Boomtown

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Boomtowm est apparue sur les écrans de NBC en 2002. Très vite, la série rassemble les meilleures critiques. Certains disent qu’elle est révolutionnaire dans l’utilisation des différents points de vue. Les premiers épisodes sont très suivis. Les choses se gâtent pour la fin de la saison et le début de la suivante. la série avait tout pour plaire: un casting digne du cinéma, des scénarios costauds et une esthétique très personnelle… Que s’est-il passé?

Générique

Le générique commence par la naissance de la ville en images de synthèse. Ce côté un peu “historique” sera ensuite continué par des images d’archives (photo du début du siècle, un flic qui frappe un noir, John F. Kennedy, un orchestre, un échangeur autoroutier, une voiture qui brûle, un incendie).

Un peu comme un coup d’oeil rapide de ce qui a marqué les journées des flics depuis les débuts de Los Angeles. Un mélange de ralentis et d’accélérés, probablement dérivés des effets Matrix, nous font passer d’un lieu à l’autre par des entrées-sorties ou des panoramiques.

Des prise de vues très esthétiques sur des personnages (à l’image de la femme qui se prélasse au début) ou sur la ville (les ponts, les bâtiments et les lumières) se mêlent aux images historiques. Un moyen peut-être de nous introduire dans le Los Angeles aux deux visages que nous présentera la série. Celui des politiques, des magistrats, des arts du spectacles maquillé de luxe ; celui de la rue, des gangs, des pauvres revêtu de violence.

On nous présente également les acteurs. Le titre de la série s’inscrit sur une paroi de l’égout à ciel ouvert de la ville. Celui-là même qui était devenu célèbre avec la scène de la course dans Grease.

Le générique est très chouette, très aérien. Guitares et voix douces s’entremêlent. Tout ceci donne une impression très calme. On est loin de l’action bruyante des flics des 80’s.

Cop Show. Quoi ! Encore un ?!?

La série est un Cop Show basique. Des inspecteurs en civil, des policiers en uniforme, un capitaine et un procureur adjoint se croisent dans les couloirs du commissariat ou sur les scènes de crimes. On suit principalement les duos formés par les inspecteurs Joël Stevens et Bobby Smith (dit Fonceur) et les agents Tom Turcotte et Ray Hechler ; l’adjoint du substitut David McNorris ; la journaliste Andrea Little ; parfois l’ambulancière Teresa.

Au niveau professionnel, leurs enquêtes sont assez conventionnelles: meurtres, crimes passionnels, délinquance juvénile, gangs, prises d’otages, braquages de banques, parfois le milieu du grand banditisme.

Pourtant, certaines d’entre elles sont de vraies trouvailles. On suit par exemple une enquête sur la mort d’un SDF. Il a été assassiné par un autre sans abri, payé par des producteurs de snuff movies. Un autre épisode s’intéresse aux escroqueries à l’assurance: des personnes provoquent des accidents et prétendent être blessés pour toucher une compensation, cela se fait grâce à la complicité de médecins et d’experts en assurance. Ou encore, les flics ont l’opportunité d’arrêter une braqueuse de banque qui a échappé à la justice pendant des années. C’est un SDF qui la trahi pour réduire sa propre peine.

Pourtant même quand elles sont plus traditionnelles, les enquêtes bénéficient toujours d’un petit traitement maison ou d’un détail qui la rafraîchit. Le casse qui tourne mal et qui finit en prise d’otages est maintenant plus que banal. D’ailleurs deux épisodes de Boomtown eux-mêmes reprennent la recette. Pourtant… Le gérant du magasin de l’épisode 7 est un acteur déchu qui avait joué auparavant dans une série policière, Smith & Wesson, qui a donné la vocation à Ray. L’intrigue jouera sur l’image idéale que Ray se fait de l’acteur, sur l’héroïsme et la joie de vivre retrouvée par l’acteur, mais aussi sur le fait qu’il peut être un banal escroc…

Tout le piquant de l’épisode se trouve dans le jeu entre la réalité et la fiction puisque le gérant est interprété par Joe Penny. Or Joe Penny est l’acteur qui a joué dans Jake & The Fatman, mais surtout Riptide. Une série réelle qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la série imaginaire Smith & Wesson.

Pour la petite histoire, les producteurs de Boomtown ont même utilisé des images de la série Riptide, en prétendant qu’il s’agissait de Smith & Wesson. Ils ont aussi fabriqué un générique à cette série imaginaire à partir d’images du générique de Riptide! Au second degré, l’épisode devient donc une espèce de réflexion sur les séries, ce que les téléspectateurs en font dans leur tête, sur l’avenir des acteurs coincés entre fiction et réalité, entre un passé de gloire et un présent parfois pathétique.

L’épisode qui ouvre la série est également assez banal au départ. Un gamin de riche a commis un meurtre par caprice et a impliqué un autre gamin qui traînait avec lui. Se sentant coincé par les flics et incapable de prouver son innocence, il tente de fuir par la fenêtre, mais il tombe de plusieurs étages et meurt. L’intérêt ici est surtout le traitement du grand-père. La manière dont on a filmé sa douleur sans rien dire dans le couloir de l’hôpital, sa colère silencieuse quand David McNorris arrête le gamin de riche, sa dignité quand il répand les cendres de son petit-fils…

Boy scout et boeufs carottes

Qui dit Cop Show suppose à un moment ou un autre que les relations qui unissent ces flics vont se dévoiler. Evidemment, certains ne s’apprécient pas, à l’image de Ray et Joël, mais cela tient plutôt du malentendu et ça s’arrangera. D’autres sont très amis comme Joël et Fonceur qui se connaissent bien, qui ont compris sans parler des failles et douleurs de l’autre en ayant la délicatesse de ne se le dire qu’au moment opportun. Ils sont prêts à beaucoup l’un pour l’autre.

Au fort de l’affaire Donadoni, Fonceur va surveiller la maison de Joël quand il est absent au cas où les menaces lancées envers la famille de Joël ne seraient pas des promesses en l’air. Quand Fonceur retrouve l’homme qui l’a violé quand il était petit et programme de le tuer, Joël le suit avec une pelle pour faire disparaître le corps, au cas où il irait jusqu’au bout.

Mais on retrouve aussi énormément de situations exemplaires, de types de flics différents. Il y a le flic vendu aux gangs et qui envoie ses collègues au casse pipe. Il y a le boeuf carotte chargé d’enquêter sur les flics et qui se prend tellement au jeu que ça en est à vomir. Il y a le bleu approché par ces mêmes boeufs carottes pour fouiner dans les affaires de ses collègues et qui risque de se mettre dans un sacré pétrin s’il décide de garder son intégrité. Il y a ceux qu’on soupçonne de n’être pas net et qui devront continuellement justifier leurs moindres faits et gestes. Il y a l’élève officier, trop zélé, qui manque de briser des réputations par manque d’expérience et maladresse.

Et ces situations difficiles… Que faire quand le capot du coin a tellement bien arrosé les autorités qu’il est impossible d’enquêter officiellement sur lui? Que se passe-t-il quand on a bougé un tant soit peu un élément sur la scène du crime? Comment ne pas dire au bijoutier que les flics qui sont venus précédemment arrêter le braqueur qui le menaçait sont probablement des imposteurs? Bien sûr, il y a toujours le boy scout de service, en l’occurrence Joël, mais les portraits de flics et d’être humains tout courts sont intéressants.

