Vie A Cinq (la)

Le titre américain Party Of Five (une table pour cinq) fait référence au dîner que les Salinger prennent chaque vendredi au restaurant familial. Un symbole qui veut démontrer que la famille existe toujours et qu’ils se serrent les coudes.

Ces cinq enfants s’accrochent les uns aux autres pour s’en sortir, c’est le seul moyen qu’ils ont. Pourtant le symbole a la vie dure: les drames, les erreurs, les actes des cinq enfants sont tous la conséquence du manque de parents. Ils ne s’en sortent pas mal, mais il leur manque un adulte rassurant, guide et réconfortant. Et c’est par cette faille que s’engouffrent les problèmes…

Ils ont de 24 ans à 11 mois. Charlie, Bailey, Julia, Claudia et Owen ont perdu leurs parents, Diana et Nicolas Salinger, dans un accident de voiture provoqué par un chauffard, Walter Alcott. Logiquement, c’est l’aîné Charlie (24 ans) qui devient le tuteur légal de ses frères et soeurs. En fait, Charlie a mené jusque là une vie plutôt dissolue et il fuit les responsabilités comme la peste. En pratique, les enfants Salinger vont donc se partager les tâches.

Bailey (17 ans) est le seul à assumer l’autorité. Julia devient rapidement la figure maternelle de la famille. Claudia (11 ans) avec sa manie de poser les questions qu’il faut devient la conscience du groupe et place les “grands” face à leurs responsabilités. Owen, encore nourrisson à l’époque (11 mois), est celui autour duquel tous ces adolescents s’organisent. Au milieu de leurs désaccords, ils s’entendent toujours pour le bien du bébé. D’autres personnages gravitent autour de ce noyau: les amis, petits-amis, professeurs, patrons, etc…

Le manque initial

La famille a toujours été une valeur sûre de la télévision américaine. Le thème est ici décliné de manière un peu différente. Dans les autres séries familiales, les parents représentent une autorité despotique, une figure “cool”… En fait, ils représentent ce qu’ils veulent mais ils sont là.

Et si les parents brillent par leur absence, d’autres personnages éduquent, écoutent et rassurent. Les enfants Salinger doivent se débrouiller seuls. Non seulement ils doivent se prendre en main, mais ils doivent le prouver aux institutions sociales. Ils étaient en pleine quête d’eux mêmes, comme chaque adolescent et, du jour au lendemain, ils se retrouvent à la place d’adultes.

Aux questions qu’ils se posent sur eux-mêmes (Qui sommes-nous? Où allons-nous?), s’ajoutent les problèmes pratiques (finances, éducation d’un bébé et d’une gamine, études,…). Le tout sans repère puisque Charlie n’assume pas son rôle et qu’il ne parvient pas à se fixer avec les femmes qui traversent sa vie.

Les assistantes sociales sont plutôt dépeintes comme des troubles-fête et les professeurs sont quasi inexistants. L’absence des parents est omniprésente. C’est par rapport à ce manque initial que se construisent les personnalités (cf chaque personnage). C’est aussi la faille où se glissent toutes les misères et les erreurs des enfants Salinger.

Et les misères, ils connaissent, les enfants Salinger! Dans 95 % des cas, il leur arrive des malheurs. “Oui, mais on essaye de garder un équilibre! (…) Il leur arrive plus qu’à des gens  ‘normaux’. Nous essayons d’éviter que les téléspectateurs s’écrient: ‘Mon dieu, ça suffit maintenant!’.” (Christopher Keyser) Raté! Parce que j’ai envie de dire que ça suffit… Voyez plutôt:

Les Salinger ont connu la mort de leurs parents, l’acharnement des assistantes sociales, l’overdose d’une petite amie, un tremblement de terre, les problèmes du marché de l’emploi, les problèmes d’étude (continuer ou pas?), un incendie suivi des soupçons du courtier d’assurance (Charlie aurait bouté le feu pour toucher de l’argent), les problèmes sentimentaux de toutes sortes, sexuels (Sarah et Bailey vont-ils le faire? Sarah sort avec un homosexuel), la pédophilie (attouchements de la part de M. Peck sur Julia, une amie de Claudia subit les violences de son beau-père), l’adoption, Claudia fume et se saoule en cachette (à 11 ans!), Julia tombe enceinte et fait une fausse couche, l’avortement, les problèmes financiers (le Salinger’s frise plusieurs fois la faillite), Kristen est renvoyée et ne peut continuer à écrire sa thèse, la dépression, le viol, l’adultère, l’alcoolisme, les problèmes judiciaires (suite à l’accident de Bailey), le cancer, les problèmes du ménage de Julia et Griffin… Quelle est belle la vie!

