Julie Lescaut

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Comme pour la plupart des séries françaises, l’information de base est difficile d’accès. “Julie Lescaut is a woman cop who has just been promoted chief officer of a police station in a suburbian town. She now has to prove that she can manage the situation as well as her family life”, nous apprend le site de GMT Productions.

Renseignement qui sera complété par “The return of France’s favourite officer and mother!” pour la série 3 et de “13 new investigations for the chief of police Julie Lescaut caught between her professionnal and family life”. Mais de quoi se plaint-on franchement?

La plupart du temps (à l’exception peut-être du site de Telfrance relativement bien documenté), il faut se fier aux sites de fans qui ont minutieusement répertorié les épisodes et archivés les articles de presse sur leurs séries et acteurs favoris. Une pitié.

Malheureusement pour Julie, les sites ne sont pas légion. L’un d’entre eux reprend un résumé des épisodes diffusés (par ordre alphabétique et non de diffusion!), mais sans plus d’information complémentaire… On apprécie cependant le travail. Pour le reste de la toile, on ne trouve pas grand chose de plus.

L’histoire

Le pilote, diffusé le 9 janvier 1992 sur TF1, a été réalisé par Caroline Huppert sur une idée originale d’Alexis Lecaye et un scénario de Michèle Letellier et Alexis Lecaye.

Julie Lescaut vient d’être nommée commissaire aux Clairières, un district résidentiel mi-français, mi-immigrés. Elle a 24 policiers en uniforme et 9 inspecteurs sous ses ordres. Elle n’a pas encore eu le temps de s’installer qu’une affaire difficile lui tombe dessus: un rapt d’enfant. Pas l’idéal quand on doit prouver à ses hommes qu’on est compétent pour ce travail.

Le téléspectateur fait également la connaissance de Sarah et Babou, les deux filles de Julie. Le ton est donné: affaires criminelles se mêlent à la vie privée. Le message: comment une femme s’en sort-elle dans un métier d’homme et comment gère-t-elle vie privée et professionnelle?

D’autant qu’il arrive quand même fréquemment (quelle coïncidence!) que la vie privé de Julie se mêle des affaires sur lesquelles son commissariat enquête.

Paul est parfois l’avocat des truands, parfois victime (Recours En Grâce). Sarah et Babou ont tendance à sortir avec des garçons louches. Louis, un petit ami de Sarah, s’accuse carrément d’un meurtre de sang froid (Secret Des Origines). Teddy, dont Babou s’entiche à la fête foraine, n’est peut-être pas aussi clean que ça (Travail Fantôme).

Elles sont souvent là au mauvais moment au mauvais endroit: Sarah est la première à arriver sur la scène d’un meurtre (Week-end), Sarah et Babou sont prises en otage dans le commissariat (Fête Des Mères), Sarah organise la soirée où plusieurs jeunes sont intoxiqués à l’extasy et son meilleur ami y est assassiné (Bal Masqué), Sarah effectue un stage dans une usine où un suicide et un meurtre causent une grève du personnel (Arrêt De Travail), Babou est témoin de l’agression d’un prof par un parent d’élève (Piège Pour Un Flic).

Quand elles ne sont pas carrément au coeur de l’intrigue comme lorsque Sarah fugue avec la belle-fille d’une victime (Fugitives). Julie elle-même est enlevée une fois… par hasard (Charité Bien Ordonnée). Elle est également présente avec ses filles dans un supermarché où un forcené menace d’ouvrir le feu. Elle sera plus rapide que lui, mais mise sur la sellette à cause de ce geste (Question De Confiance).

Ses amis ne sont pas non plus des gens rangés: une de ses amies, endettée, se tire une balle dans la tête (Crédit Revolver), un autre couple est soupçonné d’avoir participé à une euthanasie (Soupçon d’Euthanasie), une de ses anciennes amies décède dans des circonstances mystérieuses alors qu’elle avait été arrêtée le jour précédent en état d’ivresse et d’excitation avancée (Ville Haute, Ville Basse).

