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Brigades Du Tigre (les)

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“M’sieur Clémenceau, vos flics maintenant sont devenus des cerveaux. Incognito, ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux. M’sieur Clémenceau, c’est plus réglo, c’est la mort du boulot!”

Introduction

1907, à Paris, les malfrats s’inquiètent: les flics se modernisent et peuvent traiter d’égal à égal avec eux. Une inquiétude qui suinte des paroles de La Complainte De L’Apache, le générique des Brigades Du Tigre. Un thème plutôt révélateur du contenu de la série. Une mention des flics et de Clémenceau donne la couleur. Un parlé “parisien-début-de-siècle”, typique du lieu et du temps de l’action. Une focalisation sur les bandits révélatrice de l’humour du programme.

Selon Jean-Paul Tribout (Pujol), “Claude Bolling ne s’est jamais mépris sur l’esprit des Brigades puisqu’il composa immédiatement une musique pleine d’ironie”. Un ressort comique encore exacerbé dans le Thème De Valentin, la version instrumentale. La musique des Brigades a évolué avec les années (de 1907 aux années ’20) symbolisant le défilement temporel. Humour, histoire, policier, la série nouvelle est lâchée!

Claude Dessailly

L’idée des Brigades est venue à Claude Desailly après la lecture des mémoires du commissaire Belin qui avait été un des premiers à faire partie des Brigades Mobiles (le nom réel de l’équipe de choc). Clémenceau avait réalisé à quel point la police française était mal organisée. Elle fonctionnait de manière archaïque, sans fichier ni méthode moderne d’investigation. Les malfrats utilisaient des armes récentes, des voitures. Les policiers de leurs côté n’avaient même pas de machine à écrire. Résultat: le taux de criminalité était incroyablement élevé. Par an, 107.000 affaires classées sans qu’on n’arrête personne. A cette époque, quand un bandit quittait la circonscription où il avait commis son délit, les gendarmes n’avaient pas le droit de suite. Il fallait prévenir la brigade voisine que le criminel arrivait.

Le ministre de l’Intérieur se lança dans une entreprise de modernisation et d’organisation sans précédant. Il affecta des moyens plus important à la police. Il constitua un fichier central des criminels du pays qui était régulièrement réactualisé. Un bulletin hebdomadaire contenant des photos et des renseignements sur les bandits fut publié et diffusé dans tous les commissariats de France. Enfin, il créa les Brigades Mobiles qui, comme leur nom l’indique, avaient le droit de suite sur le territoire.

C’est sur cette base que Claude Desailly crée sa série. Le titre du programme lui-même le démontre. Il s’inspire du surnom donné à Clémenceau: le Tigre. Grandiose, une série centrée sur ces brigades dernier cri! Et le décalage dans le temps lui parait d’emblée porteur d’humour décalé. L’idée d’une série d’action en costumes historiques, moustaches et voitures limitées aux 30 km/h lui semble, en effet, plutôt… “anachronique”. Desailly est autorisé à consulter les archives de la Sûreté Nationale pour trouver des idées de scénarios et étoffer la base historique de ses histoires.

Déception! Contrairement à ce qu’il imaginait, les Brigades Mobiles n’ont pas eu un destin prestigieux. Les équipes n’avaient affaire qu’à des petits voyous! C’est dans le contexte historique de l’époque qu’il puise ses “affaires”. Il charge les Brigades Mobiles (devenues du Tigre) de missions relevant de la Sécurité Nationale. Il transforme les “gendarmes du coin” en commando d’élite sur les affaires internationales.

Les événements des épisodes sont fictionnels, mais ils se veulent les plus crédibles possible car des personnages sont historiques (Blériot, la bande à Bonnot, le Prince de Galles…) ainsi qu’une partie des faits racontés (l’Entente cordiale entre la France et le Grande-Bretagne avant la Première guerre mondiale, le droit de vote féminin, le Tour de France de 1908, la montée du fascisme en Italie).

Mais Desailly ne se cantonne pas aux faits qui se sont déroulés entre 1907 et 1930 (années évoquées dans les 6 saisons de la série). Il s’inspire également d’autres périodes. Dans “La Confrérie des Loups”, il transpose des faits récents (le Syndicat du crime) au début du siècle. Il s’en tire, grâce à l’épilogue dans lequel il nous fait croire que ce type de confrérie a servi de canevas pour le Syndicat du crime créé plus tard par les Américains. Desailly brode à partir du fait réel. Par exemple, personne n’a jamais voulu abattre l’avion de Blériot lors de sa traversée de la Manche.