La Vie A Cinq est arrivée sur les chaînes européennes à la même époque qu’Angela, 15 Ans. Les deux séries sont souvent associées. Il est vrai que, chacune à leur manière, elles illustrent le thème de l’adolescence. Elles sont aussi d’une qualité rarement rencontrée dans les programmes du genre. Angela, 15 Ans restera la série poésie de la fin du XXème siècle. La Vie A Cinq, par contre, souffrira longtemps de ce côté très larmoyant qui finit par user le fan le plus accro (moi en tous cas).

Mélodrame et société

Mais attention, selon Christopher Keyser, La Vie A Cinq n’est pas une série à thème. Le but n’est donc pas de développer une réflexion sur certains problèmes de société, mais de voir comment un personnage réagit dans une situation pour faire ressortir sa personnalité. Par exemple, quand Julia tombe enceinte, on expose le dilemme auquel elle est confrontée. La série n’a jamais prétendu prendre telle ou telle position face à l’avortement.

Il n’empêche que la série est remplie de grands thèmes de société (cancer, problème du chômage, avortement, homosexualité,…). C’est ce qui a fait dire à certain que les Salinger représentent la société entière. La Vie A Cinq devient rapidement une série où des enfants innocents sont continuellement confrontés au malheur alors qu’ils n’aspirent qu’à vivre heureux. Une série qui s’apparente donc plus au mélodrame qu’au traditionnel soap opera (un soap oppose surtout des adultes).

“Honnêtement, il est impossible d’écrire une série avec des orphelins qui ne serait qu’une comédie” (C. Keyser). Le créateur considère La Vie A Cinq comme un drama (Providence ou Urgences, par exemple) pour adultes et non pas un soap adolescent (la série a été souvent comparée à Beverly Hills 90210 ou à Melrose Place au début).

Finalement, le message de la série est simple: nous ne réussirons que si nous sommes des frères et soeurs unis. On en revient donc à la situation initiale: la mort des parents. Les personnages, mais aussi les scénarios se construisent autour de ce postulat de départ. Tout comme la famille qui ne peut recourir à l’appui et aux conseils d’adultes, les scénaristes doivent tout résoudre sans eux. Et ils y arrivent avec mélodrame certes, mais sans fausse pudeur et sans voyeurisme, ce qui les honore.

Des débuts difficiles…

La Vie A Cinq débarque sur la Fox en septembre 1994. Elle s’achève en 1999, après 6 saisons. La Vie A Cinq est unanimement perçue comme un programme intelligent et les scores d’audience sont acceptables. Pourtant ce ne fut pas le cas dès le début. A la fin de la première saison, les Salinger se plaçaient à la 123ème place d’un classement de 141 séries.

Pourtant la série reçoit un Humanitas Award pour l’épisode Cicatrices Du Passé/Thanksgiving (Walter Alcott, le chauffard entre en contact avec les enfants Salinger). C’est cela, en plus du soutien du directeur de la Fox, qui permet à La Vie A Cinq de se maintenir pour une deuxième saison (annoncée à grand renfort de pub ciblée sur les 15-25 ans).

Mais la Fox n’a jamais demandé de modifications des scénarios. “Leur position était la suivante: soit la série marche, soit elle ne marche pas, mais il n’est pas question de changer quoi que ce soit car c’est son identité” (C. Keyser).

La deuxième saison augmente légèrement son audience. Elle supplante même Central Park West diffusée par CBS. Ce deuxième volet remporte le Golden Globe de la meilleure série dramatique face à Urgences, NYPD Blue, X-Files… Rien que ça!

Cela fait de La Vie A Cinq la lauréate du Golden Globe la moins regardée de l’histoire de la télévision! Evidemment, après ça, les taux d’audience montent en flèche. La série est de celles qui mettent du temps à s’installer. La Fox lui a laissé ce temps, ce ne fut pas le cas pour Angela, 15 Ans par exemple.

Créateurs

Christopher Keyser et Amy Lippman cumulent les mandats sur La Vie A Cinq: ils sont créateurs et producteurs exécutifs. Une réussite pour la premières série qu’ils développent. Le premier script qu’ils ont écrit était destiné aux Années Coup De Coeur, mais il n’a pas été pas retenu. Ils démarrent réellement en scénaristes free-lance sur La Loi De Los Angeles (de Steven Bochco).

