Cartel (le)

La traduction de “Soprano” se dit “Kingpin” en espagnol. C’est ainsi que Nancy Franklin commence son article sur la série “Le Cartel” dans les pages du New Yorker. Autant dire qu’il est difficile aujourd’hui de faire une série sur une famille mafieuse.

Mais Kingpin n’a pas eu que cet obstacle à franchir. Comment dépeindre la vie de gangsters, par définition à la marge des bonnes moeurs et violents, sur une chaîne généraliste américaine? Echappe-t-on aux clichés quand on brosse le portrait de Mexicains? Avant même sa diffusion, Kingpin était au coeur des débats…

Kingpin, traduit lourdement en français par “Le Cartel”, signifie “cheville ouvrière (d’une organisation, d’une entreprise)”. Et s’ils se définissent comme des hommes d’affaires (Miguel Cadena le rappelle à Ernesto durant le pilote), l’entreprise illustrée dans cette série est plutôt hors norme: les Cadena sont des trafiquants de drogues.

Mais quant on fait leur connaissance, l’organisation est dans une situation difficile. Le patron a dû fuir dans les eaux internationales pour échapper à plusieurs mandats d’arrêt. En guise de vengeance, il déclare la guerre au gouvernement en mettant la tête des agents de la DEA américaine à prix.

Son fils Ernesto, qui assure l’intérim, n’est pas du genre à calmer le jeu. Au contraire, son comportement exubérant attire l’attention des autorités sur lui. Miguel le fait assassiner afin de ne pas mettre le cartel en danger. A ce propos, le journaliste Hugh Hart rapporte que les dirigeants de NBC se sont entichés des excès d’Ernesto au point de demander à David Mills de ne pas le tuer. Le créateur aurait répondu qu’il leur donnerait d’autres personnages excessifs.

Mais ces assassinats sont-ils une solution? L’organisation doit maintenant trouver un successeur à Tio Jorge et ce n’est pas une mince affaire. Plusieurs candidats se pressent au portillon. Miguel n’a pas de liens de filiation directe et se trouve affaibli. Dans ce monde où la trahison n’est pas tolérée, il doit aussi faire en sorte que le secret entourant la mort du patron ne soit pas dévoilé.

Thématiques

Famille sans patron: On doit trouver un remplaçant à Tio Jorge. Beaucoup ont souligné le fait que Marlène est plus ambitieuse que Miguel et qu’il ne veut pas vraiment de son boulot à la tête du cartel. Mais c’est faux. Il ne le veut pas à tout prix, mais ce n’est pas parce qu’il est patient qu’il ne brigue pas la place quand même. Au contraire, quand on voit sa manière de se vendre, d’intriguer puis de s’imposer à Beto au final, il paraît plus qu’évident qu’il est candidat.

Le thème de cette mini-série, selon moi, c’est surtout celui de la succession. Comment on passe d’une situation de fin de règne, avec toute la déchéance que cela suppose, à une lutte pour le pouvoir et l’éviction progressive des prétendants jusqu’au coup de force de Miguel pour prendre la place. En effet, dans l’épisode 6, Tio Beto rend visite à Miguel pour l’engueuler et reprendre les rennes. Miguel lui dit qu’il est trop tard, qu’il va falloir régler les choses à sa manière. Si ça, ce n’est pas un coup d’état, qu’est-ce que c’est?

Beaucoup ont également prétendu que sa conscience était tiraillée… Miguel serait un ange, un businessman (comme il le dit à Ernesto) qui s’efforce d’oublier ce qu’il vend et les moyens qu’il utilise. Ses costumes impeccables en seraient le signe. On le suivrait donc dans sa descente aux enfers puisqu’il est de plus en plus obligé de faire face à ce côté sombre de l’entreprise. De plus en plus de sale boulot et donc de plus en plus de problèmes de conscience. Le parallèle avec Tony Soprano était prévisible.

