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Sauvés Par Le Gong

Sauvés Par Le Gong

Le générique de Sauvés Par Le Gong aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Une chose que je déteste dans les années ’90, ce sont les motifs et les couleurs qu’on retrouvait partout. Des spirales, des zigzags, des vagues, des flèches, des points roses, jaunes, bleus électriques qui ornaient les chemises, les fardes, les sacs, les autocollants. Le générique de Sauvés Par Le Gong, c’est ça de la première seconde à la dernière. Bref, ça ne raconte rien, c’est coloré, tape à l’oeil et rythmé… comme la série qui suit.

Laissez moi vous rappeler le décor principal de la série: le couloir de l’école avec ses casiers, la poubelle sur laquelle s’assied Zach, les portes de l’unique classe et du bureau du proviseur Belding. Ce qui marque, c’est la déferlante de couleurs criardes: les casiers, les habits des élèves, les affiches écrites à la main sur les murs. A l’image de ce couloir, rien de sobre dans cette série.

Ni le jeu des acteurs, particulièrement appuyé de regards évocateurs, de kilos de gestuelle et, dans le cas de Zach, de commentaires face caméras.

Rien de subtil non plus dans les scénarios. Ils sont aussi vides qu’un yaourt maigre et aussi surprenants qu’un reportage sur le croisement des juilletistes et aoûtiens sur les autoroutes des vacances.

Jugez plutôt les thèmes des 7 épisodes suivants: Lisa abuse de la carte de crédit de son père, frappé par la foudre Screech peut prédire l’avenir, le père de Slater est muté à Hawaï et Zach s’arrange pour que l’atmosphère soit tellement mauvaise qu’il décide de le suivre, Zach et Screech vendent une crème anti-boutons de leur invention, Zach organise une fête alors que les parents de Screech sont partis pour le weekend, lors de l’élection de miss Bayside Zach parie avec Slater qu’il peut faire gagner Screech, pour gagner de l’argent Zach vend des calendriers avec des photos des filles de la classe prises à leur insu.

Sauvés Par Le Gong n’est pas une série qui nous parlait des problèmes des ados ou du milieu scolaire, vous l’aurez compris.

Enfin, les personnages eux-mêmes ne sont pas écrits en toute subtilité. Zach le roublard, Slater le paquet de muscle, Jessie l’intello, Kelly la jolie fille, Screech l’amuseur de service et Lisa… Heu Lisa.

Tout tourne autour de Zach. Slater est l’adversaire de Zach, Kelly est la copine de Zach, Jessie est le contraire de Zach, Screech est le complice de Zach et Lisa… heu c’est Lisa.

Et c’est le couple Zach-Kelly qui sous-tend toute la série. Enfin, c’est ce que les scénaristes voudraient qu’on retienne. Ils se sont arrangés pour finir la série sur un téléfilm intitulé Mariage à Las Vegas où les deux personnages se marient. Mais dans les faits, Zach n’est pas si attaché que cela à Kelly. Il la drague durant la première saison, ils sont ensemble dans la deuxième, mais rompent dès le premier épisode de la troisième. Il sera alors avec Stacey (la fille du patron d’un club de plage où il travaille) puis Tori (une nouvelle arrivée durant la saison 4).

Si je récapitule, les intrigues sont résumables en une phrase et complètement prévisibles, les personnages sont aussi stéréotypés qu’un épisode de Secret Story et le jeu des acteurs est oubliable. Comment remplissaient-ils les 25 minutes que duraient les épisodes?

D’abord, les monologues de Zach permettent de gagner de précieuses secondes. En début d’épisodes, à la fin des séquences, Zach nous gratifie de ses commentaires, annonce ce qu’il va faire, développe ses sentiments.

Ensuite, des petites péripéties font passer le temps. Le propriétaire du snack chez qui les ados se retrouvent, Max, ponctue ses apparitions de petits tours de magie. N’est pas David Copperfield qui veut – et ces détours magiques sont vite lourds – mais ça meuble.

Enfin, il suffit de mettre Screech dans une scène pour la faire durer plus longtemps. Car Screech est le personnage qui peut tout faire. Entendez par là, tout ce qui est honteux, qu’on aimerait en tant que scénariste n’avoir pas utilisé, mais qu’on prend parce que l’inspiration tourne en rond. Les amis discutent autour d’un milk-shake chez Max, Screech comprend mal un propos, il fait la remarque, il reçoit une tape sur la tête et se retourne pour voir ce qui se passe. Après la phrase initiale, vous avez donc trois mini-actions en suppléments qui font passer le chronomètre.

Le cas de Screech est d’ailleurs intéressant. Pour certains, il est LE héros de la série, il est souvent vu comme l’un des premiers geek/nerd télévisuels qui compte. Il est dit parfois qu’il est intelligent. Certaines intrigues, c’est vrai, mettent en avant son côté nerd. Comme le concours d’échec contre un russe qu’il remporte.

Mais la plupart du temps, Screech est plutôt idiot et c’est ça qui est le ressort “comique”. Screech est naïf, Screech dit ce qu’il ne faut pas dire, Screech pleure comme un bébé, Screech a peur, Screech idolâtre Zach à outrance, Screech se prend des râteaux avec Lisa, mais Screech utilise rarement le nombre d’or, une expérience scientifique, un calcul savant. On est loin du Jerry Steiner de Parker Lewis Ne Perd Jamais, par exemple.

Et les dernières évolutions de l’acteur qui l’incarnait, Dustin Diamond, qui étale sa vie dans des mémoires louches ou des télé-réalités bas de gamme, ont achevé d’élimer le peu de sympathie que j’avais pour ce personnage.

Les gens de ma génération ont tous regardé Sauvés Par Le Gong diffusé dans l’émission Giga. Elle a donc un parfum de nostalgie. Mais soyons honnêtes, même jeune, à l’époque, je sais que la série m’ennuyait un peu…

Bon, je ne sais pas du tout comment je vais finir cette chronique. Driiing. Ah ouf, sauvée par le gong!

Le générique de Sauvés Par Le Gong aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Une chose que je déteste dans les années '90, ce sont les motifs et les couleurs qu’on retrouvait partout. Des spirales, des zigzags, des vagues, des flèches, des points roses, jaunes, bleus électriques qui ornaient les chemises, les fardes, les sacs, les autocollants. Le générique de Sauvés Par Le Gong, c’est ça de la première seconde à la dernière. Bref, ça ne raconte rien, c’est coloré, tape à l’oeil et rythmé… comme la série qui suit. Laissez moi vous rappeler le décor principal de…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre

Sauvés Par Le Gong

Critique de l'auteur: Une série redondante, mal écrite et peu imaginative... Au final, reste un parfum nostalgique pour ceux qui ont grandi en la regardant, mais même en la remettant dans son époque, Sauvés Par Le Gong semble datée et peu inspirée...

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.

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