Total Recall 2070

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Vu le titre, vous ne serez pas étonné d’apprendre que cette série est adaptée du célèbre film avec Arnold Schwarzenegger. Elle est programmée pour la première fois sur Showtime le 7 mars 1999. En tout, elle compte 22 épisodes d’une heure. En effet, la chaîne n’a pas souhaité resigner pour une seconde saison. Total Recall 2070 débarque en Europe francophone en septembre 1999 sur Canal +. Une histoire de robot, de technologie sur fond de futur…

Total Recall: la série

David Hume est un inspecteur du CPB. Il fait équipe avec Ian Farve depuis que son coéquipier, Blanchard a été assassiné par des androïdes. Le CPB est le Centre de Protection des Citoyens. Il n’est pas censé protéger les habitants contre les criminels: on apprend dans le pilote qu’il n’y a que deux meurtres par an dans la ville. Le CPB doit protéger les citoyens des dérives de la technologie. Pas étonnant dans ce cas, que Hume et Farve enquêtent sur des affaires de clonage, de réalités virtuelles, d’androïdes qui dysfonctionnent, etc…

David est marié avec Olivia, une jolie blonde qui travaille pour la société Uberbraune. On sait qu’elle a perdu son père, tué par un androïde soldat qui n’avait pas été déprogrammé. Elle est toute dévouée à son mari. La plupart du temps, elle apparaît dans l’appartement quand David revient et ils couchent ensemble. On apprend petit à petit qu’elle a été la victime d’une expérience menée par la firme Rekall à son insu. Elle a un implant dans le cerveau et ses souvenirs ont été programmés. Cet événement fragilise le couple.

David a également un père qui est en maison de repos et qui devient complètement parano. Il finit par louer un appartement dans un immeuble du siècle dernier (le 20ème, donc) pour mieux se souvenir du temps où sa femme vivait.

Ian est un androïde alpha (ce que Olivia prend un peu mal étant donné son passé). Il est de ce fait le seul prototype d’une technologie que beaucoup de monde s’arrache (Rekall, Varidin). Personne ne sait par qui il a été créé, d’où il vient et surtout comment il a été affecté au CPB. Mais cela ne semble pas pousser les dirigeants à le détruire ou à le relever de ses fonctions (un peu tiré par les cheveux quand même).

Ian est capable de se réparer tout seul, de s’améliorer (il apprend à manger et à boire). Il est doté de conscience. En fait, la technologie alpha est un mélange entre robotique et ADN humain. Plusieurs épisodes tourneront autour de la compétition que se font les entreprises (épisode 1.11, notamment). Il y a beaucoup d’espionnage industriel, de sous-main et de jeux d’influence autour de ces découvertes. Normal, un interlocuteur de David lui dit que si Rekall entre en possession de la technologie alpha, ce sera pire que la guerre nucléaire.

Plusieurs affaires permettent à David de comprendre qu’il n’en sait que très peu sur Ian. A la fois, il a confiance en lui, mais peu à peu il craint d’être manipulé.

Finalement l’intrigue principale de la série tourne autour de ce thème des relations entre les humains et les androïdes. Farve va petit à petit tenter de comprendre qui est son créateur (ce n’est pas un humain apprend-on dans l’épisode 1.11) et David va comprendre pourquoi Farve fait équipe avec lui et le rôle qu’il joue dans tout cela (épisode 1.22).

Au CPD, on rencontre aussi Holan la médecin légiste qui endosse aussi le rôle de médecin, de spécialiste en ADN, en robotique, et en plein d’autres choses. Elle est toujours au courant de toute les expériences menées et des dernières découvertes. Elle parle d’ailleurs parfois en “on”. “On est en train de développer une nouvelle protéine” (épisode 1.16). Evidemment, elle fait partie des gens habilités à la tester! Holan est une vieille amie de Olivia, elles ont vécu ensemble durant leurs études.

Martin Ehrental est le supérieur direct de David et Ian. Il est intransigeant, mais il est de leur côté. Il couvre même David quand celui-ci veut enquêter sur le créateur de Ian.

Martin a lui-même un supérieur, James Calley qui appartient à la Division Générale des Services qui contrôle ce que le CPB fait. On ne sait pas très bien à quoi s’en tenir avec ce personnage. Parfois, il paraît être du côté des inspecteurs, parfois il paraît avoir des motivations plutôt sombres. Le dernier épisode nous permet de trancher, mais beaucoup de questions restent sans réponse.

