Zorro

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Zorro est la seule série que Walt Disney, plutôt maître dans l’art du dessin animé, a produit. En 1954, les studios de cinéma refusent de travailler pour le nouveau média qu’est la télévision. Walt était minutieux, il veillait (surveillait) à tout, supervisait tout. Le savoir faire du maître transparaît beaucoup dans le résultat final (alors qu’il n’avait, au départ, aucune confiance dans l’impact potentiel du personnage).

Le héros est né de la plume de Johnston McCulley en 1919. L’auteur publiait des romans d’aventures, des policiers et des westerns dans des pulps. The Curse of Capistrano (La Malédiction de Capistrano), la première aventure de Zorro, paraît dans All-Story Weekly (feuilleton en 5 épisodes).

Zorro donnera naissance à d’autres justiciers nocturnes. Le plus connu est Batman en 1939. Le Signe De Zorro était le film que venaient de voir au cinéma les Wayne lorsque les parents de Bruce sont assassinés. Il a lui-même été inspiré par un autre héros populaire, oublié aujourd’hui.

Le Mouron Rouge (héros de la Baronne d’Orczy en 1905) était un lord anglais venant au secours de l’aristocratie française à l’époque de la Révolution. Comme Zorro, il est riche, beau et tente de se faire passer pour un balourd la journée afin d’endosser une identité secrète la nuit. D’ailleurs, son ennemi juré l’appelle le “rusé renard”. Zorro est aussi un jeune homme riche, mais comme Robin Des Bois, il emprunte aux riches pour donner aux pauvres. Zorro signifie le renard en espagnol. La série joue donc sur une tradition littéraire populaire qui remonte au Moyen-Age, celle de Renart, le goupil malicieux et rusé.

Presque simultanément, le cinéma s’empare du personnage. Douglas Fairbanks, vedette du cinéma muet, incarne le vengeur masqué dans un film resté culte: The Mark of Zorro (Le Signe de Zorro). Le succès de ce long métrage rejaillit sur McCulley. Jusqu’à sa mort en 1958, il écrit 63 autres romans et feuilletons. Le cinéma nourrira également le personnage. Fairbanks reprend le masque en 1925 (Don S. Son of Zorro/Don S. Fils De Zorro). Le meilleur ne fut pas l’un des plus connus, celui de Duccio Tessari en 1974 avec Alain Delon.

La télévision

La télévision de la fin des années ’50 est envahie de feuilletons d’aventures, des para-westerns destinés aux jeunes. Zorro appartient à cette veine, comme Daniel Boone, Kit Carson ou Davy Crockett. ABC diffuse le feuilleton de 1957 à 1959 (78 épisodes de 26 minutes et 4 téléfilms de 50 minutes). En France, la première diffusion, dans les années ’60, marque les esprits. Celle des années ’80 dans Le Disney Channel de FR3 charme toujours les nouvelles générations.

Zorro succède à Davy Crockett dans le Disneyland Show. C’est l’une des toutes premières séries à suivre de longue durée de la télévision. Il s’agit bien d’un feuilleton. Les épisodes ont chacun une unité, mais s’inscrivent dans des cycles plus ou moins longs (Zorro contre Monasterio fait 13 épisodes, La Conspiration de l’Aigle 26, par exemple).

Après deux saisons et malgré le succès, ABC ne renouvelle pas son contrat avec Disney. Il est vrai qu’à ce moment, les programmes passent à la couleur et Zorro était tourné en noir et blanc. La série était peut-être la dernière représentante d’une télévision du passé… à moins qu’il ne s’agisse d’un hommage aux premiers pas en image du héros (Le Signe De Zorro et les serials des années ’40, d’ailleurs G.J. Lewis qui incarne ici le père était le Zorro des serials).

Le noir et blanc a aussi la fonction de faire entrer les oeuvres dans une éternité intemporelle. C’est peut-être pour cela que la série ne vieillit pas. Le noir et blanc n’est pas la seule technique qui rapproche Zorro des serials. Le montage rapide, les scènes de chevauchées filmées en léger accéléré, les clairs-obscurs, la “nuit américaine”, les reflets satinés de la cape de Zorro, etc… sont des procédés piqués aux serials.

Le traitement des personnages est également intéressant. Ils sont très “typés” (Diego, Bernardo, Garcia et les divers méchants). Les trois principaux sont doublés d’un thème musical propre: sautillant pour Bernardo, lourd et comique pour Garcia, une phrase mélodique grave pour Diego.