Somnifère et alcool

Comme pas mal de Cop Show, on nous distille de temps en temps des informations sur la vie privée des personnages et les relations qu’ils entretiennent. Katherine Perce a été élevée dans une campagne pauvre, Tom a un père ancien flic parfois un peu difficile, Teresa est amoureuse de Joël, Fonceur a fait la première guerre en Irak et doit guérir pas mal de blessures. Ceux dont on connaît le plus la vie privée sont Joël et David McNorris.

C’est surtout la vie de couple de Joël qui est exposée. Au début de la série, sa femme Kelly souffre d’une grave dépression. Ils viennent de perdre un bébé, mort pendant son sommeil. On comprend très vite qu’elle a fait une tentative de suicide et que Joël a tout fait pour que ça ressemble à un accident. Il est très attentionné. Au fil des épisodes, elle va de mieux en mieux. Elle peut à nouveau fêter Halloween avec Willie, son fils, ou aller au parc d’attraction.

On saura le fin mot de cette histoire et de ce mal-être durant l’épisode 18. Trumper, l’officier de l’inspection, décide d’enquêter sur la mort du bébé. Le second rapport d’autopsie manque au dossier. Et comme les ambulanciers ont rapporté que Kelly n’a cessé de répéter qu’elle avait tué le bébé lors de son transport à l’hôpital, il s’imagine que Joël a étouffé l’affaire pour protéger sa femme.

En fait, elle se croit coupable parce qu’elle avait pris un somnifère et que ces médicaments occasionnent des comportement violents chez elle. Il se morfond parce qu’il a veillé sa femme toute la nuit, au cas où elle serait sujette à un de ces comportements, alors qu’il aurait peut-être pu sauver son bébé. Le psychiatre qui les reçoit leur apprend que le bébé est mort d’un anévrisme cérébral et qu’ils n’auraient rien pu faire. “Votre bébé n’a eu aucune chance, vous non plus”.

David est un personnage conçu pour être détesté au départ. Il est jeune, riche, ambitieux, talentueux et implacable. Il a tout pour être heureux: le pouvoir, des perspectives d’avenir, une femme, une maîtresse. Dans son cas, on suit sa descente aux enfers. On nous dit qu’elle est due à l’alcoolisme.

Mais c’est un peu simple. David se réveille un jour en se rendant compte qu’il est devenu exactement ce qu’il ne voulait pas devenir: son père. Il trompe sa femme et il boit. Mais une autre prise de conscience le pousse vers la bouteille: il n’aime plus son métier (il le dit à la strip-teaseuse dans l’épisode 2.02) et il ne supporte pas de s’être vendu dans l’épisode 9.

David McNorris, sous des dehors de requin, a une conscience et elle se plaint beaucoup ces temps-ci. Alors, contrairement à son père qui ne se pose pas de question et qui prétend qu’il peut arrêter quand il veut, il réagit et fait une cure de désintoxication. A la fin de la série, il paraît beaucoup plus humain que prévu.

L’innovation formelle

C’est probablement sur ce terrain-ci que la série est la plus novatrice. Et c’est probablement de ceci que les autres sites internet ou les magazines ont principalement parlé. Ce qui saute aux yeux quand on regarde Boomtown pour la première fois ce sont les panneaux où sont inscrits les noms de personnages. Ce qui frappe le cerveau, c’est qu’on voit certaines scènes plusieurs fois mais sous des angles de caméras différents, parfois avec d’autres détails (quelques secondes en plus avant ou après, on voit l’interlocuteur au bout du fil et non plus celui qui réceptionne l’appel)… J’ai lu quand la série à été diffusée aux USA, ce qui date d’un certain temps je vous l’accorde, qu’on suivait les points de vues des différents personnages.

Autant dire qu’ici, on a mis le doigt sur un domaine plutôt ardu de l’analyse des récits audiovisuels (cinéma et télévision). Un domaine qui demande tout de même un petit détour théorique. Les extraits théoriques qui émaillent ce chapitre sont extraits du livre de André Gaudreault et François Jost Le Récit cinématographique paru aux éditions Nathan. Vision, champ, point de vue, plusieurs termes ont été utilisés par les auteurs, mais l’idée est toujours la même: caractériser la nature des relations de savoir entre narrateur et personnage. Ces relations sont faciles à résumer: le narrateur en sait (dit) plus, autant ou moins que le personnage. Genette a tenté d’éviter ces termes, trop spécifiquement visuels, il parlait de “focalisation” et proposait la tripartition suivante:

  • récit non focalisé ou à focalisation zéro, lorsque le narrateur est “omniscient”, c’est-à-dire qu’il en dit plus que n’en sait aucun des personnages ;
  • récit à focalisation interne: fixe, quand le récit fait connaître les événements comme s’ils étaient filtrés par la conscience d’un seul personnage (Genette donne comme exemple Ce que Savait Maisie, d’Henry James, roman où n’est raconté que ce qui peut avoir d’abord été porté à la connaissance d’un enfant, qui tient alors le rôle de “centre de perspective”) ; variable, quand le personnage focal change au cours du roman (comme dans Madame Bovary, où c’est d’abord Charles, puis Emma et Charles à nouveau) ; multiple, quand le même événement est évoqué plusieurs fois selon le point de vue de divers personnages (et Genette donne comme exemple Rashomon, où la mort d’un samouraï est tour à tour racontée par un brigand, la femme du samouraï, l’âme du mort et un bûcheron) ;
  • récit à focalisation externe, quand le lecteur ou le spectateur n’est pas admis à connaître les pensées ou les sentiments du héros (ce qu’on appelle souvent le récit behavioriste). (pp. 128-129)

Dans les écrits de Genette la focalisation désigne autant le savoir que le voir des personnages. Depuis, les auteurs ont distingué les deux: on parle de focalisation pour le savoir et d’occularisation (“caractérise la relation entre ce que la caméra montre et ce que le personnage est censé voir” p. 130) pour le voir. Dans ce cas également, il existe trois cas de figure:

  • l’occularisation interne: la caméra est implantée dans le regard d’une instance interne à la diégèse. L’image suggère généralement ce statut: on voit au travers d’un trou de serrure, le personnage est ivre et voit flou ou déformé, une partie du corps est visible dans le champ.
  • L’occularisation interne secondaire: la subjectivité de l’image est construite par les raccords (comme dans le champ/contrechamp), par une contextualisation. N’importe quelle image qui raccorde avec un regard montré à l’écran à condition que quelques règles “syntaxiques” soient respectées, sera ancrée dans celui-ci. (p. 133)
  • L’occularisation zéro: “Quand l’image n’est vue par aucune instance intradiégétique, aucun personnage, quand elle est un pur “nobody’s shot” comme disent les Américains”. Le grand imagier cher aux Français…

On a alors trois types de caméras: celle qui tient un rôle non marqué et qui donne l’illusion que le monde se raconte tout seul ; celle dont les mouvements trahissent la présence d’un narrateur qui affirme son rôle (par exemple le début de Citizen Kane où la caméra franchit en panoramique la grille du domaine, parvient dans la maison, puis dans la chambre), celle esthétisante (les contre-plongées de Welles, les décadrages de Godard). (pp. 133-134)

La tromperie du point de vue

On voit très bien à quoi tous ces gens font allusion quand ils disent que la série suit les points de vue des personnages… Sauf que l’analyse de l’image sur base des concepts scientifiquement déposés montre que le point est celui d’un narrateur omniscient. (Mais je vous l’accorde, je cherche probablement la petite bête!)