Le cadre historique des scénarios se retrouve aussi dans la forme. Le travail sur les costumes, les accessoires, les décors fut très précis. Cela rend encore le propos plus vraisemblable. Pour compléter le tout, des images d’archives de l’époque sont insérées. Enfin, après l’interruption de 4 ans, Desailly ne tente pas de cacher le vieillissement de ses acteurs mais transpose les histoires à la fin des années ’20. Il introduit ainsi une évolution temporelle crédible pour les spectateurs (ils remarquent que, comme eux-même, les personnages ont vieilli).

Structure d’un épisode

Contrairement à ce que les paroles du générique pourraient laisser croire, on se fiche complètement des criminels. Les héros sont les policiers et l’enquête. On connait l’identité du malfaiteur dès le début et pas question de “double histoire”: on ne suit que celle de l’investigation en laissant de côté celle du crime. Les inspecteurs eux-même connaissent le coupable. L’idée est donc d’assister au jeu du chat et de la souris et pas d’accumuler des preuves.

L’intérêt réside dans le stratagème que la police va mettre en place pour coincer le ou les bandits. Le programme flirte ouvertement avec les films d’actions (à remettre dans son contexte, Schwarzi et Stallone en sont toujours au biberon). Les policiers ont systématiquement recours aux armes et à la boxe française pour répondre à des mauvais garçons tout aussi bien équipés et légèrement terroristes (on ne compte plus les bombes, colis piégés et ampoules de chloroforme qu’ils ont employés).

Naturellement, le téléspectateur s’attache aux enquêteurs et n’accorde aucune sympathie aux “méchants” donc la psychologie reste assez sommaire. Cette dichotomie restera constante tout au long des 10 ans.

  • Le prologue: Une voix off révèle quelques éléments nécessaires à la bonne compréhension de l’épisode, sur fond de dessins qui représentent des scènes d’époque et nous plongent directement dans l’ambiance historique. Les lieux, les personnages et les circonstances du crime sont rappelés. Le commentaire est raconté par Jacques Thébault (doublage de Robert Conrad/James West dans Les Mystères De L’Ouest et de Patrick McGoohan dans Le Prisonnier.
  • Le générique: Se déroule toujours (ou presque) sur fond de dessins (du même genre que ceux du prologue). D’abord, s’affichent des vues générales de Paris. Puis on se rapproche de plus en plus, jusqu’à découvrir la première image de l’épisode. Le dernier dessin est la première image et la transition générique-épisode s’opère par un “morphing” (avant l’heure) entre le dessin et l’image filmée.
  • Le crime: Il ne s’agit pas nécessairement d’un meurtre. Rapidement, on nous décrit le méfait principal ou le premier d’une série. Soit le téléspectateur assiste directement au crime, soit on l’apprend de manière indirecte (ex: un plan sur les gros titres du journal, le commissaire-divisionnaire l’expose à ses enquêteurs). Attention, à l’époque, nous sommes encore loin des scènes “gores” des X-Files ou de Profiler. Les victimes meurent “proprement”.
  • L’enquête: L’affaire ne démarre véritablement que lorsque le commissaire-divisionnaire charge Valentin et ses deux inspecteurs de l’enquête. Les trois héros suivent alors différentes pistes : ils ont des qualités complémentaires (l’un s’infiltre, l’autre recherche d’éventuels témoins…). Ils s’aident des moyens d’investigations modernes (pour l’époque) que Clémenceau met à leur disposition. Valentin propose alors un plan pour mettre les malfaiteurs sous les verrous. Il expose le début de son plan à ses acolytes, mais on n’assistera pas à la fin de l’élocution. Le téléspectateur passe directement à la scène d’action. Suspens quand tu nous tiens…
  • L’arrestation: Parfois après plusieurs tentatives, les malfaiteurs sont arrêtés. Souvent grâce à un piège et des méthodes musclées (comprenez une petite scène de boxe française).
  • L’épilogue: Une voix off (la même qu’au début) présente les conclusions de l’épisode et replace l’affaire dans le cours de l’Histoire en expliquant les événements réels auxquels se rapporte l’épisode. La fiction rejoint ici la réalité. Mais la série reste de la fiction parce que les brigades scénarisée pas Desailly n’ont rien à voir avec les brigades réelles.
  • Le générique: On retrouve le thème musical de la série, mais sans paroles. Les images sont à nouveau des dessins qui représentent des empreintes digitales (une des innovations de Clémenceau est l’établissement d’un fichier d’empreintes).

