est discret et honnête puisqu’il tait les révélations que lui fait Skinner (8.01).

Il s’oppose à Alvin Kersh dès le second épisode parce qu’il a remis un rapport qui ressemble à un dossier X. En punition, il est définitivement assigné aux affaires non classées et il leur sera fidèle (même quand on lui offre une autre affectation, 8.15). Il reprend le rôle de Scully quand elle tente de reprendre celui de Mulder.

John a un fils qui a été enlevé et assassiné (8.05). Il est d’ailleurs très impliqué sur l’enquête d’un kidnapping. La mort de son fils sera résolue dans l’épisode 9.17. Il gagnera la confiance de Scully au point qu’elle lui offre la médaille d’Apollo que Mulder lui avait transmise (8.19).

Quand Scully part en congé de maternité, il devient le chef du service. Il est alors assisté par Leyla Harrison, une ex-comptable fanatique de Mulder et Scullly, une personnalisation des fans de la série dans la fiction même. Mais cela tourne plutôt mal pour elle. Elle reviendra plus tard pour une enquête (9.14)

On rencontre Monica Reyes lors de l’épisode où Mulder réapparaît mort. A force de regarder la série, le téléspectateur apprend à noter les détails. Or, un détail fait qu’on se méfie un peu d’elle: elle fume des “Morley”!

Monica est spécialisée dans les crimes satanistes et elle revient pour aider John sur un cas qui pourrait être relié à la mort de son fils. Elle avait déjà enquêté sur ce dossier auparavant. Elle n’est ni sceptique, ni croyante, mais plutôt mystique et ouverte à toutes possibilités. Elle remplace Scully pendant son congé de maternité et prend petit à petit sa place dans les dossiers X.

Durant la neuvième saison, le duo Doggett-Reyes est construit comme une réelle alternative à Mulder et Scully. Les deux agents décident d’enquêter sur le nouveau directeur, Alvin Kersh, contre l’avis des deux anciens. Le couple fonctionne bien. Si Doggett a été amené de manière fluide, le personnage de Reyes sera introduit de manière plus chaotique, mais on s’y fait assez vite.

On sous-entend aussi qu’ils pourraient devenir un couple. Lors d’un épisode qui se déroule dans un monde parallèle (9.04), on assiste au même jeu de main qu’avec Mulder et Scully (or le téléspectateur a appris à remarquer ce genre de gestes depuis neuf saisons). Leur amitié est également évoquée dans l’épisode où Monica est enfermée entre la vie et la mort (9.11). C’est la première fois que des personnages autres que Mulder et Scully accèdent au générique (contrairement à Jeffrey et Diane).

Alex Krycek: il est un agent du FBI qui sera amené à travailler avec Mulder quand Scully est enlevée. En fait, c’est une taupe du Fumeur qui cherche à contrecarrer le travail de Mulder. On apprendra rapidement qu’il n’est réellement lié à personne et qu’il trahit tout le monde. Il travaille probablement pour lui seul. Il est l’amant de Marita.

Les supérieurs: on voit plusieurs fois la hiérarchie du FBI, notamment Scott Blevins. Généralement, ils s’opposent à Mulder et Scully. Ce sont les mêmes personnes qui appartiennent au Consortium. On croise parfois des politiciens comme le sénateur Matheson qui renseigne Mulder. Dès la septième saison, Alvin Kersh est le supérieur de Skinner. Avec Brad Follmer, il représente le nouveau “méchant” quand le Fumeur disparaît.

Acteurs

Les paragraphes qui suivent doivent énormément aux livres de Malcolm Butt et Brian Lowry.

David Duchovny (7 août 1960): David comme la statue de Michel-Ange. Duchovny avec un “h”. Son père avait enlevé le “h” de son nom. Sa mère a décidé de le rétablir après son divorce. David a choisi de se ranger aux côtés de sa mère. Avec seulement deux mots, on peut déjà en comprendre beaucoup sur lui.

Meg, sa mère, pensait que l’important dans la vie, c’est l’instruction. Elle a dû être fière de son David qui a étudié la littérature anglaise à Princeton, avant de réussir une maîtrise à Yale. Il était au beau milieu d’un doctorat quand il plaque tout pour tourner dans New Year’s Day de Henry Jaglon (1989). Un changement qui, par contre, n’enchantera pas sa famille.

Tournant radical: celui qui jusque là avait appris à intérioriser, à refouler ses émotions, devra apprendre à les exprimer. Duchovny suit les cours de Marsha Haufrecht (elle est affiliée à l’Actor Studio de New York). Pourtant cette “intériorisation” est toujours la caractéristique de son jeu que certains qualifient de “jeu en demi-teinte”.

Une attitude qui convient parfaitement pour le rôle de Mulder. Selon Chris Carter, Duchovny a “sous-joué” Mulder durant la casting. Mais c’était exactement ce qu’il fallait. Après New Year’s Day, il travaille sur Working Girl de Mike Nichols, Bad Influence de Rob Lowe, Twin Peaks de David Lynch, Panique Chez Les Crandell!, Julie Avait Deux Amants, Le Dernier Sacrifice, Chaplin, Beethoven, Venice/Venice, Ruby, Baby Snatcher, Red Shoes Diaries (une série porno soft dont il était le narrateur!) et Kalifornia.

Puis son agent lui communique le scénario de X-Files. Il est séduit par sa qualité exceptionnelle et le rôle. Il ne veut plus faire de télé, mais il est convaincu que la série ne durera pas longtemps. C’est trop “bizarre”. Il peut donc se permettre de tourner dans quelques épisodes. “Je me suis dit que je pourrais passer un mois à Vancouver et toucher un cachet avant de me préoccuper de mon prochain film”. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas devin!

