Séries Cinéma

Pokémon, Détective Pikachu

Si adapter un jeu vidéo en film live action est une gageure sur laquelle de nombreux réalisateurs se sont déjà fracassé les dents avec éclat, tenter l’exploit avec une franchise comme Pokémon résulte non pas d’une audace insouciante mais plutôt carrément du suicide artistique programmé!

Tenter de rendre crédible en prises de vues réelles,  un univers vidéoludique, déjà exploité en série d’animation, c’est la mission kamikaze que s’est pourtant infligée Rob Letterman en 2019 en chapeautant la réalisation de “Pokémon: Détective Pikachu”. Le réalisateur n’est cependant pas un novice et semblait tout désigné pour ce poste: ayant fait ses armes sur des films d’animation amusants comme “Gang De Requins” et “Monstres vs Aliens”, il est passé au film en prises de vues réelles avec le poussif “Voyages De Gulliver” en 2010 et la sympathique adaptation de “Chair De Poule” en 2015. Aurions-nous là, entre les mains enfin l’une des meilleures adaptations à la fois de jeu vidéo et de série d’animation, genres souvent abonnés aux nanars problématiques?

Je vous laisse encore un peu de suspense en vous précisant déjà toutefois que nous n’atteindrons pas les sommets d’effroi d’un “Dragon Ball” ou d’un “Chapeau Melon Et Bottes De Cuir” frelatés. “Pokémon: Détective Pikachu” s’affranchit déjà de ses peu glorieux ainés par la présence d’un embryon scénaristique. S’il ne faut pas chercher la complexité où elle n’est pas, force est de constater que le film s’emploie à raconter une histoire originale, se démarquant par la même de son matériau de base déjà surexploité.

Nous y suivrons les aventures de Tim Goodman, un jeune comptable ayant remisé au placard ses rêves de devenir dresseur de Pokémon suite au décès de sa mère et à l’absence de son père Harry. Apprenant le décès de ce dernier dans un apparent accident de voiture, il se rend à Ryme City, la seule ville dans laquelle les humains et les Pokémons vivent en harmonie sur un pied d’égalité. Dans l’appartement d’Harry, Tim se retrouve nez à nez avec un Pikachu amnésique dont lui seul semble comprendre le langage et se disant le partenaire de travail de son défunt père.

Après avoir trouvé en fouillant les affaires d’Harry, un étrange composé “R”, semblant altérer le comportement des Pokémons, Tim se lance dans une enquête sur les conditions de disparition de son père aidé de son compagnon touffu jaune et de la jeune journaliste stagiaire intrépide Lucy ayant flairé le scoop fracassant. Bien rapidement les pistes les mèneront vers les laboratoires scientifiques d’Howard Clifford, le bienfaiteur de la ville, desquels se seraient échappé Metwo, un dangereux Pokémon…

On l’aura vite compris, si le scénario ne révolutionnera pas le genre, il se dote pourtant d’une intrigue suffisamment construite pour permettre quelques habiles, bien que prévisibles, retournements de situation. De même, le film se pare à certains moments d’une amusante esthétique proche du film noir, avec ses détectives de roman, ses vieux bouibouis aux néons agressifs et ses fights clubs clandestins.

Rob Letterman prouve qu’il peut rendre cet univers cohérent crédible en s’appuyant également sur des effets spéciaux pour la plupart réussit. L’ajout des Pokémon dans l’image se veut ainsi à mi-chemin entre le CGI réaliste et l’incrustation dessin animé, rappelant des ainés comme “Space Jam” ou “Roger Rabbit”. Les fans en auront en outre pour leur argent, le bestiaire à l’écran étant aussi impressionnant qu’intelligemment agencé.

Là où le bas blesse pourtant et empêche le film de prétendre à être plus qu’un honnête divertissement pour enfants, c’est au niveau de l’interprétation générale. Les jeunes acteurs font preuve d’une rare fadeur à l’écran tandis que les plus chevronnés comme Bill Nighy semblent être totalement perdus dans cet univers qui les dépassent quelque peu. Tous sont malheureusement de plus desservis par des dialogues très souvent patauds, qu’un humour enfantin et un rythme en dents de scie enfoncent régulièrement un peu plus.

Reste le cas Pikachu, mascotte de la franchise doublée par Ryan Reynolds, s’il parle souvent beaucoup trop, emporte le morceau par le soin particulier apporté à son design et sa mignonnerie constante qui réussirait à faire fondre le coeur d’un marcheur blanc.

Ce “Pokémon: Détective Pikachu”, bien qu’imparfait, n’est donc pas la purge tant redoutée et ouvre sans nul doute la porte à une franchise qui pourra s’épanouir sur un univers posé de manière solide et ingénieuse. Parents, courage, la Pokémon mania est bien loin d’être terminée.

En quelques mots...

Tilman Villette

Pokémon: Détective Pikachu

Probablement pas la plus mauvaise adaptation sur grand écran d'une franchise vidéo-ludique et télévisuelle. Malheureusement, le film pêche par une jeu d'acteur plus que moyen et des dialogues abscons. Dommage.

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Tilman Villette

Tilman Villette est gestionnaire de dossiers auprès du Fonds du Logement de la Région Bruxelles Capitale. Après sa licence en communication, option journalisme obtenue à l’UCLouvain durant laquelle il a réalisé ses stages au magazine "Télémoustique" et à la RTBF Radio, il a également été enseignant pendant une année.

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