Il me semble qu’on est face à quelque chose d’autre. Miguel ne rechigne pas au sale boulot. Au début, il le laisse aux autres, mais c’est parce qu’il n’est que conseiller. Dès qu’il est prétendant au siège de big boss, il s’y met. Il commence par droguer le général, il fait alliance avec les autres cartels et se venge quand il est trahit (El Lomo), il fait assassiner des témoins gênants, il menace le chef de la police, etc…

En fait, il ne s’y met pas, il s’y remet. Dans un flashback au 4ème épisode, on apprend qu’il a commencé en bas de l’échelle en creusant les tombes des types qu’il devait exécuter ensuite. C’est à ce moment-là qu’il a fait le choix du métier qu’il fait, en toute connaissance de cause. Et le fait qu’il joue avec son fils ou qu’il le borde le soir n’est en rien contradictoire avec ça.

Ce qui apporte peut-être un soupçon d’ambiguïté dans le personnage de Miguel, c’est qu’il veut protéger sa famille. Là on retrouve un trait commun avec Tony Soprano qui cache d’abord à ses enfants la nature de ses activités. Mais les mailles du filet se referment autour de sa famille. Plus il prend du galon, plus maintenir son fils dans l’ignorance et mettre sa femme hors de danger sera difficile. En devenant, le numéro 1 de l’organisation, Miguel risque la vie des êtres qu’il aime le plus au monde, et c’est peut-être la seule partie du boulot qu’il laisserait bien de côté.

Le trafic de drogue: Le film Trafic semble avoir beaucoup marqué Andrew Lack, le président de NBC de l’époque. Il émet le souhait de mettre à l’antenne une série sur le thème de la drogue dans la même veine, c’est-à-dire focalisée sur les trafiquants de drogues et non les agents de la DEA. Selon Hugh Hart, David Mills aurait effectué une recherche sur internet et se serait rendu compte que les princes de la drogue se trouvent là et que leurs activités génèrent des milliards de dollars. Du pain bénit pour Hollywood.

“J’ai pensé que ça tenait la route. Donc j’ai fait un peu de recherches sur internet à propos des cartels à Mexico et j’ai réalisé que c’était là que les gros trafiquants étaient. Aucun revendeur aux Etats-Unis ne génère des milliards de dollars de revenus, les gros sont au sud de la frontière. Alors j’ai imaginé cette histoire d’un trafiquant mexicain marié avec une Américain et il ont dit: `Ok, on le fait´” (David Mills sur sfgate.com).

Contrairement au film Trafic, la série ne remonte pas la filière des pontes de la drogue jusqu’aux consommateurs pour en dénoncer les effets. Le propos de Kingpin reste les trafiquants et surtout le thème de la succession comme nous l’avons vu. Même le fil narratif qui suit Delia Flores ne prend jamais l’importance de celui qui s’attache aux Mexicains au point de lui donner un petit goût d'”écart à la règle”. Si la série était devenue régulière, peut-être que cette part de l’histoire aurait pris plus d’importance. C’est un peu comme si les auteurs avaient voulu présenter un argument aux décideurs: “Regardez, on a des pistes pour se développer”.

Les intrigues

Rien n’est simple au pays de Miguel Cadena. Chaque mot, chaque geste compte. Aller trouver Tio Jorge sur son bateau d’exil pour lui demander d’écarter Ernesto peut mal se terminer. Marlène risque le fouet pour avoir “manqué de respect” à Ernesto. Le code d’honneur de la mafia mexicaine est aussi cadenassé que celui de la mafia italienne. Il faut respecter la hiérarchie et les plus anciens. Le milieu fonctionne aussi comme une monarchie: les fils sont les premiers sur la liste de succession. Les neveux ont peu de chances.

Mais il faut aussi donner le change vis-à-vis de l’extérieur. Se montrer assez diplomate avec les interlocuteurs comme le général, le chef de la police ou le sénateur. En effet, ils sont au pouvoir et peuvent briser les protections du cartel. L’agent de la CIA dira même à Miguel que s’il n’est plus protégé par le gouvernement, il n’a plus aucune valeur pour eux. Mais il faut pouvoir se montrer ferme. Le général veut être payé plus? Si on le lui accorde, la rumeur passera vite parmi les autres interlocuteurs que Cadena devient généreux.