Je m’explique: on peut déjà se demander à quoi renvoie ce concept de point de vue que certains ont utilisé pour Boomtown. Parlait-on du savoir du personnage et du narrateur ou de leur voir?

Revenons d’abord sur l’occularisation, ce que le personnage voit. Dans cette série, jamais on ne voit par les yeux d’un personnage. En général, l’image est un “nobody’s shot”. C’est même une occularisation zéro transparente dans le sens où on nous donne l’impression que les événements se racontent d’eux-mêmes. C’est la facture dominante.

Il est extrêmement rare que l’on ait de l’occularisation interne primaire. Je pense, par exemple, à la dernière scène du pré-générique de l’épisode Omega Kappa Rho. Le couple et ses invités découvrent le cadavre dans le mur. Le plan suivant est pris depuis la place du cadavre dans le plastique.

Parfois, on assiste à une occularisation interne secondaire. Par exemple, ces scènes où l’on voit un personnage regarder quelque chose puis on voit ce qu’il voit. La découverte du cadavre de Mel Castle dans le dernier épisode marche sur ce procédé. L’équipe de flics passe à l’arrière de la maison et on les voit regarder par la baie vitrée que l’on a aperçue en plan large auparavant. Ray dit même que c’est une fin hollywoodienne. Le plan suivant montre le cadavre.

Mais évidemment les choses se compliquent quand on s’approche de l’idée de focalisation… On pourrait dire que la focalisation est interne et variable, qu’on passe successivement sur ce que chaque personnage sait (et fait d’ailleurs). On pourrait même dire qu’à certains moments, la focalisation est interne multiple puisque certaines scènes sont revues sous différents angles.

Mais pourquoi ne pas dire que la focalisation est externe? Finalement connaît-on réellement les sentiments des personnages dans leur intériorité? Il n’y a pas de voix-off à ce que je sache. Si on postule que la base de ce récit est de nous montrer ce que chaque personnage voit, on peut se dire qu’il nous présente des personnages dont on perçoit ce qu’un être humain ne peut percevoir de ses semblables: ce qu’il dit, ce qu’il fait, ce qu’il est d’accord de dévoiler, en aucun cas son âme. Donc l’idée de focalisation externe pourrait tenir la route.

C’est oublier un peu vite les scènes oniriques de David McNorris ou les souvenirs de Joël quand il interroge ses collègues lors de l’épisode 15… Il faut bien admettre qu’on a bel et bien affaire à un narrateur omniscient et donc une focalisation zéro. Bref… On s’est fait avoir sur cette histoire de point de vue!

D’autant qu’on semble nous présenter comme du neuf ce qui est en fait très ancien. Le cinéma muet utilisait déjà les panneaux écrits entre les scènes, on suit depuis toujours les personnages successivement durant le déroulement de l’intrigue (JR puis Bobby dans Dallas, Rick Hunter puis Dee Dee McCall).

On avait déjà eu des scènes fantasmées ou de rêves éveillé (Ally McBeal, Profiler). On est aussi habitué depuis longtemps au phénomène d’occularisation et de focalisation. On ne s’étonne plus de voir les délires d’Ally sur écran. Personne ne s’exclame “quelle magnifique occularisation interne primaire” quand on voit un plan comme celui pris de l’intérieur du plastique dans l’épisode 2.05! On ne s’interroge même pas sur le statut des images de globules rouges ou d’éclatement du pneu au ralenti des Experts.

Mieux encore, le statut du narrateur dans les scènes où les personnages témoignent de leurs péripéties et où l’on visualise leur expériences n’intéresse personne.

“Prenons d’abord le cas d’un flash-back ordinaire, dans lequel un personnage se met en situation de conteur, par exemple Walter Neff, dans Assurance Sur La mort (Double Identity, Billy Wilder 1945), qui confesse son crime à son collègue de travail, par magnétophone interposé. Après qu’il ait enregistré quelques phrases de son récit, des images nous montrent les diverses péripéties qu’il a vécues et qu’il raconte: il arrive en voiture jusqu’aux abords d’une villa où il va rencontrer celle qui va faire basculer sa vie. Comment s’opère ce passage du “dit” au “montré” ?”

“Pour comprendre l’histoire du film, le spectateur doit supposer que le narrateur, Walter Neff, assume la responsabilité de ce récit audiovisuel qui vient “recouvrir” les images nous montrant son acte narratif (l’enregistrement de sa confession). Il doit supposer, en tout cas, que l'”audiovisualisation”, la transsémiotisation est fidèle au récit verbal que Neff continue censément de dicter au magnétophone. C’est au nom de ce postulat de sincérité que le spectateur est prêt à accepter de nombreuses bizarreries ou à les gommer mentalement: le fait que le narrateur lui-même est, dans le monde diégétique de l’histoire qu’il est en train de raconter, montré de l’extérieur, le fait aussi que chacun des personnages a sa propre voix et pas celle du narrateur, le fait encore que tout nous est montré en détail (faits, gestes, décors) alors que la mémoire du narrateur se devrait d’être limitée, etc… Ces bizarreries, qui font véritablement “paralepse” (elles donnent des informations qu’on ne devrait pas avoir, cf. Genette, 1972: 212), sont des conventions que j’accepte pour croire à la diégèse, pour m’identifier aux personnages et à leur point de vue.” (pp. 45-46.)

Boomtown: génération N

Alors l’originalité de Boomtown où est-elle? Déjà, il est bon de souligner que Boomtown emballe bien la marchandise. Ces fameux panneaux marchent du tonnerre. Ils fonctionnent un peu comme une annonce promotionnelle. “Regardez comme c’est génial, on va passer du point de vue d’un personnage à un autre”. Du coup, on se dit que c’est ce qu’il se passe. Mais si on les retire, on a une… série normale. Entourloupe, mais de génie.

Enfin, la différence avec une série normale (tout de même), c’est qu’on suit à la fois les héros, mais aussi les secouristes, les victimes, les agresseurs, des quidams. La manière de présenter les choses, rend le dispositif très léger et très maniable.

Ensuite, il faut se rendre compte que Boomtown est une série de la énième génération. Et donc très consciente du niveau de lecture (même inconscient) des téléspectateurs. On a commencé la fiction télévisée avec des oeuvres très proche du théâtre truffées de dialogues.

On a ensuite eu des choses plus visuelles situées sur une palette qui allait de Derrick (j’annonce tout ce que je fait et je récapitule toutes les trois minutes) à Alias (zapzapzap, elle est passé de Mexico à Moscou en piquant un truc à Kinshasa en trois secondes). Boomtown n’est pas particulièrement bavarde, on ne s’amuse pas à récapituler tout ce qui vient de se passer dans une séquence avant de passer à la suivante.

Enfin, Boomtown manipule très bien les différents codes qu’elle fait intervenir. Les dialogues sont équilibrés, pas longs, pas moralisateurs, pas pédagogiques. L’image est efficace: le coup d’oeil, le détail… Jusqu’à l’utilisation de la lumière pour faire sens. J’y reviendrai.

Les scénaristes sont passés maîtres dans l’art du suspense, du rebondissement, de la révélation. D’abord ils ont utilisé à fond le pré-générique. Ensuite, ils tordent l’évolution temporelle pour dire tel élément au moment ad hoc, pas avant, pas après. Nous reviendrons sur le traitement de la temporalité plus en profondeur.

