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Nurse Jackie: 1.01 Pilot

Nurse Jackie: 1.01 Pilot

Ce qui marque dans le pilote de Nurse Jackie, c’est la froideur de l’ensemble. C’est dit sans mauvais jugement. Le mot “froideur” est celui qui me semble le mieux convenir à cette série. On entre dans la vie de Jackie comme on entrerait à l’hôpital: sans préparation. On ne s’attend pas à avoir un problème de santé, on vit sa vie et puis d’un coup le problème est sur nous. On franchit la porte des urgences avec cette impression étrange que ce qui nous arrive ne peut pas être réel et le premier contact relève plutôt du choc.

Avec Nurse Jackie, c’est pareil. La fiction ne prend aucune précaution vis-à-vis du téléspectateur: pas d’introduction, pas de “il était une fois”, pas de moment pour établir le personnage, pas de calme avant la tempête. A l’image une salle blanche surexposée et presque irréelle, une infirmière en tenue traditionnelle (robe et coiffe) allongée sur le sol, un chewing-gum rose collé à la semelle, complètement “stone” et les yeux dans le vide.

La voix-off débite un texte de T. S. Eliot dont on ne se souvient plus dès qu’il est déclamé, puis passe à un souvenir d’enfance… Un discours que lui avait tenu une soeur à l’école: “Les gens qui sont les plus enclins à faire le bien sont aussi ceux les plus susceptibles de faire le mal”. Au moins on sait à quoi s’en tenir. Sans transition, elle nous prend à partie: “Comment vous appelez une infirmière qui a le dos foutu? Une chômeuse“. Je vous l’avais dit, aucune préparation.

Qui est cette femme? Pourquoi a-t-elle le dos en compote? Que sont ces médicaments qu’elle prend? Que sniffe-t-elle? On ne nous expliquera rien et on passe à la suite: une scène où elle s’oppose à un médecin imbu de lui-même et incompétent, puis la mort du patient qu’ils traitaient, puis elle qui téléphone pour donner les organes du mort, puis une entrevue surréaliste avec la famille du défunt, puis elle qui engueule le médecin et lui demande de faire ce qu’elle dit à l’avenir…

Et toutes les scènes s’enchaînent rapidement, sans transition, sans explication… Quelle heure est-il? Est-on le même jour? Où sommes-nous? La succession paraît tellement mécanique, bam, bam, bam qu’on est presque étonné de voir revenir l’intrigue du patient mort et de voir débarquer sa petite amie. Soulagement: cette série suit donc les règles du récit malgré tout. Evidemment me direz-vous.

L’idée est bien de développer des intrigues, de suivre cette infirmière dans sa vie professionnelle, d’aborder des thématiques. Mais la présentation va à l’essentiel, ne comptez pas sur Nurse Jackie pour assurer les transitions grâce à un personnage, un mouvement de lit ou de chariot de réa, un dialogue. On n’est pas dans Urgences et cela participe certainement à l’impression de froideur.

La froideur émane également du personnage. Elle n’est pas antipathique du tout, pas imbuvable, mais pas sympathique non plus. Est-elle du côté du bien ou du mal? La question reste ouverte même si on sent qu’elle est plutôt du côté du bien – après tout, elle est empathique – mais à sa manière, c’est-à-dire en étant franche, rigoureuse, emmerdeuse, parfois “borderline”. Elle jette l’oreille d’un patient psychopathe et couvert par l’immunité diplomatique dans les toilettes pour le punir.

Elle vole et elle trompe son mari aussi. Et elle fait parfois des erreurs. “Borderline”, donc. Elle ne sourit pas beaucoup non plus et quand elle le fait, c’est un sourire las. Elle ne rit pas une fois durant le pilote, même avec ses filles. En clair, Jackie n’est pas le Dr House, même si on les a comparés parfois. Elle n’est pas sociopathe, elle est même dévouée. C’est son amie médecin qui le dit. Une sainte, selon sa stagiaire.

Mais la sainteté de Jackie est très éloignée des images hagiographiques habituelles. Etre dévouée ne signifie pas nécessairement être gentille, avenante et parfaite. La sainteté, Jackie l’a probablement apprise au contact de ce monde hospitalier qu’elle traite de fou dans l’épisode 2 et des patients qui ont tous des situations un peu complexes et dont on ne saura jamais s’ils s’en sortent.

OK, ils survivent parfois, mais que devient la copine du mort? Quid de la prostituée poignardée par le diplomate? Comment s’en sort l’adolescent brûlé au postérieur parce qu’il s’est enfoncé un pétard allumé dans le cul? Et d’ailleurs qu’est-ce qui lui a pris de faire ça? Pas de happy end, c’est pas House. Pas de peinture socialisante du monde d’aujourd’hui, c’est pas Urgences. Et c’est la force de ce personnage de Nurse Jackie.

Elle est fabuleusement interprétée par une Eldie Falco qui a heureusement laissé de côté les minauderies bourgeoises de Carmela Soprano et qui retrouve ici un second souffle très vivifiant.

Ce qui marque dans le pilote de Nurse Jackie, c’est la froideur de l’ensemble. C’est dit sans mauvais jugement. Le mot "froideur" est celui qui me semble le mieux convenir à cette série. On entre dans la vie de Jackie comme on entrerait à l’hôpital: sans préparation. On ne s’attend pas à avoir un problème de santé, on vit sa vie et puis d’un coup le problème est sur nous. On franchit la porte des urgences avec cette impression étrange que ce qui nous arrive ne peut pas être réel et le premier contact relève plutôt du…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Nurse Jackie: 1.01 Pilot

Critique de l'auteur: Le pilote de Nurse Jackie est cash, déstabilisant, direct. Si vous aimez être pris par la main, guidé par une voix-off qui vous explique tout ou un personnage tout sourire qui vous explique à quel point la vie est belle, passez votre chemin. Si vous êtes du genre à vous gratter les croutes quand vous avez un bobo car, même si ça pique, c'est gai. Alors plongez-vous dans cette série et ce pilote qui la représente bien.

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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