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Nounou D’Enfer (une)

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Imaginez-vous prendre un avion pour Paris! Après quelques minutes, vous vous rendez compte que la personne qui est assise juste à côté de vous se trouve être Jeff Sagansky, le patron de CBS au début des années ’90. Que faites-vous? Vous n’osez pas lui adresser la parole? Vous lui demandez l’heure? Ou vous lui parler simplement d’une idée, d’un concept de série qui vous trotte en tête depuis un bon moment!

C’est exactement ce que fera Fran Drescher en 1992! Elle lui parlera de cette histoire, qu’elle a élaborée avec son mari Peter Mac Jacobson, d’une femme tout droit sortie du Queens qui rencontre un riche et veuf producteur de Broadway, père de 3 enfants. Ce dernier ne reste pas insensible au charme de la jeune femme et, bien qu’elle n’ait aucune expérience en la matière, il l’engage rapidement en tant que nounou. Dénuée de bonnes manières mais avec un coeur gros comme ça, la turbulente jeune femme accepte le poste. La vie de Maxwell Shefield et de ses enfants ne sera plus jamais pareille!

Impressionné par le charme, la gouaille, l’intelligence de l’actrice, le patron de CBS décide de donner sa chance à Fran Drescher. Moins d’un an plus tard, Une Nounou D’Enfer débarque sur CBS. La série rencontrera un énorme succès international et durera 6 saisons.

Sitcom

Une Nounou D’Enfer est une sitcom tout ce qu’il y a de plus typique dans sa construction. Un lieu de vie commun, un quatrième mur dans lequel se trouve le public, les rires enregistrés, des quiproquos en cascades et surtout des personnages haut en couleur… Le moins que l’on puisse dire, c’est que la série ne révolutionne pas le genre. Mais son intérêt réside ailleurs que dans la forme.

Fran omnipotente

Il était impossible de parler de cette série sans parler de Fran: femme enfant fantasque, aussi délicate et discrète qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sa rencontre avec le milieu bourgeois de Manhattan fait des étincelles. Il faut dire que la jeune femme adore s’habiller avec des tenues extravagantes extrêmement moulantes et riches en couleurs pétillantes.

En outre, Fran aborde une coiffure sponsorisée par Elnett, une sorte de casque énorme composé de cheveux bouclés qui partent dans tous les sens. Bref, physiquement, la nounou fait tache dans cette maison bourgeoise qui l’a accueillie. Et pour ne rien gâcher, l’attitude, la voix, le rire confirment ce que le physique nous apprenait déjà: Fran n’a aucune manière.

Heureusement, ses défauts apparents sont rapidement balayés par une joie de vivre et une gentillesse à toute épreuve. Fran attire la sympathie. Il n’est pas étonnant que les enfants l’adorent, que Maxwell Shefield en pince pour elle, qu’elle a pour confident Niles, le maître d’hôtel, et que C.C. Babcock (la rivale jalouse ayant des vues sur le producteur) la déteste.

Fran est sans conteste l’un des personnages de série le plus attachant qu’il m’ait été donné de voir. Fait intéressant, la frontière entre le personnage et l’actrice semble extrêmement fine. Le nom du personnage est déjà le même que celui de l’actrice. Son rire et sa voix ne semblent même pas forcés. En outre, l’actrice aime s’entourer des personnes de son entourage réel: son mari et sa famille participeront régulièrement à l’histoire.

Fran, l’actrice et le personnage, est omniprésente voire même omnipotente. Productrice, scénariste, actrice, personnage, elle est partout. Un exercice franchement casse-gueule dans la mesure où une telle présence à tous les niveaux aurait pu agacer. Et pourtant, la sauce prend miraculeusement.

Une série, trois histoires

La série raconte parallèlement 3 histoires: la rencontre et l’histoire d’amour entre Fran et Maxwell, l’histoire d’amour entre Fran et les enfants et le duel de vacheries entre C.C. Babcock et Niles.

L’histoire d’amour

Fran et Maxwell ont un coup de foudre dès la première rencontre. C’est une évidence. Maxwell n’aurait jamais engagé Fran s’il n’avait pas le béguin pour elle. En effet, elle n’a aucune expérience dans le domaine et n’est pas ce qu’on peut appeler une Mary Poppins. Un gouffre sépare leurs deux mondes. Et pourtant, leur attirance est palpable. A tel point que le générique ne laisse aucun doute sur le sujet: “Now the father finds her beguiling (watch out C.C.!)” que l’on pourrait traduire par “Maintenant le père la trouve séduisant (fais gaffe CC !)“.

Tout le travail des scénaristes sera de gérer cette attirance mutuelle, cette tension sans tuer la série. Exercice difficile s’il en est! Il faut en effet arriver à trouver le juste milieu entre réussir à faire avancer l’histoire de peur de perdre les téléspectateurs lassés par un statut quo et ne pas franchir la limite irrémédiable du couple. Nombreux sont les exemples de séries où les personnages principaux après s’être déclarés mutuellement leur flamme perdaient de leur intérêt. Clair De Lune en tête.

Une Nounou D’Enfer n’évite pas certains écueils en maintenant la pression le plus longtemps possible, mais se paie même le luxe de rester sympathique en mettant en scène le couple nouvellement formé. Par écueil, j’entends que les scénaristes n’ont quand même pas pu éviter certains rebondissements téléphonés: Maxwell qui avoue régulièrement son amour à Fran lors d’un événement stressant (Fran sur le point de quitter la maison avec son ex), mais qui se rétracte une fois le retour à la normale. La série finira tout de même par rire de son propre immobilisme lorsque Fran viendra annoncer aux enfants que Maxwell lui a déclaré sa flamme. Tous lui répondront “ah ouais, encore! Et à part ça quoi de neuf?” jusqu’à ce que Fran complète sa phrase “…et il ne s’est pas rétracté!”. Tout le monde crie enfin! Les téléspectateurs en tête.