Il faut également traiter avec les autres cartels. Parfois former des alliances tout en se méfiant. Ils possèdent des milices suffisamment armées pour entrer en guerre avec l’organisation. Il faut donc réussir à traiter avec eux sans être perdant (donc les rouler) ou se venger sans déclencher un bain de sang. On marche sur des oeufs.

Généralement, il s’agit de ne rien révéler de ses sentiments, ses doutes, ses colères… Garder un visage calme. Et Miguel le réussit très bien. Il ne cille pas quand Ernesto lance le membre d’une de ses victimes à son tigre, quand le général se défroque devant lui ou quand il découvre le corps encore vivant du chef Lazareno.

Nancy Franklin du New Yorker considérait d’ailleurs qu’il est le seul personnage à avoir un visage lisse. Un peu comme pour signifier qu’il est le seul éduqué et qu’il se place au-dessus du reste de la famille. Les autres hommes ont des visages marqués de barbes (Tio Beto, Chato), de rides (Manny), de rictus (Ernesto).

Miguel perd uniquement son calme quand le flic corrompu amène le cadavre de l’agent de la DEA chez lui. Il veut protéger son fils de ce monde, une position qu’on devine intenable… Si Miguel devenait le patron, Joey devrait un jour lui succéder.

Les personnages

Miguel: Il a étudié à l’université de Stanford aux Etats-Unis. C’est probablement là qu’il a connu Marlène. Il possède la double nationalité. Il est le conseiller de Tio Jorge le patron de l’organisation. Il possède un sens de la diplomatie plutôt développé qui lui fait assez vite prendre conscience que Tio Jorge et Ernesto mettent le cartel en danger.

Il ne brigue pas nécessairement la place de chef, mais veut écarter les risques. Ernesto ne semble pas s’en rendre compte, pourtant en nourrissant son tigre, il lui dit qu’il sait que même s’il l’aime, il n’attend qu’une chance de lui sauter dessus. “I know he loves me, but I also know that he’s waiting for his chance to jump on me and eat me”. Il parle de son tigre, mais la phrase résonne à double sens pour le téléspectateur.

Dans un rêve qu’il fait, on apprend de la bouche de Tio Jorge que son père voulait autre chose pour lui. Il voulait qu’il devienne avocat ou médecin. Peut-être que le père de Miguel a agi avec lui comme Miguel agit avec son propre fils? Il veut le protéger tout en briguant la place chef. Il veut écarter sa femme du monde de la drogue (que ce soit le trafic ou l’addiction) tout en en vendant.

Miguel est quelqu’un de dual. Selon David Mills, dans une interview donné au San Francisco Chronicles, c’est cela qui fait l’intérêt du personnage. Cette humanité, il aimerait parfois aussi la tourner vers d’autres personnes plus faibles, comme la prostituée qui a été malmenée par le Docteur French, mais il doit avant tout penser au cartel…

Marlène: Elle est américaine et c’est probablement pour cela qu’elle est rejetée par la famille de Miguel. Ils la surnomment la “gringa”. Lors d’une consultation avec le psychiatre du centre de désintoxication dans lequel Miguel l’envoie, elle dit qu’elle a dû faire des sacrifices pour être avec Miguel et que Miguel a du faire des sacrifices pour être avec elle. Peut-être fait-elle allusion aux lois de la famille si fermée aux étrangers?

Lors de cette consultation, elle met des mots sur ce qu’on avait déjà compris par les images. Miguel et elle sont très proches et sont les seuls en qui ils ont réciproquement confiance. “Mon mariage, c’est toute ma vie. Mon père et ma mère, quoique je fasse ou que j’essaye de faire… Mais Mickey, c’est mon complice dans la vie. Il a fais des sacrifices pour être avec moi et j’en fais aussi. Je suis… Je suis toute seule chez moi. Sauf quand il est là. Avec notre magnifique fils”.