Comme pour beaucoup de séries, le retour du même est à chercher dans la forme et non dans le contenu. On vient de le voir, le programme joue toujours sur une structure narrative identique et un ton historico-comico-policier. D’autres éléments renforcent également la sérialité. Dans chaque épisode, par exemple, nous assistons à des scènes rituelles: l’entraînement de boxe française dans le gymnase, Faivre engueulant Valentin, Pujol courant le jupon, Terrasson déboulant dans le bureau de Valentin pour lui annoncer: “Chef j’ai filé votre gaillard pendant une heure dans Paris. Eh bien, dites-moi, j’ai l’impression que c’est un drôle de coco!” ou quelque chose du genre.

Les personnages font également le lien entre les épisodes. Ce sont toujours les mêmes flics que nous suivons (voir plus loin). Mais les personnages secondaires sont aussi stéréotypés. Les malfaiteurs font généralement partie d’une bande, d’un groupe, d’une association. Ce ne sont pas des malfrats ponctuels, mais des criminels endurcis. S’ils ne proviennent pas tous du même milieu (certains sont bourgeois, d’autres populaires), ils sont tous dangereux.

Le Gaulois est un ressort narratif souvent utilisé par Desailly. Il s’agit d’un journal omniprésent dans la série. Il apporte des informations complémentaires aux inspecteurs (opinion publique sur les brigades). Les gros plans sur les titres, informe le téléspectateur d’un nouveau délit ou d’une caractéristique physique d’un suspect. Dans “Nez de Chien” Valentin se sert de la presse pour tendre un piège au coupable. En plus, c’est toujours le même acteur qui incarne le crieur de journaux.

Côté contenu, le méfait touche à la sûreté nationale. Donc en n’assiste pas nécessairement à un meurtre (a fortiori la série n’explore pas un type de meurtre comme le fait “Les Dessous de Palm Beach” avec l’assassinat passionnel). A part cela, les intrigues sont renouvelées à chaque fois.

Personnages

Claude Desailly a volontairement peu étoffé la personnalité de ses héros, en tous cas dans les premiers épisodes. “Je n’avais pas voulu inventer des caractères pour lesquels on recherchait des comédiens. J’avais conçu des personnages très schématiques, assez neutres: je ne leur avais pas développé des personnalités particulières. (…) J’avais conscience qu’il s’agissait plutôt d’un jeu, qu’il y avait une règle du jeu et, comme les trois policiers étaient les fils qui conduisaient une action, je ne voulais pas trop m’engager d’avance à leur sujet. J’ai commencé exactement à l’inverse de ceux qui ont conçu la série Columbo. Dans Columbo, on sent bien qu’on est parti d’un personnage et qu’on a construit des histoires pour s’adapter au personnage. Moi je suis parti de l’idée que j’allais faire des histoires très diversifiées qui auraient comme lien trois personnages qu’on retrouveraient, mais je ne voulais pas m’engager de façon à ce qu’ils ne soient pas trop marqués. Et c’est en effet la personnalité des comédiens engagés qui m’a permis ensuite d’aller plus loin dans leur caractérisation…”.

Les acteurs ont donc été très impliqués dans l’élaboration de leurs personnages. Ils y ont mis beaucoup d’eux-mêmes. On retrouve dans la série l’humour qui régnait sur le plateau de tournage. On y retrouve également la complicité qui liait les acteurs et le scénariste. Tout cela donne à la série un aspect naturel et spontané qui a séduit les téléspectateurs.

“Dans la première saison, Claude Desailly expérimentait un peu ses personnages. Leurs personnalités n’étaient pas encore tout à fait au point. Cela se ressentait au niveau du dialogue: Valentin donnait des consignes ou posait des questions, Pujol et Terrasson disaient uniquement “Oui, chef!” ou “Non, chef!”. (…) L’amitié qui s’est lié entre nous trois a permis de donner à nos personnages plus d’humanité, plus d’épaisseur. Chacun a pris sa place, avec un tempérament, un caractère bien spécifique”. (Jean-Claude Bouillon).