L’histoire entre les deux protagonistes prend alors un autre tournant: comment deux personnages issus de milieux aussi opposés peuvent arriver à surmonter leurs différences pour s’aimer. L’histoire d’amour se terminera en apothéose par la décision des deux jeunes amoureux d’agrandir leur famille.

A noter que ce traitement du couple nouvellement formé avait déjà été traité avec brio par la série Loïs et Clark.

La mère de substitution

La seconde histoire racontée par la série est celle qui se déroule entre Fran et les enfants. Dans ce cas, pas de fausse tension, s’ils sont d’abord un peu réticents à l’idée de voir une femme débarquer chez eux, les enfants verront rapidement en Fran plus qu’une nounou. Confidente, amie, aimante, tendre et bienveillante, Fran endosse le rôle de maman de substitution à merveille. La complicité qu’elle développe avec les trois enfants fait vraiment plaisir à voir.

A noter que les traits de caractères des enfants étaient largement plus grossiers dans les premiers épisodes. Comme si le contact avec Fran les avait allégés et leur avait permis de s’ouvrir au monde. Maggie, l’aînée était présentée comme une adolescente d’une timidité maladive. Quelques épisodes plus tard, elle enchaîne les petits copains. Merci qui? Merci Fran. Brighton, le seul garçon, s’apparentait à une teigne prête à tout pour faire pleurer les babysitters. Ce trait de caractère a évidemment fondu comme neige au soleil dès les premières joutes verbales avec Fran. Quant à la petite dernière, Grace, elle a été introduite comme une femme en pleine psychanalyse emprisonnée dans le corps d’une fille de 5 ans. Mais ici encore, cette particularité à été gommée au fil des épisodes.

Dommage, cela aurait rendu les enfants plus consistants. En effet, en y regardant de plus près, les trois personnages d’enfants n’existent pas réellement par eux-mêmes. Ils n’existent qu’en rapport avec Fran ; ils sont juste là pour souligner à quel point elle est charmante et gentille. Ils sont autant de panneaux indicateurs pointés sur Fran. Rien de dramatique bien sûr, mais je trouve personnellement qu’ils auraient mérités un meilleur traitement.

Vacheries en cascade

J’avais parlé de 3 histoires parallèles dans Une Nounou D’Enfer. Il en est une qui prend forme sous nos yeux de façon bien plus subtile que les deux premières. Il s’agit de l’histoire en Niles et CC Babcock. Pour ceux qui l’ignorent, Niles est le maître d’hôtel un brin moqueur de Maxwell Shefield et CC Babcock est la collègue du producteur qui voit d’un mauvais oeil la relation entre ce dernier et Miss Fran.

Ces deux personnages se détestent joyeusement. Leurs joutes verbales sont un pur régal pour le téléspectateur. Niles ne manque aucune occasion pour rabaisser C.C. aux yeux de Maxwell. Les répliques qu’il lui assène sont à hurler de rire et souvent pleines de sous-entendus sexuels, malheureusement occultés dans la VF. C.C. le lui rend bien, il faut bien l’avouer.

Mais se détestent-ils vraiment? On a déjà vu des personnages passer leur temps à se disputer pour mieux oublier qu’ils sont attirés l’un envers l’autre: Spike et Buffy, Joey et Pacey (Dawson), Lois et Clark… les exemples sont légions. Et devinez quoi? Nos deux compères finiront par s’embrasser dans quelques épisodes…

Générique

Une fois n’est pas coutume, le générique de cette sitcom est une très grande réussite. On est très loin du simple générique de Friends présentant les personnages en alignant les mini séquences tirées des épisodes avec les noms des acteurs qui défilent en bas de l’écran.

Il s’agit ici d’un dessin animé. Pour la petite histoire, ce générique n’était pas celui choisi au départ. En panne de budget, le premier générique présentait Fran en train de se maquiller et de se préparer. Heureusement pour nous, les producteurs ont décidé d’opter pour une approche tout à fait différente et ont mis le paquet.

Dessin animé et musique entraînante. Le générique est un vrai modèle du genre. D’autant qu’il se paie le luxe de résumer l’épisode pilote, le concept même de la série, en une seule petite chanson de 50 secondes. Inutile d’avoir vu la série depuis le début pour en connaître l’histoire, tout se trouve dans ce superbe générique.

Conclusion

D’un point de vue purement formel, Une Nounou D’Enfer ne marque pas les esprits et fleure bon la sitcom bas de gamme: des situations archi-connues, des personnages éculés, un décor statique, des acteurs qui surjouent, … Rien de réjouissant…

Et pourtant, même si Une Nounou D’Enfer ne révolutionne pas le monde des séries, elle n’en reste pas moins une sitcom fort sympathique et agréable à regarder. La “faute” en incombe à son interprète principale. Quoiqu’omniprésente, elle attire irrémédiablement la sympathie. Sa douce folie et son grand coeur finissent d’achever le tableau. Une Nounou D’Enfer est une série qui ne vieillira pas, grâce à elle.

À propos de Nathanaël Picas

Nathanaël Picas a suivi des études de journalisme à l’Université Catholique de Louvain. Sa formation terminée, il a travaillé en tant que journaliste free lance pour la presse écrite et télévisée. Il a également été animateur sur Musiq’3. C’est à cette époque qu’il a rejoint l’équipe d’AFDS. En 2005, il devient attaché de presse dans une agence de communication.
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