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Séries Mania 2019: Episode 4

Séries Mania 2019, ça continue et si les jours et les projections se suivent, ils ne se ressemblent pourtant pas. Nous vous proposons donc un panorama de ce que nous y avons vu durant les dernières heures…

Et on commence d’abord avec deux formats court. Premièrement M, série argentine de 8 fois 10 minutes racontant le road trip d’un couple d’amoureux à travers la Patagonie à la recherche du père de l’un d’eux, évaporé dans la nature bien des années plus tôt. Accompagnés par Alejandro, le dernier à avoir vu le papa vivant, ils s’enfoncent dans une forêt à la merci de mille dangers. Des images superbes, des moments de suspens angoissants, des acteurs crédibles. M est vraiment un thriller à voir, avec comme petit bémol des situations un peu téléphonées et des réactions de personnages parfois aberrantes. Mais on passe malgré tout un bon moment.

Deuxième format court présenté qu’on a eu l’occasion de visionner: Fourchette, surnom donné à Sarah, jeune auteure qui décide de mettre fin à sa relation avec Samuel après plusieurs années de vie commune et alors qu’elle éprouve toujours des sentiments pour lui. Créé et interprété par Sarah-Maude Beauchesne, cette dramédie douce amère de 10 épisodes de 10 minutes fait de nombreux aller retour entre la solitude de l’héroïne et les années de bonheur avec son compagnon. Parfois un peu tire larme, un peu autocentrée, la série est pourtant rafraîchissante et pose certaines questions sur la solitude.

Exit est une série norvégienne basée sur les témoignages de 4 traders d’Oslo qui sont devenus multi-millionnaires avant leurs 30 ans. Dans ces témoignages, ils décrivaient eux-même les choses peu recommandables qu’ils avaient faites jusque là. Lorsque la série leur a été présentée, ils n’ont fait de réflexion que sur des détails comme la valeur des montres au poignet de leur personnage qui n’avaient pas l’air assez chères… Et pourtant il y avait d’autres choses à dire tant Exit dépeint de façon brute la face la plus sombre de ces golden boys. On rencontre d’abord Adam, 39 ans, marié et dont la femme nourrit depuis des années un désir d’enfant et désespère de tomber enceinte. Il la soutient en apparence mais omet de lui dire qu’il subit une vasectomie quelques temps après leur rencontre… comme cela ne lui suffit pas il la fait culpabiliser en insinuant que son problème serait psychosomatique… Un autre connait à peine le nom de ses propres enfants, et bien sûr, drogue, alcool et prostituées font parties de leurs rituels quotidiens. Ils en sont à un tel niveau qu’il semble que plus rien ne les atteint, qu’ils n’ont plus de notion du bien et du mal, et que tout les poussent à aller plus loin dans l’excès et l’adrénaline pour échapper à la pression engendrée par leurs métiers et leurs mensonges.Cette création, de part les excès qu’elle décrit et son impudeur met dans le mile et m’a pratiquement fait quitter la salle de projection tant ces personnages me dégoûtaient. Bien joué!

Toujours dans le panorama international était présentée la série Espagnole, Hierro, co-produite par Arte. L’action se déroule à El Hierro, l’île la plus éloignée de l’archipel des Canaries. Le jour de l’arrivée de la nouvelle juge Candela, un jeune homme est retrouvé mort dans une grotte sous marine alors qu’il était censé se marier. La petite communauté locale est chamboulée par cette mort et les méthodes expéditives de la juge font monter le sentiment de méfiance au sein de la population. D’autant que le suspect principal se trouve être le père de la mariée, riche patron de bananeraie qui trempe également dans des affaires louche. En plus d’une photographie magistrale, d’un générique qui mélange l’humain, le végétal et le minéral à merveille, d’un jeu d’acteurs en tous points irréprochable, Hierro propose une intrigue qui tient largement la route et en haleine. Malheureusement pour elle, Broadchurch est déjà passée par là et la comparaison est inévitable. Mais ne boudons pas notre plaisir face à une série particulièrement bien ficelée.

Comme l’an dernier, la Russie est également en compétition cette année avec Identification. A Moscou, des immigrés illégaux du Kirghizistan recueillent une jeune orpheline qui va épouser le plus jeune fils de la famille: Aman. Alors qu’un drame se déroule dans les toilettes glauques de la salle des fêtes le jour des noces, la jeune orpheline se révèle ne pas être celle qu’elle prétend être. Difficile de se faire une opinion précise sur Identification, car seul un épisode a été montré car la suite n’est pas encore terminée. Et le souci est que l’épisode pilote met en place de nombreuses choses mais qu’il est quasi-impossible de savoir la direction que va pendre la série par la suite, tant les possibilités sont nombreuses. Ceci étant, l’immersion dans une communauté peu connue est assez intrigante, ne fut-ce que par les rites qui sont présentés. L’esthétique glaciale, voir brutale de l’ensemble impose une atmosphère toujours pesante qui n’autorise aucune reprise de souffle au spectateur tant le récit est haletant. Mais il faudrait en voir plus pour savoir vraiment vers quoi on se dirige.

Whaw! Ça y est. Voilà Ma première vraie extase du festival! Lambs Of God. Une mini-série australienne en 4 épisodes qui réunit 3 actrices formidables: Anne Dowd (tante Lydia dans The Handmaid’s Tale: La Servante Ecarlate), Essie Davis (Miss Ficher) et Jessica Barden (qui crevait déjà l’écran dans The End Of The F***ing World).

