Tito Topin

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Jamais scénariste ne m’aura autant facilité la tâche que Tito Topin, le scénariste dont le nom ressemble à un exercice de diction. Un nom plein de consonnes explosives. Tout bon professeur de diction vous le dira, il faut marquer les explosives pour bien articuler, presque les marteler.

C’est étrange, quand on visite son site internet officiel titotopin.com, le son qui nous accueille est justement celui des branches d’une machine à écrire qui frappent la feuille de papier. Cette introduction sent bon le polar, les pages jaunies et écornées d’un roman noir. Or, justement, Tito Topin est le nom qui se cache derrière Navarro.

Je dis qu’il me facilite la tâche parce que le site rassemble une biographie, des anecdotes, des correspondances. Il n’y a plus qu’à se pencher pour cueillir les éléments pour une chronique. On y apprend qu’il est né en 1932 et qu’il est originaire de Casablanca. Tiens, comme le film… Au détour du site, on apprend d’ailleurs qu’il habitait la maison voisine de celle louée par Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Son parcours de vie repasse d’ailleurs souvent par le Maroc, avec ou sans uniforme de soldat.

A 21 ans, il crée sa propre agence de publicité. Mais il ne s’y cantonne pas. Il teste l’illustration, la bande dessinée, l’affiche de film. Dans une interview publiée par ActuaBD, on se rend compte que Jean Yanne est un fil conducteur dans sa carrière autant sur papier que sur pellicule. Dans les années ’70, le mensuel Formidable lui confie deux pages pour une bande dessinée: Sandra. Suite au succès de cette série, Casterman réunit Jean Yanne et Tito Topin pour une série d’albums. Ils créent les Dossiers Du BIDE, le Bureau d’Investigations pour la Défense des Espèces. Le premier album, La Langouste Ne Passera Pas, se vend comme des petits pains. Suite à un désaccord entre Yanne et l’éditeur, la suite recevra moins de succès.

Cela ne signifie pas que Topin a arrêté la BD – il a notamment signé V Comme Vengeance avec Loustal – mais la discipline ne le satisfait pas totalement. Sur son site, il compare l’exercice à un boulot de moine. A 36 ans, il l’avoue dans l’interview déjà citée (ActuaBD), il avait soif de rencontres, de vie nocturne et de travail d’équipe.

Ce qui nous ramène à Jean Yanne. Ce dernier commence à réaliser ses propres films et il fait appel à Topin pour la partie graphique, c’est-à-dire les génériques et les affiches. Tito retrouve le travail d’équipe, dans l’urgence, les idées qui naissent à quatre heures du matin au bar d’une boite de nuit. Avec Jean Yanne et Jean-Pierre Rassam, ils créent Cinequanon, une maison de production. Leur collaboration durera jusqu’à la faillite début des années ’80.

C’est seulement à ce moment-là, sur le tard (1978), reclus en Provence parce qu’il ne peut avaler l’échec de Cinequanon et parce qu’il est désoeuvré, qu’il s’installe devant une machine à écrire. Il écrit un (Brelan De Nippons, 1982), deux, trois, dix-neuf polars publiés, entre autres, par Série Noire.

Un producteur lui demande le scénario d’un téléfilm, Shanghai Skipper. Un autre producteur lui demande un héros récurrent. Ce sera Navarro. Sur titotopin.com, il raconte qu’il se baladait un soir dans les rues de Nyons. Son oreille a été attirée par un timbre de voix familier. Il jette un oeil par une fenêtre. Une famille au grand complet regardait un épisode de la série. Le père, la mère, une adolescente et un nain de jardin au gros nez. “En y réfléchissant, il y a sûrement des nains de jardin qui sont comptabilisés dans l’audimat”, conclut-il.

Navarro n’est pas notre série préférée. Trop moralisatrice, trop didactique, trop lisse, peut-être datée. Didier Pasamonik lui demande comment il réagit quand on dit que Navarro est ringard (ActuaBD). Il assume. Mais Tito Topin remet la série dans son contexte: une décennie dominée par les flics américains. Navarro, selon lui, ouvre la voie. “Aujourd’hui, il y a d’autres séries qui sont sans doute plus pêchues, plus énergiques”, ajoute-t-il.

Navarro est lancé en 1989, 108 épisodes seront diffusés jusqu’en 2005. Le trait est tiré sur un différent entre lui et TF1. Coup de gueule expliqué dans le Système Navarro, un livre qui relate cette aventure qui lui a pris 16 ans.

Cependant, son personnage phare reste présent à travers sa fille. Mademoiselle Navarro, un téléfilm spin-off, a été tourné autour son activité d’avocate. Elle aurait pu donner lieu a une série régulière. Pas de nouvelles. On annonçait une série sur papier, publiée par J’ai Lu. Aucune trace.

Mais Tito Topin, ce n’est pas que Navarro. Il a développé une cinquantaine de films de télévision avec d’autres héros (Marc Eliot, Action Justice, Malone, Cévennes). Il crée d’ailleurs sa propre boîte de production en 1997, Serial Producteurs.

Depuis la fin de la série, il est retourné à la littérature. Il a publié Bentch et Cie, Bentch Blues, Une Femme D’une Etourdissante Beauté. Son nouveau personnage récurrent s’appelle le commissaire Bentch, celui qui manque de préservatif dans Sur Un Air De Navarro. Tiens, encore lui…

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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