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Mort De Personnages

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Les personnages de télévision déroulent leur vie sur nos écrans. Destins proches des nôtres ou totalement éloignés. Normal dans ces conditions qu’ils meurent de temps en temps… Normal? Pas tant que ça.

Jadis, la mort des personnages principaux était plutôt rare. Comment, effectivement, proposer un show baptisé Ma Sorcière Bien Aimée, si la sorcière en question n’est plus là. La mort même des personnages secondaires n’était pas courante. Tabatha n’a jamais réellement dû faire face au deuil.

Plus proche de nous, le trépas dans La Fête A La Maison, L’Agence Tous Risques ou Les Têtes Brûlées ne restait qu’exceptionnel. A part bien évidemment la mort de la victime dans les cop show. Il existe des contre-exemples: La Petite Maison Dans La Prairie dont l’histoire est parsemée de décès. Même s’il ne s’agit pas de personnages principaux (Alice Garvey, Adam Jr Kendall, le fils nouveau-né de Laura), cela donne un ton parfois dramatique à la série.

Aujourd’hui, la mort est à tous les coins de rues. Certaines séries se sont même ouvertes là-dessus. Parfois c’est sans conséquence. Un des membres de l’équipe des Experts meurt et permet l’engagement de Sarah et donc l’entrée du téléspectateur dans l’univers de la police scientifique.

Même schéma dans Urgences où Carol Hathaway vient d’avaler une dose mortelle de médicaments. L’infirmière aurait dû mourir. Le téléspectateur des projections test a tellement apprécié le personnage qu’il échappera à la mort.

D’autres séries débutent aussi sur un décès, mais qui sera un élément important dans la narration. Six Feet Under et Providence fonctionnent sur un schéma similaire. La mort d’un parent qui hante les lieux tel un fantôme. Cet événement réorganise complètement le schéma familial et oblige l’un des enfants à réintégrer le nid. Sydney dans la soap médical, Nath dans la comédie noire. Non seulement un bonne partie des situations découlent de ce décès et de ses conséquences, mais visuellement le défunt est sans cesse présent.

Brooklyn South offre une variation sur le procédé. Pendant les 15 premières minutes du show, les policiers New-Yorkais sont sous les feux d’une fusillade. 15 minutes terrorisantes où le téléspectateur est happé par l’action et se demande où donner de la tête.

Le souvenir des flics morts englue la plupart des personnages. Contrairement à ce qu’on voit d’habitude, ils n’oublient pas. Ils ne peuvent plus faire leur métier comme avant, ils sont traumatisés. Les policiers, les médecins, les enfants ne sont plus, comme avant, des personnages sans mémoire. Ils se souviennent des morts et leurs vies, comme les nôtres en pareille situation, ne seront plus jamais comme avant.

Chose beaucoup plus étonnante: les personnages centraux auxquels on s’était attachés peuvent aussi nous quitter. Suite à une fusillade, encore, Bo et Kay sont blessés. Un de leur collègue à la police de Baltimore décède (Homicide). Bobby Simone, le fils spirituel d’Andy Sipowicz, endeuille la police de New York (New York Police d’Etat).

Dans mon cas, le décès le plus marquant fut celui de Lucy, l’interne de Urgences. Mort vécue directement, sans onirisme dans deux épisodes. Le personnage était très attachant, sa mort sera sanglante et réaliste.

Si les personnages principaux de séries meurent, c’est probablement parce qu’ils ne sont plus seuls. Les groupes médicaux, policiers et autres peuvent maintenant se permettre de perdre l’un des leurs. Le souci de réalisme explique peut être cette nouvelle donne. On ne peut plus leurrer le téléspectateur.

Suite à la fusillade en Moldavie, tous les protagonistes de Dynastie s’étaient relevés. Aujourd’hui, cela ne passerait plus! Mais la mort à ses limites. Buffy peut mourir mais doit ressusciter. Jen de Dawson peut succomber à une maladie du coeur, mais uniquement dans l’ultime épisode…

Reste que le tabou est irrémédiablement levé. Six Feet Under, dont nous venons de parler, est une série toute entière axée sur la mort et surtout sur ses coulisses: la famille Fischer dirige une société de pompes funèbres.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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