Ils collaborent aux Soeurs Reed, à Equal Justice. Ils enchaînent avec des postes plus “fixes”: une série qui n’a durée que 6 épisodes et Sisters (pour trois ans) où ils sont passés de directeurs d’écriture à producteurs exécutifs. La Fox les a alors contactés pour créer une série axée sur des enfants sans parents. Depuis ils ont créé Signifiant Others et Time Of Your Life toujours pour la Fox.

Time Of Your Life

Sarah (Jennifer Love Hewitt) arrive dans la deuxième saison de La Vie A Cinq. Un personnage timide et plutôt effacé auquel la relation avec Bailey fait autant de bien que de mal. Durant la deuxième saison, elle s’aperçoit rapidement que Bailey ne l’aime pas vraiment, il tente simplement de retrouver Jill en elle. Elle le quittera pour sortir brièvement avec Will (le meilleur ami de Bailey). Elle ressortira finalement avec Bailey, avant qu’il ne l’a trompe et qu’elle ne le quitte de nouveau. Puis ils revivront ensemble… Platoniquement.

Au départ, Sarah se définit surtout par rapport à Bailey. Peu à peu elle prend de l’épaisseur. Elle apprend au milieu de la deuxième saison qu’elle a été adoptée. Cinq épisodes plus loin, elle rencontre sa véritable mère. Il faudra attendre deux saisons et un spin-off pour qu’elle se lance à la recherche de son père.

Le 25 octobre 1999, sur la Fox, Sarah quitte donc Bailey pour mener ses recherches à New York. Elle est embauchée dans un bar et mène sa propre vie. Les premiers résultats de Time Of Your Life étaient plutôt décevants, menant même le spin-off aux portes des oubliettes. La Fox fera pourtant bénéficier à la série d’un dernier sursis durant l’été 2000, mais sans pour autant décider d’en reprendre le tournage.

La série de Jennifer Love Hewitt n’a pas connu une naissance des plus facile, les responsables de la Fox avaient déjà demandé une deuxième version du script à Keyser et Lippman (aussi créateurs du dérivé). “La chaîne Fox s’inquiétait du ton un peu trop conte-de-fée de la première version”. Il semble que Sarah passait le plus clair de son temps à fantasmer sur l’histoire de ses parents dans la première mouture… Aux côtés de Jennifer, Johnathon Schaech incarne Maguire, un musicien amoureux de Sarah. Paula Kelly est Propensity et Lizan Mitchell, Verity.