Enfin, il ont tiré le meilleur parti des procédés existants: utilisant ici un rêve, là un souvenir, parfois une redite d’une scène sous un autre angle, un écran divisé en deux panneaux, etc… Bref Boomtown n’invente rien, mais Boomtown utilise intelligemment beaucoup de choses.

Et l’un des éléments les plus intéressants est la lumière ou la couleur des images. Généralement, les souvenirs, les rêves, les intériorisations des personnages sont bleutés. Ce sont les nuances qui font toutes la différence. Quand David McNorris rêve éveillé (épisode 2.02), la lumière est normale puis l’image tire de plus en plus vers les tons bleus. Un changement imperceptible au départ, mais qui est frappant une fois qu’on revient à la lumière normale.

Une manière de tromper le téléspectateur tout en marquant quand même la différence. Finalement, on ressent très bien ce qu’il doit ressentir: la douleur s’insinue dans chaque moment de sa vie et menace. Un sentiment également traduit par l’effet suivant, mais il s’agit plutôt de celui du téléspectateur.

Lors de l’épisode 1.16, Fonceur charge Ray de retrouver un homme, celui qui l’a violé quand il était petit. Il veut aussi avoir une arme intraçable. La scène commence avec une lumière très chaude dans les tons orangés. A ce moment, Ray raconte comment il a retrouvé l’homme. Dès que Ray commence à exposer le déroulement du crime parfait, l’image devient très froide, bleue. La scène retourne aux couleurs chaudes quand Ray termine son récit et tente de dissuader Fonceur. La lumière est froide au moment précis où le téléspectateur se dit: “Mais qu’est-ce qu’il fabrique ? Pourquoi lui dit-il ça ? Ils sont fous ou quoi ?” A moins que ce sentiment soit induit par l’utilisation de cette lumière…

La temporalité

Nous y avons déjà fait allusion plus haut, les scénaristes ont tiré un parti formidable de l’utilisation des procédés qui cassent la chronologie simple. Dans cette série, les flash-back et flash-forward (raconter un événement avant qu’il n’arrive dans la diégèse) sont rois.

D’ailleurs les épisodes totalement chronologiques sont rares. Le seul qui l’est strictement est l’épisode 1.14 où David McNorris est appelé à la prison de Saint-Quentin à la demande d’un détenu qui sera exécuté le soir même. On assiste ensuite à une course contre la montre pour faire parler le détenu, tenter de repousser son exécution, retrouver le policier que son gang a kidnappé.

Trois autres épisodes ont tendance à suivre une évolution chronologique (1.15, 2.02, 2.05), mais on assiste tout de même à des témoignages mis en image (et donc des flash-backs). Mais on suit l’intrigue dans un ordre classique du début vers la fin.

Les autres épisodes sont remplis de ruptures temporelles. La séquence pré-générique n’est pas toujours le début de l’enquête. Et dans ce cas, il n’est pas rare que des événements antérieurs au crime soient exposés. Plus souvent, elle appartient au futur, parfois carrément à la fin. Un petit détour par la théorie de Jost et Gaudreault nous rappelle les fonctions des flash-forward:
“Les prolepses (ndlr: ou flash-forward) ont d’habitude pour fonction d’annoncer un événements de façon plus ou moins explicite. Mais la nature de cette annonce peut varier. Très souvent, elle garde cette dimension “médiumnique” qu’elle avait dans les débuts du cinéma: dans un film fantastique, par exemple, Carrie Au Bal Du Diable (Brian de Palma, 1976) ou l’Exorciste (William Friedkin), un personnage doté d’un sixième sens verra certains événements avant qu’ils arrivent.

Sinon, elle sert surtout à accrocher la curiosité du spectateur: qu’il s’agisse de dire la fin sans l’expliquer (La Dame De Shangaï) ou de la montrer par quelques plans rapides sortis de leur contexte (Un soir, Un Train), le saut en avant soulève une interrogation sur le comment (comment le personnage en est-il arrivé là?) ou sur le pourquoi (pourquoi ces images? que signifient-elles?).” (p. 113)

On peut laisser tomber les éléments fantatiques, on n’est pas dans Charmed. Par contre, les séquences pré-générique titillent évidemment la curiosité du téléspectateur. Elles étonnent (David annonce à Andrea que “David est mort”), amusent (l’atterrissage du cadavre dans le jacuzzi), intriguent (quel est ce camion qui embouti la façade de la maison où allaient entrer Fonceur et Joël?), choquent (quand Ray expose le crime parfait), stupéfient (l’explosion de la caravane vue en retour rapide).

Mais le résultat est toujours identique: on a envie de savoir pourquoi Ray et Fonceur veulent commettre un meurtre, comment le cadavre s’est retrouvé dans le jacuzzi.

Le reste des épisodes est truffé de flash-backs soit amenés classiquement par les témoignages qu’on voit en images, par les souvenirs des policiers (par exemple, Tom se souvient de la veillée à la mémoire de l’actrice dans le dernier épisode et se rend compte que la brune à côté de la colocataire est la disparue), ou, moins traditionnel, par le fait qu’on passe d’un personnage à l’autre en revenant à un événement commun déjà vu.

Jost et Gaudreault prétendent que le but d’un flash-back est de:

  • Compléter un manque ou une omission: ainsi, pour expliquer le caractère d’un personnage, on reviendra à une scène de son passé. (…)
  • Suspendre: si les analepses externes (ndlr: un autre mot pour flash-back) apportent des détails nécessaires à la compréhension de la diégèse, elles ont aussi pour effet de retarder l’accomplissement de certains événements. (…)” (p. 111)

La première fonction paraît évidente. Les témoignages, qu’ils se fassent au tribunal ou en salle d’interrogatoires, apportent au téléspectateur l’information nécessaire à comprendre l’intrigue. Les souvenirs comblent généralement les omissions. Tom n’a pas été attentif lors de la soirée, mais quand un nouvel élément est dévoilé, il peut revoir la scène et réparer sa faute.

Dans le même ordre d’idée, quand il interroge ses collègues lors de l’épisode 1.15, Joël revoit des scènes qui se sont déroulées auparavant. Il avait noté des choses sans probablement s’amuser à en chercher les causes ou les conséquences, ce qu’il fait pendant les auditions.

On oublie souvent que les flash-backs, que cette manière de nous faire suivre les personnages successivement, retarde aussi le dénouement de l’intrigue. On raconte une nouvelle fois un événement ; le personnage que l’on suit fait des détours, ne sait pas tout, passe à côté de certains détails, etc…

Dans le dernier épisode, par exemple, on ne s’intéresse que très tard au parcours d’Erika. Evidemment, c’est pour ménager le mystère autour de sa disparition! Les séries, généralement, nous font suivre en premier le policier qui suit une mauvaise piste avant de nous intéresser à celui qui file le véritable truand. Tout ceci n’est pas innocent non plus.

Les personnages

Le commissariat

Capitaine Hicks et le capitaine Katherine Pierce: Le commissariat est géré de main de maître par le capitaine Hicks. Il est peu présent à l’image, mais toujours de manière efficace (quand il s’agit de faire sortir Kelly et Willie du commissariat bouclé par exemple, épisode 1.15). Il semble bien connaître ses hommes et les apprécier. Malheureusement, il disparaîtra peu à peu durant la seconde saison au profit de Katherine Pierce.

