Shogun

Dans le décor du Japon féodal du début du XVIIème siècle, John Blackthorne, un marin anglais a dérivé sur les côtes japonaises. Rescapé, il devient le témoin d’une lutte sans merci lancée par Toranaga, un seigneur tyrannique déterminé à devenir le Shogun, dictateur suprême. Blackthorne est irrémédiablement pris dans le tumulte et devient le premier gai-jin (étranger) à être fait samouraï.

L’histoire

En 1598, 5 navires de commerce et de combat quittent la cité hollandaise de Rotterdam. Leur but est de piller et ravager les possessions espagnoles et portugaises du nouveau monde. La Hollande protestante et l’Espagne catholique sont en guerre depuis 40 ans. L’Angleterre est l’alliée de la Hollande.

Un seul navire Hollandais arrive dans les eaux américaines. Le navire, l’Erasme commandé par John Blackthorne, navigateur britannique. Lors d’une tempête en mer, le navire dérive vers les côtes japonaises.

A cette époque, le Japon est écrasé par le pouvoir des missionnaires jésuites portugais… C’est donc un prêtre qui va servir de traducteur entre les japonais et l’équipage. Mais un prêtre ennemi de John Blackthorne, puisque pour les portugais, les anglais et hollandais protestants sont des hérétiques.

L’équipage se fait emprisonner. Sauf, le capitaine qui, petit à petit, découvre les traditions et les codes de la culture japonaise.

Après quelques péripéties, il se rend à Osaka pour rencontrer Toranaga, un des cinq régents du Japon. Le pays sort de 600 ans de guerre civile arrêtée 25 ans plus tôt. Toranaga est un traître qui tourne comme une girouette, il est toujours du “bon” coté, de celui des gagnants. Les Jésuites portugais expliquent à Blackthorne qu’il y a de nouveau un risque de guerre civile.

Lors de sa rencontre avec Toranaga, Blackthorne lui explique que la Hollande et l’Angleterre sont alliées, et qu’il vient au Japon pour faire du commerce. Il a accepté de prendre la tête de ce navire pour découvrir de nouvelles terres.

Après un cours séjour en prison, il est libéré et va vivre chez Toranaga, qui le prend sous sa coupe. Ce dernier veut en apprendre le plus possible sur l’occident et sur le pays de Blackthorne, l’Angleterre. Les Jésuites portugais auraient souhaité que Blackthorne, l’hérétique, soit exécuté, mais ils ne peuvent rien refuser à Toranaga.

Au contact de gai-jin Blackthorne, Toranaga apprend que l’Espagne et le Portugal ont divisé le monde en deux, les terres appartenant à l’Espagne et au Portugal. C’est le Pape qui donne ces droits en échange de la diffusion de l’existence de Dieu (selon le Traité de Saragosse).

Un Samouraï envoyé par les portugais tente de tuer Blackthorne, c’est pourquoi Toranaga l’envoie en province, dans le village d’Anjiro, pour qu’il découvre les us et coutumes du Japon. Il devra également apprendre à parler japonais. En échange, il doit expliquer aux japonais la culture occidentale comme les chants, le folklore mais aussi l’art de la guerre. Toranaga l’y accompagne et démissionne de sa place de régent.

A Anjiro, Blackthorne devient hatamoto, c’est-à-dire confident personnel de la suite d’un seigneur. C’est pour cette raison qu’on lui donne une femme. Ensuite, il sera fait samouraï par Toranaga. C’est un grand honneur. Il va pouvoir disposer d’un village.

Spoiler

Spoiler

A la fin, il récupère son bateau et son équipage. Il le ramène jusqu’à Anjiro. Mais il y a un traître parmi son équipe. Mariko, la traductrice de Toranaga, dont Blackthorne est amoureux, meurt. L’Erasme est incendié. Blackthorne ne retournera jamais en Angleterre. Toranaga est devenu le nouveau Shogun et ne laissera jamais partir gai-jin Blackthorne du Japon. Une nouvelle guerre civile fera 40.000 morts.