Elle est avocate et défend d’ailleurs les intérêts de l’organisation. Elle est beaucoup plus ambitieuse que Miguel et voudrait qu’il dirige le cartel. Elle ne semble avoir aucun regret quand Tio Jorge meurt. Certains lui trouvent des airs de Lady MacBeth mêlés à Hillary Clinton. D’autres prétendent que le jeu de Sheryl Lee est un peu trop froid, à la “Sharon Stone”.

Chato: Il est le frère de Miguel. Plutôt un homme de main qu’un dirigeant, mais il est là depuis plus longtemps que Miguel (on le voit dans le flashback de l’épisode 4). Il est d’ailleurs beaucoup plus porté sur la gâchette que son frère. Il sait se faire respecter des hommes, probablement parce qu’il leur fait peur (voir la scène dans le laboratoire de l’épisode 2). Il semble guider Miguel dans sa nouvelle fonction. Il est là quand ils discutent sur la manière de se venger de El Lomo. Il lui fait remarquer qu’il ne peut pas laisser la prostituée en vie (épisode 4).

Pourtant, ce qui donne l’avantage à Miguel, c’est qu’il est plus réfléchi. Chato agit sans penser aux conséquences, notamment quand il couche avec la femme du chef de la police. Il n’a pas non plus conscience qu’il doit penser d’abord au cartel avant lui. C’est ce qui le pousse à enlever Lazareno contre l’avis de son frère. Mais ils sont complémentaires. Miguel ne peut réussir sans Chato. Il le comprend et c’est pour ça qu’il le cherche. Le fait que Miguel donne lui-même l’ordre d’achever Lazareno résonne comme un pardon vis à vis de son frère. Il lui tient la main. De son côté, Chato semble avoir compris que la violence n’est pas toujours une solution puisqu’il déclare qu’il ne se sent pas mieux pour autant.

David Mills a résumé ce personnage en disant qu’il aime tuer, faire l’amour et boire, bref qu’il aime les choses simples.

Joey Cadena: Très vite, Joey apparaît comme celui qui incarne l’inconscient de la famille Cadena. D’abord il humanise son père en lui permettant de montrer une phase sympathique de sa personnalité. Ensuite, il est le réceptacle des manoeuvres de sa tante Lupita pour approcher Miguel. Elle dialogue avec lui durant ses rêves, il la dessine. C’est une manière comme une autre de montrer qu’elle est présente dans les préoccupations de ses parents. Enfin, il boit le vin de messe et se fait prendre. L’évêque dira à ses parents que les enfants réagissent face à leur environnement, sans utiliser la parole. Joey avouera à ses parents qu’il voulait savoir ce que ça fait de commettre un pêché.

A ce moment même, Miguel va devoir faire face à une manipulation qui mettra l’organisation en danger… Il n’est pas inintéressant de voir que c’est quand Joey dit à sa mère puis au curé que son père à des ennuis et qu’il prie pour lui (une manière de prendre parti pour son père, sans juger, et d’agir pour l’aider, donc de lui apporter son soutient) que Miguel trouve les moyens de combattre ses ennemis. En un mot, tant que Miguel tente de protéger son fils, mais du coup tant qu’il s’empêche d’avoir un héritier, il rate la prise en main de la famille. A partir du moment où son fils l’appuie et accepte symboliquement d’être un jour son successeur, Miguel réussit.

Woody Kein: Il est chirurgien plasticien. C’est un flambeur qui a besoin de dealer de la drogue pour couvrir ses dettes de jeu. Il aimerait quitter le circuit, mais sa femme lui réclame tellement d’argent pour le divorce qu’il s’y remet. Il croisera le chemin de Junie qui n’est encore que l’homme a tout faire d’un nouveau dealer. Junie a de l’ambition et se servira du docteur pour les assouvir.

