Popeye

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Comme beaucoup de personnes qui l’appréciaient, lorsque j’ai appris le décès de Robin Williams, j’ai jeté un coup d’oeil à sa filmographie, histoire de voir quel film j’allais bien pouvoir regarder à sa mémoire. Et étonnamment, je n’ai pas choisi, comme on pouvait s’y attendre, Le Cercle Des Poètes Disparus, Good Morning Vietnam ou encore Madame Doubtfire, non.

Mon choix s’est porté sur un film oublié ou mal aimé: Popeye. On pourrait se dire que c’est mon côté « Fan de Séries » qui a guidé mon choix. Mais non, c’est simplement que j’en garde un très bon souvenir et que Robin Williams, pour son premier grand rôle au cinéma, y était juste fabuleux.

On se souviendra que c’est Robert Altman, réalisateur de talent (M*a*s*h, Short Cuts, The Last Show,…) qui est aux commandes du film. Il choisit d’abord pour incarner Popeye un jeune acteur de séries tv: Robin Williams. Il est l’interprète de Mork, un extraterrestre apparu dans Happy Days et qui a tellement convaincu le public et la production qu’un spin-off, intitulé Mork & Mindy a été créé autour de son personnage. Pour Olive Oyl, il va chercher son actrice fétiche du moment, Shelley Duvall, qui sort juste du tournage de Shining pour Stanley Kubrick, dans lequel elle interprète Wendy Torrance.

Quant au héros de ce long métrage, il est plus qu’adapté du comic strip Popeye, créé en 1929 par E.C. Segar et popularisé dès 1933 par les Studios Fleischer qui en font un héros de dessins animés.

Mais revenons-en au film pour ceux qui ne l’auraient pas vu. Tout comme le cartoon original, qui était composé d’épisode de 6 à 10 minutes, histoires courtes donc et relativement répétitives, le film se base sur un pitch qui tient sur un coin de table. Popeye est marin et il recherche son père. En arrivant au port, il recueille un bébé nommé Mimosa et tombe amoureux de la fine Olive Oyl, convoitée par Brutus, le grand méchant sans peur et sans vergogne. Une histoire classique mais qui tient sur un épisodes de 10 minutes… Mais nous sommes ici dans un film d’une heure 50!

Alors, Altman va tenter de rallonger la sauce par différents moyens. D’abord, Popeye sera une comédie musicale. Et donc de nombreux numéros musicaux (parfois, il est vrai, un peu « particuliers », pour ne pas dire ratés) émaillent le film. Et puis, toujours à l’image du comic strip, le réalisateur va enchaîner les seconds rôles loufoques ou gaffeurs ainsi que les histoires (parfois très) secondaires. On regrettera d’ailleurs un peu que ces histoires prennent le dessus sur les combats entre Popeye et les méchants, qui faisaient tout le sel de la série originelle.

Du côté des décors, on est en 1980, et donc bien loin des prouesses techniques que peuvent donner les effets numériques aujourd’hui comme pour l’adaptation des Schtroumpfs, par exemple. Donc les effets visuels sont à l’ancienne (ce qui leur donne un joli charme un peu désuet). Et les moyens sont conséquents: un village complet a été construit pour le tournage à Malte. Village qui existe d’ailleurs toujours et qui a été transformé en parc d’attraction visitable toute l’année. Les décors sont soignés, et dans le style propre au dessins animé de base. Les costumes sont très proches des vêtements des héros de papier.

En fait, quant on regarde les acteurs dans le film, ils sont également très proche physiquement des personnages de base, ce qui n’était pas chose évidente au vu du matériel de départ. Robin Williams est métamorphosé et Shelley Duvall est méconnaissable. C’en est bluffant de voir ces héros de dessin animé non réaliste prendre vie dans ce décor tellement proche du cartoon, mais tellement vrai en même temps.