Une série historique

La série est tirée du roman éponyme de James Clavell. Cette série est très réaliste parce qu’elle est basée sur un fait réel. Clavell s’est basé sur la véritable histoire du pilote anglais William Adams pour écrire son histoire.

Ce navigateur désirait plus que tout découvrir le nouveau monde et quand il apprend qu’un navire hollandais se rend en Indonésie, il insiste pour être nommé Pilote de l’expédition. Celle-ci dura près de deux ans. Parmi les cinq navires partis de Rotterdam en 1598, seul le Liefde, navire d’Adams, ne coulera pas. Il dérivera jusqu’au pays du Soleil Levant, le 12 Avril 1600.

Ils arrivent sur les côtes tenues par les Jésuites portugais. A l’époque, ils dominent l’Asie et y ont interdit toute autre religion. Pour eux, l’arrivée de Hollandais protestants est catastrophique. Parce qu’ils avaient fait croire aux japonais que le monde chrétien était uni par une seule croyance, le catholicisme, et les y avaient convertis. La révélation de l’existence d’une autre croyance met en péril leurs accords commerciaux car le Japon est un marché important pour le commerce de la soie.

Pour éviter cela, les Jésuites diront aux japonais qu’Adams et son équipage sont des pirates, en espérant qu’ils soient condamnés à mort. Mais à l’inverse, Adams fut reçu au Château d’Osaka par le très puissant Tokugawa Ieyasu (qui dans la série est Toranaga), l’un des cinq régents du Japon, qui allait devenir le dictateur militaire suprême, le Shogun, qui régnera au nom de l’Empereur et fondra une dynastie qui devait durer 250 ans.

Clavell ne voulait pas faire un roman historique, il s’est principalement inspiré de l’histoire de William Adams. Mais il a voulu faire un roman personnel, c’est pourquoi il a changé le nom des personnages (Will Adams devient John Blackthorne et Tokugawa Ieyasu est Toranaga). Il s’est également inspiré des expériences d’autres occidentaux au Japon.

Choc culturel

Le but de cette série est très clair: tenter d’expliquer la culture japonaise aux occidentaux. D’ailleurs la diffusion de la série à la télévision a enclenché un intérêt des Américains pour l’histoire et la culture japonaise.

C’est la découverte d’une nouvelle culture, d’un pays et d’une époque qu’on connaît mal, voire pas du tout. On voit bien qu’il y a un manque de compréhension parce que le choc des cultures et de religions est très fort.

On apprend donc beaucoup de choses sur la culture japonaise tout au long de la série. On découvre la philosophie des samouraïs. Samouraï veut dire “servir”. Ils ont le droit de tuer qui ils veulent tant que la personne n’est pas elle-même samouraï. Ils le font souvent sur ordre de leur maître.

On apprend également que seul les samouraïs ont des noms et des prénoms, les autres portent le nom de leur métier: pêcheur, porteur,… On en voit plusieurs se faire hara-kiri lorsqu’ils échouent dans leur mission comme le samouraï qui n’a pas pu tuer Blackthorne. Se faire hara-kiri, est un mode de suicide qui consiste à s’ouvrir le ventre avec un sabre. C’est une sorte d’honneur de se donner ainsi la mort.

Il y a aussi tout l’univers des marins qui est traité dans cette série. Le thème de l’entraide universelle entre les pilotes de navire. Il y a un grand respect des pilotes de navires. Ils sont reconnus comme des “scientifiques” aux yeux de ceux qui ne savent pas diriger un bateau.

Un bon exemple de ces différences culturelles est montré lors de la rencontre entre Toranaga et Blackthorne. Ce dernier possède des “Lettres de marque” qui sont des attestations du gouvernement hollandais donnant l’autorisation d’attaquer l’ennemi. Mais Blackthorne ne le fera que si l’ennemi attaque le premier.

Mais au Japon, la règle est différente explique Toranaga. Tout trouble de l’ordre public, tout méfait est puni par la peine de mort. Et les étrangers ne sont tolérés sur ces terres que parce que les japonais le veulent bien. La Loi est sans équivoque: la mort est la seule sentence.