Klein est le lien entre le Mexique et les Etats-Unis, bien plus que Romulo (qui est pourtant le fils de Tio Beto). Un lien un peu artificiel qui relie toute les intrigues: Delia, Bobby, Junie aux Mexicains.

Delia: Elle est agent de la DEA et son job c’est toute sa vie. C’est en tout cas ce qu’elle dit à son père. “Papa, la DEA c’est pas mon job, c’est ce que je suis”. Elle semble un bon flic, mais elle commet une erreur: elle accepte de rencontrer un gars qu’elle ne connaît pas, Ernesto. Sans le savoir, elle tombe dans un traquenard. Tout ce que Rafael voulait, c’est empocher la récompense d’un demi million de dollars. Elle s’en sort miraculeusement (peut-être parce que Rafael n’avait jamais eu la volonté de réellement la tuer). Elle culpabilisera longtemps.

De retour au boulot, elle est la bête noire de sa hiérarchie. D’abord, elle se fait virer de sa division. Ensuite, elle est reléguée à des tâches subalternes. Pourtant, c’est une intoxiquée des missions d’infiltration. Elle ne peut s’empêcher de prendre l’initiative sur une affaire. Un quitte ou double qui tournera en sa faveur car son instinct lui permettra de sauver un de ses collègues. Elle est quand même du genre à attirer les ennuis.

Casting

Il y a des têtes qui ne vous sont pas inconnues dans Kingpin… Et pour cause, les acteurs sont passés plus ou moins furtivement dans des séries célèbres et actuelles. Mais pas toujours dans des rôles principaux. A la télévision américaine, les minorités ethniques, c’est bien connu, ne tiennent que des rôles secondaires…

Yancey Arias: Avant Kingpin, il a obtenu un rôle récurrent dans American Family. Au niveau guest, il a enchainé The Division, CSI: Miami, Charmed, JAG, Law & Order, The Sopranos (tiens, tiens), NYPD Blue. Il est apparu dans The Time Machine et Dead Men Can’t Dance, entre autres.

Arias n’était pas le premier choix de la production, mais Jorge Salinas, la star de la télévision mexicaine, n’avait pas le niveau suffisant en anglais. C’est uniquement parce qu’un autre acteur l’a recommandé pour le rôle qu’il a été contacté pour passer l’audition.

Sheryl Lee (aussi créditée Sheryl Lee Diamon): Depuis qu’il a été emballé dans du plastique, qui peut oublier son visage? Elle incarnait Laura Palmer et sa cousine Madeleine Fergusson dans Twin Peaks. Depuis, elle a tenu le rôle du docteur Sarah Church dans L.A. Doctors. Elle a fait des guests pour Docteur Quinn, Femme Médecin ou The Tonight Show Starring Johnny Carson. Mais elle s’est surtout spécialisée dans les mini-séries: Jersey Girl, Angel’s Dance, Vampires, etc…

Ruben Carbajal: Il a fait ses débuts dans la série.

Bobby Cannavale: Il est probablement le plus connu des téléspectateurs qui ne sont pas tombés dans les séries depuis longtemps. Il jouait Bobby Caffey dans Third Watch/New York 911. Mais il a fait des petits tours dans des épisodes de Will & Grace, The Tony Danza Show (oui, celui de Madame Est Servie), Six Feet Under, Oz, Ally McBeal, Sex and The City (il est l’amant de Samantha dont le sperme à un mauvais goût)…

Angela Alvarado: Elle est apparue précédemment dans des épisodes de Without A Trace/FBI, Portés Disparus, The Agency, Pacific Blue, Profiler

Brian Benben: Certains fans de séries m’en voudront peut-être de n’avoir pas commencé par lui. Brian Benben était le FAMEUX Martin Tupper dans Dream On. Mais il a aussi eu son propre programme (un flop au niveau de l’audience): The Brian Benben Show.

