Diana Rigg

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Cap sur les années ’60 aujourd’hui, plus particulièrement sur une figure féminine. J’avais le choix, mais rapidement mon esprit s’est surtout focalisé sur deux actrices pratiquement opposées par l’image qu’elles dégagent. D’un côté Elizabeth Montgomery qui incarnait la sorcière au foyer, Samantha. De l’autre, Diana Rigg, la toute de cuir vêtue, Emma Peel. C’est évidemment, cette dernière que je vais vous présenter.

“En fait, l’idée que je me fait de l’Enfer serait de parler avec quelqu’un qui a fait beaucoup de recherches à mon sujet. Cela veut invariablement dire qu’ils ont lu beaucoup de foutaises basées sur des théories émises par d’autres sur le genre de personne que je suis”. C’est une citation tirée d’une interview de Diana Rigg faite par le Times en 2007 et reprise par le blog dianariggforever.

Je serai donc, dans cette chronique, l’enfer de Diana Rigg. Mais je peux la rassurer, je n’ai pas fait tant de recherches que cela, tant l’Internet déborde de pages sur elle. C’est d’ailleurs un indicateur de l’importance de cette actrice dans l’imagerie du vingtième siècle.

Elle était à peine sortie de l’école d’art dramatique, qu’elle participait à la création britannique de la pièce Le Cercle de Craie de Bertolt Brecht. Comme la plupart des acteurs de l’époque, elle a donc débuté sur les planches. Comme la plupart des acteurs britanniques de l’époque, elle a surtout joué du Shakespeare, au sein de la Royal Shakespeare Company, excusez du peu. Quand elle passe le casting pour le rôle de Emma Peel, elle ne pense pas obtenir le rôle. Elle n’a même jamais regardé la série.

La pari n’était d’ailleurs pas gagné d’avance. Honor Blackman s’est tellement imposée durant les deux saisons où elle a accompagné John Steed, qu’elle paraissait irremplaçable. Petit à petit, elle était parvenue à s’imposer jusque dans les scènes de combat. En fait, Honor Blackman a conquis les scénaristes grâce à son mari. Ce dernier lui avait conseillé de jouer comme un homme. C’est Honor Blackman qui a porté les premiers costumes de cuir dans la série. Offrir sa place à une jeunette de 28 ans était assez risqué.

La magie naît quasi instantanément entre Patrick Macnee et Diana Rigg. Emma Peel est une femme indépendante avant l’heure. Elle roule en voitures de sport, elle est ceinture noire de karaté, elle est une surdouée qui dirige depuis ses 21 ans l’empire industriel hérité de son père. Le couple qu’elle forme avec le gentleman raffiné qu’est John Steed fonctionne à merveille. Si le vocable cuir lui colle à la peau, on oublie que ses costumes sont surtout en stretch, avant-gardistes et… colorés. En effet, c’est durant l’époque “Diana Rigg” que la série passe à la couleur. C’est aussi à ce moment-là qu’elle s’exporte vers les Etats-Unis et que les scénarios se teintent de science-fiction.

Emma Peel assistera John Steed pendant trois ans, soit durant seulement la moitié de la série. Chapeau Melon Et Bottes De Cuir a duré six saisons. Six saisons pendant lesquelles, John Steed a eu un équipier (David Keel incarné par Ian Hendry) et trois équipières (Cathy Gale, Emma Peel et Tara King, respectivement jouée par Honor Blackman, Diana Rigg et Linda Thorson). Mais c’est Emma Peel qui est restée dans les mémoires. Avec ce rôle Diana Rigg devient une égérie des Golden Sixties et une icône féminine et féministe.

Elle avouera ne pas aimer la célébrité que lui apporte la télévision. Elle manque de vie privée. Elle n’apprécie pas non plus quand elle apprend qu’elle gagne un salaire plus bas qu’un cameraman sur la série. Elle est augmentée de 90 à 180 livres par semaine, mais les producteurs refusent de revoir son salaire à la hausse pour la troisième saison. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle a quitté le programme. Elle a dit plus tard que Patrick Macnee et son chauffeur étaient les deux seuls amis qu’elle avait sur le tournage.

Diana n’a pas nécessairement collectionné les rôles déterminants, mais quand elle s’y met, elle ne fait pas dans la dentelle. Non contente d’être l’icône féminine des années soixante, elle est aussi la seule femme à avoir passé la bague au doigt de James Bond. Dans Au Service Secret De Sa Majesté, en 1969, elle est Tracy, la seule et unique épouse du séducteur. La petite histoire raconte, que ce ne fut pas non plus le plus heureux des tournages. On dit que, pour se venger de son partenaire (c’est George Lazenby qui incarne l’agent secret), elle mangeait de l’ail avant les scènes de baiser.

A part ça, c’est surtout au théâtre qu’elle s’est illustrée et ce sont ces rôles dramatiques qui lui ont amené les récompenses. Diana a notamment été élevée au rang de Commander et Dame Commander de l’Ordre de l’Empire Britannique pour sa “carrière exceptionnelle sur scène et à l’écran en Grande-Bretagne”.

Il est évidemment complètement réducteur de la réduire à ces deux rôles, mais quand on participe à une émission qui parle de fiction populaire, ce sont des incontournables dans tous les sens du terme. Ce qu’il me restera des recherches effectuées pour cette chronique, n’en déplaise à l’actrice qui déteste cela, c’est une photographie de 2007 postée sur dianariggforever. En effet, aux portes de sa septième décennie, Diana Rigg n’a rien à envier à la beauté de Emma Peel.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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