3 soeurs de la congrégation de Sainte Agnès vivent en autarcie dans un monastère isolé sur une presque île. Elles cultivent des plantes, se divertissent avec des contes tels Grimm ou Andersen en changeant la fin, élèvent des moutons et filent leur laine et à l’occasion, en sacrifient un et boivent son sang en guise d’eucharistie. C’est à ce moment qu’arrive un jeune prête, envoyé en  repérage par l’évêché dans le but de vendre leur monastère en vue d’une transformation en hôtel de luxe. Dès son arrivée, il bouleverse l’équilibre des 3 femmes et essaie de s’imposer en mâle alpha et d’imposer ses règles. Découvrant les intentions du père Ignatus, les nonnes décident de le séquestrer pour le faire changer d’avis. Tout dégénère et l’esprit de Misery n’est pas très loin.

Ça peut paraître plombant ou très noir, mais des touches d’humour viennent souvent alléger la situation, ce qui rend le visionnage de la série si jouissif! La série est difficile assez à classer, la scénariste Sarah Lambert la décrit comme un conte gothique. Les contes qu’elles se racontent sont très important dans la série. La scénariste a voulu qu’ils rejoignent le vécu de celle qui le raconte, en fonction de ce qu’elle change dans la fin de contes classiques parfois cruels. L’énergie que ces 3 femmes vont mettre pour se défaire cet homme ou le faire changer d’avis, relèvent, de manière extrême il est vrai, leur refus du patriarcat et la force viscérale qui unit ces 3 femmes. Mais sa venue va aussi réveiller certains désirs et des traumatismes du passé dont on ignore tout. Pourquoi sont-elles encore là? Qu’est-il arrivé aux autres religieuses du monastère… tant de question dont on a envie de découvrir les réponses dans les prochains épisodes. Bon, la série ayant été projetée en avant-première mondiale à Series Mania, il va falloir être patients…

Dès les premières images, je donnais des coups de coude à Alex, en lui disant “regarde, regarde” alors que les premières vues aériennes d’une presqu’île défilaient sur l’écran puis qu’une araignée se baladait en gros plan sur son fil. Déjà une grâce se dégageait de ces quelques secondes. J’ai été totalement retournée par la qualité de l’écriture, le jeu sans fautes des actrices, la cinématographie et l’art parfaitement maitrisé de nous emmener on ne sait pas où mais avec bonheur.

Séries Mania, ce sont également des rencontres, des masterclass, des entretiens. Nous avons ainsi pu assister à une conférence du chercheur Benjamin Capion, auteur du livre « Le concept HBO: Elever la télévision au rang d’art. Et notamment tenter de comprendre le slogan de la chaîne “It’s Not TV, it’s HBO”. Mais justement, si ce n’est pas de la TV, qu’est-ce donc? L’occasion aussi de revenir sur les belles réussites de la chaîne à péage (Les Soprano, Oz,…) mais aussi les ratés, bien plus souvent commerciaux qu’artistiques d’ailleurs (John From Cincinnati, Tell Me You Love Me,…).

Première à Series Mania, une rencontre en dialogue croisé entre 2 maîtres de l’espionnage: le français Eric Rochant, créateur de l’excellent Bureau Des Légendes et le britannique Hugo Blick, créateur d’entre autre de Black Earth Rising et The Honourable Woman qui a valu un golden globe à Maggie Gyllenhaal. Ils étaient accompagnés par le journaliste Pierre Langlais. Ils ont beaucoup parlé durant cet entretien de vérité. De la nécessité d’authenticité pour écrire une histoire d’espionnage (et donc de mensonges) qui soit réaliste. Dans ce cadre, la réalité géopolitique actuelle ou historique n’est pas pour Hugo Blick à prendre à la légère. Il commence par un travail presque journalistique et ré-écrit ensuite le tout pour en faire un scénario.
Pour Eric Rochant, fortement inspiré par John Le Carré et le film Notorious d’Hitchcok,  il est essentiel de se sentir comme à l’intérieur de la scène, intégré dans l’histoire lorsqu’on la découvre. Comprendre aussi les motivations d’un personnages et utiliser la fiction pour explorer des thèmes historiques et en trouver la résolution semble être motivant pour les 2 auteurs.

La veille, avait lieu une rencontre entre Alex Berger, le producteur du Bureau des Légendes et Bruno Fuligni, l’auteur d’un livre décryptant la série et spécialiste des secrets d’états. Le producteur nous disait combien Eric Rochant avait comme ligne de conduite la précision factuelle et la nécessité de rester plausible. L’équipe d’écriture comporte jusqu’à 10 auteurs, c’est dire si son travail de showrunner, sur une série demandant tant d’authenticité, est prenant. On comprend mieux pourquoi, pour Eric Rochant, l’écriture et la création d’une série semble être n exercice anxiogène. Arriver à tourner 500 minutes utiles et qualitatives de film par an est effectivement un exploit qu’il renouvelle depuis plusieurs saisons.

Enfin, une rencontre avec Uma Thurman dans le cadre de la présentation de sa nouvelle série Chambers. Sa belle et longue carrière cinématographique, ses collaborations avec Quentin Tarantino, ses participations aux séries Smash et The Slap ont bien entendu été évoquée lors de cet entretien animé par Olivier Joyard.

On se retrouve dès demain pour la suite et la presque fin de nos aventures à Séries Mania 10ème du nom.

À propos de Alexandre Marlier

Alexandre Marlier est journaliste et animateur radio. Il a notamment travaillé pour les réseaux belges « Nostalgie » et « Sud Radio ». Il travaille également en presse écrite. Il a ainsi écrit, entre autres, plusieurs articles pour le défunt « Génération Séries ». Il est également membre de l'A.C.S., l'Association des Critiques de Séries. Enfin, Alex est « Casting Voix » ou « Voix Off » pour des documentaires, films d’entreprises, ...
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