David Duchovny préfère toujours le cinéma. Et la littérature puisque son ambition ultime est d’écrire un roman. David a d’ailleurs signé les scénarios de certains épisodes avant de passer à la direction (“Le Grand Jour” dans la sixième saison, “Hollywood A. D.” dans la septième saison). David Duchovny sera de moins en moins présent au fil du temps puisqu’il n’apparaît que dans la moitié des épisodes de la huitième saison et qu’il ne revient dans la dernière que pour le season (et serie) finale.

La recherche d’une Dana Scully fut beaucoup plus longue que celle de Fox Mulder. Carter avait directement flashé sur Gillian Anderson. Quand elle est entrée dans la pièce, il a su directement qu’elle correspondait à l’image qu’il se faisait de Dana Scully.

Mais les dirigeants de la Fox ne l’entendaient pas de cette oreille. Et pour cause, ils cherchaient une “blonde à la poitrine plantureuse, si possible avec de longues jambes et beaucoup d’expérience au cinéma et à la télévision”. Pas étonnant qu’ils n’aient pas été impressionnés par cette jeune fille de 24 ans totalement inexpérimentée, mesurant 1,53 mètre, portant un tailleur ample et sévère! Pourtant, Carter tient bon. Ce sera avec elle ou pas du tout.

Gillian Anderson (9 août 1968): Elle est originaire de la région de Chicago. Tout comme Scully est aux antipodes de Mulder, elle doit être l’opposé de Duchovny. Les multiples déménagements de ses parents l’ont menée de Cook (près de Chicago), à Londres, en passant par Porto Rico, pour revenir à Grand Rapids dans le Michigan. Elle adorait l’Angleterre, elle déteste l’Amérique.

Et elle tourne mal, pas question pour elle d’université mais plutôt de mouvements punk. A 14 ans, elle quitte sa famille pour vivre avec un chanteur. Elle sera même élue “personne la plus susceptible d’être une ratée” par ses camarades de classe. 14 ans, c’est aussi son âge quand elle découvre le théâtre. Une discipline dans laquelle elle excelle. Un art qu’elle entretient en suivant le cours de la Goodman Theater School de Chicago.

Elle obtiendra son diplôme en 1990. Commence alors une période de recherche. Gillian a participé a plus de 150 auditions en tout. De New York à Los Angeles, elle signe quelques contrats, mais rien de stupéfiant. Un rôle dans Absent Friends récompensé par un Theater World Award, The Turning (un film vite tombé dans l’oubli), The Philantropist (théâtre) et un rôle dans un épisode de Class Of ’96, une série télévisée plutôt mauvaise.

Quand elle accepte le rôle de Scully, elle n’est absolument pas consciente de tout ce qui est en jeu. Elle ne s’imaginait pas qu’elle changerait de couleur de cheveux, qu’elle déménagerait pour Vancouver, qu’elle travaillerait comme une forçat, qu’elle devrait manger un grillon au chocolat (“Faux frères siamois”) ou se battre contre un chat en peluche (“Malédiction”)… sachant qu’elle est allergique aux poils de chat.

“C’est la chose la plus stupide que j’ai jamais faite! Trois heures de prises de vue à me battre et à me rouler par terre avec ce faux chat recouvert de fourrure de lapin! Les poils se détachaient, m’entraient dans les narines et collaient à mon rouge à lèvres. C’était ridicule”.

Gillian est complètement inexpérimentée au début, ce qui a le don d’énerver Duchovny (le jeu de Gillian s’est rapidement améliorée, faut-il le préciser?). Cela a-t-il joué sur les relations entre les deux acteurs? Des rumeurs prétendent qu’ils ne se supportent pas. On ne saura jamais le fin fond de l’histoire. D’autres acteurs semblaient plus l’apprécier. William B. Davis a déclaré avoir écrit l’épisode “En Ami” parce qu’il trouvait qu’il n’avait pas assez de scènes avec Gillian. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Elle est loin la petite punk de Grand Rapids. Aujourd’hui, elle a un enfant (Piper Mary) avec Clyde Klotz, le directeur artistique de X-Files. Elle est apparue à l’affiche d’une des séries les plus célèbres. Elle a aussi gagné ses galons d’actrice. Elle est également passée à l’écriture et à la réalisation (notamment “All Things” qui se concentre sur le passé et les choix de Dana).

Si X-Files avait continué, Gillian n’aurait pas renouvelé son contrat au-delà de la neuvième saison. Durant les temps libres que lui laissait la série, elle a animé une émission scientifique pour la BBC. Future Fantastic explorait les faits scientifiques qui sous-tendent la science-fiction. Depuis, elle a touché l’univers du cinéma: elle a joué dans Hellcab et Freak The Mighty.

Deny everything: la conspiration

Gorge Profonde l’annonce à Mulder au deuxième épisode: sa vie est en danger, il en sait trop et il en a trop vu. L’agent est en danger parce qu’une partie des autorités du Bureau (il y a d’ailleurs un extraterrestre dans la mosaïque à l’entrée du FBI, 3.01!), du pays, du monde (C’est l’ONU qui a donné l’ordre que la créature de Roswell soit abattue, 4.07) ne veut pas que la vérité éclate.

Ils connaissent l’existence des extraterrestres, leurs objectifs et ils ont négocié avec eux. Ils se sont donc arrangés pour effacer les preuves, faire taire les témoins ou les décrédibiliser, cacher leurs activités de recherches (l’hybridation, les clones) et celles des extraterrestres (l’huile noire, les abeilles, les cafards). Le téléspectateur s’en doutait probablement puisqu’il avait vu le Fumeur archiver un implant dans le pilote.