Pas un mot d’explication. Durant la prise d’otage du centre commercial, on dit qu’il est absent et que c’est pour ça que Katherine prend le relais. La découverte du cadavre dans le mur met un juge sur la sellette (épisode 2.05), un événement qui demandait sa présence, logiquement. Pour les deux derniers épisodes de la série, il est manifeste que Katherine a repris le flambeau. Elle dirige les hommes, répartit le travail, etc…

Katherine est un flic très perso au début. Elle est aussi très efficace, il ne lui faut pas des heures pour réagir quand elle se rend compte que Fithian va rentrer dans son appartement où se trouve encore Joël et Fonceur. Assez vite elle aussi, fera preuve de qualités de discernement (elle se rend compte que Tom s’implique trop dans la disparition de l’actrice à l’épisode 2.06), d’organisation (voir comment elle délègue le travail dans l’épisode 2.05), de sang-froid (durant la prise d’otage au centre commercial, épisode 2.04).

On à juste un peu de mal à comprendre comment un flic d’un autre commissariat débarque du jour au lendemain. Surtout, sans qu’elle ait été officiellement chargée du remplacement de Hicks, elle prend sa place petit à petit. Ce personnage est plutôt mal amené dans l’histoire. On a l’impression qu’on l’engage pour un job et qu’elle en fait un autre sans une ombre d’explication plus ou moins logique.

Les bleus

Ray Hechler: Ce qu’on sait d’abord de Ray, c’est qu’il est homophobe, qu’il est persuadé que Joël ne l’aime pas et accessoirement râleur. Un tableau qui ne s’éclaircit pas vraiment avec les soupçons de corruption qui pèsent sur lui. On en sait peu au début puis nos renseignements s’étoffent jusqu’à l’épisode 2.02 où on a à peu près fait le tour du dossier. Son ancien co-équipier touchait l’argent pour payer des indicateurs imaginaires. On n’a jamais retrouvé le fric alors, évidemment, on pense que c’est lui qui l’a.

Le personnage est ambigu et le téléspectateur hésite souvent à le blanchir ou non de cette affaire. Il n’empêche, sur le terrain, il a beau être le meilleur flic qui soit, cette histoire le poursuit. Un homme est assassiné à la sortie du commissariat, on rappelle qu’il y a un flic véreux à l’intérieur. On voit Ray proposer de la drogue à un suspect, expliquer le déroulement du crime parfait, on se dit : “Eh bien, voilà, c’était vrai”.

David McNorris alimente surtout le doute qu’on peut avoir sur lui. Il est persuadé de sa culpabilité et ne le lâche pas. Dans l’épisode 1.17, Ray se vengera en allant arrêter McNorris en personne et sans ménagement.

Mais c’est un chouette type. Très altruiste, il donne le drapeau américain à la mère de Wally en lui faisant croire que son fils a été reconnu comme un héros par la police (épisode 2.03). C’est aussi un très bon flic, rapide sur les identifications, efficace sur le terrain, protecteur pour ses co-équipiers, à l’affût des indices (la photo dans l’épisode 1.15, le témoignage de Laïla dans l’épisode 1.17). Contrairement à ce qu’il croit, Joël l’estime. C’est à lui et Tom qu’il propose de partir en guerre non-officielle contre Donadoni (épisode 2.01).

Il a eu la vocation en regardant la série Insured By Smith & Wesson. On comprend sa fébrilité quand il en rencontre l’acteur principal durant une prise d’otage (épisode 1.07). Mais il devra revenir à la réalité et se rendre compte que l’homme n’est pas un héros, mais un acteur déchu doublé d’un escroc à la petite semaine. Ray est en pleine crise de la quarantaine. Il se sent vieux et il n’est plus certain d’avoir le “fluide”. Des remarques du capitaine et de Joël le secoue et il est reparti.

Tom Turcotte: Au départ, il n’est que le co-équipier de Ray et le fils de son père. Il est bien évidemment chargé de certaines actions (des interrogatoires, des courses-poursuites, une relation avec une collègue), mais rien de vraiment personnel. Il survit au ménage que les épisodes 1.14 et 1.15 font dans les bleus du commissariat. Il est considéré comme un bon à partir de ce moment-là.

Mais c’est un peu comme s’il devait faire ses preuves autant auprès du public, que de ses collègues et supérieurs… L’épisode 1.18 marque la rupture. Peut-être justement parce qu’il est un bleu, qu’il s’est opposé à Joël, qu’il doit avoir envie de plus de considération, Trumper, de l’inspection, lui demande d’enquêter sur lui en échange d’une promotion d’inspecteur. Les boeufs carottes ont généralement des arguments implacables, impossible à contrer. Bref, quelle que soit sa décision, il sera perdant. Il choisit de piéger Trumper et cela lui apporte l’estime de ses pairs et de son père.

Tom est passé dans le cercle des initiés. Durant la seconde saison, son rôle prend une autre dimension. Il fait partie des quatre qui enquêtent sur Donadoni. Il aura même un épisode centré sur lui, le dernier de la série (2.06). Katherine fait équipe avec lui et lui donne probablement une chance d’évoluer un jour vers la fonction d’inspecteur. On ne le saura jamais.

Vince Manzani: Ce flic apparaît pour la première fois lors de l’épisode 1.14 qui met en tension l’exécution de Chronic et le meurtre d’un policier en représailles. Au départ, il semble simplement irresponsable: il est entré sans renfort alors que la menace d’un kidnapping planait et il a laissé un débutant passer en premier. Puis il semble de bonne foi quand on l’interroge.

La fin de l’épisode insinue le doute dans l’esprit du téléspectateur. On sait que les gangs ont été aidés par un flic pour le kidnapping de Norvel. On sait aussi que le type qui tire sur Norvel lui révèle qui l’a donné. Or, en agonisant, il ne cesse de répéter le nom de Manzani. Les autres pensent qu’il appelle le réconfort de son co-équipier. Malaise du téléspectateur.

Le doute est levé dans l’épisode 1.15 où l’éventualité d’une taupe est vérifiée. Quelqu’un a prévenu des braqueurs de l’arrivée des flics. La première équipe se fait tuer. Dans les papiers d’Andrea, Ray retrouvera une photo de Manzani aux côtés de Donadoni, le chef maffieux. Il se fait piéger par ses collègues et sera descendu par Ray.

Les inspecteurs

Joël Stevens: Le boy-scout comme l’appellent McNorris et Ray. Il est un flic exemplaire. Il ne compte pas ses heures sup’, il est exigeant (il faut qu’on fouille toutes les poubelles du quartier dans l’épisode 1.02), il se charge du sale boulot, ses supérieurs lui font confiance, il compatit à la douleur des victimes, il ne tergiverse par durant les interrogatoires de suspects, il reste courtois, même avec David McNorris (il prend sa défense dans l’altercation au bar dans l’épisode 1.12).

Mais il lui arrive cependant d’utiliser des moyens limites comme l’oubli de son GSM chez les producteurs de snuff movies (épisode 1.11) ou l’utilisation d’un pseudo-test ADN dans l’un des interrogatoires dans l’affaire du cadavre dans le mur (2.05). Mais ce qui compte, c’est son idéal. Quand il doit rester au commissariat pour auditionner ses collègues plutôt que d’aller au parc d’attraction avec Willie, Kelly explique à son fils que le métier de son papa, c’est d’aider les gens et que ce soir-là des gens ont besoin de lui. Il colle parfaitement à cette définition.