The “Sopranos” effect

Beaucoup de choses ont été écrite à propos des Sopranos et de l’héritage qu’ils n’allaient pas manquer de laisser à la télévision américaine. Pas étonnant que Kingpin ait été comparée à sa grande soeur. Il peut paraître injuste de comparer les deux programmes, dit Nancy Franklin dans le New Yorker, pourtant Kingpin n’existerait pas sans les Soprano, qui ont laissé les télévisions coupables d’avoir refusé le programme et frustrées de ne pas trouver un substitut qui générerait autant de bénéfices.

Pour les network effectivement, le problème principal, ce ne sont pas les scènes de sexe et les gros mots éventuels, mais plutôt l’effet qu’ils peuvent produire sur les publicistes qui leur fournissent le gros de leur budget. Et l’effet, généralement, est la fuite… David Mills va dans cette direction quand il dit que certains mot sont possibles sur HBO et pas sur NBC.

Deuxième différence entre les Soprano et Kingpin: la première bouscule beaucoup plus le téléspectateur. Ce n’est pas dans Kingpin qu’on entendra tous les “motherfucker” qu’on entend dans les Soprano. Ce n’est pas non plus dans Kingpin qu’on verra un personnage dépecer un cadavre dans l’arrière salle d’une boucherie.

Selon David Mills, l’important ce n’est pas ça, mais le fait qu’il ait voulu faire une bonne série. Justement, c’est cet argument que choisit Gloria Goodale pour distinguer les deux fictions. Dans le Christiant Science Monitor, elle dit que Kingpin est moins violent mais aussi de moins bonne qualité que The Soprano.

Kingpin ne pourrait pas exister sans les Soprano? Ça semble évident. Les network essaient de rattraper le coup? Ça aussi c’est évident. Kingpin part perdante par le fait même qu’elle est bridée par les network? De nouveau, c’est évident. Mais de toutes façons, il est clair que Kingpin n’arrive pas à la cheville des Soprano. Pour plein de raisons: la construction des personnages, l’intérêt des intrigues, leur équilibre… On peut aussi se dire que Kingpin n’a pas eu assez de temps. Six épisodes seulement, obligent les scénaristes a y aller à la grosse louche. Mais pourquoi n’avoir tout simplement pas fait une série régulière?

Quoiqu’on en dise, il est impossible de regarder Kingpin sans penser aux Soprano et sans établir de comparaison. La chaîne à dû être consciente de ça. Très tôt, elle a tenté de diriger les esprits du public et des critiques sur autre chose. On a ainsi pu lire que Jeff Zucker, le président divertissements de NBC, décrivait Kingpin comme un drame shakespearien et rapprochait plus Miguel de Hamlet que de Tony Soprano. Une comparaison qui a du être travaillée par les attachés de presse de NBC puisque Mills lui-même s’y met. Il explique que plus qu’une fable sur la mafia, la drogue, Kingpin est une fable sur les intrigues pour le pouvoir. Une fable qui aurait pu tout aussi bien se dérouler dans la Rome antique qu’au sein de la mafia.

Effectivement, cela nous paraît le côté le plus réussi peut-être, le plus structuré aussi. Mais alors, si le but c’était ça, pourquoi avoir choisit la mafia alors que tout le monde savait que la bataille était perdue d’avance? Personnellement, je pense qu’ils ne sont pas tout à fait honnêtes, ils ont voulu surfer sur la vague à n’importe quel prix. Point.

Soirée Salsa

C’est la première série de prime-time à mettre en scène une famille latino-américaine sur un network (le câble est un pas plus loin comme d’habitude). Une grande partie des dialogues est en espagnol dont certains ne sont pas traduits. Un signe, selon Nancy Franklin, que les networks sont conscients que les Hispaniques sont aujourd’hui la minorité la plus importante du pays.

Mais le fait que les latino-américains soient tous des criminels ou des corrompus a inquiété la communauté. La vice-présidente du conseil national de La Raza à Washington remarque que seul un personnage est positif (je suppose Delia). Ce qui est problématique selon elle, c’est que comme la série est la seule centrée sur des hispano-américains, elle n’a pas de contre-discours. Alors que si on met en scène un blanc corrompu dans une série, toutes les autres sont là pour donner un autre point de vue.