Côté vie privée, Julie est divorcée. On lui connaît bien un ex-petit ami (L’Ex De Julie), un ex-mari, mais peu de flirts actuels. Il est vrai que sa relation avec Paul est parfois ambiguë (Délit De Justice) et que la série flirte parfois avec l’idée de les remettre ensemble (Femmes En Danger).

Sinon, Julie a un papa que les filles ne connaissaient pas jusqu’il y a peu. Julie avait coupé tout contact avec lui, à moins que ce ne soit l’inverse, il est parti quand elle était encore toute petite (Le Secret De Julie). Cette piste ne risque cependant pas d’être explorée plus avant. En effet, l’acteur qui incarnait le papa de Julie, Daniel Ceccaldi, est décédé depuis.

Julie est pourtant une femme et il lui arrive de tomber sous le charme… de son ravisseur et donc criminel (ce n’est pas vraiment l’idéal pour rester objectif) dans l’épisode Charité Bien Ordonnée.

Côté professionnel, Julie est un patron respecté et apprécié de ses subordonnés. Mais le tableau est moins rose avec ses supérieurs. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne lui rendent pas la vie facile. Ils sont toujours pressés de voir des résultats, soi-disant parce que les autorités les tannent. Ils ne semblent pas non plus avoir confiance en leurs simples flics.

Ça peut se comprendre pour un dossier qui pourrait impliquer un tueur en série (A Couteaux Tirés), mais cela irrite beaucoup Julie à d’autres occasions, surtout quand ces personnes risquent de concurrencer son service (Crédit Revolver) ou sont des espions (Police Des Viols). Enfin, il arrive que le supérieur en question soit directement lié à une affaire (Darzac est l’amant de la victime dans l’épisode L’Affaire Darzac et est directement soupçonné).

Les enquêtes de Julie sont principalement des homicides: 35 épisodes sur les 42 dont nous possédons le résumé comptent au moins un affaire de meurtre. Sinon, il s’agit de dossiers de vandalisme (Délit De Justice), de délit de fuite (Destins Croisés), de travailleurs illégaux (Interdit Au Public), de viol (Police Des Viols), de rapt d’enfants (Rapt), d’évasion (Recours En Grâce).

De quelques natures que soient les crimes ou délits, généralement les enquêtes sont à connotation plus sociale. On y découvre les droits des travailleurs (Arrêt De Travail), les problèmes liés à l’incarcération et les conditions de vie dans les prisons (Cellules Mortelles, Fête Des Mères), le harcèlement (Harcèlement), les moeurs (L’Inconnue De La Nationale, Police Des Viols, Trafics), les situations engendrées par l’immigration clandestine (Interdit Au Public), l’euthanasie (Soupçons d’Euthanasie).

Les jeunes sont également une cible privilégiée des scénaristes et donc des éléments importants dans les scénarios qu’ils soient victimes ou criminels. La série aborde notamment la question de la drogue (Bal Masqué), le bizutage (Bizutage), la délinquance (Délit De Justice, L’Ex De Julie), les dangers de la route (Destins Croisés), les problèmes liés à l’éducation (Ecole Du Crime, Surdoués), la difficulté d’être adolescent (Fugitives), le délit de sale gueule (Rumeurs). Parfois, les scénaristes abordent les dangers ou les difficultés du métier de flic (blessures, prises d’otages, bavures, relations aux victimes, objectivité, etc…).

Mais, dans le cas de Julie Lescaut, on pourrait dire que trop de social tue le social. La tendance semble de plus en plus nette pour la série à délivrer des messages. Les enquêtes sont alors l’occasion de présenter plusieurs points de vue et d’en fournir une synthèse moralisatrice à la fin de l’épisode (devinez qui a toujours le beau rôle?).

Au sein des épisodes, on trouve de plus en plus un moment (parfois plusieurs) de dialogues “pédagogiques” qui visent à expliquer, exemplifier une situation. Je me souviens de l’épisode où Franck, le petit ami de Sarah, à un accident de scooter (Destins Croisés). Julie se lance dans une défense du port du casque, chiffres à l’appui. Il ne me semble pas que les premiers épisodes allaient dans ce sens.

