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Bruce Geller

Une étincelle, c’est comme ça que comme commence le générique de Mission: Impossible. Une étincelle, c’est un peu ce qu’aura été Bruce Geller, le créateur de la série. Il n’a pas fait grand chose à la télévision, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que ce fût un coup de génie! Pour être célèbres et être sûrs de le rester, certains inscrivent leurs noms au générique de dizaine et de dizaine de séries… Aaron Spelling par exemple. D’autres, comme David Kelley, jouent sur un plus petit nombre de créations, mais totalement contrôlées du premier mot au dernier. Il y a encore la méthode “premier de classe”: que de la qualité scénaristique et du brio esthétique à la Steven Bochco. Puis il y a la façon Bruce Geller: coûteuse, éphémère, mais culte.

Geller – rien avoir avec Monica et Ross – est le créateur de Mission: Impossible. Dan Briggs (Steven Hill) est le chef de la MIF, Mission Impossible Force, une équipe d’agents spéciaux. Il sera remplacé par Jim Phelps (Peter Graves) dès la seconde saison. Sous leurs ordres, l’équipe de l’âge d’or était composée d’agents aux qualités très différentes et qui se complétaient. La top modèle, Cinnamon Carter (Barbara Bain) jouait de son charme. Rollin Hand (Martin Landau) était prestidigitateur et transformiste. Il déployait donc ses talents d’arnaqueur. Barney Collier (Greg Morris), ingénieur en électronique, était un bricoleur de génie. Enfin, la puissance physique était incarnée par Willy Armitage (Peter Lupus), le champion de culturisme.

Mais il faut bien être honnête, pratiquement personne ne se souvient des noms des personnages. Le culte Mission: Impossible aujourd’hui, il tient à d’autres éléments. Or ces éléments efficaces, on les doit à Bruce Geller.

Les trois premières scènes de l’épisode sont courtes et servent à présenter l’intrigue. Dans un endroit plutôt improbable, le chef découvre une bande magnétique qui s’autodétruit. Il prend connaissance des éléments de la mission. De retour dans son bureau, il choisit les agents qu’il alignera. Enfin, il les convoque pour leur expliquer comment ils vont agir. En quelques minutes, Geller explique ce que les autres disent en un acte complet.

Mission: Impossible, c’est aussi un style, un style du silence puisque les agents ne communiquent pas pendant les missions. Ils se contentent de regards ou de signes. La série se caractérise enfin par son montage rapide. Des inserts sur des objets, par exemple, étaient utilisés pour rythmer les séquences.

Quand le programme arrive sur les écrans, l’Amérique adore les séries d’espionnage. Destination Danger, Des Agents Très Spéciaux, Max la Menace. Ils pullulent. Peut-être parce que c’est la guerre froide. Mission: Impossible sera d’ailleurs truffée de méchants aux noms à consonance cubaine ou soviétique, de pays d’Afrique sous le joug de dictateur ou de pays du bloc de l’Est. Pas plus que d’autres, elle n’est à l’abris d’un manichéisme simpliste. Mais contrairement aux autres, Bruce Geller délaisse l’action. Les agents ne mènent pas l’enquête, ils savent déjà tout. Leur seul boulot est de neutraliser l’ennemi en le trompant, en le menant dans un traquenard.

La série était au départ un projet de film imaginé par Bruce Geller et Bernard Kowalski. The Briggs’ Squad (l’équipe de Briggs) était l’histoire d’une équipe des Forces Spéciales chargée de missions discutables en temps de guerre. Sous les ordres du lieutenant colonel David Briggs, on aurait retrouvé Barney Collier, Willy Armitage et Martin Land. Bruce Geller le réécrit plusieurs fois. Il fait de l’équipe des agents spéciaux. Il ajoute une femme.

Il décide de présenter son script à la Desilu. Il ne se fait pas d’espoir, mais si un pilote est tourné, il pourra ensuite le proposer aux studios de cinéma. Lucile Ball ne comprend rien au scénario, mais son mari de l’époque, Gary Norton, adore. Elle lui fait confiance et tourne le pilote contre l’avis de Mike Mann alors responsable de la programmation à CBS.

Mike Mann pensait que le montage serait trop rapide, que le style bousculerait trop les habitudes des téléspectateurs. Il craint encore que la série coûte trop cher et qu’elle ne puisse garder sa qualité sur la longueur. Lucille Ball le menace d’interrompre The Lucy Show si CBS n’achète pas la série. L’affaire est conclue.

Sur deux points Mike Mann avait eu raison. Mission: Impossible dépasse systématiquement les budgets. Geller était un perfectionniste. Il multipliait les prises, les détails de préparation et il exigeait un générique différent pour chaque épisode.

Mike Mann disait aussi qu’un tel niveau de qualité serait difficile à tenir sur la longueur. Tant que Geller eut le contrôle de la série, cela ne posa aucun problème. Après une première saison un peu bavarde et insouciante, les meilleures années de la série sont les deuxième et troisième. Ensuite, l’âme du programme se dilue peu à peu. La Desilu est vendue à la Paramount et le studio familial se transforme en grande entreprise. Barbara Bain et Martin Landau remettent leur démission avant la quatrième saison. Bruce Geller est remercié pour la cinquième. Il conservera juste le titre de producteur exécutif.

Avant Mission: Impossible, il avait collaboré à L’Homme A La Carabine et à Have Gun Will Travel, une série inédite en Europe. Avec Bernard Kowalski, il avait ensuite enchaîné avec Rawhide, la série qui a lancé Clint Eastwood. Après Mission: Impossible, il entre à la MGM et produit quelques films comme Corky en 1972, Harry In Your Pocket en 1973. En 1975, il joue le rôle de son père qui était juge à la Cour Suprême dans un téléfilm relatant un procès réel. Il produit Bronk, une série avec Jak Palance.

Le 21 mai 1978, il décède dans un accident d’avion. Il n’aura été l’homme que d’une seule série, mais quel impact.

À propos de Sarah Sepulchre

Sarah Sepulchre est professeure à l’Université de Louvain (UCL, Belgique). Ses recherches portent sur les médias, les fictions, les cultures populaires, les gender studies et particulièrement sur les représentations, les liens entre réalité et fiction. Sa thèse de doctorat était centrée sur les personnages de séries télévisées.
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