D’autres personnages passent plus ou moins de temps dans les alentours de David et Hume. Je pense à tous les employés des firmes que David et Ian croisent dans leurs enquêtes qui sont tous les facettes d’un même personnage. Les plus représentatifs sont les chef de la sécurité de Rekall: Collector et Nigel. Tous ces personnages ont en commun de cacher des choses, d’avoir des liens avec le Consortium (regroupement des entreprises influentes), des activités d’espionnage ou de création de projets secrets.

Enfin, ils emportent quasiment tous leur secret avec eux dans la tombe, en prison, quand ils ne disparaissent pas purement et simplement. Résultat: on n’a jamais le fin mot sur aucune enquête et tout ceci devient de plus en plus frustrant au fur et à mesure que la saison avance. On est habitué aux mythologies mystérieuses depuis X-Files, mais dans ce cas, on a l’impression que c’est plus pour maquiller un manque d’imagination que pour réellement créer une intrigue que les scénaristes ne finissent jamais aucune enquête.

Enfin, certains personnages sont comme le cinquième de l’iceberg qui dépasse de la surface. Par exemple, l’ancien flic, Jonaz Brack, qui est devenu un espèce de mercenaire qui lutte contre les machines et leurs sympathisants (incarné par Steven Williams, le Monsieur X de X-Files et le capitaine Fuller de 21, Jump Street) ou le résistant qui travaille pour l’Alliance et qui passe certaines familles dans les nouveaux territoires.

Il semble donc qu’il existe des pouvoirs underground qui s’opposent au Consortium. Mais il est assez étrange de constater qu’on ne parle jamais des dirigeants politiques dans cette série. Certains sites visités (notamment, totalrecall2070.free.fr) prétendent que ce sont les entreprises du Consortium qui dirigent le monde depuis les incidents nucléaires, mais je n’ai trouvé aucune preuve de cela dans les épisodes.

Une vision du futur

Nous sommes dans une conurbation américaine en 2070. La ville est un mélange assez étonnant entre futurisme et passéisme. Côté futur, on a les gratte-ciels et les différents niveaux comme dans “Le Cinquième Elément”. On apprend dans l’épisode 1.05 que la ville s’étale sur 200 niveaux. Généralement, Ian et David évoluent dans les niveaux inférieurs. On retrouve aussi des éléments qui font “technologiques” comme les panneaux publicitaires géants et parlants.

Cette cité est aussi passéiste, parce qu’on se retrouve dans une banlieue qui fait très Chinatown avec les marchands ambulants, les cageots de marchandises et tout et tout. Bref, on est dans ce genre de futur où la technologie est partout pour ceux qui savent se la payer (notamment des domestiques androïdes), où les appartements magnifiques sont dans les paliers supérieurs, où la misère et la criminalité se lovent dans les paliers inférieurs et où Mars est une planète colonisée.

On apprend aussi que le climat est totalement déréglé. Parfois il fait mortellement chaud, parfois les tempêtes s’abattent sur la ville. Quand un pirate informatique veut provoquer le chaos, il s’attaque d’ailleurs au système de ventilation de la ville. Une partie du monde a aussi été contaminé par des vagues de pollution. L’année 2020 a été marquée par une catastrophe écologique à cause du nucléaire, sans qu’on sache si cela est dû à un accident, à des actes de terrorisme ou à une guerre. Des réfugiés arrivent des zones Est contaminées (épisode 1.01) et des mutations génétiques ont été observées. Certains enfants sont devenus télépathes (épisode 1.02).

Les multinationales qui appartiennent au Consortium développent toutes sortes de technologies de pointe. Rekall semble très active dans le domaine des implants mémoriels, des machines qui génèrent de la réalité virtuelle pour les voyages, mais aussi pour revivre des moments d’enfance (le sublimateur), etc… Les gens semblent d’ailleurs très dépendants de ce genre de chose (comme à la télévision ou aux jeux vidéos).

Ces multinationales sont de véritables mini-pouvoirs. Rekall par exemple possède sa propre milice, des armes prohibées et des propriétés privées que personne ne contrôle. Rekall a des concurrents terribles. Minacom a développé une protéine pour doper le rendement des ouvriers qui vont sur Mars. Varidin est active dans le domaine de la génétique, notamment l’ADN humain. Uberbraun est une entreprise de robotique. Rekall, Varidin, Uberbraun, toutes ces sociétés cherchent à acquérir la technologie alpha. Certaines ne sont peut-être pas loin de leur but.

