Bill Bixby

De juin à septembre 2017, c’est le “Summer Festival” sur AFDS.tv. L’occasion de publier chaque semaine d’anciens dossiers, chroniques ou suppléments diffusés précédemment en radio mais jamais postés sur le web. Cette chronique “Who’s Who” consacrée à “Bill Bixby” a originellement été diffusé en radio en mai 2008.

C’est assez étonnant, quand on y pense… Mais l’image qui survient quand on parle de Bill Bixby est la peau verte de Hulk. Pourtant, Bill n’a jamais été maquillé en vert puisque c’est Lou Ferrigno qui incarnait le monstre.

L’interprétation de Bill Bixby est cependant tellement magistrale qu’on en oublie qu’il n’était PAS le monstre. Franchement, comment peut-on rester mentalement sain en incarnant ce rôle aussi triste? C’est ce que je me suis toujours demandé face à cette série.

C’est son agent qui lui met le scénario de L’Incroyable Hulk dans les mains. L’acteur descendait à peine d’un avion. Il a tout de suite détesté le titre. S’il fait la fine bouche, c’est qu’en 1977, il est déjà un acteur qui peut refuser un script. Surtout s’il s’agit d’un rôle de super-héros qui risque de tourner au collant coloré et au masque kitschissime.

Comme tous les acteurs, Bixby est passé par les petits boulots, les vaches maigres et les petits rôles dans les comédies musicales. Mais, dès son premier rôle majeur, il a touché à la célébrité. C’était déjà dans une série: “My Favourite Martian” en 1959. Il y incarne le Martien. Le programme est diffusé jusque 1966 et est un hit dès la première année.

La renommée de Bill est telle qu’il passe au cinéma et qu’il est contacté par Elvis Presley pour jouer dans deux films dont “A Plein Tube”. Le deuxième rôle marquant de sa carrière est également télévisuel. Il tient le premier rôle dans “Le Magicien”, une série pour laquelle il a développé ses qualités de prestidigitateur.

Mais revenons sur le tarmac de l’aéroport de Los Angeles en 1977. Son manager lui conseille de lire le scénario de L’Incroyable Hulk. Et, contre toute attente, Bixby est séduit par le côté “film de monstres” des années quarante qui s’en dégage.

A l’époque, les super-héros font recette. Super Jaimie, L’Homme Qui Valait Trois Milliards, Wonder Woman et Spider-man assurent la succession du Batman haut en couleurs de ABC. Les studios Universal s’intéressent à Hulk, le personnage créé par Stan Lee et Jack Kirby pour la Marvel.

C’est Kenneth Johnson, qui créera plus tard la magnifique série de science fiction “V“, qui est chargé d’en écrire le scénario. Ce dernier déteste les super-héros. Il n’a accepté qu’à condition de pouvoir développer le potentiel dramatique de la fiction.

Avec l’accord de Stan Lee, consultant sur la série, Johnson s’éloigne donc fortement des bandes dessinées où Hulk combat des créatures bizarres, fantastiques ou extraterrestres. Dès le début, Bill Bixby et Kenneth Johnson sont sur la même longueur d’onde.

Contrairement aux autres fictions de super-héros, Hulk permet d’explorer la colère, un sentiment très intérieur et finalement très humain. Comme Mister Hyde, Hulk symbolise la face cachée de l’être, l’ennemi indompté.

D’accord Hulk est un monstre vert, dira Johnson, mais il n’est qu’une exagération d’un être humain normal“. Banner ne se transforme pas en monstre face à des événements spectaculaires, mais suite à des agressions anodines: un embouteillage ou une employée du téléphone bornée. Pourtant, il existe une différence majeure entre Hyde et Hulk. Le monstre vert est sympathique. Il est plus terrifié et perdu que vindicatif.

Personnellement, c’est exactement cela qui m’a marqué dans la série. Vous souvenez-vous? A la fin de chaque épisode, il prend son sac et s’éloigne à pied sur fond de musique mélancolique. A chaque épisode, je me souviens que je ressentais de la pitié pour ce pauvre type.

L’acteur incarne à la perfection le héros frappé par le destin. C’est pessimiste, mais tellement tragique au sens théâtrale ou grec du terme. Je ne sais pas à quoi ressemblait la vraie vie de Bixby, ni comment était son caractère, mais c’est une impression que je lui ai toujours associée. Je sais juste que sa vie a été souvent endeuillée, mais je n’y vois pas une quelconque malédiction du rôle, rassurez-vous.

Pour la petite histoire, sachez qu’on a eu chaud! Le rôle avait d’abord été proposé à Larry Hagman, le JR de Dallas.

Après Hulk, Bill Bixby se concentrera sur la réalisation et la production. C’était déjà une envie qui le tenaillait sur le tournage de la série. Il en a dirigé un épisode d’ailleurs, mais les longues séances de maquillage l’empêchaient de réellement se consacrer à la direction d’acteurs. Il signera ensuite plusieurs films ou séries dont “Le Riche Et Le Pauvre, des épisodes de “Drôles De Dames” et les trois téléfilms de Hulk.

Bill Bixby est décédé d’un cancer de la prostate en 1993. La maladie l’a obligé à arrêter la réalisation de la sitcom “Petite Fleur” pour NBC. Mais le monstre vert ne l’avait pas quitté. On raconte qu’il était en train de peaufiner le scénario d’un quatrième téléfilm quand il a tiré sa dernière révérence.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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