“Zorro, défenseur des opprimés”

Guy Williams était un bon escrimeur, une qualité indéniable pour livrer des combats avec de véritables épées. “On se battait avec de vraies pointes, sans mouches au bout. Il s’agissait d’épées normales, mais avec un pommeau modifié, genre sabre, pour plus de protection”. D’aucun disent que ce sont surtout les bonnes relations avec Norman Foster, le réalisateur qui lui valut le rôle. Vu le talent qu’il déploya dans la série, on se fiche finalement de ce type de détails.

Diego est séduisant, jeune, riche. Quand il rentre d’Espagne à la demande de son père. Il apprend que la Californie est sous le joug d’un nouveau commandant tyrannique, Monasterio. Son père, Don Alejandro (George J. Lewis), sera bien déçu par le Diego qui fait son retour. Il s’attendait à un jeune homme courageux qui l’aiderait à combattre le tyran.

A sa place, il reçoit un fils qui ne s’intéresse qu’à la peinture et la musique et qui n’échangerait les grasses matinée que pour une partie d’échecs. Si Diego cache Zorro, c’est surtout vis-à-vis de son père. Martin Winckler est convaincu que la clé symbolique de la série est dans ce rapport père-fils. Selon lui, la série traite surtout du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Diego est tour à tour juvénile et adulte, enjoué et grave, savant et poète, prudent et audacieux. Ambiguïté présente jusque dans le jeu de Guy Williams qui sait être sobre, voire grave mais qui “surjoue” certaines scènes (celles de combat surtout). Zorro n’élimine pas ses adversaires, mais il les ridiculise et sape ainsi leur autorité. Un procédé qu’il applique aussi à son père (toutes proportions gardées) puisqu’il connaît les passages secrets que celui-ci ignore. Par la ruse, il prend peu à peu la place de l’homme de la maison.

Au cours de la deuxième saison, Don Alejandro découvre le secret de son fils et devient son complice. Reconnu par l’adulte, Don Diego accède lui-même à une certaine maturité. Les rôles féminins font alors leur apparition. Une ambiguïté qui colle à l’âge du public cible: à la charnière de l’adolescence. Le “surjeu” des comédiens, l’humour parfois un peu basique (les soldats perdent toujours leur culotte au moment de livrer bataille), les intrigues faciles (les soldats empilent toujours des caisses sur le fond des murs de la caserne par où Zorro s’enfuit) le démontrent bien.

Gene Sheldon incarne Bernardo, le serviteur muet de Diego. J’ai bien dit muet et pas sourd-muet. Bernardo laisse croire qu’il est aussi sourd, ce qui lui permet d’entendre certaines choses… Dans les pulps, Bernardo était une brute. Walt Disney en a fait un petit bonhomme malin et rigolo. Les qualités de mime de Sheldon ont apporté beaucoup au personnage, notamment le “Z” qu’il trace dans l’air à l’aide de son doigt.

Mais le rôle le plus “surjoué” d’entre tous est celui du sergent Garcia (Henry Galvin). Le soldat souffre de beaucoup de défauts: gros mangeur, gros buveur et continuellement fauché. Mais au fond, c’est un brave type qui sera de moins en moins l’ennemi de Zorro. Il finit par souhaiter son intervention pour réparer les injustices.

Le méchant au début, c’est le commandant Monasterio. Britt Lomond devait prendre le masque de Zorro, mais le metteur en scène impose Guy Williams. L’expérience de Lomond est son principal atout pour jouer ce rôle de tyran. Les téléspectateurs ne s’y trompent pas: il reçoit plus de courrier que Williams. Mais ce n’est pas au goût de Disney qui ne veut pas partager la vedette entre deux acteurs. Le commandant Monasterio disparaît donc de la série.

Par la suite, cinq autres séries télévisées ont repris le personnage, mais aucune n’a eu l’impact de celle de Disney. Trois étaient des séries animées (en 1981, 1992, 1997) et les deux autres, des séries filmées (Zorro & Son en 1983 et Zorro en 1990).

Zorro est la seule série que Walt Disney, plutôt maître dans l'art du dessin animé, a produit. En 1954, les studios de cinéma refusent de travailler pour le nouveau média qu'est la télévision. Walt était minutieux, il veillait (surveillait) à tout, supervisait tout. Le savoir faire du maître transparaît beaucoup dans le résultat final (alors qu'il n'avait, au départ, aucune confiance dans l'impact potentiel du personnage). Le héros est né de la plume de Johnston McCulley en 1919. L'auteur publiait des romans d'aventures, des policiers et des westerns dans des pulps. The Curse of Capistrano (La Malédiction de Capistrano), la…

En quelques mots...

Sarah Sepulchre
Alexandre Marlier

Zorro

Critique de l'auteur: C'est LE Zorro, tous les autres sont de pâles imitations, même Antonio!

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À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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