Cette société du futur a aussi cloné des êtres humains. Le pirate informatique qui s’attaque au système de ventilation fait d’ailleurs partie de la première vague. Des enfants ont été génétiquement modifiés. En 2054, des manifestations ont mis fin à ce type d’expériences. La plupart sont morts, ceux qui ont survécu sont devenus très instables.

Accessoirement, ils sont aussi capables de voir les choses qui vont arriver. Ces enfants ont été récupérés par une secte qui a mis l’humain sur un piédestal. “Le code est grand”, disent-ils. Il est dès lors évident que les futurs parents doivent se soumettre à un dépistage dans les premiers mois de la grossesse. S’ils ne le font pas, les enfants qui pourraient être porteurs d’un gène dangereux non détecté, sont enlevés à leurs parents et enfermés dans des asiles pour être réhabilités (on sent une influence identique à celle d’un film comme “Bienvenue A Gataca”).

Dans une société où la génétique et le clonage ont pris autant d’importance, prendre le contrôle du cerveau de quelqu’un est devenu un crime capital. On comprend mieux pourquoi le CPB existe.

Les androïdes

Les androïdes sont omniprésents dans cette société du futur. Ce sont des robots programmés pour aider les humains, des androïdes meta. Ils ne peuvent pas se trouver n’importe où, ils sont totalement programmés, ne jouissent pas des droits des humains puisque ce sont des machines et ils portent un code barre.

La série joue d’ailleurs sur des règles très connues des amateurs de Science-Fiction. Isaac Asimov est celui qui a créé les repères en la matière. “Qu’est-ce qu’un robot? (…) Un robot est une machine électronisée capable de faire des tâches trop complexes pour n’importe quel esprit vivant dont les humains et qu’une machine non électronisée ne peut pas accomplir non plus”. C’est ce qui distingue le robot de la machine à coudre par exemple.

Un robot suit les trois règles fondamentales de la robotique fixées, elles aussi, par Isaac Asimov (Isaac Asimov, Gold. The Final Science Fiction Collection, HarperCollinsPublishers, pp. 213, 214, 220-221):

  1. un robot ne peut pas blesser un être humain, ou par son inaction, laisser un être humain souffrir;
  2. un robot doit obéir aux ordres donnés par les humains à l’exception de tout ordre qui entrerait en conflit avec la première règle;
  3. un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps que cela n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième règle.

Les androïdes méta répondent tout-à-fait à cette description, mais les choses ne sont pas si simples. Il existait par exemple des androïdes soldats qui ont été déprogrammés. On se rend compte aussi que certains androïdes tuent des humains (épisode 1.01) ou se révoltent (épisode 1.07). Les androïdes qui ont tué l’équipier de David n’ont pas de code barre. Ils se sont brûlé le cou à l’emplacement où il était.

Ils ont atteint un degré de conscience que les androïdes méta n’ont pas. L’un d’entre eux, avant de se suicider, révèle à David qu’il a une âme qui lui a été donné par un “homme en blanc”, un scientifique donc. Selon lui, Uberbraun crée la carapace et Rekall l’âme. Il semble que les concepteurs de ces robots aient réussi à utiliser l’ADN humain dans les robots ainsi que la mémoire.

Mais l’androïde qui se rebelle dans l’épisode 1.07 est un “bête” androïde méta. Un faux technicien lui a mis un implant qui le rend agressif. Parce qu’il ne parvient pas à assumer le meurtre collectif qu’il a commis, un autre robot dédouble sa personnalité (épisode 1.17). Dans l’épisode 1.06, on apprend qu’Uberbraun travaillait sur un projet “Echelon” qui visait la création d’un androïde Béta, plus évolué que les Méta, mais pas autant que Ian Farve.

L’androïde alpha est la machine la plus évoluée. Farve est un mixte parfait entre l’homme et la machine. Il a fallu isoler, sur l’ADN humain, le gène de la pensée autonome et le transférer dans une machine. Le créateur de Ian pourrait avoir pris contact avec des humains pro-machines (épisode 1.18). Ils sont aussi persuadés que le créateur n’est pas humain. On se retrouve dans une société où certains refusent les machines et d’autres les acceptent. On sent que la confrontation n’est pas loin (et là, la série est influencée par la trilogie Terminator).