Evidemment, aucune organisation n’est à l’abri des traîtres (comme Krycek, mais aussi si on y pense bien Gorge Profonde, Mister X ou quelques fois le Fumeur). Il est d’ailleurs évident que plusieurs groupes existent sur Terre puisque les Russes mènent leurs propres recherches d’un vaccin. Le Consortium n’est pas non plus à l’abri de l’hypocrisie ou des guerres intestines à la nation alien.

Le Fumeur est une figure importante du complot. On a parfois l’impression qu’il recherche ses propres bénéfices dans tout cela. Alex Krycek est également un incontournable. A force de trahir tout le monde et d’aller où le vent le mène, il est devenu le traître par excellence.

Il paraît parfois bien seul (sa seule alliée est Marita), mais il a un pouvoir énorme. Il est toujours au courant de ce qui se passe et il détient généralement les vaccins, les remèdes ou des informations importantes. Les différents informateurs de Mulder sont également de ce côté: Gorge Profonde, Monsieur X (“qui je suis est sans importance”, 2.04), un gros (ami de Monsieur X) et Marita Covarrubius (attachée au Secrétaire Général des Nations Unies).

Plusieurs victimes des expériences du Consortium reviennent de temps en temps durant les épisodes. Samantha est la première dont on nous parle. C’est la soeur de Mulder, enlevée alors qu’elle était enfant. On comprendra plus tard qu’elle a fait partie des programmes de clonage.

Gibson Praise semble être le “chaînon manquant” (5.20). Il a le même ADN que les autres êtres humains, mais une partie qui est en sommeil chez la plupart des gens est active chez lui (6.01). On ne comprend pas pourquoi les aliens arrêtent de le chercher. A partir d’un moment, toutes les attentions se tournent vers William.

Cassandra est une seconde figure importante. Elle est l’épouse de CGB Spender, le Fumeur et la mère de Jeffrey Spender. Pendant 25 ans, elle a subi des enlèvements à répétition. Tout ceci prend cependant fin puisqu’elle est achevée (6.10). Elle doit mourir sinon les extraterrestres commenceront la colonisation puisqu’ils attendaient sa création pour le faire.

Le Fumeur parvient à la récupérer, mais les rebelles anéantiront le Consortium avant qu’il n’ait pu la livrer. Scully elle-même fait partie des victimes. Comme d’autres femmes qu’on rencontre au moment de son cancer ou de sa maternité, elle a été enlevée, ses ovules ont été prélevés, inséminés et portés par de vieilles femmes (5.07). Emily est sa fille. Contre son gré, elle fait partie du programme d’hybridation.

Une fois le Consortium anéanti, d’autres figures vont s’imposer. Les rebelles aux yeux et aux bouches cousues s’opposeront au “chasseur de prime” à la solde des autres extraterrestres. Mais le chasseur de prime sera bientôt remplacé par une nouvelle race d’aliens: les hommes qui ont contractés les virus suite à l’enlèvement à Bellfleur (7.22).

Teresa et Mulder seront sauvés (8.14 et 8.15), mais Billy Miles devient un de ces êtres (8.15). Les aliens prévoient d’ailleurs de disperser le virus dans l’eau de consommation, mais aidés d’un super soldat, John et Scully parviennent à les arrêter. Les super soldats sont d’ailleurs des personnages récurrents, notamment Shanon McMahon puis Knowle Rohrer les représentent.

On discerne assez mal ce que William a à voir là-dedans. Il est le fils de Mulder et Scully. Vous me direz que Scully était stérile depuis son enlèvement. Une hypothèse avancée par Nicolas Genet veut que le vaisseau que Scully a étudié en Afrique lui a rendu sa fertilité.

Toujours selon lui, il est assuré que Mulder et Scully l’ont conçu lors d’une nuit passée ensemble (7.17). Quoiqu’il en soit, le bébé intéresse les extraterrestres, plusieurs personnes qui semblent toutes travailler pour la clinique où Scully est patiente, Zeus Experiment (Lizi l’amie de la mère de Scully, les docteurs Lev et Parenti, Krycek, 8.20) et les membres d’une secte (9.09, 9.10).

Les extraterrestres ont l’occasion de le prendre à sa naissance, mais rien ne se passe. Les humains qui lui courent après trouvent généralement la mort. Jeffrey Spender finit par lui faire une injection d’un métal inconnu qui le rend pleinement humain. Mais selon Scully, il est déjà trop tard. “Ils n’oublieront pas ce qu’il a été, ils n’accepteront pas ce qu’il est”. Pour le protéger, Scully le fait adopter.

William serait-il un prophète, un sauveur comme certains le prétendent? C’est vrai qu’il est né sous une étoile, que les Lone Gunmen font office de rois mages, qu’il fait bouger son mobile sans le toucher et qu’il est reliée d’une manière ou d’une autre à l’artefact du vaisseau, mais bon. Au bout du compte, c’est cette partie “religieuse” attachée à William (et parfois au reste) que j’achète le moins dans cette série.

Les scénaristes ont été les premiers surpris du succès qu’ont remporté les épisodes de la mythologie. Au départ, la préoccupation principale de Mulder était de comprendre ce qui était arrivé à Samantha. Sa quête s’est logiquement tournée vers le complot puisqu’il devait le mettre au jour pour pouvoir prouver ses théories.

Au fil des saisons, la mythologie s’étoffe. Les éléments se sont ajoutés de manière préméditée, mais aussi par hasard. “Il est impossible de tout anticiper. C’est un processus que nous contrôlons et qui nous échappe en même temps”, déclarait Chris Carter. C’est peut-être ce qui explique le manque de clarté de certaines saisons.

