Spider-man

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1962. Marvel Comics n’est qu’un petit éditeur qui publie une quinzaine de comic books. A l’époque, les monstres géants de tous poils et de toutes écailles ont le vent en poupe et les super-héros sont les anges gardiens de l’humanité. A la Marvel, un titre est en difficultés: Amazing Fantasy.

Comme son premier titre l’indiquait (Amazing Adult Fantasy), le comic développe des histoires, certes plus courtes, mais surtout plus intimistes et moins spectaculaires que les monstres destinés aux lecteurs habituels (moyenne d’âge: 8 ans). Mais la sauce ne prend pas. La Marvel décidé d’arrêter les frais au 15ème numéro.

Sachant le titre condamné, les animateurs s’accordent une audace. Stan Lee (scénariste) et Steve Ditko (dessinateur) inventent un scénario à la limite de la parodie. Ce n’est que quelques mois plus tard que les résultats des ventes révèlent que ce héros était plutôt apprécié. Stan Lee lance un nouveau comic book reprenant le même personnage: The Amazing Spider-man.

Stan Lee avec Jack Kirby avait déjà créé, en 1961, The Fantastic Four. L’histoire d’un groupe de héros aussi prompts à sauver la veuve et l’orphelin qu’à se chamailler. En 1962, ils enchaînent avec l’Incroyable Hulk, Ant-Man (l’homme fourmi) et Thor. Spider-Man n’est QUE la dernière création de l’année.

Le comic, The Amazing Spider-man, démarre en ’63. Il deviendra le plus populaire de la Marvel. C’est le début d’une saga célébrissime et toujours en production. Aujourd’hui, 5 titres, 2 dessins animés, une série et 3 films ont assuré la popularité du “Tisseur”.

L’Araignée étend sa toile en France dès 1969 dans Fantask, Marvel, Strange, Special Strange, Spidey, Nova et Spider-man publiés par les éditions Lug puis par Sémic. Depuis 1997, Spider-man et Spider-man Extra sont publiés par Marvel France.

L’innovation

Jusqu’aux années ’60, les super-héros étaient destinés à un public d’enfants. Les récits étaient simples et linéaires. Grâce à la Marvel (une maison d’édition assez jeune en comparaison des autres qui datent des années ’30-’40), les héros deviennent plus complexes. Ils connaissent aussi des problèmes de la vie réelle.

Peter Parker était encore adolescent quand un accident de laboratoire survient. Il est piqué par une araignée radioactive. Il acquiert une force, une agilité supérieures à la normale. Il peut également se déplacer sur les plafonds et les parois verticales. Il est doté de son “sens araignée” qui le prévient lorsqu’un danger guette.

Dans un premier temps, il tente d’utiliser ses pouvoirs pour gagner de l’argent grâce au showbiz. Mais il laisse s’échapper un voleur qui tue son oncle Ben. Pris de remords, il décide de combattre l’injustice. “Un grand pouvoir s’accompagne toujours de grandes responsabilités” écrivent les auteurs à la fin de l’épisode. Le lecteur s’identifie facilement à cet adolescent qui lui ressemble et qui est propulsé dans un destin hors du commun sans l’avoir vraiment choisi (un peu comme Buffy).

Pour la première fois, les ados accèdent au devant de la scène sans que cette période difficile soit décrite d’une manière innocemment idyllique. Peter est un lycéen trop sérieux, pas assez sportif. Il est rejeté par les autres écoliers qui ne comprennent pas à quoi il passe ses soirées.

Spider-man est un héros tourmenté, sensible au doute et qui a les mêmes problèmes que monsieur tout le monde. Et, pour couronner le tout, la population ne l’apprécie guère, influencée par une campagne médiatique négative. J. Jonah Jansons, le patron du Daily Bugle a décrété que l’Araignée était un criminel. Il le massacre dans ses éditos où il transforme ses actes héroïques en comportements anti-sociaux (NB: c’est à ce même journal que Peter Parker vend les clichés de ses propres interventions. Il participe donc à son propre lynchage médiatique!).

Lee, Kirby et Ditko ont aussi inventé la continuité dans les comics. Contrairement à ce qu’il se passait avant, où l’univers des super-héros restait figé, où le temps ne défilait pas, le passé influe sur le présent, les personnages évoluent. Peter Parker entre à l’université puis devient assistant. (Ses connaissances en chimie lui ont d’ailleurs permis d’inventer l’adhésif révolutionnaire qui constitue sa toile et qu’il projette à l’aide de lances-toile dissimulés dans ses poignets). On le voit sortir avec Betty Brant, Gwen Stacy.

