Red Carpet

Séries Mania 2019: Episode 2

Le premier week-end du festival Séries Mania 2019 est derrière nous: on vous en dit plus dans l’épisode 2 de notre Supplément. Une chose saute aux yeux, pour cette 10ème édition, la qualité est au rendez-vous. Tant dans les séries projetées que les rencontres avec celles et ceux qui les créent. Citons, entre autres, Uma Thurman, Marti Noxon, Ana Paquin, Eric Rochant,… Et la première des Masterclass recevait l’acteur, auteur, réalisateur et producteur Freddie Highmore. Vous connaissez sûrement sa frimousse d’enfant star dans “Charlie Et La Chocolaterie” ou “Arthur Et Les Minimoys”, mais c’est dans l’univers sériel qu’il a explosé avec ses interprétations de Norman Bates dans Bates Motel ou, actuellement, de Shaun Murphy dans The Good Doctor. Il a illuminé la salle du Nouveau Siècle de Lille par sa gentillesse, son humour et son français quasi parfait. Vous pouvez d’ailleurs retrouver la retransmission de la rencontre sur notre page Facebook et celle du festival Series Mania.

La première projection à laquelle j’ai assisté était Chimerica, une production britannique de Channel 4. Chimerica, contraction de China et d’America, nous amène dans le monde des médias et du photo-reportage. En 1989, le photographe Lee Berger, prend la fameuse photo de l’homme du char sur la place Tian’anmen, alors que les violences du pouvoir accablent les militants chinois. En parallèle, à New York, une interview de Donald Trump laisse entrevoir ses ambitions politiques, sa quête de pouvoir.

Ellipse temporelle, nous sommes maintenant en 2016 et la campagne électorale américaine bat son plein. Certains journalistes, dont Lee Berger et son équipe, sont blacklistés des meeting de Trump. En Chine, on tait toujours le nom de l’homme au char et la jeune génération n’a jamais entendu parler des émeutes de 1989.

Lee va se lancer à la recherche de cet homme mystérieux, à Pékin puis à New York et son enquête se trouvera rapidement bloquée par l’auto-censure d’une communauté qui, même à l’autre bout du monde, est toujours sous la menace du pouvoir chinois. Une série intéressante, en 4 épisodes, qui traite de la liberté de la presse mais aussi du phénomène des fake news et l’honnêteté journalistique.

Autre série, en compétition officielle tout comme Chimerica, l’israélienne Just For Today. Elle a demandé 5 ans de préparation à son créateur Nir Bergman, à qui on doit In Treatment, énorme succès international. La série nous fait découvrir un sujet peu traité, la réinsertion après la prison. Cela commence par l’arrivée dans le centre dirigé par Anat, d’un ex-détenu d’origine russe, Niko. Le regard d’Anat se fige quand elle l’aperçoit et aussitôt, un flashback nous emmène à l’époque où Anat n’était que stagiaire-assistante sociale et où elle prend en charge seule son premier “patient”: Niko. Devant le refus systématique des patrons de restaurants à engager un ex-taulard, Anat omet de mentionner le passé de son protégé.

Une histoire d’amour commence alors entre les 2 protagonistes mais les démons de Niko le rattrapent et, pour sortir d’une dette qui met sa vie en danger, il accepte de dealer de la drogue. Anat le surprend et le dénonce aux autorités. Niko la menace alors de mort. Retour au présent. Anat est maintenant épouse et maman, et craint pour sa sécurité avec la venue de son ex-amant dans le centre de réinsertion. La tension installée par cette situation se renforce au fur et a mesure et le doute est constant sur les intentions de Niko.

Mais l’intérêt et la réussite de la série est aussi dans la galerie de personnages qui occupent le centre. Juifs, musulmans, chrétiens, tous doivent vivre ensemble dans le microcosme du centre et seule l’entraide et le respect mutuel peuvent les faire avancer et leur permettre d’espérer reprendre une vie “classique”. Une très jolie série, assez cinématographique, avec de très bons comédiens, très justes. Et un regard franc sur la société israélienne multiculturelle et les carences des services publiques en matière de réinsertion post-carcérale.

