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Caravane De L’Etrange (la)

Carnivàle générique Image

En 2003, HBO était la chaîne de toutes les innovations en ce qui concerne les séries télévisées. Forte des succès de Six Feet Under, des Soprano, de Sex & The City, d’Oz ou encore de Sur Ecoute, HBO ose tout.

Voici donc tout juste 10 ans, la chaîne câblée lançait sa nouvelle série originale « Carnivàle », renommée dans nos contrées en « Caravane de L’Etrange ». Je ne vous rappellerai pas le pitch de cette série tournant autour de la lutte entre le bien et le mal dans l’Amérique de la grande crise des années ’30, ni les espoirs et les déceptions que cette série aura suscité dans l’équipe, je vous renvoie pour cela à l’excellent dossier de Sarah.

Une chose qui n’a en tous cas surtout pas déçu dans cette série, c’est son générique. L’un des plus beaux, des plus complexes, des plus intrigants et des plus impressionnants que j’ai pu voir. Je ne vous le cache pas, il s’agit de l’un de mes préférés. Pas étonnant qu’il ait reçu l’Emmy Award du meilleur générique en 2004.

Ce qui frappe dès le départ, c’est sa longueur. On est en 2003, la tendance des génériques minimalistes commence tout doucement à poindre le bout de son nez. Ici, c’est tout l’inverse. Le générique de Carnivàle, s’il est rythmé et sans temps mort, dure la bagatelle d’une minute vingt-six.

Aux commandes, La société Elastic, qui développera par après les tout aussi magnifiques génériques de Game Of Thrones ou de Rome, toujours pour HBO. Angus Wall en est le directeur artistique, secondé par Vonetta Taylor et Patrick Murphy. La musique quant à elle est créée par Jeff Beal, qu’on retrouvera par après sur Rome ou House Of Cards.

Le scénario est somme toute assez simple, mais sa mise en oeuvre est impressionnante: Un jeu de tarot, dont les illustrations sont basées sur des oeuvres de la renaissance, tombe dans le sable. Le vent chasse les différentes lames de ce tarot et permet ainsi de nous les faire découvrir.

La caméra plonge dans l’image d’une première carte intitulée « le monde ». L’oeuvre peinte, « Le Jugement Dernier » de Michel-Ange s’anime et finit par déboucher sur d’anciennes images d’actualité des années ’30. L’Amérique y est dépeinte en deux axes: une pauvreté extrême de la Grande Dépression mais aussi un dirigeable volant et la construction d’un pont qui représentent le début de l’âge de la science.

On ressort de ces images par une autre lame de tarot, l’épée. Elle est illustrée par un ange combattant un dragon. C’est une représentation d’Isaïe 27, dans lequel Dieu tue le Léviathan, un monstre marin. Cette carte représente le thème de Carnivàle, la lutte du bien contre le mal.

La carte suivant est celle de la mort, illustrée par une image horrible et sinistre. On y pénètre et on découvre des archives qui rappellent toutes des moments funestes de l’Histoire. Un discours de Mussolini, qui représente l’arrivée du fascisme, puis l’image de Joseph Staline qui montre la montée du totalitarisme, tandis que le racisme est représenté par des images du Ku Klux Klan. Ensuite, l’ambiance devient plus sereine avec des visages d’enfants souriants. L’un deux se transforme en un ange sur une autre carte, celle du roi d’épée. Elle est illustrée par l’oeuvre de Raphaël « Saint Michel Terrassant Le Démon ».

On ne s’arrête pas là puisqu’on passe désormais à la lame de la tempérance. On entre dans le tableau de Bruegel « La Danse Des Paysans ». Il s’agit à présent d’images positives comme une course de Jesse Owens ou un match de base-ball de Babe Ruth, deux icônes sportives de l’époque. Ensuite, des jeunes gens dansant se transforment en anges qui s’embrassent dans la carte du magicien.

A ce point du générique de Carnivàle, le bien et le mal se sont opposés et sont quasiment sur le même pied d’égalité au niveau de leur représentation… Mais quelque chose se produit: la caméra tourne, ce qui inverse le sens de la lame dont on vient de sortir. Ce qui, au tarot, donne une toute autre signification à la lame en question. Et le générique montre ici le côté incertain de la série. Durant ses deux saisons, les deux héros sont toujours sur un fil mince qui les sépare du bien et du mal.

On passe alors à la carte de la Tour, représentée par l’immense bataille entre Carthaginois et Romains, alors qu’en fond apparaît le capitole. Manifestations, grande dépression puis discourt du président Franklin Roosevelt qui se transforme en Archange Michel dans la lame du jugement.

Apparaissent alors les cartes de la lune, représentant le mal, et du soleil, pour le bien, chassées par le vent et laissant apparaître le logo de la série entouré lui aussi de ces deux symboles.

On l’aura dès lors compris, ce long générique est rempli d’allégories se rapportant à la série. Chaque seconde pourrait être décortiquée et apporter de nouveaux éléments. Sous ses aspects sobres et simple, ce générique est en fait excessivement complexe et en fait, selon moi, l’une des plus grandes réussites créatives de ces dernières années.

En 2003, HBO était la chaîne de toutes les innovations en ce qui concerne les séries télévisées. Forte des succès de Six Feet Under, des Soprano, de Sex & The City, d'Oz ou encore de Sur Ecoute, HBO ose tout. Voici donc tout juste 10 ans, la chaîne câblée lançait sa nouvelle série originale « Carnivàle », renommée dans nos contrées en « Caravane de L'Etrange ». Je ne vous rappellerai pas le pitch de cette série tournant autour de la lutte entre le bien et le mal dans l'Amérique de la grande crise des années '30, ni les espoirs et les déceptions que…

En quelques mots...

Alexandre Marlier

La Caravane De L'Etrange

Critique de l'auteur: Probablement l'un des génériques les plus aboutis de l'histoire de la télévision

Note des auditeurs/lecteurs 4.38 ( 2 votes)

À propos de Alexandre Marlier

Alexandre Marlier est journaliste et animateur radio. Il a notamment travaillé pour les réseaux belges « Nostalgie » et « Sud Radio ». Il travaille également en presse écrite. Il a ainsi écrit, entre autres, plusieurs articles pour le défunt « Génération Séries ». Il est également membre de l'A.C.S., l'Association des Critiques de Séries. Enfin, Alex est « Casting Voix » ou « Voix Off » pour des documentaires, films d’entreprises, ...

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