Jonaz Brack, un flic dissident, pense que Farve a été créé pour manipuler David afin qu’il prenne fait et cause pour les robots. Farve serait un cheval de Troie.

Les acteurs

Michael Easton (David Hume) était à l’affiche de la série VR.5 et d’une saison du soap opera Des Jours Et Des Vies. Karl Pruner (Ian Farve) semble un abonné des téléfilms. Cynthia Preston (Olivia Hume) été à l’affiche du Super Mario Show dans le rôle de la princesse Zelda. Une série dans laquelle on pouvait aussi trouver Michael Rawlins (Martin Ehrenthal). Son visage nous semble pourtant plus connu. Peut-être parce qu’il a eu plein de petits rôles dans Mutant X, Earth, New York Police d’Etat, Les Dessous De Palm Beach. Judith Krant (Olan Chang), quant à elle, n’a strictement rien fait d’autre à ma connaissance.

Total Recall: la genèse

Philip Kindred Dick est un auteur de science fiction. Sa première nouvelle (Roog) a été publiée en 1952 et son premier roman (Solar Lottery) en 1955. Il a beaucoup publié dans les années ’50 et ’60, notamment Do Androids Dream Of Electric Sheep? et The Man In The High Castle. La drogue le met un peu à l’écart à la fin des années ’60 et au début de la décennie suivante.

Il revient sur le devant de la scène en 1974 avec Flom My Tears, The Policemen Said. Mais cette année-là, il est également persuadé d’avoir vécu une expérience religieuse profonde en rencontrant Dieu. Apparemment, lui-même hésite entre l’explication divine et l’explication psychiatrique: peut-être n’est-il qu’un schizophrène après tout? Le reste de sa vie et le reste de ses écrits est très influencé par cet événement. Dans son roman Valis, son héros est un dieu extraterrestre qui tente d’entrer en contact avec un schizophrène.

Malgré son renom, notamment au sein des écrivains de SF, il a toujours eu du mal à boucler les fins de mois. Il avait, paraît-il, le don de s’associer avec des éditeurs véreux. Vers la fin de sa vie, il reçoit pourtant les droits d’auteur pour sa nouvelle Do Androids Dream Of Electric Sheep? qui a été adaptée au cinéma sous le titre de Blade Runner (dont la série Total Recall s’inspire largement d’ailleurs). Il est cependant mort avant de voir le résultat. Depuis son décès, plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma et notamment, Total Recall.

Total Recall, Blade Runner, Minority Report ont en commun la traque du personnage. Plusieurs de ses écrits montrent la fin d’une réalité virtuelle imposée au personnage à son insu. Les réalités alternatives, comme le voyage virtuel, sont aussi souvent présentes. Ceux qui ont vu la série Total Recall comprendront en quoi l’expérience mystique de l’auteur influence son oeuvre.

Total Recall: le film

Deux personnes en combinaison spatiale se baladent sur les bords d’un canyon sur Mars. Ils semblent filer le parfait amour, cela se voit dans la manière dont ils se tiennent la main et se regardent. Soudain, l’homme fait un faux pas, dévale la pente et brise son masque. Il est défiguré par l’atmosphère de Mars. Doug Quaid se réveille, ce n’était qu’un rêve. Sa plantureuse femme est jalouse de la brune dont il rêve toutes les nuits…

Total Recall est un film de 1990, réalisé par Paul Verhoeven à qui ont doit aussi Basic Instinct ou Robocop. Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire (dans le cas qui nous occupe la formule est plutôt bien choisie…). Un ouvrier de chantier, tout ce qu’il y a de plus traditionnel, Doug Quaid, décide de se payer des vacances virtuelles sur Mars. Il se rend à la société Recall qui offre ce genre de service.

L’implantation des souvenirs des vacances tourne mal, le docteur qui s’en occupe réalise que les souvenirs du client ont été effacés et remplacés par de nouveaux (notamment son mariage avec Lori). Il n’est pas Doug Quaid, mais Hauser, un agent secret, qui a infiltré une société de mine sur Mars et découvert que Cohaagen, son patron, s’enrichit sur le dos des habitants de la planète. Il y retrouve des amis, une petite amie, Melina (la brune du début) et une cause à défendre.