Peter vit aussi avec son temps. Pendant ses études, il fréquente les milieux hippies branchés. Le campus s’enflamme aux revendications étudiantes. Les garçons qui étaient au lycée avec Peter s’enrôlent pour le Vietnam. Tante May va voir la comédie musicale Hair.

Mais cela complexifie la tâche des créateurs. Le réalisme rend la vente sous forme de série TV, dessins animés et jouets plus compliquée. Les scénaristes doivent conserver le changement en ne modifiant absolument rien. Parker doit vieillir mais pas à la vitesse normale (autrement il aurait 50 ans).

La répétition

A la fin des années ’60, les scénaristes tournent en rond. Peter a une relation stable avec Gwen Stacy. Il est aux études. Gerry Conway, un scénariste, ose la tuer lors d’une bagarre avec le Green Goblin. Mais ça ne résout rien. Peter connaît un flirt rapide avec Marie Jane Watson, une actrice, top-model au caractère bien trempé. Il termine ses études en ’79, mais il est toujours photographe free-lance et super-héros. Il sort avec d’autres filles (dont une est une aventurière en costume, Black Cat). Puis Marie-Jane revient pour se marier avec Peter.

En 1995, la situation se reproduit, le train-train menace. Les scénaristes pensent alors à une solution-choc: la saga des clones. En ’75, le Chacal avait créé des clones de Peter et Gwen. Ils reprennent l’intrigue 20 ans plus tard. Le clone que Peter croyait mort est vivant et a pris l’identité de Ben Reilly. Par un récit complexe, on apprend que Ben est, en fait, le vrai Spider-man. Il récupère ses pouvoirs. La manoeuvre est limpide: les scénaristes veulent faire table rase du passé et réinventer un nouveau personnage, un nouvel entourage. Mais les fans n’apprécient pas et ils font marche arrière.

Depuis, Marie-Jane est tombée enceinte et a accouché d’une petite fille. Malheureusement, elle a été kidnappée par Norman Osborn (Green Goblin). Ses parents la croient morte et se comportent comme si rien ne s’était passé. La tante May est morte.

La série TV

En 1977, les séries de science-fiction de CBS s’effondrent (L’Âge de Cristal et L’Homme de l’Atlantide), mais Wonder Woman (rachetée à ABC) connaît un succès sans précédant. L’idée d’adapter des héros de comics paraît assez bonne aux pontes du network. Ils puisent dans le stock de la Marvel et, plus précisément, ils se tournent vers Hulk et Spider-man, deux héros moins coûteux à transposer sur petit écran que les Fantastic Four ou les X-Men.

Universal TV crée un téléfilm en 1977 mais CBS le refuse. Il sort alors en salle sous le titre The Mind Stealers. Nicholas Hammond incarne Peter et le cascadeur Fred Waugh double l’Araignée. Le film souffre d’un scénario léger, de costumes ridicules et de cascades plutôt amateur (on voit les câbles qui soutiennent l’Araignée quand elle évolue entre les grattes-ciel). Il n’a pas le niveau d’un long métrage.

Par contre, il fonctionne très bien sur petit écran sous le titre Spider-man (CBS, 19 avril 1977). Devant le succès rencontré, CBS commande 5 épisodes de The Amazing Spider-man, puis 6 l’année suivante. L’aventure télévisée s’arrêtera ensuite.

1962. Marvel Comics n'est qu'un petit éditeur qui publie une quinzaine de comic books. A l'époque, les monstres géants de tous poils et de toutes écailles ont le vent en poupe et les super-héros sont les anges gardiens de l'humanité. A la Marvel, un titre est en difficultés: Amazing Fantasy. Comme son premier titre l'indiquait (Amazing Adult Fantasy), le comic développe des histoires, certes plus courtes, mais surtout plus intimistes et moins spectaculaires que les monstres destinés aux lecteurs habituels (moyenne d'âge: 8 ans). Mais la sauce ne prend pas. La Marvel décidé d'arrêter les frais au 15ème numéro. Sachant…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre

Spider-man

Critique de l'auteur: Si vous aimez Spider-man, lisez le comics ou regardez les films. Si vous voulez vraiment regarder une série de super héros des années 1970, regardez Wonder Woman.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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