Joël doit gérer une vie de couple plutôt difficile. Sa femme a fait une tentative de suicide suite au décès de leur dernier bébé. Il s’est arrangé pour que cela ressemble à un accident. Il cachera la tentative de suicide jusqu’à l’épisode 1.11. Il doit alors faire face aux parents d’un SDF alcoolique qui a assassiné un autre sans-abri pour se procurer de l’alcool. “On ne peut aider les gens contre leur gré”, lui dit le père. Ca le remue beaucoup. Dans une scène très émouvante, à la fin de l’épisode, il craque et il en parle avec Fonceur. Son ami s’en doutait depuis le début. En fait, tout le monde savait.

A plusieurs reprises, les problèmes de Kelly interfèrent dans son travail. D’abord parce qu’elle ne cesse de lui téléphoner (épisodes 1.01 et 1.02). Ensuite parce qu’il est très sensible aux cas similaires qu’il peut rencontrer sur le terrain. Au point que cela pourrait le rendre trop impliqué. Cela le rendra irritable avec Ray lors d’une enquête. Une situation pas très grave, sauf que le policier a ensuite décidé d’aller dans le magasin et de risquer sa peau (épisode 1.07).

Durant la dépression de sa femme, Joël se rapproche de Teresa. Au départ, on pense que c’est surtout elle qui est attirée par lui. Durant l’épisode 1.12, on se rend compte que l’attirance est réciproque. Elle fantasme, mais son regard à lui est révélateur. L’épisode suivant, ils se retrouvent ensemble au domicile d’une famille menacée de mort. Ils sont à deux doigts de s’embrasser et c’est loin d’être un fantasme. Résultat: il rentre chez lui et fait l’amour à sa femme!

On pensait cette histoire classée. Le couple de Joël est redevenu stable et Teresa disparaît de la circulation. Pourtant, c’est lui qui fantasme sur elle alors que sa femme est juste à côté de lui dans le lit (épisode 2.04). Que se serait-il passé si elle était devenue flic ?

Enfin, Joël est un ami fidèle. Au point qu’il avait lui aussi compris que Fonceur avait été traumatisé dans son enfance avant qu’il ne lui en parle. Il comprend aussi que Fonceur a décidé de tuer son agresseur. Non seulement, il ne l’arrête pas, mais il le suit avec une pelle au cas où…

Fonceur, inspecteur Bobby Smith: Il est appelé “Fearless” (sans peur) dans la version originale. Sympathique personnage… Il a une liste de 100 choses à faire avant de mourir (dont coucher avec une pute), il raconte des histoires, il vit dans un motel pour être indépendant, il donne son fric (épisode 1.16), … Ca cache évidemment quelque chose et Fonceur a en effet quelques épisodes difficiles à oublier.

Il se croit responsable de la mort de Freaktown, un subordonné qui servait avec lui au Koweït. Parce que le petit voulait faire équipe avec lui parce qu’il était chanceux (il l’appelait le “général”), puis parce que la balle lui semblait destinée (il s’est penché pour ramasser un truc et c’est Freaktown qui la reçue). Mais cette aventure lui permet aussi de grandir. Durant l’épisode 1.06, c’est l’anniversaire de Freaktown et il tient une promesse: lui chanter une chanson (Freaktown lui reprochait toujours d’être trop sérieux). Freaktown aurait eu 20 ans. “It’s gonna be a bright, bright, bright, bright sunny day”!

Le deuxième traumatisme remonte à son enfance. Il a été victime d’abus sexuels par son coach. La blessure se rouvre quand il se rend compte que le petit James a tué son voisin parce qu’il était victime de la même situation. Il charge alors Ray de retrouver le type et se met en tête de l’assassiner, mais il se retrouve face à un homme repenti et malheureux qui organise des thérapies de groupes pour des pédophiles. Il choisira alors d’aller discuter avec James ce qui fera dire à son ami le prêtre: “Dieu était là”.

Fonceur a peut-être trouvé, dans la personne de Katrina, une conseillère de choix. Elle l’a déjà poussé à arrêter de fumer, mais elle le pousse aussi à se confier et à dépasser les réflexes peut-être un peu autodestructeur dans lesquels il se trouve. Elle lui dit de rédiger une nouvelle liste, d’y inscrire les choses qu’il a perdues à cause de son passé.

Les magistrats

David McNorris: Il est l’adjoint du procureur Ben. C’est un jeune loup talentueux, implacable et ambitieux. Il prend beaucoup de plaisir à faire tomber les gens qu’il n’aime pas: le fils Taylor dans le premier épisode, l’avocat Colson lors du second. Mais il se rend vite compte que, dans sa position, les convoitises et les corruptions sont nombreuses. Surtout, à l’épisode 1.09, il étouffe une affaire en échange d’un financement pour sa campagne. Il a du mal à se regarder dans la glace ensuite. “David est mort”. Il se saoule et retourne chez son donateur pour se battre, du coup il perd le financement. Mais le mal est fait, sa conscience ne le laissera désormais plus tranquille.

L’image de son père ne cesse de le hanter. Il a grandi dans le Massachusetts, dans une banlieue populaire. Jackie, son père, était directeur des travaux publics. Il avait l’habitude d’arranger les affaires de certaines personnes. C’est lui aussi qui lui a appris à boire en lui donnant des gorgées de bière quand ils regardaient le foot à la télévision. Il avait alors 8 ans! Puis il lui a appris les coups quand il rentrait saoul adolescent.

Son père était également le champion toutes catégories de l’adultère. Son fils l’attendait dans la voiture quand il allait voir ses maîtresses. A la fin de l’épisode 1.09, il prend conscience qu’il est devenu tout ce que son père était et ça le rend fou. Il a beau se répéter que “Les fils ne sont pas toujours comme leur père. Ce n’est pas inéluctable”, il doit bien se rendre à l’évidence. Pas étonnant qu’il fasse de la boxe: “C’est mieux que de l’auto-flagellation”.

C’est ça, plus que le fait qu’Andrea le quitte (ils font une pause à l’épisode 1.04, c’est clair dès l’épisode 1.05. Il lui dit alors qu’il est complètement accroc à elle), qui le plonge un peu plus dans l’alcoolisme. Durant l’épisode 1.11 l’ampleur des dégâts causés par l’alcool chez David nous saute aux yeux. Il est violent en parole, il cache des bouteilles partout, il ne se souvient plus de ses actes, il se met à dos les gens qui veulent l’aider, il devient paranoïaque et totalement détaché de la réalité (voir le plaidoyer qu’il s’invente dans son garage).

Il part en cure au début de l’épisode 1.18, on l’y verra brièvement lors de l’épisode 2.01. Son retour à Los Angeles a lieu dans l’épisode 2.02. Tout le long de cet épisode, il devra faire face à ses deux démons: la boisson et son père. L’épisode sera aussi émaillé par des passages rêvés par David où il laisse éclater sa fureur et où il se laisse tenter par l’alcool. Le combat est difficile.

D’un petit con vautré dans le luxe et l’ambition, David se révèle un être fragile, amoureux, triste, cassé. On en vient à lui pardonner beaucoup de choses durant la première saison. Dans la seconde, il devient même un chouette type qui aide les flics. On se demande ce qu’Andrea aurait pensé de sa conversion.

Les secours

Teresa: Elle est ambulancière et fait équipe avec Randy. Elle intervient sur plusieurs affaires menées par les flics. Mais c’est aussi elle qui a emmené Kelly à l’hôpital. Elle n’est pas dupe du stratagème mis en place par Joël pour maquiller la tentative de suicide de sa femme. Elle ne dit rien et demande souvent des nouvelles. Teresa a un coeur gros comme ça. Dans l’épisode 1.08, elle reste au chevet du petit orphelin pour ne pas qu’il se réveille seul à l’hôpital.