Les derniers épisodes que j’ai eu l’occasion de regarder m’ont semblé horriblement bavards. Or ces séquences “pédagogiques” sont aussi froides, superficielles et mal écrites que la télé scolaire de jadis (on dirait de “L’Instit”). A mon avis, cela déforce la qualité de la série (au niveau de la fluidité des dialogues et de la vraisemblance) tout en ratant probablement l’objectif poursuivit. Bref, dites aux scénaristes d’arrêter!!!

Pour ne rien arranger, il faut quand même admettre que la série n’apporte pas de nuance non plus dans sa manière de brosser les personnages. Les héros sont manichéens: les filles de Julie sont exemplaires, ses inspecteurs sont trop bons, elle-même a toujours le bon mot, le bon geste, la bonne opinion.

Et ils n’évoluent pas beaucoup. Motta est malheureux en amour (il faut dire que son histoire n’est pas simple), il l’est encore la saison suivante. Julie est célibataire, elle le reste. Bref tout ceci sent le politiquement correct et est trop lisse.

Les acteurs

Le site “La Cité Des Artistes” reste le répertoire le plus complet concernant la fiction française et les comédiens. C’est sur ce site que nous avons trouvé des informations sur les acteurs de Julie Lescaut. Pour leur filmographie complète, nous y renvoyons, ainsi qu’à la banque de donnée “IMDB.com“.

Véronique Genest (Julie): il s’agit du rôle le plus populaire de la rousse. Elle décroche son premier rôle marquant en 1981 pour le téléfilm Nana (de Michael Cazeneuve), adapté de l’oeuvre d’Emile Zola. Elle y tient le rôle principal. Elle a joué pour des séries télévisées (David Lansky, Secret De Famille), des téléfilms (Une Femme Si Parfaite, On N’Est Pas Là Pour S’Aimer) et le cinéma (Droit Dans Le Mur, Et Demain… Hollywood!, Un Père Et Passe, Association De Malfaiteurs,…).

Jennifer Lauret (Sarah): Le rôle de Sarah est également son plus connu, mais elle est une habituée depuis longtemps des planches de théâtre (dès ses 8 ans) et des projecteurs de télévision. Depuis ses 12 ans, elle apparaît dans une autre série récurrente, Une Famille Formidable, où elle joue l’une des fille des personnages joués par Anny Duperey et Bernard Lecocq. Entre 8 et 10 ans, elle a participé à la comédie Marc Et Sophie. Elle est apparue dans plusieurs téléfilms: Génial, Mes Parents Divorcent, Coeur A Prendre, Passé Sous Silence, Une Leçon Particulière.

Joséphine Serre (Babou): Outre Julie Lescaut, elle a fait une apparition dans Femmes De Loi (Un Amour De Jeunesse) et L’Emmerdeuse. Elle a également obtenu quelques rôles pour des téléfilms et des films dont le plus notable est Jane Eyre avec Charlotte Gainsbourg et William Hurt (elle interprétait Adele).

Renaud Marx (Caplan): Auparavant, il était chanteur. Il faisait partie de l’équipe des Misérables. Il a aussi participé à la mini-série Dickie-Roi en 1981 et plusieurs films ou téléfilms. Il est la voix du ramoneur dans le magnifique dessin animé Le Roi Et L’Oiseau.

Mouss Diouf (N’Guma): Probablement l’autre vedette de la série après Véronique Genest. Il est à l’affiche de plusieurs séries télévisées: David Lansky, Navarro, Le Lyonnais, Kelif Et Deutsch A La Recherche D’un Emploi. Au cinéma, il est apparu dans Astérix Et Obélix: Mission Cléopâtre, Le Raid, Une Femme Très Amoureuse.