On a beaucoup reproché à X-Files de lancer des pistes dans tous les sens sans jamais apporter de réponses ou d’éléments stables. Les téléspectateurs commencent à bouder la série. Les nouveaux venus ne comprennent rien du tout et les fans en ont marre d’être menés vers nulle part. Carter promet de révéler une partie de la vérité dans le film, ce qu’il ne fait pas.

Les rebondissement des dernières saisons (la fin du Consortium, les super soldats, le virus qui permet de transformer les hommes en aliens, les questions sur l’origine de l’homme) relancent l’intérêt. C’est peut-être trop d’un coup, les scénaristes ne semblent pas parvenir à connecter tous les fils. Ils ont probablement manqué d’une saison ou deux pour rendre tout cela intelligible.

Apparemment, l’existence d’un complot gouvernemental est une croyance de Chris Carter lui-même. Interrogé par Marc Shapiro et Paul Simpson, il précisait qu’il s’agit de l’une de ses craintes.

“La nature paranoïaque de la série reflète bien la réalité. Ce qui est effrayant dans X-Files, c’est que nous montrons une conspiration. Le ton de la série est étouffant parce qu’il reflète la réalité du monde actuel. X-Files est l’exacte illustration de la façon dont le monde fonctionne. Je crois que tout tourne autour de l’égoïsme et de l’avidité, que la bureaucratie n’a inscrit que son propre intérêt à l’ordre du jour. Donc, oui, j’ai des craintes au sujet d’une conspiration orchestrée par le gouvernement et ces craintes sont mises en scène dans la série. La conspiration dans X-Files est l’expression de ma vanité puisque la série est surtout une métaphore de mes sentiments à propos du gouvernement et de l’abus de pouvoir.

Non seulement, cette crainte personnelle a trouvé un écho auprès du public de X-Files, mais le complot gouvernemental est devenu un thème central dans la fiction actuelle. Il suffit de voir les films Complot Mortel, Signes, les livres de Philip K. Dick ou 24 Heures Chrono. Les conspirations touchent aussi à la réalité.

Qui n’a jamais entendu que la princesse Diana avait été assassinée? Qui n’a jamais lu que le 11 septembre avait été orchestré par les juifs? Qui ignore la rumeur selon laquelle les Américains n’auraient jamais atterri sur la lune? Les complots sont partout. D’une manière ou d’une autre, le complot va de pair avec le pouvoir. “La théorie du complot est un terme, le plus souvent péjoratif, désignant une théorie selon laquelle un pouvoir illégitime et occulte agit en secret pour arriver à ses fins”. Le complot suppose aussi la manipulation des populations.

“On qualifie couramment de théories du complot les diverses expressions de la `manipulation des masses´ par un groupe de pouvoir secret. Ce groupe est typiquement minoritaire, élitiste et/ou sectaire et utilise des moyens politiques, financiers, militaires, psychologiques ou scientifiques}” (Wikipedia.org).

Comme toute manipulation des masses, le complot utilise les médias. Ceci explique pourquoi autant de conspirations semblent assaillir notre époque: les moyens de communication n’ont cessé de se développer et les médias sont devenus incontournables.

Les complots gouvernementaux ou autres existent-ils? Je ne vais certainement pas me lancer dans la polémique ici. Impossible d’avoir une idée claire là-dessus et ce n’est pas mon objet. Chacun sera libre de choisir son camp. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre pourquoi le thème est aussi exploité et apprécié en ce moment dans la fiction?

Fabienne Soldini a étudié la littérature fantastique en tant que vectrice des peurs sociales. Elle rappelle que, bien que les littératures populaire soient généralement considérées et consommées comme du divertissement, cela ne les empêchent pas de véhiculer les problèmes humains, au rang desquels la peur et la mort figurent.

C’est même le propre des peurs sociales de s’exprimer sous formes symboliques (la rumeur, la littérature, le cinéma, les arts plastiques) alors que les peurs individuelles relèvent de l’expérience personnelle. Auparavant, la fiction rapportait la peste et les guerres de religion, aujourd’hui les menaces sont les guerres atomiques, les pandémies, les manipulations génétiques, etc…

Ce qu’écrit N. Elias sur les formes artistiques du Moyen Age, “les imaginations médiévales de l’enfer nous donnent une idée de l’intensité de cette peur de l’homme devant l’homme dans une telle société”, peut aussi s’appliquer aux récits horrifiques contemporains qui témoignent d’une crise de la confiance sociale, où la société contemporaine est perçue comme anomique.

Les récits mettent en avant le délitement du lien social, où l’altérité est présentée soit comme un facteur direct de danger, soit comme un auxiliaire involontaire de par son indifférence à l’égard de ce qui peut arriver. Les peurs exprimées dans les récits renvoient à des peurs réelles, qui construisent le monde social comme un espace hostile et insécure.

L’anonymat des espaces urbains et surpeuplés, par lequel l’autre est un inconnu, voire une menace, participe à la construction anomique du social. Mais la dissolution du lien social touche aussi les relations familiales ou amicales, où le proche s’avère finalement un étranger et une altérité dangereuse (etc.dal.ca).

La fiction, qu’elle soit littéraire ou télévisuelle, permet de faire l’expérience de la peur tout en la cloisonnant à l’univers rassurant de la fiction. Les lecteurs de récits de terreur, généralement des adolescents ou de jeunes adultes, testent ainsi des situations dangereuses. Mais Fabienne Soldini rappelle que lire un texte, c’est aussi l’élaborer d’une certaine manière. Généralement le lecteur injecte dans le texte “sa sensibilité, ses croyances, son monde de référence” autant qu’il en retire. Ceci est nécessaire pour que puisse naître l’émotion.