Teresa croit en Dieu (on la voit prier dans l’ambulance quand il n’y a pas d’intervention) et en son métier (elle répète sans cesse que son job, c’est “sauver des vies”). On le comprend dans plusieurs épisodes, mais surtout le 1.13 où elle soigne un cancéreux en phase terminale. Elle lui raconte que sa mère est morte d’un cancer quand elle avait 9 ans. Elle a beaucoup aidé sa mère qui manifestement à beaucoup souffert. On apprend aussi qu’elle a aidé sa mère à mourir. Sa mère gardait une partie des anti-douleurs, quand il y en a eu assez, Teresa les a mixé pour que sa maman puisse les ingérer. On suppose qu’un tel épisode doit marquer une fillette.

A plusieurs occasions, elle fait preuve d’un sang-froid manifeste. Quand elle est kidnappée (épisode 1.05), elle parvient à tuyauter les flics, à mentir au kidnappeur pour qu’il ne la tue pas tout de suite, à se défendre. Ce sera pareil durant la prise d’otage dans le centre commercial (épisode 2.04). Elle parvient à intriguer pour faire passer des informations, à récupérer un fusil, à intervenir quand la situation était désespérée.

Durant la deuxième saison, Teresa devient l’élève officier Ortiz (épisode 2.03). Elle a décidé de s’engager dans la police. Joël est sceptique, elle qui répétait sans cesse qu’elle voulait sauver des vie, il n’est pas certain qu’elle sera capable de faire face à l’éventualité d’en prendre. Dans l’épisode 2.03, elle se montre trop zélée et maladroite. Dans l’épisode suivant, elle est prise en otage. On a la réponse à notre question: elle est capable de tirer sur quelqu’un quand il le faut. Mais ça ne l’empêche pas d’être secouée. Entre nous, elle a quand même le chic pour être là au mauvais endroit au mauvais moment!

On se demande si sa décision de s’engager n’est pas un moyen détourné de se rapprocher de Joël. S’il fantasme sur elle, elle est toujours attirée par lui. C’est une scène typiquement hollywoodienne qui nous le révèle. Elle lui renverse du café sur la chemise. Un classique! Généralement, ils vont chez elle, elle met tourner la machine et il faut bien trouver quelque chose à faire en attendant que le linge soit sec! Malheureusement pour Teresa, ça ne se passe pas comme ça. Elle va au centre commercial pour lui en acheter une neuve (c’est son anniversaire),… On connaît la suite.

La presse

Andrea Little: Elle est journaliste pour le Tribune. Elle n’hésite pas à aller chercher l’information là où elle est, même si cela signifie poursuivre Marian McNorris dans les toilettes (épisode 1.01). Elle a le don pour faire parler les gens même les plus coriaces. Elles a d’ailleurs de multiples informateurs qui lui permettent d’être sur les lieux d’un crime aussi vite que les policiers parfois. C’est la presse dans tout ce qu’il y a d’intrusif.

Pourtant, il lui arrive d’être prise de pudeur comme au moment d’aller interroger le grand-père de Cantrel… Devant la tristesse du vieil homme, elle renonce (épisode 1.01). Pour ne pas que le petit orphelin de l’épisode 1.08 se réveille tout seul à l’hôpital, elle vient le veiller. Professionnelle et ambitieuse. Elle est montée en grade très vite, grâce à un article où elle demandait la libération de Kevin Van Horne, accusé injustement selon elle dans l’affaire de la banque braquée (épisode 1.04). A l’époque, elle va voir le jeune substitut qui s’occupe de l’affaire. Elle lui demande de revoir le dossier, il lui promet de faire ce qu’il peut. Quatre ans plus tard ils sont amants. Dans ce cas, la presse a été le vecteur d’une vérité à contre-courant, mais souvent Andrea se situe plutôt sur le terrain du fait divers spectaculaire.

Et ce réflexe voyeuriste n’est pas apprécié par les policiers. Durant l’épisode 1.13, une fois encore où un informateur l’a renseignée très (trop) rapidement, ils lui proposent de les suivre en exclusivité. En échange, elles ne publiera l’article que quand les victimes seront hors de danger. Ils se vengeront froidement en l’emmenant partout y compris sur les scènes de crime. Une leçon.

Andrea est sérieusement entichée de David McNorris. Elle accepte le rôle de maîtresse et on se demande évidemment comment elle aurait réagi à une demande en mariage sobre durant la seconde saison. En effet, ce qu’elle reproche à David, ce n’est pas d’être un second couteau, mais c’est son alcoolisme. Si elle l’a quitté, c’est pour se préserver.

A travers David, elle revit son calvaire de petite fille quand son seul repère masculin était un père ivre, joueur et accroc aux putes. Elle tente de l’aider, malgré lui. A la fin de l’épisode 1.11, elle commencera une thérapie de groupe pour se débarrasser de son traumatisme. Elle se débarrassera de David par la même occasion. Ce personnage très riche disparaît sans vraiment d’explication au début de la seconde saison et c’est vraiment dommage.

Les civils

Paul Turcotte: Il est le père de Tom et est un policier à la retraite. Mais la réouverture du dossier de Chimère (épisode 1.04), le fait revenir au commissariat. Il était l’équipier du policier qui a été assassiné dans cette banque. Il est persuadé que Kevin Van Horne est l’assassin de son ami et en veut à son fils de le reconduire chez lui quand il est libéré.

Le soir du meurtre a été décisif dans la relation que les deux hommes ont développé. Paul était sous pression et sous le choc, quand Tom fait exploser des pétards dans sa chambre, il débarque arme au poing. Il semble que Tom lui en veut toujours. Grâce à l’arrestation de Chimère, ils parviennent à renouer un début de dialogue. L’épisode 1.18 achèvera ce processus. Paul croit d’abord que son fils collabore avec l’inspection. Il est furax parce que lui-même les a eu sur le dos pendant des années après la mort de son co-équipier. Puis il comprend que son fils a pris des risques pour un collègue et il en est fier.

Kelly Stevens: Elle est l’épouse de Joël. Elle semble avoir eu une enfance difficile. Elle a dit un jour à Joël qu’elle s’est sentie respirer pour la première fois de sa vie grâce à lui. Alors qu’elle est en dépression grave dans le premier épisode, Kelly va de mieux en mieux ensuite. Dans l’épisode 1.05, elle accompagne son fils à Halloween. Dans l’épisode 1.15, mari et femme ont des rapports sexuels. Dans l’épisode 1.18, elle doit faire face à l’investigation de Trumper et elle est suffisamment forte pour lui tenir tête.

C’est durant cet épisode que le couple commence réellement à s’en sortir. Elle pensait qu’elle avait tué son bébé parce que le somnifère qu’elle avait pris ce soir là lui avait déjà fait commettre des actes violents. Joël est persuadé qu’il est coupable parce qu’il a veillé sa femme (en sachant qu’elle avait pris un somnifère) plutôt que de surveiller sa fille. Le psychiatre qu’ils voient leur apprend qu’Emma est morte d’un anévrisme cérébral inéluctable, imprévisible et incurable.