Arnold Schwarzenegger incarne Douglas Quaid/Hauser. C’était du temps où il n’était pas encore marié à une Kennedy, évidemment, et il faut avouer qu’il n’avait pas non plus l’air d’une lumière à l’époque et qu’il surjouait terriblement. Ces petits défauts se sont améliorés au fil des “Terminator”.

Sharon Stone, décidément une habituée des film de Paul Verhoeven, n’avait pas encore étalé, si je puis dire, son talent dans Basic Instinct. Au hasard de la distribution, on trouve aussi Michael Ironside qui malheureusement n’a pas vraiment brillé après la série V. Il était le rebelle taciturne et noir qui s’opposait sans cesse à Michael Donovan, l’un de mes personnages préférés.

Quelques petites choses sont intéressantes à savoir à propos de ce film. La première est que c’est une adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick, We Can Remember It For You Wholesale. La deuxième c’est que le personnage s’appelle Douglas Quail, un nom qui a été gardé dans les différentes versions du scénario et changé en dernière minutes parce que Dan Quayle était alors vice-président sous la présidence de Bush père. Troisième chose, je viens juste de parler de différentes versions du scénario, il semble qu’il y en ait eu plus de 40. Je ne sais pas pourquoi. Enfin, Patrick Swayze était initialement prévu pour jouer le rôle. Il fut aussi offert à Christopher Reeve avant de passer à Arnold Schwarzenegger.

A l’époque, le film a reçu de multiples récompenses. Il faut avouer qu’il n’est pas trop mal. Il souffre évidemment de quelques effets spéciaux manqués, de longueurs et de lenteurs. Mais il est tout à fait potable.

L’adaptation du film à la série

Nous sommes sur Mars. Il y a un problème de pression d’oxygène, un homme le résout. Un femme le félicite. “Tu viens de sauver des centaines de vies”, proclame-t-elle. Elle lui est totalement offerte. C’était un fantasme virtuel généré par Rekall. La série commence, comme le film, sur une scène virtuelle qui se déroule sur Mars et qui inclut un couple. Mais, on pourrait presque dire que la comparaison s’arrête là.

“Les téléspectateurs qui chercheraient un élément qui leur rappellerait le film Total Recall de 1990 (…) seront déçus de Total Recall 2070. Comme d’autres séries récentes de Showtime (Poltergeist), Total Recall 2070 n’a réellement rien à voir avec sa grande soeur cinématographique”  (SciFi.com).

La première différence, de taille, avec le film est le budget. Dans la série, on retrouve inlassablement les mêmes plans d’extérieur: les autoroutes, les cheminées des usines, l’ascenseur, jusqu’à la façade du CPB… Les effets spéciaux sont plutôt cheap.

Le film par contre, était d’assez bonne facture à l’époque. Souvenez-vous de la secrétaire de Recall qui changeait le vernis de ses ongles grâce à un espèce de pinceau ou du taxi complètement informatisé et conduit par un robot, de l’appartement de Doug qui annonçait celui du héros du “Cinquième Elément”, du moment où Quaid est déguisé en dame pour passer les contrôles à l’arrivée sur mars (il a un masque ultra perfectionné). Il est vrai que certaines petites choses laissent à désirer. Par exemple, il a paru crédible que Mars acquiert une atmosphère en moins d’une minute. Et personne ne semble se rappeler qu’il fait froid sur Mars, les humains qui y habitent semblent plutôt suffoquer de chaleur. Mais bon…

Le scénario s’éloigne également du script initial. D’un côté, on a un agent secret qui cherche à retrouver son identité pour mener son combat inachevé. L’intrigue se noue autour d’une histoire de gros sous, de mines et d’oxygène et la planète Mars prend une grande importance.

Dans la série, on a un flic qui se retrouve, malgré lui dans une histoire de relations entre êtres humains et androïdes. Il enquête sur des affaires où la technologie, quelle qu’elle soit, menace la race humaine et où les agissements des corporations ne sont pas angéliques. On reste sur Terre

A ce propos, un autre élément marque: Rekall, dans la série, est une société très influente et prospère alors que dans le film, ce n’est qu’une entreprise miteuse avide du moindre client. Le patron, dans la série, est quelqu’un de puissant, qui a le bras long, dans le film, c’est surtout un crâneur raté.