Alexis Dusseaux (Motta): C’est d’abord un comédien de théâtre dans Don Quichotte ou Les Caprices De Marianne (il est diplômé du conservatoire de Rouen). Il a joué dans La Cité De La Peur. Il participe également à plusieurs mini-séries ou séries télévisés: Famille D’Accueil, Algérie Des Chimères, Coeurs Caraïbes, Une Famille Pour Deux. Il a été invité dans la série Docteur Sylvestre (D’Origine Inconnue). A noter qu’avant de tenir le rôle du Docteur Sylvestre, justement, Jérome Anger a incarné Trémois dans quelques épisodes de Julie Lescaut.

GMT Productions

Il s’agit d’une filiale du groupe Lagardère. Elle produit des séries pour la télévision. Julie Lescaut pour TF1 bien sûr, mais aussi Boulevard Du Palais pour France 2, Famille D’Accueil pour France 3. Elle s’est particulièrement illustrée avec ses téléfilms de “prestige”: Balzac, Le Comte De Monte Christo (4 Sept d’or en 1999), Les Misérables, Sans Famille, L’Aîné Des Ferchaux, Fabio Montale, pour TF1; Robinson, Napoléon pour France 2.

Alexis Lecaye

Romancier, scénariste, réalisateur, producteur et même acteur, Alexis Lecaye bataille sur tous les fronts. Au-delà des listes, bibliographies et filmographies, c’est dans un interview menée par Paul Maugendre que l’on en apprend le plus sur cet écrivain qui est passé de la critique littéraire (pour Le Monde) à l’écriture de science-fiction, de policier, de roman historique, etc… Et pour cause, l’homme semble être plutôt secret et fuir les conventions.

Son roman Julie Lescaut est publié au Masque avant que la série ne s’invite dans les salons. “Julie Lescaut est née un peu comme le Croque-mort (quelques romans d’Alexis Lecaye, Le Témoin Est A La Noce, La Morte A La Fenêtre, mettent en scène un détective plutôt original, il s’agit d’un croque-mort), de mon désir de trouver un personnage de flic tel qu’on n’en avait jamais vu, et moderne en même temps. Mais cette fois, à la différence du Croque-mort, avec l’idée que ce flic – cette femme – soit une héroïne grand public. Toutefois je ne m’attendais bien attendu pas à un tel succès, même si je l’avais souhaité… Le succès c’est un mélange de facteurs prévisibles et imprévisibles: l’opportunité, l’adéquation du personnage avec le public, l’affection du public pour la comédienne qui interprète le rôle…”.

Si un seul roman Julie Lescaut a été publié, c’est par manque de temps. Et peut-être parce qu’il semble se sentir à l’aise dans l’écriture de scénarios. “J’ai mis dix ans à apprendre à écrire des scénarios, ce qui me donne une certaine expérience, mais ne signifie pas que j’ai fait le tour du sujet. J’ai et j’aurai toujours beaucoup à apprendre – des autres oeuvres, des critiques – en tirant profit de mes erreurs et de mes insuffisances, en respectant le don de scénariste inné du public, en jouant avec lui, en le provoquant et en étant aux aguets des moments où il se détache”.

Dès 1990 et Deux Flics A Belleville, il écrit pour la télévision. Il s’illustrera dans plusieurs séries ou mini-séries: Deux Justiciers Dans La Ville, L’Eté Rouge en plus de Julie Lescaut. Il a également participé au cycle de La Famille Sapajou et d’autres téléfilms. Il a réalisé trois téléfilms: Qu’Elle Est Belle La Quarantaine, L’Ombre Sur Le Mur et Confession D’Un Tueur. Il a produit la série Justice. Les curieux ont découvert son visage dans Sapajou Contre Sapajou où il joue le rôle du psychologue.

Pour sa filmographie complète, voir imdb.com.

Les novélisations

Le roman original Julie Lescaut, dont découle la série a été écrit par Alexis Lecaye et est paru au Masque. Depuis, des novélisations ont été adaptée de la série: Charité Bien Ordonnée et Tableau Noir reprennent les épisodes du même titre. Elles ont été écrites par Christine Arnaud et sont parues chez J'ai Lu.