“Personne ne pensait que des poursuites avec des voitures de 1907 seraient plus comiques qu’une poursuite dans Bulitt, que les chapeaux melon et les moustaches en croc feraient plus référence à Dupond et Dupont qu’à James Bond. (…) Valentin est presque l’archétype du héros: il est beau, c’est le chef. Mais deux morceaux de lui se sont détachés: Terrasson, que joue Pierre Maguelon, a les pieds dans la glaise, est à la fois la force, le bon sens, la France rurale; Pujol, que j’interprétais, représente quand à lui l’astuce, le titi, l’héritier de Gavroche et en même temps le sex-maniac; en tous cas le séducteur de la bande. Il faut rendre à Desailly ce qui est à Desailly: il a scindé ce personnage en trois de manière à le rendre plus humain”. (Jean Paul Tribout)

Le commissaire Valentin (Jean-Claude Bouillon): “Nos personnages avaient un côté déshumanisé. Ils n’avaient pas de prénom, pas de famille, pas de vie privée. C’étaient des instruments, des robots, en quelque sorte. Ils n’existaient que pour leur enquête, un peu comme des James Bond désuets, vivant dans un environnement de boxe française et de vieilles voitures… Peu à peu, une évidente complicité les a humanisés. (…) Petit à petit, mon personnage s’est mis à avoir de l’humour, à voir des copains, à regarder les femmes…” (Jean-Claude Bouillon).

Valentin commence comme simple inspecteur de police judiciaire dans le pilote. Il se plaint de l’inefficacité des services de police auprès d’un député (qui a réellement existé d’ailleurs). L’impuissance et la routine des services de police le gênent et il se fait muter dans les Brigades Du Tigre où il est promu au grade de commissaire. Valentin est idéaliste, vertueux, beau, intelligent, charismatique, courageux et toujours tiré à quatre épingles.

L’inspecteur Pujol (Jean-Paul Tribout): C’est un “titi parisien”, malin et astucieux, un petit bonhomme qui se faufile partout. C’est lui qui s’infiltre généralement dans les milieux mafieux ou qui file les suspects. Il a la précision requise pour ce genre d’emploi. Il deviendra coureur de jupon dans la suite de la série.

L’inspecteur Terrasson (Pierre Maguelon): Son rôle est relativement effacé au cours des épisodes de la première saison. Mais le méridional, doté d’un physique de colosse impose rapidement son personnage étonnant. Il incarne à la fois la poésie et la force brute du groupe. Son surnom est “le colosse de Rodez”.

Le commissaire-divisionnaire Faivre (François Maistre): Faivre est le nom réel du premier patron des Brigades Mobiles de Paris. Faivre est un vrai chef, au caractère sec, autoritaire, explosif. Il est obsédé par les résultats. Il a toujours une rose rouge sur son bureau et des boules rouges et noires qu’il manipule sans cesse.

Pour la 5ème saison, Maistre est remplacé par Pinkas Braun, un acteur allemand. Pour remplacer Faivre, Desailly invente un personnage en contrepoids, gros, décontracté, avec un regard de chat et une théière dans son bureau. Mais après l’explosif Faivre, Gabrielli fait triste mine. Il est plus fade. Les rapports chef-subordonnés sont alors devenus plus officiels, plus impersonnels. Les acteurs et les fans de la série ont toujours regretté Maistre et son personnage de Faivre. Un changement imposé par la chaîne pour les Nouvelles Brigades Du Tigre. Aucun des acteurs ne connait les raisons qui ont conduit à l’écartement de François Maistre.

Histoire de la série

La série compte, en tout, 6 saisons de 6 épisodes de 55 minutes. Une 7ème saison a été écrite mais jamais tournée. Les 4 premières saisons ont été réalisées et diffusées entre 1974 et 1978. Les téléspectateurs durent ensuite attendre 4 ans avant de voir la suite (dès 1982) sous le titre “Les Nouvelles Brigades Du Tigre”. Les seuls changements jamais effectués sur dix ans de Brigades furent introduits à ce moment. Le thème du générique est modifié, un acteur est remplacé, la chaîne impose un co-scénariste à Desailly (il ne tiendra pas longtemps). La 6ème saison est sous-titrée “Les années folles” et prend la suite de la 5ème.