“Il y a ainsi une ambiguïté dans la peur, qui est en même temps jeu avec la peur et moyen de ruser avec elle. Il n’en demeure pas moins que l’auditeur est renvoyé à une peur profonde et réelle” (etc.dal.ca).

X-Files fait partie de ces fictions populaires qui permettent d’affronter les peurs collectives. Les loup-garous, les vampires et les monstres sont d’ailleurs des métaphores anciennes qui figurent les peurs ancestrales de l’homme.

Aujourd’hui, les serial killers, les petits hommes verts et la conspiration ont probablement simplement élargi le nombre d’images disponibles. Mais qu’est-ce qui fait qu’X-Files fait parfois figure de documentaire aux yeux de certains? Les sites internet et les articles sur les conspirations pullulent qui nous démontrent que les événements rapportés dans la fiction sont véridiques (C’était d’ailleurs un argument de vente au début de la série, mais plus ensuite.).

Normalement, une fois le livre terminé, la peur disparaît, une fois la télévision éteinte, le téléspectateur distingue le vrai du faux. Mais quelques fois, la proximité entre le monde fictionnel et le monde est réel est telle que le doute d’installe.

“C’est d’ailleurs à cela que se reconnaît une lecture ludique effrayante d’une lecture simplement effrayante: la première se conclut avec la fin du livre et cesse d’exister une fois le livre reposé tandis que la seconde persiste dans des moments de non-lecture ; de l’univers textuel découle des ramifications qui se prolongent dans l’univers réel. Même si le livre est fini, le texte continue d’être validé. L’appréciation de la lecture de textes horrifiques dépend du degré et de la qualité de l’interférence entre le monde du texte et l’univers de croyances du lecteur. Le lecteur le plus à l’aise dans sa lecture est celui qui ne croit pas aux événements du monde du texte, ou bien qui leur prête une réalité possible mais éloignée de son espace de vie et à ce titre non menaçante, ne pouvant faire irruption dans sa quotidienneté. La jouissance esthétique est fonction de la crédulité du lecteur, réelle ou adoptée/adaptée pour la circonstance}” (etc.dal.ca).

En clair, c’est parce que les intrigues d’X-Files se déroulent dans un monde très proche du nôtre, parce que les politiciens et les institutions telles que la CIA ou le FBI ont déjà été mises sur la sellette que le doute s’introduit dans l’esprit du téléspectateur. Et puis, n’entendons-nous pas si souvent que “la réalité dépasse la fiction”?

Fabienne Soldini prétendait, ci-dessus, que les gens lisent des textes qui renvoient aux problèmes qu’ils rencontrent. Or, actuellement la désorganisation sociale (et donc la corruption, et donc le complot) est un élément anxiogène important. Regarder une série comme X-Files permet peut-être d’avoir l’impression de mieux connaître et de contrôler le monde qui nous angoisse tant.

Les auteurs d’un site sur les superstitions et les croyances populaires vont un peu plus loin dans l’analyse. Ils considèrent que les peurs modernes ont une fonction apaisante.

“Une hypothèse plus intéressante soutient que ces anecdotes de la vie moderne, d’origine anonyme, racontées dans un milieu dont elles illustrent les peurs et les aspirations, permettent d’avoir l’impression de mieux connaître et de mieux contrôler le monde environnant, ce qui rejoint de nombreuses explications contemporaines aux croyances et superstitions. Pour cela, il n’y a qu’à penser aux histoires qui ont circulé suite à l’attentat terroriste à New York en septembre 2001. La rumeur selon laquelle les Juifs auraient évité l’édifice attaqué en cette journée particulière, n’est qu’une histoire sans fondement parmi tant d’autres. La deuxième hypothèse soutient la nécessité d’inventer de telles choses. Face à un événement horrible et incompréhensible, la réaction normale sera de remplir les blancs par des informations et souvent… n’importe qu’elle information! Le sentiment de peur ou de détresse amène les gens à croire plus facilement en toutes sortes d’insinuations. Angoissés, les gens ont le besoin de savoir que ce qu’ils ressentent est ressenti par d’autres” (Canoë, Quebecor Media, Chasseurs de “légendes urbaines”, cité par www.clg.qc.ca).

Finalement, les fonctions d’apaisement qu’ils collent aux superstitions sont très proches de celles que les analystes donnent du genre policier. On dit aussi, généralement, que les fictions policières ont pour but de rassurer les lecteurs ou les téléspectateurs. En effet, à la fin les policiers arrêtent les criminels: tout est bien qui finit bien.

Trust no one: le couple

Tout a commencé avec les allusions à peine voilée du générique de Chapeau Melon Et Bottes De Cuir où John Steed débouche devant Emmal Peel une bouteille de champagne phallique à la main. Depuis, impossible d’associer un homme et une femme sans que le téléspectateur ne suppose une relation amoureuse.

A la décharge des téléspectateurs, les scénaristes ont usé jusqu’à la corde le procédé. Une petite énumération suffit. Dee Dee McCall et Rick Hunter, Les Deux Font La Paire, Clair De Lune, Les Dessous De Palm Beach, Stargate SG-1 (où, si je me souviens bien, on n’a pas de réalisation du désir)…

Apparemment, cela fait vendre. Chaque semaine, on se demande si les personnages vont tomber dans les bras l’un de l’autre et donc… On regarde. Donc, c’est intéressant. Le problème semble survenir quand la relation est consommée: les téléspectateurs se détournent de la fiction. C’est ce qui est arrivé à Clair De Lune notamment.