Pas la série du siècle…

Encore moins du siècle prochain. Les bases de l’histoire ne sont pas inintéressantes et faire des flics du futur, des défenseurs de l’humain face à la technologie n’est pas une mauvaise idée. Mais les épisodes partent dans tous les sens, sont inégaux, on n’a pas de réponse à nos questions, bref la série apparaît clairement incohérente. Il manque une stratégie globale forte. On s’attarde d’abord sur les androïdes, avant de passer à d’autres problèmes (pollution, clonage, etc…) pour ensuite revenir vers les androïdes. Les pistes qui pourraient mener vers des thèmes sous-jacents plus profonds ne sont jamais explorées.

Dans certaines séries, les scénarios inconsistants sont un peu rattrapés par des personnages attachants, ce n’est pas le cas ici. Les personnages n’ont aucune épaisseur. David travaille, rentre, saute sa femme, dort. Il n’a pas de passion, pas de faille, son couple est totalement lisse. Olivia est là pour le réconforter, le faire parler de ses problèmes de conscience. Son seule rôle est de jouer les médiateurs pour le téléspectateur. Ca s’est déjà vu, mais il y a 30 ans!

Pour ne rien arranger, on leur ajoute des amis (celle d’Olivia dans l’épisode 1.19), des parents (le père de David Hume), un passé (Holan dans l’épisode 1.20) qu’on abandonne après un épisode. De nouveau, c’est incohérent et cela décrédibilise l’univers qu’on nous présente.

Même des éléments importants ne sont pas suivis. Olivia a un implant, quand on le lui enlève, elle perd la mémoire, puis la retrouve, on lui dit qu’elle risque d’avoir des problèmes de mémoire, mais il n’en est rien. Elle ne semble même pas troublée alors qu’elle doit gérer une double personnalité.

Les dialogues ne relèvent pas le niveau. On explique tout, les phrases sont souvent creuses et déclamées mécaniquement. Pour ne rien arranger, les visages des acteurs sont complètement inexpressifs. Ray Richmond va dans le même sens quand il souligne que le jeu des acteurs est “wooden” (figé): “71 ans (ndlr: entre 1999 et 2070) ne se sont pas révélés suffisants pour éliminer le problème des acteurs jouant mal” (variety.com).

Le site scifi.com voit au moins un avantage à la série (outre le jeu des acteurs, les paysages générés digitalement qu’il trouve magnifiques et les acteurs qui sont beaux, des arguments avec lesquels je suis en total désaccord). Ses auteurs rappellent aux surfeurs que comme on est sur Showtime, on a droit à des scènes de sexe…

Personnellement, je les trouve plutôt vite contents les téléspectateurs de Showtime! C’est pas franchement explicite, ni excitant, ni esthétique, ni bien amené, ni mené jusqu’au bout. Mais je trouve que la série a, en effet, des relents de film érotique. Vous voyez les mauvais dialogues, les décors peu crédibles, le jeu des acteurs, les scénarios lents et creux…

En résumé, cette série n’est pas nécessaire à la culture télévisuelle de tout un chacun. A regarder si on est un fana des adaptations transmédiatiques (livre -> film -> télévision). Mais, personnellement, je vous conseille plutôt de revoir le film si Total Recall vous intéresse ; de lire Asimov ou de revoir “Terminator”, ou le dernier Alien si vous adorez les robots ; de découvrir “Bienvenue A Gataca” si vous vous interrogez sur la société de demain ; de louer “Le Cinquième Elément” si vous aimez les effets spéciaux.

Vu le titre, vous ne serez pas étonné d'apprendre que cette série est adaptée du célèbre film avec Arnold Schwarzenegger. Elle est programmée pour la première fois sur Showtime le 7 mars 1999. En tout, elle compte 22 épisodes d'une heure. En effet, la chaîne n'a pas souhaité resigner pour une seconde saison. Total Recall 2070 débarque en Europe francophone en septembre 1999 sur Canal +. Une histoire de robot, de technologie sur fond de futur... Total Recall: la série David Hume est un inspecteur du CPB. Il fait équipe avec Ian Farve depuis que son coéquipier,…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Total Recall 2070

Critique de l'auteur: Si vous aimez Philip K. Dick, relisez plutôt ses nouvelles...

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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