C’est par l’entremise d’Alain Decaux, avec qui il avait déjà écrit un film “J’ai Tué Raspoutine”, que Claude Desailly envoie un projet de série à Pierre Bellemare. Ce dernier voulait alors développer Tecipress, sa société spécialisée dans la production de films publicitaires. Bellemare est emballé par les deux pages de Desailly et veut faire une série à “l’américaine”: construire une ville, engager des comédiens pour 5 ans et tourner 200 épisodes. Deux mois après, le soufflé est retombé. Un copain de Bellemare lui a démontré qu’en France ils n’avaient pas les moyens d’exploiter ce genre de projet. Bellemare prend cependant des contacts à l’ORTF. Pendant deux ans, rien ne se passe.

En 1971, Desailly écrit “L’Homme qui revient de loin” (adapté de l’oeuvre de Gaston Leroux). Roland Gritty, le producteur, lui commande une idée de série policière. Desailly en profite pour replacer Les Brigades Du Tigre. Il envoie un dossier avec des photocopies de document issus des archives de la Sûreté nationale (il y a volé un exemplaire du premier bulletin de recherche édité par les brigades!). Roland Gritty commande 6 épisodes huit jours plus tard. Claude Désiré et Pierre Sabbagh, à la direction de la deuxième chaîne, sont fiers de la série mais ils attendent les 6 suivants pour les diffuser. Dès le 1er janvier 1975, ils seront mutés sur la première chaîne (future TF1 qui appartient encore au service public). Durant le mois de décembre 1974, ils diffusent les 12 épisodes (un épisode tous les deux jours). Un matraquage qui desservira la série. Simplement, ils voulaient partir sur la première chaîne sans que leurs successeurs puissent hériter de la série et en tirer profit.

En 1978, Claude Barma qui avait la responsabilité de l’unité fiction sur Antenne 2 décide de tout arrêter. Les choses ne se débloquent pas. Jusqu’au jour où Claude Désiré, qui était alors sur TF1, propose à Desailly de reprendre les Brigades. Un journaliste étale la rumeur dans France Soir. Il n’en faut pas plus pour que Antenne 2 reprenne la série. Cependant, les rapports avec la production restent tendus. Ils veulent réduire le rôle de Tribout. Finalement, ils reviennent sur leur décision et imposent “seulement” un co-scénariste sur les Nouvelles Brigades Du Tigre. Loup Durand (il fût le nègre de Paul-Loup Sulitzer) n’a tenu que deux épisodes. Il s’est rapidement aperçu que sa collaboration n’apportait rien à l’équipe

Choix des acteurs

Jean-Paul Tribout a été engagé directement. Pierre Maguelon venait d’apparaître dans une oeuvre de Maurice Faillevic. Jean-Claude Bouillon s’était forgé une solide réputation en jouant dans un feuilleton allemand (il est français). Le casting fut vite bouclé.

Selon les sources, plusieurs versions existent à propos du choix du réalisateur. La production avait plusieurs personnes en vue dont Claude Boissol (dans le même genre de scénario “je viens-je pars”, Jean-Paul Tribout parle d’un certain Michel Wynn). Desailly a d’ailleurs commencé à travailler avec lui, mais ce dernier a finalement décliné l’offre. Il a préféré travailler sur une série financée par la gendarmerie (A Dossiers Ouverts). Victor Vicas sera l’heureux élu. A l’époque, il rentre à peine des Etats-Unis et amène le rythme et le style américain.

Bizarrement, dans le dossier du magazine Génération Séries, Jean-Claude Bouillon apporte un éclairage totalement différent. Selon lui, Victor Vicas était engagé et il avait pensé à Alain Pralon pour incarner Valentin, Marco Perrin pour Terrasson et Michel Creton pour Pujol. Or la femme de Vicas s’est cassée la jambe aux sports d’hivers et elle a regardé la télévision allemande (elle était allemande elle-même), elle a vu Bouillon et l’a conseillé à son mari. A partir de lui, la distribution a totalement été revue.