Bien entendu, au vu du scénario, le film n’est pas exempt de longueurs. On finit par se lasser assez vite de ces seconds rôles qui chutent sans cesse ou qui courent après leur chapeau.

Comme dit précédemment, certaines chansons sont un peu spéciales voir totalement ratées, ce qui est un comble pour une comédie musicale. Certaines se limitent même à répéter la même phrase tout au long de la chanson! A tel point que lorsque le film traversera l’Atlantique pour sa diffusion européenne, plusieurs morceaux seront purement et simplement supprimés.

A côté de cela, restent des acteurs absolument incroyables. Shelley Duvall est une Olive Oyl parfaitement longiligne tellement fluette et tremblotante qu’on pense qu’elle va constamment s’écrouler. Robin Williams est de son côté défiguré par son maquillage: des avant-bras sur-développés à poils blonds, un oeil fermé, une pipe constamment vissée au coin de la bouche. Il ne parle pas, il marmonne. Au point qu’un seul mot sur deux est compréhensible… Tout comme le héros de papier. La copie est quasi conforme et l’acteur, parfois très exubérant dans certains de ses rôles suivants, est ici plutôt sobre.

Autre point positif, Altman ne gomme pas les aspérités du matériel originel. Généralement, lorsque des héros de papiers passent au grand écran, ils sont beaucoup plus lisse que ce que permet le petit écran ou la bande dessinée (les Schtroumpfs, les Finstones, …). Ici, pas question de gommer les côtés subversif du héros. Même certains points très dérangeants dans l’animé sont abordés, comme la violence du père de Popeye envers son fils, ou le fait que la plupart des personnages qui peuplent le monde du marin fan des épinards soient plus ou moins « Freaks ». Popeye lui-même n’est-il pas défiguré et borgne, avec un trouble de la parole?

Tout ceci éloigne d’ailleurs un peu le film du public auquel il était au départ probablement destiné: les jeunes enfants. Et cela s’est ressenti d’ailleurs au box office puisque Popeye fût loin d’être un succès pour Disney et la Paramount, qui s’étaient associés pour ce projet.

Comédie musicale ratée, mais comédie plutôt réussie, Popeye est un film hybride qu’on a beaucoup de mal à classer. Parfois trop lent, mais avec de très bons moments. Restent les interprétations magistrales de Shelley Duvall et de l’inoubliable Robin Williams dans son tout premier grand rôle au cinéma après son succès dans la sitcom Mork et Mindy.

Comme beaucoup de personnes qui l'appréciaient, lorsque j'ai appris le décès de Robin Williams, j'ai jeté un coup d'oeil à sa filmographie, histoire de voir quel film j'allais bien pouvoir regarder à sa mémoire. Et étonnamment, je n'ai pas choisi, comme on pouvait s'y attendre, Le Cercle Des Poètes Disparus, Good Morning Vietnam ou encore Madame Doubtfire, non. Mon choix s'est porté sur un film oublié ou mal aimé: Popeye. On pourrait se dire que c'est mon côté « Fan de Séries » qui a guidé mon choix. Mais non, c'est simplement que j'en garde un très bon souvenir…

En quelques mots...

Alexandre Marlier

Popeye

Critique de l'auteur: Pas aussi raté que ce qu'on a tenté de nous faire croire, le film Popeye se bonifie même plutôt avec les années qui passent. Robin Williams et Shelley Duvall y incarnent un incroyable Popeye et une longiligne Olive Oyl

Note des auditeurs/lecteurs 4.7 ( 1 votes)

À propos de Alexandre Marlier

Alexandre Marlier est journaliste et animateur radio. Il a notamment travaillé pour les réseaux belges « Nostalgie » et « Sud Radio ». Il travaille également en presse écrite. Il a ainsi écrit, entre autres, plusieurs articles pour le défunt « Génération Séries ». Il est également membre de l’A.C.S., l’Association des Critiques de Séries. Enfin, Alex est « Casting Voix » ou « Voix Off » pour des documentaires, films d’entreprises, …

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