Une novélisation est un roman qui reprend le matériau d’une oeuvre audiovisuelle: un film, un épisode de série télévisée, un jeu vidéo. Il existe par exemple des novélisations de La Guerre Des Etoiles, Charmed ou Tomb Raider. Un filon plutôt lucratif pour les maisons d’édition qui mettent sur le marché des ouvrages que les fans dévorent et collectionnent.

Il est connu que le fan de séries, puisque c’est ce qui nous occupe, est un bon client merchandising. Jean-Claude Dubost (patron d’Univers Poche entité du groupe Vivendi qui réunit Pocket, Pocket jeunesse, 10/18 et le Fleuve Noir) annonçait en 2003 que le format de poche marche très bien en ce moment. Pour appuyer ses dires, il citait la meilleure vente: Buffy qui s’est vendu a 1,6 million d’exemplaires.

Vous les avez probablement déjà croisés dans les rayons de votre librairie favorite, les héros adolescents et actuels sont sur-représentés dans les novélisations. Buffy Contre Les Vampires, Angel, Dark Angel, Lois & Clark, Roswell. Mais la novélisation de séries est aussi vieille que Star Trek et compte des titres comme L’homme De L’Atlantide, K2000, UFO, Alerte Dans L’Espace, Châteauvallon ou encore V].

Julie Lescaut fait plutôt partie de ces novélisations oubliées. Les catalogues des maisons d’édition ne reprennent généralement que les oeuvres très récentes. Les sites internet de fans ne répertorient que les collectors. Julie Lescaut ne fait partie ni de ceux-ci, ni de ceux-là. Quel intérêt d’en parler dans ce cas? Tout simplement parce que cette novélisation en particulier offre un cas intéressant de glissement.

Prenons Charité Bien Ordonnée. L’intrigue de l’épisode télé et celle du roman sont identiques: une femme est retrouvée assassinée chez elle. Son mari déboule sur un plateau de télévision où se déroule un débat sur la police, avec entre autres invités Julie Lescaut.

Il prétend qu’il est innocent d’un meurtre qui n’est pas encore découvert et qu’il va prouver son innocence. En attendant, pour se protéger, il prend Julie en otage. Il l’emmène chez une amie et tente de la convaincre. Le commissaire commence à le croire et mène, avec les moyens du bord, son enquête.

“Avait-elle bien mis ses pilules contraceptives dans son sac ou les avait-elles laissées sur la table de la cuisine après son petit déjeuner?” (p. 35). Et oui, cette citation à elle seule permet de montrer que si la Julie Lescaut télévisuelle est pleine d’énergie et d’allant, la version papier est… autre chose.

Dans cette novélisation, on accède, en effet, aux pensées de Julie, un élément que la série met rarement en scène. “Calme-toi, Julie, s’ordonna-t-elle. Pas question de se laisser aller à la terreur. L’affolement ne peut qu’engendrer la pagaille” (p. 21).

On apprend qu’elle pense à une technique de relaxation quand elle est kidnappée (p. 21). Peut-être la super-flic est-elle plus fragile qu’on ne le croit? On ne compte plus les monologues intérieurs (il est vrai que dans sa position d’enlevée, elle n’a pas grand chose d’autre à faire!). Julie prend donc le temps de réfléchir à la manière dont elle vit sa vie.

Dans le roman, Julie est toujours une mère. Elle évalue l’évolution de ses filles, par exemple. “Oui, les filles étaient le plus souvent seules et, non, Julie ne pouvait pas contrôler ce qu’elles faisaient pendant ce temps. L’autre jour, Sarah était rentrée en retard et empestait la cigarette. “On est allées boire un pot au café pour fêter l’anniversaire de Camille”, avait-elle dit, le regard un peu fuyant. Déjà le tabac, déjà les mensonges et la culpabilité” (p. 119).