Il y a une opposition entre l’argent (coutume occidentale): on rétribue un capitaine et son équipage lorsqu’ils font du commerce, ils reçoivent une partie des bénéfices; et le devoir ou la loyauté (coutume orientale). Pour les japonais, les Hollandais (et les occidentaux par extension) sont donc des mercenaires, des pirates. En occident, un pirate est un hors-la-loi qui pille, viole. Pour le Japon, la Hollande est en rébellion contre son ancien seigneur (le Portugal). Un comportement que le Japon ne peut comprendre de par sa culture.

La notion de respect est très importante au Japon. Le fait de ne pas saluer un homme haut placé peut entraîner la mort. L’offense est un autre concept important en orient comme la loyauté, le devoir.

Mariko, la traductrice de Toranaga, explique beaucoup de coutumes japonaises à Blackthorne, ce qui lui évite quelques fois d’être exécuté. Elle lui apprend de nombreux comportements culturels à adopter dans certaines circonstances. Notamment dans les rapports homme-femme.

Par exemple, elle lui explique qu’on ne convoite pas la femme d’un japonais sous peine de voir cette femme être tuée par ordre de son mari, de son père ou de son frère. Mais convoiter une femme signifie simplement qu’une femme se retrouve seule avec un homme qui n’appartient pas à sa famille. Cependant, il n’y a pas de réelle pudeur: un homme et une femme peuvent prendre un bain ensemble, c’est normal, tant qu’il y a une autre personne dans la pièce.

Mariko commettra un imper lorsqu’elle proposera à Blackthorne la compagnie de dames pour des relations intimes. Il s’offusque de cette proposition et ne comprend pas comment on peut lui proposer des femmes ainsi. Au Japon, c’est une pratique tout à fait courante car pour eux les relations sexuelles font partie d’une bonne santé. Après son emprisonnement, Blackthorne a besoin de se “rétablir” et pour les japonais cela passe inévitablement par des relations sexuelles.

Mon avis sur la série

Je n’ai pas vraiment apprécié Shogun. Première raison: le scénariste Eric Bercovici a souhaité que les dialogues en japonais ne soient pas sous-titrés. C’est très surprenant au départ parce que les dialogues peuvent être longs et on s’attend à ce que quelqu’un traduise dans la série (comme un prêtre portugais par exemple). Et ça ne vient jamais.

Autre gros problème de cette série, c’est la lenteur. Même les moments d’actions sont très mous. Il y a de longs passages où on voit Blackthorne marcher et suivre des japonais sur de la musique. Il y a beaucoup de plan de paysages et de maisons, ce qui donne également l’impression que l’histoire stagne. On en apprend beaucoup sur le plan historique mais c’est très lent à venir, il faut être patient. Il y a un manque d’action évident.

On a un peu de mal à s’y retrouver au début entre les anglais, les portugais, les japonais. Qui est avec qui et qui est contre qui? Et surtout quelle est la religion de chaque personnage (ce qui le rend ennemi ou non).

Au début de la série, j’avais du mal à structurer qui était qui, je me limitais à “c’est un gentil (avec Blackthorne)” et “c’est un méchant”. En plus, certains occidentaux sont hypocrites vis-à-vis des personnages japonais, dont on a du mal à retenir le nom, tant ils sont nombreux.

En contrepartie les décors sont très bien faits. On en apprend énormément, c’est très instructif. Clavell a atteint son but de nous faire découvrir une autre culture.

Je pense aussi que pour apprécier la série, il faut bien sûr être attiré par la culture orientale. Mais aussi aimer le thème des samouraïs et tout cet univers assez particulier. Finalement, c’est une série qui a beaucoup vieilli… Les années ’80 sont tellement loin!

À propos de Lise-Marie Cassart

Lise-Marie est journaliste. Elle travaille pour la presse écrite, et plus précisément pour le magazine féminin « Flair ». Lise-Marie a rejoint l’équipe en septembre 2004. Elle a, notamment, décortiqué durant 3 saisons les génériques de séries, tant niveau musical qu’au point de vue des images. Lise-Marie a quitté l'équipe d'AFDS en juin 2008.
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