Et c’est probablement la raison pour laquelle, les scénaristes nous font attendre le plus possible. Rick Hunter ne couche avec Deedee McCall qu’après quelques années (l’épisode ‘Unfinished Business’ de la sixième saison ne fait d’ailleurs que nous dévoiler l’information selon laquelle les protagonistes ont couché ensemble). Certaines séries se gardent bien de franchir le pas tout simplement.

Un des phénomènes les plus intéressant durant les mois, les années d’attente est de voir comment la série parvient à maintenir l’attention de l’audience en répondant à certaines de ses frustrations. X-Files a dû faire poireauter ses fans jusqu’à la septième saison, les six précédentes sont remplies de substituts.

Saisons 1 et 2, calme plat: Au départ, tout est normal. Dana rencontre Fox et ils ne se connaissent pas. Donc ils ne sont pas amoureux et ne se consacrent qu’à leur travail. Les scénaristes doivent alors construire une relation basée sur le respect et la complicité professionnelle. Comme Dana est une sceptique doublée d’une espionne, les scénaristes ont quelques barrières à faire tomber avant de passer aux choses sérieuses.

Quand Phoebe Green, une ancienne petite amie de Mulder, débarque (1.12), rien ne se passe. Phoebe est persuadée que Dana ne l’aime pas, mais c’est elle qui le dit. C’est au beau milieu d’une planque que la première allusion est faite. Mulder s’inquiète pour la carrière de Scully à cause des X-Files. Elle lui répond qu’elle ne mettrait sa carrière en danger pour personne, sauf lui. Il lui répond que si elle lui a amené un Ice Tea avec le sandwich, c’est peut-être l’amour… Elle a pris de la bière!

Saisons 3 à 5, petites allusions: On passe un cran au-dessus avec la saison 3. Peut-être est-ce dû à la peur de perdre Mudler (après tout, la dernière fois qu’on l’a vu, il était dans le wagon enterré qui a explosé). Peut-être est-ce parce qu’ils communiquent télépathiquement (3.02)? Mais Dana semble vraiment jalouse quand le shérif Angela White s’approche de Mulder (3.13).

Les différents événements auxquels ils font face resserrent les liens et c’est à destination de Mulder que Scully écrit son “Journal de mort” quand elle est atteinte du cancer (4.15). Le sentiment est peut-être réciproque: alors qu’on assistait principalement à des scènes où les personnages se tenaient la main, Mulder la serre dans ses bras et l’embrasse sur le front (4.15). Mulder sera d’ailleurs très affecté par la rechute de Dana (5.03).

Durant cet épisode où il se bat pour trouver le remède, il pleure d’ailleurs beaucoup (il faut dire qu’il obtient aussi des révélations concernant Samantha et que ça doit faire beaucoup d’un coup). Alors qu’une autre série aurait peut-être précipité les choses, les relations entre les personnages n’évoluent pas d’un pouce. Ils échangent un pas de danse (5.06). Diane Fowley semble pouvoir être un obstacle (5.20), mais rien ne se passe.

Bref, depuis la saison 3 quelques allusions sont égrainées, mais en substance: rien. On sent seulement que la relation évolue lentement. Vous allez dire que je m’attarde vraiment sur des broutilles. Ce n’est pas mon avis et pas celui de Gillian Anderson. Dans le documentaire qui clôture la 5ème saison, elle déclare que, dans X-Files, des gestes comme se tenir la main sont aussi forts que faire l’amour dans d’autres séries.

Le Film et saison 6, substituts: Le film est évidemment un endroit stratégique pour placer toute avancée en la matière. Et c’est ce que Chris Carter fait puisque Mulder fait une déclaration à Scully et qu’ils sont à deux doigts de s’embrasser. Une abeille vient perturber le moment. On se dit qu’on aura peut-être droit au happy end… Raté. On se dit que la saison six va enfin officialiser les choses… Encore raté.

Quand on revient dans la série, c’est comme si rien ne s’était passé… Enfin presque. Comme le fait bien remarquer Christophe Petit: le tournage a déménagé de Vancouver à Los Angeles, le ton est plus léger, la saison plus touchante et les personnages plus humains. On peut effectivement difficilement passer d’un presque baiser à rien du tout.

C’est à se moment-là que les procédures de substitution se déclenchent. On assiste d’abord à un premier baiser, mais dans un monde parallèle (6.03: Mulder est transporté en 1939 sur un bateau où se trouve le double de Scully). Ensuite, deux fantômes les placent face à leur sentiments durant la nuit de Noël, mais ils sont alors séparés (6.07).

Enfin, ils jouent les couples mariés pour les besoins d’une enquête (6.12). Ces techniques avaient déjà été abondamment utilisées dans Clair De Lune. On a aussi droit à la traditionnelle scène où le garçon enlace la fille pour lui montrer comment se servir d’une batte de baseball (6.19)… Diane Fowley est toujours dans leur chemin de temps en temps, mais c’est juste pour nous faire peur avant… le grand saut.

Saisons 7, 8 et 9, trois officialisations partielles: Et oui, les scénaristes ne pouvaient pas différer encore longtemps la scène du premier baiser véritable. Il a lieu dans l’épisode 7.04 lors des douze coups de minuit de l’an 2000 (cross-over avec Millenium). Ils se sourient puis Mulder déclare: “Le monde ne s’est pas arrêté”.

Il fait à la fois allusion au bug informatique, mais aussi au monde de la série. Et oui, tout ne s’écroule pas quand Mulder et Scully s’embrassent! C’est peut-être aussi une allusion à toutes ces séries qui se sont arrêtées une fois les héros mariés.