A l’écran, Julie Lescaut est un commissaire efficace et une femme qui jongle avec succès entre sa vie professionnelle et son rôle de mère. Dans le livre, elle s’attache parfois à des détails féminins plutôt futiles comme cette histoire de pilule contraceptive ou sa soif d’apprendre les joies du maquillage. “Pas question de perdre une occasion d’apprendre quelque chose. Elle observa donc les gestes de la jeune femme qui, experte, lui appliquait poudres et crèmes, et elle la mitrailla de questions” (p. 11).

Julie Lescaut est une femme au niveau basique du terme qui s’inquiète de ses bas nylon, de l’état de ses chaussures, de son maquillage et qui perd plus d’une fois son calme. Pire que tout, alors que la série occulte presque complètement sa vie amoureuse, la novélisation fait d’elle une adolescente jalouse de l’amie de son petit-ami. Le roman transpose l’intrigue du genre policier au sentimental et c’est pratiquement à un autre personnage que le lecteur est confronté.

Si la novélisation de Julie Lescaut ne nous semble pas des plus réussie (du moins ce tome-là). Il est tout de même intéressant de souligner qu’elle peut apporter un angle neuf sur les protagonistes, notamment par l’ajout de la pensée (l’exemple donné par les romans adaptés de Charmed me paraît plus réussi).

Si dans un premier temps la télévision nourrit le roman (on reprend les intrigues, les personnages, les lieux, on économise les descriptions physiques et le retour sur le passé de l’histoire). Ensuite, pourquoi ne pas penser que les deux textes s’enrichissent mutuellement? Les téléspectateurs obtiendrait telle information du roman, telle autre de la série et composerait un tout homogène grâce à ces différentes sources. Cela suppose évidemment que les différentes versions d’une même fiction sur supports différents soient connues d’un grand nombre de lecteur/téléspectateurs.

Les policiers français

Le polar et la télévision française, c’est une longue histoire. Si la télévision française a vu le jour le 26 avril 1935, il faut attendre la fin des années ’40 pour qu’elle prenne réellement son envol. Au départ coincée parce que l’enregistrement et le montage n’existent pas, et les tournages en extérieur étaient trop lourds, la télévision va développer des “dramatiques vidéo” héritières de la tradition parlée du théâtre.

Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret nous apprennent, dans Meurtres En Séries: Les Séries Policières De La Télévision Française, que les premières dramatiques sont policières (Ce Soir Je Viendrai) ainsi que les premiers feuilletons (L’Agence Nostradamus, 1950).

Malgré les inconvénients du direct, certaines séries se développent et deviennent mythique à l’image des Cinq Dernières Minutes de Claude Loursais (1958). Au début, l’émission oscillait entre jeu télévisé (deux candidats devaient trouver la solution de l’énigme) et fiction (des comédiens jouaient une intrigue policière) (pp. 17-21).

Au début des années ’60, la création de la deuxième chaîne et l’accroissement du nombre d’heures de diffusion, augmente logiquement le nombre d’émissions. On voit apparaître des feuilletons découpés en tranche de 13 ou 26 minutes qui sont diffusées avant les différents journaux télévisés.

Les auteurs s’inspirent généralement de la littérature populaire notamment policière. C’est ainsi que naît la première adaptation de Rocambole (1965). Mais on pourrait aussi citer Les Habits Noirs, L’Abonné De La Ligne U, Belphégor, Les Compagnons De Baal, etc…

La télévision française vit également une véritable relation unique avec la littérature policière et ses grands personnages. “Le roman policier français a connu dans les années 1905-1920 un premier et fort spectaculaire âge d’or grâce à l’invention par trois auteurs -ou plutôt deux auteurs et un duo- de personnages qui sont devenus de véritables mythes littéraires: Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur créé par Maurice Leblanc, Rouletabille, le journaliste-détective amateur créé par Gaston Leroux et Fantômas, le maître de l’épouvante créé par Marcel Allain et Pierre Souvestre” (p. 100).