Marian: Elle est la femme d’un homme politique, elle se plie donc au exigences de sa situation comme le bénévolat même si ça l’effraie (1er épisode). A-t-elle des soupçons sur les infidélités de son mari ? En tous cas, elle lui téléphone quand il n’est pas à sa salle de gym habituelle. Elle s’en rendra compte durant l’épisode 1.13, mais David lui ment. Plus tard dans cet épisode, il lui avoue tout et elle le quitte. “Il n’y a pas de second rôle dans un One Man Show”.

Le casting

Le casting puise dans deux viviers intéressant: Frères D’Armes et les autres séries policières.

Frères D’Armes, ce n’est pas étonnant puisque Graham Yost a travaillé sur la série en tant que scénariste. Il a tout de même repris deux des trois acteurs principaux du feuilleton militaire: Neal Mc Donough et Donnie Walhberg (Damian Lewis devait déjà travailler sur Dreamcatcher où il tient un rôle plus important que Donnie Walhberg qui s’y illustrait également). Le rôle de l’horrible Manzani a été dévolu à un autre compagnon d’armes: Frank John Hughes (il était le sergent William Guarnere dans Frères D’Armes).

Du côté des séries policières, on n’a pas affaire à du pipeau non plus d’ailleurs. Le magnifique Gary Basaraba était Richard Santoro dans la fabuleuse Brooklyn South de Steven Bochco (ben oui, vous commencez à connaître mes préférences). Après une première guest dans Miami Vice, il est également apparu dans New York District, NYPD Blue et dans un épisode de Homicide. Quel tableau de chasse!

Mykelti Williamson (outre le rôle de Bubba dans Forrest Gump ou celui du boxeur Don King dans Ali) fait des apparitions dans Capitaine Furillo (encore Steven Bochco), Strasky Et Hutch ou China Beach.

Jason Gedrick était Neal Avedon dans Murder One. Il était aussi présent dans les séries Ez Streets ou The Last Don. Nina Garbiras, après l’affiche de plusieurs longs métrages, a été choisie pour le rôle d’Alexandra Brill dans The Street. Lana Parrilla était du casting de Semper Fi, une série de Spielberg, et de Spin City (Angie Ordonnez). Elle fut guest-star dans JAG et The Shield. Elle est connue pour son rôle de Méchante Reine/Régina Mills dans la série Once Upon A Time.

Graham Yost a déjà quelque succès à son actif. A la télévision, il est crédité en tant que scénariste au générique de Frère D’Armes, Young Arthur, Boomtown, From The Earth To The Moon et en tant que producteur pour les trois dernières. Il a également réalisé des épisodes de From The Earth To The Moon et L.A. Doctors.

Pourquoi ça s’est terminé aussi vite ?

Perte d’audience évidemment, mais pourquoi les téléspectateurs ont-ils déserté en masse? Certains disent parce que la structure temporelle est ennuyante à la longue… Faut pas exagérer quand même: on crie au génie et cinq ligne plus loin, on dit que c’est bien mais trop chiant pour le regarder plus de 5 épisodes! Cohérent!

Tout simplement parce que la deuxième saison est beaucoup moins intéressante. Autant la première est de grande qualité, tant dans l’application des choix formels de la production que dans la construction cohérente des personnages que l’on découvre avec plaisir. Autant la seconde est en rupture complète. Trois épisodes sur 6 sont vraiment intéressants: celui du retour de David (la manière dont on fait vivre sa douleur par le téléspectateur), les épisodes du meurtre à l’école de police et de la prise d’otage dans le centre commercial dont les structures sont complètement morcelées. Mais constamment, il manque des panneaux annonçant les personnages ce qui devient carrément énervant maintenant qu’on y est habitué.

On termine en plus la première saison avec un épisode qui relance les relations entre les personnages: le couple Kelly-Joël prend un nouveau départ, Tom acquiert la confiance de ses collègues mais pourrait être une cible pour les officiers de l’inspection, David est en cure…

Mais la seconde saison trahit complètement cet épisode 1.18. Kelly ne fait plus que de la figuration et Joël rêve de Teresa alors qu’il l’avait évitée pendant toute la fin de la saison précédente. Il faudra attendre 6 épisodes pour voir Tom s’illustrer dans une enquête. David revient marqué de sa cure, mais son combat contre la boisson n’est développé que dans un épisode, son alcoolisme est ensuite complètement évacué.

En général, l’évolution des personnages est brisée: certains font un retour en arrière, pour d’autres on oublie ce qui a précédé. Teresa, par exemple, passe de l’ambulance à l’école de police. Surtout, ses maladresses zélées du premier épisode où elle réapparaît, semblent complètement contradictoires avec le personnage réservé, presque effacé qu’elle était avant. On ne comprend pas très bien l’utilité de ce revirement.

Puis, il faut bien admettre que Boomtown gère assez mal les départs et arrivées de ses personnages. Début de deuxième saison, on en vient à se demander où est passé Andrea. Elle a en fait disparu depuis l’épisode 1.18. La dernière fois qu’on l’a vue, elle mettait David à la porte après son délit de fuite. Si elle ne fait plus partie de la vie de David, on voit mal pourquoi elle ne serait plus journaliste au Tribune. Aucune explication ne sera donnée.

Pareil pour le capitaine Hicks. Il est présent encore au début de la deuxième saison, mais de manière très sporadique et il est remplacé à titre temporaire par le capitaine Pierce dès le quatrième épisode. Il est “absent”. Le téléspectateur devra se satisfaire de cette explication pour le moins minimaliste.

Et voilà donc le capitaine Pierce qui est loin d’être un personnage inintéressant. Jusqu’alors la police de Los Angeles était plutôt masculine et c’était dommage. Mais alors qu’on la présente comme un transfuge temporaire pour une affaire en particulier, elle semble prendre tellement bien ses marques qu’elle investit le bureau du boss! Et sans protocole de transition, sans verre de départ. Bizarre, n’est-ce pas?

Par dessus tout, vous savez ce qui fait le plus mal? Que les personnages aient la mémoire courte. Personne ne s’inquiète de Hicks, personne ne demande des nouvelles d’Andrea! Moi, j’aimerais savoir ce qui leur est arrivé, je les aimais bien.

Ceci dit, je vais vous avouer un truc. J’aime autant que Boomtown se soit terminée comme ça. On le sait, les séries qui jouent surtout la carte de l’innovation formelle ont tendance à devenir de moins en moins bonnes. Jusqu’au pathétique parfois. Que penser de la poursuite de 24 Heures Chrono? Que penser de deux dernières saisons d’Ally McBeal? Je préfère un “one shot” qui me laisse un bon souvenir. Faudrait simplement que les scénaristes apprennent à dire “C’est fini” convenablement…

Boomtowm est apparue sur les écrans de NBC en 2002. Très vite, la série rassemble les meilleures critiques. Certains disent qu'elle est révolutionnaire dans l'utilisation des différents points de vue. Les premiers épisodes sont très suivis. Les choses se gâtent pour la fin de la saison et le début de la suivante. la série avait tout pour plaire: un casting digne du cinéma, des scénarios costauds et une esthétique très personnelle... Que s'est-il passé? Générique Le générique commence par la naissance de la ville en images de synthèse. Ce côté un peu "historique" sera ensuite continué par…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier
Sophie Sourdiaucourt

Boomtown

Critique de l'auteur: Grâce aux changements de points de vue, une série qui aurait pu être un policier banal devient vraiment intéressante.

Note des auditeurs/lecteurs 2.9 ( 1 votes)

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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