Mais les agents sont occupés et ce n’est qu’à l’épisode 7.17 qu’on suggère qu’ils ont passé la nuit ensemble. On peut se dire que Dana n’a fait que passer la nuit sur le canapé, mais comme il paraît que William a été conçu à ce moment!

L’attente et la frustration des téléspectateur est formidablement mise en scène lors de l’épisode (7.19) où un producteur fait un film basé sur les enquêtes de Mulder et Scully. Le Mulder du film a beaucoup moins de tact que le vrai (enfin, vous m’avez compris). Il s’exclame à “Scully” que ça fait 7 ans qu’il attend! Les fans ont d’ailleurs vu un indice dans le fait que Tea Leoni, la femme de David Duchovny, jouait la Dana du film. Puis survient l’enlèvement de Mulder…

Mulder enlevé, Scully est manifestement perdue. Le premier épisode de la huitième saison traduit de manière évidente sa mélancolie par une musique et des chants éthérés. Au moment, où elle a appris la disparition de Mulder et que Skinner lui a promis de le retrouver, elle lui répond qu’il le doit… Elle est enceinte. Le lien paraît évident.

A partir de ce moment, les gens la ménagent comme si elle était la veuve. Elle ne se comporte plus tout à fait comme une simple co-équipière. Mais il faut attendre l’hospitalisation de Scully pour que Mulder fasse un geste tendre vers elle (il touche son ventre, 8.17). Leur relation est officialisée pour de bon quand William est né et que Mulder le voit pour la première fois (8.21).

La question de la mort d’X-Files après cette officialisation ne se pose même pas puisque Mulder disparaît de la circulation. Dans la mesure de ses possibilités, Scully se comporte comme une amoureuse: elle envoie des e-mails, elle espère une rencontre (9.06). Ils se retrouvent pour la fin de la série quand Mulder est arrêté dans la base militaire (9.19/20).

Il est alors évident pour tout le monde qu’ils sont amants. Une scène identique à celle du premier épisode dans le motel termine la série. Sauf qu’au lieu de partir, Mulder se couche auprès de Scully. On y apprend que si Mulder a converti Scully au paranormal, elle l’a aussi converti à la religion (il veut croire en quelque chose de plus grand que les hommes et les extraterrestres). On découvre que Scully est vraiment la seule qui parvient à trouver les mots de réconfort quand il pense avoir échoué.

L’intelligence des créateurs est d’avoir à coup d’attente, à coup de substituts, à coup de rebondissements et de disparition, différé le véritable établissement du couple jusqu’aux dernières secondes du récit… L’intérêt de leur dispositif est de faire comme si les personnages vivaient une fois le poste éteint. L’histoire d’amour de Mulder et Scully fait partie de leur vie privée, pas de leur boulot.

Or ce que nous suivons chaque semaine, ce sont leurs enquêtes. Si le spectateur ne perçoit que l’un ou l’autre baiser, l’un ou l’autre geste, c’est parce que leur histoire d’amour se déroule loin des caméras. Nous n’étions pas invités! On se posera toujours la question: les intrigues d’X-Files auraient-elles été assez fortes pour tenir sans cet élément? D’aucun vous répondront que X-Files sans cet éléments ne serait pas X-Files…

Médias

Ce n’est pas le propos principal de la série, loin de là. On a vu qu’ils étaient déjà assez occupés avec le paranormal, la conspiration et le couple de Mulder et Scully! Mais de temps en temps, les histoires nous parlent de l’univers médiatique dans lequel nous évoluons.

Et ça me paraît intéressant pour deux raisons. D’abord les théories du complot se sont développées de manière exponentielles depuis que les moyens de communication se sont développés. C’est donc peut-être un moyen de faire passer une critique du système. Ensuite, ces épisodes sont généralement très bien foutus.

Critique d’une certaine télévision: Il faut attendre la cinquième saison pour voir apparaître un épisode faisant allusion aux médias. Je veux dire, exploitant directement le thème parce qu’on pourrait aussi relever tous les cas que Mulder déniche dans les journaux à sensation ou dans la presse généraliste.

L’épisode 5.06 débute sur le Jerry Springer Show. Une femme qui a eu un enfant loup est interviewée. Mulder et Scully sont envoyés dans une ville où une femme est tombée enceinte pendant son sommeil. Les gens n’ont que l’émission à la bouche. On apprend assez vite que le coupable pourrait être un “monstre”, un enfant difforme que son père a caché toute sa vie.

Les gens décident alors de le lyncher et on assiste à une scène qui fait furieusement penser à Elephant Man. L’épisode semble poser la question de la réception de ce genre d’émission. Les gens idolâtrent les personnes qui sont interviewées, mais cela ne les fait pas réfléchir sur les cas qu’ils rencontrent dans leur voisinage.

Dans la dernière saison, c’est aux émissions du style “Jackass” qu’ils s’en prennent. Dans ce cas, c’est loin d’être le propos central de l’épisode puisqu’il s’agit d’un adolescent mi humain, mi mouche qui assassine un autre adolescent. La victime et le meurtrier appartiennent à un groupe de jeunes qui alimentent ce genre de show de séquences à mi-chemin entre la cascade ratée et le “pipi-caca”. La critique n’en est presque pas une ici, puisqu’on voit simplement les séquences qu’ils enregistrent. Mais le ridicule des situations et l’attitude des adolescents hors caméra sont assez édifiants.

Utilisation de l’écriture journalistique: Parfois, l’univers médiatique est simplement là pour faire joli. Comme la séquence inaugurale de l’épisode 6.02 où un hélicoptère filme une course-poursuite entre un fuyard et des policiers. Nous sommes familiers de ce genre de reportage de “real TV”.