Ce à quoi Mills a répondu, dans le même journal, qu’il avait voulu faire une histoire à propos des êtres humains et qu’il en avait marre de l’idée que, quand le personnage est blanc, c’est universel, quand le personnage est Mexicain, c’est à propos des Mexicains.

Peut-être qu’à l’instar des journalistes, des scénaristes, des acteurs (qui sont hispano-américains et qui n’ont pas parus outrés par le propos de la série), les téléspectateurs sont capables de ne prendre une fiction que pour ce qu’elle est. Ceci dit, il serait temps que les Américains arrêtent de se regarder le nombril!

Mais bon, après autant de blabla sur les Soprano ou l’hispanicité de la série, il faut tout de même ajouter que rien ne nous oblige à regarder autre chose que HBO!

Critique

Tim Goodman trouve que Kingpin est plate et lente, que le jeu des acteurs n’est pas inspirant et l’écriture est prévisible. Le seul point positif qu’il retire de la série semble être Yancey Arias, la star du programme. Il a apparemment été bluffé par son jeu. Pour le reste, les personnages sont creux. D’autres aiment l’intrigue et la nervosité de la caméra (Gloria Goodale du Christian Science Monitor) ou semblent aimer tout court (Nancy Franklin du New Yorker).

Personnellement, je ne descends pas la série totalement. Mais je lui reproche d’être inégale. Certaines intrigues semblent n’être que des joujoux (Woody Klein et Delia Flores) et souffrent de l’hégémonie du clan Cadena sur la série. Il semble aussi que la série ait manqué de temps et donc lance des choses qu’elle ne développe pas.

On a un second épisode très intéressant où on nous montre que plusieurs prétendants sont possibles, puis tout ceci disparaît. Lupita revient pour agiter deux trois grigris, Beto réapparaît pour se faire moucher par Miguel et c’est tout. Où est passé Manni? Pourquoi Miguel n’a-t-il pas été plus surveillé, testé? Pourquoi Tio Beto n’occupe pas la place d’intérimaire alors qu’il l’annonce? Si le but c’était de montrer ses débuts comme patron pourquoi avoir fait “comme si” il allait y avoir une lutte de pouvoir? On peut par exemple aussi se demander à quoi sert l’épisode de Marlène en cure de désintox dont elle sort aussi vite qu’elle y est entrée. Puis pourquoi le docteur Klein se lie-t-il avec Truck et Junie aussi facilement alors qu’il a toujours travaillé seul? Pourquoi son appartement a-t-il été visité? Par qui?

Une version moins prude (plus de langage cru et de sexe) a été programmée sur Bravo, une chaîne du câble. Telemundo (du groupe NBC) a eu droit à une version en espagnol. Il a aussi été dit que la mini-série pourrait déboucher sur une série régulière si le succès était au rendez-vous. Peut-être est-ce pour cela que la série semble lancer les pistes d’intrigues plus longues.

Dans ce cas, permettez-moi de reposer la question: “Pourquoi ne l’avoir pas fait directement?”. Quand on choisit le format mini-série, on fait une mini-série, pas un pilote étendu.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
x

Regardez aussi

Magnum: 1.01 Don’t Eat the Snow in Hawaii

L'épisode pilote de Magnum P.I. ne se distingue pas vraiment beaucoup des autres... Sauf que la série s’ouvre sur le pari que Thomas Magnum va gagner et qui va lui permettre de squatter allègrement le domaine de Robin Masters et d’utiliser... la célèbre Ferrari rouge.

The Pacific

The Pacific, c'est tout un pan peu connu par les européens de la seconde guerre mondiale, de la bataille de Guadalcanal à une permission à Melbourne en passant par les traumatismes des combats, pour terminer par la bataille de Peoleliu, la victoire finale et le retour au pays...