Ces trois héros deviennent très vite des vedettes cathodiques. Claude Brasseur sera la visage de Rouletabille en 1965. Georges Descrières incarne le gentleman cambrioleur en 1971. Jean-Claude Brialy et François Dunoyer reprendront ensuite le personnage. C’est l’acteur allemand Helmut Berger qui joua Fantômas (1964). D’autres adaptations suivront ces trois premier essais: Vidocq, Maigret, Nestor Burma, etc…

Sous Valéry Giscard d’Estaing, l’ORTF vit une réforme qui va mettre fin à ses jours. Elle est démantelée en sept organismes distincts. Les chaînes de télévisions telles que nous les connaissons voient le jour. En janvier 1975, la première chaîne devient TF1, la deuxième chaîne devient Antenne 2 et la troisième France Régions 3 (FR3).

Les nouvelles chaînes nécessitent de nouveaux héros d’autant que Starsky et Hutch et leur insolence viennent de débarquer en France et rendent obsolètes les anciens flics. “En 1974, Jacqueline Baudrier, directrice de la chaîne [TF1] demande au réalisateur Claude Boissol d’étudier l’idée d’une série policière apte à concurrencer les émissions rivales de la chaîne couleurs” (p. 224).

Il reviendra dans son bureau avec le scénario d’un certain Commissaire Moulin (diffusé en 1976). Il est jeune et ses méthodes d’investigations sont modernes. Au fil des épisodes, Yves Rénier, l’acteur qui l’incarne, va également le relooker. Fini le costume-cravate, le commissaire adopte les cheveux longs, le jeans et le blouson.

Les années ’80 sont celles des collections. On porte à l’écran des suites de téléfilms rassemblés sous un titre et qui ont en commun un thème, une atmosphère, un ton. Série Noire est la première (1984-1990). Elle reprend des titres de la célèbres collection de Gallimard. Suivront Le Petit Docteur (1986), L’Heure Simenon (1987-1988), Haute Tension (1988-1989), Néo Polar (1985), Sueurs Froides (1988), Le Masque (1989).

Dans les années ’90, le policier a ses soirées thématiques: “le jeudi sur TF1, le dimanche sur Antenne 2, le vendredi sur FR3 et La5 et le samedi sur M6” (p. 279). Le livre de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret a été publié en 1990 et ne reprend pas les évolutions de la dernière décennie du siècle, mais les téléspectateurs conviendront que le constat est toujours d’application. Aujourd’hui encore le policier rassemble les foules et connaît toujours ses soirées spéciales (La soirée de/2 polars sur France 2 le vendredi).

Durant les années ’90, les policiers ont évolués dans plusieurs directions. Deux nous paraissent peut-être prédominantes. D’abord les flics sont devenus féminins avec Julie Lescaut, la première, mais aussi Une Femme d’Honneur, Eloïse Rome, Femmes De Loi.

Elles ont également intégrés les équipes de flics de PJ, Brigad, la CRIM. Enfin, les flics sont devenus faillibles, ripoux, violents, condamnables. Police District représentant probablement ce que la télévision à fait de plus “choc” jusqu’à présent (en matière de flic).

Face aux loups de cette série, Julie Lescaut fait figure de collégienne. Mais le policier a encore de belles heures devant lui et, qui sait, Sarah et Babou seront peut-être les futures flics-trash de la télévision du 21ème siècle?

Comme pour la plupart des séries françaises, l’information de base est difficile d’accès. "Julie Lescaut is a woman cop who has just been promoted chief officer of a police station in a suburbian town. She now has to prove that she can manage the situation as well as her family life", nous apprend le site de GMT Productions. Renseignement qui sera complété par "The return of France’s favourite officer and mother!" pour la série 3 et de "13 new investigations for the chief of police Julie Lescaut caught between her professionnal and family life". Mais de quoi…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier
Sébastien Porcu
Sophie Sourdiaucourt
Tilman Villette

Julie Lescaut

Critique de l'auteur: Martine dans la police.

Note des auditeurs/lecteurs Soyez le premier ou la première !

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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