Tournage

La série était tournée dans le Loiret, du moins pour les extérieurs. Il fallait, en effet, un endroit qui fasse “Ile-de-France” et qui ne demande pas trop de mise en place (pas trop d’antennes de télévision, de vitrines à maquiller, une circulation facile à interrompre…).

Toutes les scènes de bureau des Brigades seront tournées dans les locaux de Télécip. Les 6 épisodes d’une saison étaient enregistrées d’un trait. 12 à 13 jours de tournage étaient nécessaires par épisode, ce qui n’est pas excessif pour l’époque.

Au fil des ans, le réalisateur dut composer avec de moins en moins de moyen. Une scène tournée au départ avec 20 ou 30 figurants l’était avec 10 quelques années plus tard. Mais la bonne ambiance du plateau palliait aux déboires. La complicité que l’on ressent entre les personnages était celle qui existait entre les 3 acteurs. L’humour était également présent. Les acteurs adoraient faire des blagues de potaches à Vicas… qui ne le prenait pas toujours très bien.

Un mélange explosif qui fonctionne sur écran. Les oeillades qu’ils se lançaient durant les scènes sont passées dans la série et semble dire aux téléspectateurs: “Regarde, on est déguisé, c’est de la télé, on rigole bien, tout cela n’est pas à prendre au premier degré!”.

Réception

Le succès est au rendez-vous. Le public ne se trompe pas sur la qualité du produit. La distribution est excellente, les acteurs s’amusent et se complètent à merveille. Un même professionnalisme conduit le choix des figurants et des second rôles. La réalisation reste classique, mais Vicas amène le rythme nécessaire à la mise en image de scénarios aussi denses. Le soin apporté à la reconstitution historique est admirable (au niveau des faits historiques, des costumes, des décors, des ambiances). Enfin, la diversité des scénarios, des situations séduisent.

Des avis divergents existent mais ils émanent surtout de la presse. “Libération” écrit à propos du dernier épisode de la dernière saison: “Ce soir sur Antenne 2, 20h30, Les Brigades Du Tigre. Episode n° 6: Lacs et entrelacs. Nul. Comme d’habitude”. Ils n’avaient pas vu l’épisode puisqu’il n’y avait pas de projection presse… Un magazine de gauche, “Politique Hebdo”, avait publié une photo des trois héros dans leur costume mais avaient remplacé leurs têtes par celles de trois politiciens (dont Poniatowski) signifiant par là que Desailly écrivait une série à la gloire de la police et de propagande pro-gouvernementale.

"M'sieur Clémenceau, vos flics maintenant sont devenus des cerveaux. Incognito, ils ont laissé leurs vélos, leurs chevaux. M'sieur Clémenceau, c'est plus réglo, c'est la mort du boulot!" Introduction 1907, à Paris, les malfrats s'inquiètent: les flics se modernisent et peuvent traiter d'égal à égal avec eux. Une inquiétude qui suinte des paroles de La Complainte De L'Apache, le générique des Brigades Du Tigre. Un thème plutôt révélateur du contenu de la série. Une mention des flics et de Clémenceau donne la couleur. Un parlé "parisien-début-de-siècle", typique du lieu et du temps de l'action. Une focalisation sur les bandits révélatrice de…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Les Brigades Du Tigre

Critique de l'auteur: Les Experts des années folles. Série de l'âge d'or de l'ORTF.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

2 plusieurs commentaires

  1. Une des seules séries cultes françaises ! Personnellement, l’épisode qui m’a le plus marqué dans mon enfance est “Le Village Maudit”, par son atmosphère flirtant avec le fantastique. Peut-on espérer la mise en ligne prochaine de la version podcast de votre présentation des Brigades du Tigre, en hommage à la disparition de Jean-Claude Bouillon ?

    • Vous oubliez David Lansky, mais pas pour les mêmes raisons :D. Blague à part, merci pour votre intérêt pour AFDS.tv et nos podcasts. Le souci de l’émission consacrée à “Les Brigades Du Tigre” est qu’elle date désormais de près de 15 ans, a été diffusée en direct sur la radio étudiante sur laquelle nous avons débuté. Le son n’est donc pas nécessairement au top et les standards de l’émission ont beaucoup évolué depuis… Je ne vous promets rien, mais on va voir ce qu’il est possible de faire à ce niveau. Bien à vous.

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