Les personnages

  • Charlie (Matthew Fox): A 24 ans, Charlie vivait une vie dissolue et instable. La mort de ses parents l’oblige à réintégrer le toit familial. Il est propulsé tuteur légal de ses frères et soeurs. Mais, même s’il le voulait, il est incapable d’endosser cette responsabilité. Les services sociaux ont failli lui enlever la garde de la famille et disperser la fratrie. Il n’aura pas le choix: il faut qu’il se range. Il se cherche un emploi. Il en trouve au restaurant de son père, le Salinger’s (barman puis gérant). En un mot, il a une vie qu’il n’a pas voulue. Son travail, sa famille… Il n’a rien choisi et il a parfois du mal à l’accepter. Le matin de son mariage avec Kristen, il lui avoue qu’il ne se sent pas prêt… De fêlures en fêlures, Charlie parvient quand même à vivre sa propre vie. On lui connait plusieurs amies (Kristen, Kate, Emily Schrader, Grace, Daphne, plus ses anciennes petites amies qui réapparaissent parfois). Il prend de plus en plus de responsabilités dans le restaurant. Il apprend à n’être que le frère d’Owen et non son père. Il déculpabilise de la mort de ses parents. Il pensait auparavant que s’il n’était pas arrivé en retard pour garder Owen, ses parents n’auraient peut-être pas rencontré le chauffard qui les a tués. Dans la quatrième saison, Charlie tombe malade (cancer).
  • Bailey (Scott Wolf): Charlie étant incapable d’incarner le père, c’est une véritable équipe qui se met en place. Chaque enfant Salinger a son rôle à jouer. Bailey est le plus responsable. Il organise la vie pratique de la famille et les finances. Bailey prend beaucoup de choses en charge pour compenser l’insouciance de Charlie, mais il n’assume pas très bien non plus. Il aimerait pouvoir parler de ses problèmes mais il n’y a plus personne pour cela. Il trouvera le réconfort dans l’alcool. Un choc le tire de là: au cours d’une réunion des Alcooliques Anonymes, il rencontre le chauffard qui a tué ses parents. Il y a de quoi vous guérir en effet! Beaucoup de filles transitent également par ses bras. Il a des vues sur Kristen en même temps que Charlie (en fait, les deux acteurs sont sortis ensemble, Scott Wolf est beaucoup plus vieux que le rôle qu’il joue). Jill (qui meurt par overdose, jouée par Megan Ward), Kate (Jennifer Blanc), Callie (Alexondra Lee), Annie. Et Sarah (Jennifer Love Hewitt, qui préfère qu’on l’appelle Love d’ailleurs!), omniprésente depuis la deuxième saison et dont on se souvient le plus.
  • Julia (Neve Campbell): A 15 ans, Julia était surtout la bonne élève de la famille. Elle est à un âge où elle aurait besoin d’une figure féminine à laquelle s’identifier. On comprend qu’elle ait un peu de mal à représenter la figure de la mère pour Claudia. On lui répète souvent qu’elle est le portrait craché de sa mère, alors elle tente de savoir qui était Diana comme si cela pouvait l’aider à y voir plus clair. Pourtant, la lecture du journal intime de sa mère n’apporte pas de réponses, que du contraire. Elle se demandera si Diana n’a pas trompé son père avec un musicien (Intimités/Not Fade Away, première saison). Au milieu des tâches quotidiennes, Julia se débat avec son coeur… Un coeur qui balance entre deux garçons: Justin et Griffin. Justin remporte ses premiers suffrages ce qui ne l’empêchera pas de se marier avec Griffin. Malheureusement, le couple bat de l’aile dans la quatrième saison.
  • Claudia (Lacey Chabert): Claudia était très jeune (11 ans) à la mort de ses parents et c’est elle qui ressent le plus cruellement leur absence. Elle s’est installée dans une tente de fortune au milieu du salon. Inconsciemment elle tente d’abord de se recréer une famille avec un père et une mère. La déception sera énorme quand Charlie décide de ne pas se marier avec Kristen. Elle doit se rendre à l’évidence, ses parents sont morts et elle devra grandir sans eux. Au début de la série, elle est surtout la jeune soeur qui aide au ménage et qui pose des questions dérangeantes (un peu comme Danielle la jeune soeur d’Angela dans Angela, 15 Ans). Ces questions tiennent lieu de “conscience” de la famille: en mettant ses frères et soeurs face à leurs responsabilités, elle leur évite parfois les mauvaises voies. Et si Julia est le portrait craché de sa mère, Claudia a hérité de son don pour le violon (étrangement aucun des garçons ne semblent avoir des qualités du père). Elle refusera cependant de devenir une virtuose préférant vivre comme les enfants de son âge. Peu à peu son rôle s’étoffe, elle devra aussi se débattre dans les difficultés: elle fume et boit en cachette, bâcle ses devoirs, prend en grippe ses frères et soeurs. Le cancer de Charlie la perturbe beaucoup car elle craint de perdre une nouvelle fois un être cher.
  • Owen (Brandon et Taylor Porter puis Steven et Andrew Cavarno): On imagine très bien que le rôle d’Owen ait été assez limité au départ. Sa présence était surtout le ciment de la famille. Le point d’entente au milieu de la fournaise. C’est pour son équilibre qu’il fallait s’organiser, s’astreindre à une discipline. Grâce à lui, les “grands” ont pris conscience de leur devoir.
  • Kristen Bennett (Paula Devicq): Elle fut engagée comme baby-sitter d’Owen. Elle est ensuite devenue la fiancée de Charlie. Depuis, elle est toujours là en tant qu’amie (quand Charlie tombe malade, c’est à elle qu’on confie la garde des enfants Salinger).
  • Jacob Gordon (Carroll O’Connor): Il est le père de Diana, qu’il a abandonnée à l’âge de 10 ans. Il apparaît un jour dans la vie de Bailey. Son arrivée sera reçue plus ou moins bien par les enfants Salinger. Ils apprendront peu à peu à apprécier cette figure “parentale”.
  • Sarah Reeves (Jennifer Love Hewitt): Elle est une amie de lycée de Bailey. Elle tombera rapidement amoureuse de lui. Leur histoire sera plutôt mouvementée.
  • Griffin Holbrook (Jimmy Marsden dans l’ultime épisode de la première saison, puis Jeremy Michael London): C’est le frère de Jill. Julia l’a réconforté quand sa soeur est morte d’une overdose. Elle sera toujours partagée entre lui et Justin… Peut-être même au-delà du mariage.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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