Ici, c’est simplement un moyen d’entrer dans l’affaire puisque Mulder va se retrouver dans la voiture en fuite avec le gars. Mais on ne reverra jamais plus la scène du point de vue des médias. On peut dire que les scénaristes se sont servi des techniques de tournage, de montage, d’écriture journalistique pour raconter leur histoire.

Le cas le plus impressionnant est l’épisode 7.12 totalement construit en référence à l’émission COPS, diffusée sur la Fox. Il s’agit de reportages où une équipe suit des affaires policières. Dans ce cas, des journalistes suivent un policier qui patrouille et qui rencontre un monstre capable de retourner sa voiture.

Mulder et Scully se joignent aux forces de l’ordre, ils sont persuadés de combattre une créature capable de changer d’apparence selon les peurs de la personne qu’elle affronte. Cet épisode est succulent parce qu’il nous montre une Dana Scully qui évite la caméra et qui est consciente que tout ce qu’elle dit sera diffusé en prime-time. Mulder ne s’en embarrasse pas du tout. Les différents développements de l’enquête sont dévoilés aux téléspectateurs via les interviews que font les journalistes et non par le biais des conversations entre Mulder et Scully.

On ne peut pas vraiment dire qu’une critique des médias pointe dans ces extraits. On utilise simplement leurs techniques de mise à l’antenne ou leurs points de vue.

La mise en abyme, les fictions: Un producteur de films hollywoodiens accompagne Mulder et Scully dans une enquête sur les zombies (7.19). On voit en parallèle les séquences de la série et les séquences du film. Evidemment, le film est grand public et hollywoodien et donc un peu bête.

Mais ce qui est surtout intéressant, c’est de remarquer le décalage entre la “réalité” et ce qu’en a fait le réalisateur. Mulder et Scully ne se retrouvent évidemment pas dans les personnages, les situations ou la philosophie du film.

Mais finalement X-Files aussi représente le réel d’une certaine façon. Les personnes qui appartiennent au FBI, par exemple, se reconnaissent-elles dans X-Files? Rien de moins sûr. L’épisode fonctionne donc comme une mise en abyme de la mise en fiction. Cela pose la question du rapport au réel dans X-Files (dans tous les autres épisodes je veux dire).

Un autre épisode aborde l’univers des séries télé. Anthony est un jeune garçon qui a le pouvoir de déplacer des objets. Devenu adulte et solitaire, il se réfugie dans l’univers de la Brady Bunch House, une sitcom. Il change son nom en Oliver Martin, comme l’un des personnages. Ses pouvoirs lui permettent de changer l’aspect de l’intérieur de sa maison et de la peupler des personnages de la fiction.

Mais il est aussi prisonnier de cet imaginaire qu’il est prisonnier de sa solitude. Le scientifique qui le suivait quand il était enfant lui conseille de délaisser la télévision pour vivre sa vie. De nouveau, pas de message vraiment original. Mais il est intéressant de remarquer que cette aventure survient juste avant le dernier épisode d’X-Files. Un peu comme pour dire à ses fans: “Allez! Il est temps de faire autre chose!”. C’est peut-être aussi pour nous rappeler que la fiction doit rester de la fiction et qu’il faut peut-être considérer d’un point de vue critique ses contenus. Y compris les conspirations.

Conclusion

Je conclus ici le dossier sur X-Files, consciente qu’il y aurait encore moyen d’en dire des milliards de choses. J’avais un objectif pour ce texte: ne pas raconter ce qu’on a déjà entendu des milliards de fois sur la série et que d’autres ont dit mieux que moi. Je voulais analyser quelques éléments qui me paraissaient originaux ou qui m’avaient marqués pendant le visionnage des épisodes. Il me semble y être arrivée.

Quelques années après l’arrêt de la série, je ne peux que constater l’impact qu’elle a eu dans le milieu de la fiction, dans la manière dont le monde considère les séries télés (enfin des discours positifs), dans la fiction populaire en général.

Je l’ai regardée sur peu de temps (quatre mois, je crois), mon été 2005 y a été en grande partie consacré. J’ai pu me rendre compte de la qualité des épisodes. X-Files est une oeuvre majeure de la télévision par ses thèmes, son humour, ses personnages, la manière dont elle développe ses histoires, ses références inter-textuelles et au monde dans lequel nous vivons. Total respect. On ne sort pas indemne de quatre mois intensif! Je vous souhaite de la voir si vous n’en avez pas eu l’occasion.

NB: les numéros faisant référence aux épisodes figurant dans ce dossier sont repris des DVD de la série. Je vous le précise parce que j’ai remarqué que certains guides des épisodes, notamment ceux publiés par le Génération Séries, ne se réfèrent pas toujours au même ordre d’épisodes.

"Les ufologues, toutefois, ont remué notre univers quotidien en faisant intervenir le Congrès dans les affaires soucoupiques et en fournissant ainsi aux scénaristes de X-Files quelques thèmes majeurs. Au début 1995, c’est au tour des ufologues de voir leur univers profondément secoué par une tempête médiatique. Quand à l’univers dans lequel évolue chacun de nous, qui ne sommes ufologues qu’aux heures de diffusion des aventures de Fox Mulder et Dana Scully, il a sans doute aussi beaucoup changé". L'événement qui a tout changé, selon , l'auteur de ces lignes,…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier
Cindy Willeme
Sébastien Porcu
Sophie Sourdiaucourt

Aux Frontières Du Réel

Critique de l'auteur: Association gagnante entre le policier et la science-fiction et parfois le fantastique. Association gagnante entre David Duchovny et Gillian Anderson.

Note des auditeurs/lecteurs Soyez le premier ou la première !

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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