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Kenneth Johnson

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Isaac Asimov est un nom incontournable pour la science-fiction littéraire et pour la science-fiction en général. En télévision, une fois qu’on a cité Gene Roddenberry (le créateur de Star Trek), le nom de Kenneth Johnson s’impose. Si vous faites partie de ceux qui n’ont pas vu un épisode de Star Trek “classique”, vous avez par contre, probablement tous vu du Kenneth Johnson. Il est le papa de V et de L’Incroyable Hulk.

Tout frais sorti de l’école, Johnson a décroché un poste d’assistant de production au siège new-yorkais de CBS. Il devient producteur et réalisateur du Mike Douglas Show et le programme engrange deux Emmy Awards pendant qu’il s’en occupe. Mais Johnson veut bosser sur des séries et il déménage pour Los Angeles. Entre ’68 et ’75, il aiguise ses talents de scénariste sur Adam 12, une série policière de Jack Webb, le gars qui avait fait Dragnet.

Mais ce qui intéresse Johnson, c’est la science-fiction. Dans le bulletin du fan club anglais de V, il déclare que s’il ne s’était pas orienté vers une carrière artistique, il serait probablement devenu astrophysicien ou astronome. “J’ai toujours été fasciné par l’immensité de la galaxie et les possibilités infinies qui en découlent”. Pas étonnant du coup, qu’il se tourne vers un roman de SF pour sa première création. Il s’agit de Super Jaimie, la série est tirée du livre Cyborg de Martin Caidin.

Super Jaimie est un spin-off, une série dérivée d’une autre. Elle prolonge l’univers de L’Homme Qui Valait Trois Milliards avec Lee Majors (L’Homme Qui Tombe A Pic) dans le rôle principal. Steve Austin est un astronaute. Victime d’un grave accident, il est partiellement reconstruit grâce à des implants artificiels. Il devient donc un agent secret doté d’une force physique hors du commun et d’extraordinaires perceptions auditives et visuelles.

Lors de quelques épisodes de l’année 1975, Steve Austin retrouve un ex-petite amie, Jaimie Sommers. Mais elle est aussi victime d’un accident et reconstruite par l’OSI. Elle devient, elle aussi un agent secret. Durant la saison 1976, Jamie a sa propre série et les cross-over seront nombreux entre les deux séries. L’aventure durera trois saisons.

La réputation que s’est taillée Johnson est alors suffisante pour qu’il devienne son propre producteur exécutif. Il adapte l’un des comics les plus célèbres de la Marvel, L’Incroyable Hulk. Stan Lee, le créateur du personnage pour la Marvel, était consultant sur la série. Pendant 5 saisons, Bill Bixby incarne le docteur David Banner. Suite à un accident lors d’une expérience, il a été exposé à des rayons gamma. Au moindre choc émotionnel, il se transforme en une créature verte dotée d’une force surhumaine. Richard Kiel (les mâchoires d’acier qui s’opposaient à James Bond dans L’Espion Qui M’Aimait et Moonraker) avait été pressenti pour jouer le rôle, mais il refuse. On auditionne alors un certain Arnold Schwarzenegger, trop petit, avant de sélectionner Monsieur Univers, Lou Ferrigno.

Il ne s’arrête pas en si bon chemin, il travaille sur un projets de trois séries imbriquées construites sur le modèle du cliffhanger, c’est-à-dire qui laissent le héros dans une position délicate à la fin de chaque épisode. Le module ne restera pas longtemps à l’antenne. Il collabore également à plusieurs téléfilms.

Mais c’est en 1982 qu’il s’illustre de nouveau avec un projet qui lui tient beaucoup à coeur. D’abord parce que c’est un scénario personnel et non une adaptation. Enfin, parce qu’il y développe ses idées politiques, contre le fascisme et certaines dérives. Un véritable hommage aux résistances de tout temps et de tout pays. Il s’agit de V évidemment.

Beaucoup critiquent la série et prétendent qu’il effectue là sa traversée du désert. C’est oublier un peu vite qu’il a été évincé de la série. Il est bel et bien le créateur et le producteur exécutif de ses meilleures parties: les deux mini-séries qui ouvrent la saga. Les 19 épisodes de la série régulière échapperont totalement à son contrôle.

A part quelques épisodes du JAG, il continue de s’investir dans la science-fiction. D’abord, il crée Alien Nation, une série où un vaisseau extraterrestre s’écrase sur Terre. Ce sont des esclaves en fuite qui devront s’intégrer dans la société humaine. Ensuite, avec Sept Jours Pour Agir (Seven Days: the series) qui explore le thème du voyage dans le temps. Il a aussi touché au grand écran avec Appelez-Moi Johnny 5, une suite de Short Circuit. Le film raconte l’histoire d’un robot qui acquiert une conscience. Le long métrage n’est pas parfait. Il déborde par exemple de bons sentiments gros comme des maisons. Mais il faut dire qu’il s’adressait à des enfants.

J’ai parlé de Gene Roddenbery en ouvrant cette chronique. Son univers est utopique, pacifique et exempt de questions éthiques. Le monde De Kenneth Johnson est totalement différent. Hulk est un héros controversé, traqué alors qu’il est avant tout une victime. V met en scène des envahisseurs et des résistants dont il est impossible de dire qu’ils sont totalement blancs ou totalement noirs. La série pose l’hypothèse que l’être humain n’est pas la seule solution. Que d’autres formes de vie ont pu se développer ailleurs et que d’autres formes de vie auraient pu prendre le dessus sur cette planète aussi. Alien Nation et Appelez-Moi Johnny 5 abordent le thème de la différence et les réactions possibles face à cette différence.

Depuis, Johnson a surtout travaillé sur des mini-séries et des téléfilms. Mais, beaucoup plus intéressant, il a travaillé sur les remakes de V et de Super Jaimie. Johnson semble loin de renier son amour pour la science-fiction.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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