On continue les découvertes du weekend avec la nouvelle série de Shane Meadows, à qui on doit This Is England. Il est venu présenter en compétition officielle le drame social “The Virtues”, co-écrite avec Jack Thorne, et dont le montage a été bouclé il y a à peine 2 semaines.Et ces 2 épisodes projetés sont probablement la claque de ce Séries Mania 2019! Dès les premières images, on sent chez le personnage principal, Joseph, une énorme souffrance, des émotions à fleurs de peau. Son fils et son ex-femme vont quitter Liverpool pour aller vivre en Australie. Cela l’affecte énormément, mais il est clair que ce n’est pas la seule chose qui le déchire.

Se laissant aller à l’appel de l’alcool et la drogue, et, après un épisode de délire, il finit par se réveiller dans ce que son estomac n’a pu retenir durant la nuit. C’est assez trash. Mieux vaut ne pas s’être enfilé une gaufre chantilly avant de visionner cette scène! Ayant touché le fond, il part pour Belfast et entame une longue marche sous la pluie, ponctuée de flashs de son enfance.

C’est un homme brisé qui arrive devant la maison d’une femme qui ne semble pas le reconnaître. Pourtant cette femme est la soeur dont il a été séparé à la mort de leurs parents. Je vais m’arrêter là, au début du 2ème épisode, alors qu’on découvre une nouvelle souffrance, une impression de plus de couches de drames est toujours là.

L’émotion est sans aucun doute l’élément principal de cette création. La qualité de la réalisation et l’incroyable travail et justesse des acteurs amène l’exercice de tension dramatique à un niveau sublime. Cela tient aussi à la méthode de tournage. Beaucoup de plans-séquence (donc non coupés), un travail en amont avec les comédiens et entre 5 et 10 caméras qui captent l’instant. Pas besoin de couper pour les champs/contre-champs. Le tout est magnifié par la bande son composée par PJ Harvey, rien que ça! J’ai hâte de découvrir la suite de cette mini-série britannique en 4 épisodes, bientôt disponible sur Channel 4.

Pour clôturer ce premier weekend de Séries Mania 2019, et par la même occasion cet épisode 2, j’ai assisté, non sans une certaine excitation, à la deuxième saison, ou plutôt, la deuxième partie de la série inclassable “The OA”. Les épisodes sont déjà disponibles sur Netflix, mais nous étions beaucoup dans la salle à avoir attendu de pouvoir les découvrir sur grand écran. Alors, si vous avez vu la 1ère saison, je ne vais pas trop en dire car vous êtes sûrement impatients de retrouver ces personnages énigmatiques et chaque minute est précieuse.

Juste que la saison commence avec un nouveau personnage, un détective de San Francisco qui va enquêter sur la disparition d’une jeune fille adepte d’un jeu en ligne presque initiatique. Prairie ré-apparaît vers le milieu de cet épisode et a toujours cette aura de mystères. Si vous n’avez pas encore vu “The OA”, je ne peux que vous encourager à découvrir au plus vite cet ovni de la création sérielle.

C’est la fin de l’épisode 2 de notre supplément Red Carpet à Séries Mania 2019. On se retrouve très vite pour la suite du festival. Si vous êtes dans la région Lilloise, n’hésitez pas à aller assister aux projections sur grand écran, elles sont gratuites. Il y en a pour tous les goûts: de la nuit “Game Of Thrones”, aux séries internationales et françaises mais il y a également des discussions, des espaces immersifs, un escape game,… Toutes les infos sur le site du festival.

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Sophie Sourdiaucourt

Après un passage par l'IHECS, Sophie a découvert le langage audiovisuel en suivant un écolage de cinéma. Elle a ensuite travaillé dans une compagnie de théâtre. Depuis de nombreuses années, Sophie suit avec intérêt l'actualité des séries et était déjà une auditrice attentive d'"Aux Frontières Des Séries" avant de rejoindre l'équipe en 2012.

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